This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project
to make the world's books discoverable online.
It bas survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover.
Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the
publisher to a library and finally to y ou.
Usage guidelines
Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying.
We also ask that y ou:
+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for
Personal, non-commercial purposes.
+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine
translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.
+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.
+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner
any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe.
About Google Book Search
Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web
at|http : //books . google . corn/
A propos de ce livre
Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en
ligne.
Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont
trop souvent difficilement accessibles au public.
Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.
Consignes d'utilisation
Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine.
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées.
Nous vous demandons également de:
+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers.
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un
quelconque but commercial.
+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.
+ Ne pas supprimer r attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en
aucun cas.
+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère.
À propos du service Google Recherche de Livres
En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse] ht tp : //books .google . corn
A 796,
567
%.-■
^
■
' F' f^' Ifc^^ ^ ^ 1 I
>dC^
■>'
JOURNAL ASIATIQUE
\ê ^
NËUVIËMË SERIE
TOME XVI
JOURNAL ASIATIQI1E_^
RECUEIL DE MÉMOIRES ~
D'EXTRAITS ET DE NOTICES
RELATIFS À L'HISTOIRE, À LA PHILOSOPHIE, AUX LANGUES
ET À LA LITTÉRATURE DES PEUPLES ORIENTAUX
PAR MM. BARBIER DE METNARD, A. BARTH , R. BASSET
CHATANIIES, CLEBM0NT-6AIINBAU, DROUIN , PBEB, HAL^TT, HASPERO
OPPERT, RIBBRS DUTAL, B. SENART, ETC.
ET PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE
NEUVIEME SERIE
TOME XVI
PARIS
IMPRIMERIE NATIONALE
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
ROE BONAPAKTE, 2 8
MDCCCC
JOURNAL ASIATIQUE.
JUILLET-AOÛT 1900.
PROCES-VERBAL
DE LA SÉANCE GÉNÉRALE DU 19 JUIN 1900.
La séance est ouverte à 3 heures et demie sous
la présidence de M. Emile Senart, vice-président,
par empêchement de M. Barbier de Meynard.
Etaient présents :
MM.labbé J.-B. Chabot, J. Halévy, abbé F. Nau,
L. Bouvat, Riibens Duval, de Charencey, Barth,
Huber, Foucher, Vissière, Weil, Aymonîer, Chîi-
vannes , Farjenel , Schwab , Mondon - Vidailhet ,
L. Feer, Specht, Gaudefroy-Demombynes, Houdas,
membres.
Drouin, secrétaire adjoint.
Lecture est donnée du procès-verbal de la séance
générale du 20 juin 1899 et du procès-verbal de
la séance mensuelle du 1 1 mai 1900. La rédaction
en est adoptée.
M. le Président rappelle que, depuis la dernière
séance annuelle, quatre membres de la Société sont
6 JUILLET-AOCT 1900.
décédés : MT de Harlez, MM. G. Devéria, Tabbé
Quentin et Léon Cahun. S associant aux paroles
déjà prononcées par M. Barbier de Meynard dans
une précédente réunion mensuelle, M. Senart ex-
prime à nouveau les regrets qu mspire à la Société
asiatique la perle de ces membres.
M. R. Duval lit le rapport de la Commission des
censeurs sur les comptes de Texercice 1899. ^' '^
Président remercie, au nom de la Société, MM. les
censeurs et les membres de la Commission des
fonds.
Est reçu membre de la Société , M. Chauvin
(Victor) professeur d'arabe à l'Université de Liège
(Belgique), présenté par MM. Barbier de Meynard
et Schwab.
M. Foucher présente à la Société l'exemplaire
d'un ouvrage qu'il vient de publier sous le titre de :
Études sur l'Iconographie bouddhique de Vlnde, d'après
des documents nouveaux (in^S**, Paris, E. Leroux,
1 900 ) formant le XIII* volume de la Bibliothèque
de l'Ecole des hautes-études, section des Sciences
religieuses. A cette occasion , M. Foucher indique
la méthode et les moyens pratiques pour distingue j*
les unes des autres, les statuts et images des divers
Bouddha, Boddhisatva et des divinités mâles et fe-
melles bouddhiques.
M. Farjenel lit un Mémoire sur Vidée de nature
dans la philosophie de V École confucéenne.
SÉANCE Générale: . 7
M. l'abbé F. Nau donne communication d'une no-
tice sur Amatas, disciple d* Antoine.
Ces deux mémoires seront imprimés dans le Jour-
nal asiatique. (Voir ci-après, p. i 4 et p. 2 3).
Sont oBFerts à la Société :
Par M. Aymonîer, un exemplaire de son article
sur les Inscriptions modernes d'Angkor Vat, etc., qui
a paru dans le Journal asiatique.
Par M. labbé Nau, deux notices sur Henry et Go-
defroy de Ascha (Belgique) d'après deux documents
syriaques du xii' siècle et un article extrait des
Analecta Bollandiana intitulé : Les martyres de saint
Léonce de Tripoli et de saint Pierre d'Alexandrie,
d'après les sources syriaques.
Il est ensuite procédé au dépouillement des votes
pour la nomination des membres du Bureau et du
Conseil* Les membres sortants sont réélus à l'una-
nimité.
La Séance est levée à 5 heures el demie.
JUILLKT-AOÛT 1900
RAPPORT
DE LA COMMISSION DES CENSEURS
SUU lES COMPTES DE L^EXERCICE 1899,
LU DANS LA SEANCE GENERALE DU 19 JUIN 19OO.
Messieurs,
Les finances de la Société se maintiennent dans Tétat pros-
père qui leur est assuré par la vigilante administration de la
Commission des fonds. Les recettes de Texercice 1 899 ont
été de 22,555 fr. 43, et les dépenses, de 2i,o3i fr. 54.
Comme les années précédentes, les recettes ont dépassé
d*une manière importante les dépenses ordinaires et ont
fourni un excédent qui a permis de faire face aux dépenses
extraordinaires. Cet excédent a été entièrement consacré
en 1899, à ^®* publications scientifiques : 7,624 fr. 55 pour
rimpression du IIP volume du Mahâvasta ; 600 francs pour
la subvention accordée à la publication de Se-ma-tsien ;
et 5oo francs pour la subvention votée pour la publication
du Mostatraf, Les acquisitions de livres et la reliure des
volumes brochés ont réclamé 690 fr. 75. Le payement de
ces sommes a été effectué sans qu'un retrait des fonds dé-
posés à la Société Générale devint nécessaire. Ces fonds ont
reçu, au contraire, une augmentation notable; ils s'élevaient
au 3i décembre 1898, à 16,878 fr. o3 et, au 3i décembre
1899, ^ 18,555 fr. 64.
Le fonds de réserve est demeuré staHonnaire. Quatre
obligations de l'Est nouveau et une obligation Communale,
RAPPORT DES CENSEURS 9
sorties au tirage au sort, ont été remplacées par des titres
de même nature et en même nombre.
Les censeurs, Messieurs, croient digne de tous éloges le
judicieux emploi qui a été fait des capitaux disponibles pen-
dant le dernier exercice. Les revenus de nos valeurs de
réserve sont maintenant très suffisants pour faire face aux
dépenses imprévues ; il n'est donc pas urgent de les accroître.
Au contraire, consacrer les fonds libres à des publications
orientales, c'est répondre à Tesprit de notre Société.
R. DUVAL. 0. HOUDAS.
10 JUILLET-AOÛT 1900,
RAPPORT DE M. SPECHT,
AU NOM DE LA COMMISSION DES FONDS ,
ET COMPTES DE L'ANNÉE 1899.
Messieurs,
Nos dépenses ont été, cette année, plus fortes par suite
des frais d*impression du IIP volume du Mahâvastu et de
la subvention à la seconde partie du III' volume de Sema-
ts'ieii. Les frais ont été de 2i,o3i fr. 54, tandis que dans
les années 1896 à 1897 ils n'atteignaient environ que
1 3,000 francs. Notre Collection des auteurs orientaux, il
est vrai , s'est augmentée d'un nouveau volume. 11 y a eu peu
de changement dans les recettes. On a encaissé 2 2,555 fr. 43 ;
en 1898, on avait reçu 21, 790 fr. 59.
La différence provient surtout de la rentrée des cotisations
arriérées qui ont été de 60 au lieu de 2 1 .
Quatre obligations de l'Est et une obligation Communale
1 880 sont sorties ; on a racheté les mêmes valeurs afin que
nous ayons le même nombre d'obligations.
Vous remarquerez que la souscription du Ministère de
RAPPORT DE LA COMMISSION DES FONDS. 11
l'instruction publique est portée seulement pour i,5oo francs,
mais elle a été comme les autres années de 2,000 francs.
De nouvelles formalités administratives pour l'encaissement
ont empêché de recevoir avant le 3i décembre le quatrième
trimestre de la souscription.
12 JUILLETAOÛT 1900.
COMPTES I
DEPENSES.
Honoraires de M. E. Leroux, libraire, pour le recouvre-
ment des cotisations 626' 00°
Frais d envoi du Journal asiatique. 878 00
Ports de lettres et de paquets reçus l\i ho
Frais de bureau du libraire 8100
Dépenses diverses soldées par le libraire 287 10
Honoraires du sous-bibliothécaire 1,200 00 \
Service et ëtrennes 222 00
Chauffage, éclairage, frais de bureau 1G2 5o
Reliure et achat de livres nouveaux pour compléter \ »»>.
les collections 690 75 ' ^ '' ' ^^
Contribution mobilière 76 00
Contribution des portes et fenêtres 17 45
Assurance 67 5o
Frais d*impression du Journal asiatique en 1898 7)946 75
Indemnité au rédacteur du Journal asiatique G 00 00
Frais d*impression du troisième volume du Mahâ- \ 16,671 3o
vastu . 7,524 55
Subvention de la seconde paitic du troisième volume
de Se-ma-ts*ien 600 00
Subvention au Mostatraf 5oo ôo
Société générale. Droits de garde , timbres , ctc 111 54
Total des dépenses de 1899 21 ,o3 1 54
Achat d*une obligation communale 1880 497 28
Achat de 4 obligations Est nouveau 3 p. 0/0 1,828 55
Espèces eu compte courant à la Société générale au 3 1 décembre 1 899 . 1 8,555 56
Ensemble /(i,9i2 93
RAPPORT DE LA COMMISSION DES FONDS. 13
NEE 1899.
RECETTES.
ans de 1899 3,750' oo*
08 arriérées 1,800 00
) à vie. . . 700 00
oients au Journal atiatiqae 2,6^0 00
lublications de la Société 421 45
fonds placés :
e sur rÉtal 3 p. 0/0 i ,800 00
— — 3 1/2 p. 0/0 35o 00
Sanguinciti ( en rente 3 1/2 p. 0/0 ) 3 1 8 00
bligations de TEst (3 p. 0/0) 268 88
3liga(ions de l'Est (nouveau). [3 p. 0/0]. . . 288 00
bligations d'Orléans (3 p. 0/0) 864 00
bligations Lyon-fusion (3 p. 0/0] ancien. . 779 45
— — — nouveau. 537 68
bligations de l'Ouest 864 00
iligations Crédit foncier i883 (3 p. 0/0). . i,io5 00
ligations ( coupons arriérés . 1 1 5' 00 ) - o
" 1880. ( 2« semestre 60 3o j * ' ^7^ -^o
ïligations Est- Algérien ( 3 p. 0/0] 432 00
bligations Méchéria ( 2* semestre) 67425
ligations de la C'* des wagons-lits 1 4o 00
igation des Messageries maritimes i5 82
Ligations Omnium russe ( 4 p* 0/0 ) 60 00
fonds disponibles déposés à la Société gè-
f 71 60
I du Ministère de rinstruction publique. . . i,5oo 00
lé par rimprimerie nationale (pour 1898)
9.3ii'45«
8,7^3 98
4,5oo 00
vement des frais d'impression du Joamal
3,000 00 )
des recettes en 1899 22,555 43
lent de 4 obligations de l'Est nouveau 1,982 47
lient d'une obligation communale 1880 497 00
compte courant à la Société (fénérale au 3 1 décembre de
récédentc (1898) '. 16,878 o3
égal aux dépenses et à reiicaiss:: au 3 1 dêccmljrc 1 Ji jy. . . 4 1 <9 1 2 gS
14 JUILLET-AOÛT 1900.
ANNEXES AU PROCES-VERBAL.
L'IDÉE DE NATURE DANS LA PHILOSOPHIE
DE L'ÉCOLE CONFUCÉENNE.
Traduire d'une langue dans une autre langue , les expres-
sions ontologiques ou métaphysiques est toujours une tâche
difficile. Les idées que ces expressions renferment sont si
subtiles , si peu saisissables , les mots dont elles se composent
se prennent le plus souvent en tant d'acceptions diverses
qu'on court le risque de tomber, à leur sujet , dans les plus
graves erreurs.
Cette observation s'applique tout particulièrement à la
traduction , dans une langue phonétique des idées exprimées
par les caractères d'une écriture idéographique comme
l'écriture chinoise.
D'autre part, la nature spéciale de la langue écrite chi-
noise expose le traducteur, pour peu que celui-ci ne se défie
pas constamment de lui-même , à trouver dans les textes im-
porta nts, non pas les idées que les auteurs ont voulu réel-
lement exprimer, mais bien ceUes qu'il désire y trouver pour
justifier ses propres hypothèses. Dans l'histoire des études
sînologiques il ne manque pas d'exemples de ces mésaven-
tures.
On ne saurait donc étudier avec trop, de soins , pour les
bien définir, les caractères chinois qui ont un rôle important
dans la langue philosophique.
En vue de faciliter le travail aux étudiants qui s'efforcent
de posséder les classiques , nous nous proposons ^ dans cette
très rapide étude , d'examiner le sens profond d'un caractère
qui revient souvent sous le pinceau des commentateurs, le
caractère '^ , sîng, que nous rendons par le mot « nature ».
ANNEXE AU PROCÈS-VERBAL. 15
«Se conformer à la nature, suivre la nature, c'est la loi de
rhomme » , nous disent tous les philosophes moralistes ; mais
qu'est-ce que les auteurs chinois entendent par là ? Le mot
nature rend -il bien exactement l'idée chinoise? Voilà la
(piestion.
D'abord, ne ferions-nous pas bien de nous demander à
nous-mêmes ce que nous entendons par la Nature?
Littré trouve à ce mot vingt-neuf acceptions différentes ,
dont une vingtaine environ ont un sens philosophique. La
Nature , c'est , tantôt l'ensemble de tous les êtres qui com-
posent l'Univers, tantôt Tordre établi dans l'Univers, ou
l^^stème des lois qui président à l'existence des choses et
a la succession des êtres, tantôt une sorte de personnifi-
cation de l'ensemble de ces lois, tantôt ce qui constitue
tout être en général , créé ou incréé , ou encore l'essence ,
la condition propre d'un être ou d'une chose; bref, ou
peut faire un choix dans les vingt sens différents que lui
ont donné nos meilleurs auteurs; mais le sens qui nous pa-
raît être le plus généralement adopté est celui que Littré
définit .-«Ensemble des propriétés qu'un être vivant tient
de sa naissance, de son organisation, de sa conformation
primitive , par opposition à celle qu'il peut devoir à l'art. »
Le mot chinois '^ sing, n'a point cette multiplicité de sens ,
qui prête à de si faciles confusions, il est beaucoup plus
précis que celui du mot par lequel nous le traduisons.
Si nous examinons les éléments idéographiques de ce ca-
ractère nous constatons qu'ils sont au nombre de deux : l'un
est le signe symbolique du cœur, de l'esprit, de l'àme;
l'autre , le symbole de la production de la vie. La réunion de
ces deux éléments exprimerait donc, à elle seule, l'idée
d'âme vivante.
Or, c'est en effet, bien là en quelque sorte l'idée pro-
fonde, essentielle, exprimée par le caractère sing *^; la na-
ture est comme une âme qui informe tout; c'est un principe
dirigeant une force d'essence différente de la matière qui agit
16 JUÏLLET-AOÛT 1900.
dans les êtres et particulièrement dans rhommc, c*est le
moteur secondaire du développement harmonique des êtres
dans l'ordre physique et dans Tordre moral.
Pour bien comprendre cette idée , les philosophes chinois
l'analysent avec un grand soin en considérant la Nature , en
elle-même, dans son essence et dans son principe ou en
acte au sein des êtres.
Toute Técole confucéenne, pose d'abord, comme une
vérité indiscutable, que tout vient du Ciel; le Ciel est le prin-
cipe premier de toutes choses , la nature en vient comme le
reste. Pour connaître très exactement le sens du mot ^
« Nature » , il semble qu'il nous faudrait définir d'abord ce
que les Chinois entendent par le Gel , et rouvrir ici d'inter-
minables discussions; mais cela n'est pas nécessaire, il suffit
à notre démonstration de considérer le Ciel , comme le pre-
mier principe des choses , sans plus , ainsi que le font ordi-
nairement tous les auteurs chinois.
« Le Ciel , nous dit Tchou-hi , le plus renommé des com-
mentateurs, au moyen de la force en puissance et en acie
dans la matière, au moyen des cinq éléments crée tous les
êtres; la matière employée pour former les corps visibles
ainsi que le principe immatériel formel, viennent l'un et
l'autre du Ciel* » et plus loin il ajoute que la nature est une
seule et même chose que ce principe înunatériel.
Les commentateurs les plus récents tiennent le même
langage. Une glose très complète et très étendue, due aux
travaux de plusieurs lettrés et qui figure dans la grande
édition officielle des Sea-Chou publiée en la 8* année de
l'Empereur actuel, Koang-Siu, nous fournit à cet égard de
précieuses indications sur la pensée philosophique des let-
trés modernes.
Voici comment ce commentaire explique le processus de
la nature.
« Ce qui du Ciel subsiste par soi est appelé : « voie céleste »;
' TcHou-Hi, Commentaire du Tchounif-iouny, chap. i"'
ANNEXE AU PROCES-VERBAL. 17
lorsque le Ciel communique ses dons à tous les êtres: (son
acte) est appelé T'ien miny 3Ç i^* " Ordre céleste*. »
Ainsi, l'acte par lequel le Ciel va produire sa puis-
sance au dehors est un ordre. Tchou-hi l'avait déjà fait re-
marquer avec soin , et afin qu'aucune confusion ne fut pos-
sible sur ce point, il expliquait le caractère Ming j^ , qui
comporte par lui-même l'idée d'une conmiunication de puis-
sance , par le caractère ^ ling qui exprime particulièrement
le commandement; caractère que l'on trouve à la fin des
édits et des proclamations de Tautorité publique et que l'on
traduit communément par l'impératif : obéissez!
« Le Ming « Ordre », nous disent les commentateurs , est
semblable à l'acte par lequel la Majesté impériale confère
une charge, tandis que le Sing, ou Nature, est équivalent
à la puissance dont le magistrat est devenu dépositaii'e.
« Ce Ming , cet ordre exprime le principe primordial , la
vertu active du Ciel qui développe les choses , fait le bien et
aussi les éléments des choses; les quatre saisons, les cinq
éléments, les diverses catégories des êtres viennent de lui
conune de leur source *. »
Avant de se manifester au dehors , la Nature existe donc
en puissance dans le commandement céleste; elle y est
comme une sorte de pensée , de détemiination , de plan pré-
conçu , aussi nous est-il permis de dire qu'elle esl alors la
raison des choses futures.
Ainsi envisagée , la Nature est toute bonne sans mélange de
mal; en ce qui concerne l'homme par exemple elle est le principe
immatériel dirigeant de l'humanité, de la justice, de l'ordre,
de la prudence , des lois , de toutes les choses et de tous les
êtres ^. »
' Glose du i"' chap. du Tcliouiiy-iounj.
•' Ibid.
' Ibid.
\VI.
18 JUILLET-AOUT 1900.
Elle existe alors au sein de rinnommë, au sein du prin-
cipe primordial.
«Lorsque, dit le commentaire, les hommes et les choses
n*ont pas encore reçu la vie, le principe immatériel qui ne
peut qu'être nommé constitue la Nature, bien qu'il n'ait
pasr encore reçu de nom. Ceci , considéré dans le Ciel , se
désigne sous le nom de Ming « ordre* ».
La Nature existe donc d'abord dans l'Innommé, sans au-
cune manifestatien extérieure.
Ici , il nous faut ouvrir une courte parenthèse pour mieux
exposer la pensée subtile des docteurs chinois, de l'école
officielle. Lorsque ceux-ci envisagent le premier principe
des choses , vivant en lui-même , sans aucune manifestation
phénoménale , ils le désignent par des expressions dont le
sens est exactement 1'* Innommé ».
Ce principe primordial est innommé, parce qtie, seul
existant, aucune intelligence ne se trouve en dehors de lui
pbuT le concevoir, aucune bouche Immaine n'existe pour
lui donner un nom; tandis que, s'il a déjà manifesté sa puis-
sance en communiquant aux êtres la vie et le mouvement,
les hommes existant , ceux-ci peuvent le concevoir et donc
le nommer.
Cest ainsi que les docteurs actuels de l'école confucéenne
reprennent la méthode d'exposition philosophique de Lao-
tzeu lui-même, telle qu'on la trouve dans le premier chapitre
du Tao-te-kincf,
Quoi qu'il en soit , pour les métaphysiciens chinois , la na-
ture est dans son essence un principe céleste, une vue in-
terne du Ciel qui conçoit l'ordre futur du développement
ultérieur des choses. Telle est la nature en puissance.
Nous ne nous arrêterons pas à considérer le moment précis
où la Nature conçue dans le sein de l'Innommé passe de la
puissance à l'acte ; nous serions entraînés trop loin de notre
' Glose du i""" clia|). du Tchoumj-iounif.
ANNEXE AU PROCES- VERBAL. 19
étude par la néce»Bité d'exposer le» hésitations et les contra-
dictions de lontologie chinoise, H nous suffit de considérer
le principe céleste lorsqu'il s'est réalisé dans les choses , lors-
qu'il poursuit le cours de ses développements dans l'ordre
physique et moral.
Dans l'ontologie chinoise , l'intrinsèque des choses se com-
pose de deux éléments : la matière et le principe imma-
tériel formel J^ U; c'est ce principe qui, venant du Ciel,
anime tous les êtres et les pousse dans leur voie. Or la na-
ture, ^ sing, n'est autre que ce principe supérieur et vivi-
fiant qui anime tout et fait développer toutes choses dan
l'ordre.
« C'est lui qui fait que les abeilles et les fourmis vivent
dans un ordre qui rappelle les lois civiles des hommes ; c'est
hû qui fait que , malgré leur férocité , les tigres et les loups
ont des sentiments paternels pour leur progéniture; c'est
lui également qui préside à la révolution des saisons, à la
naissance et à la mort des plantes; c'est lui enfin le prin-
cipe dirigeant de l'âme humaine \ »
Ce principe *est essentiellement bon, en raison de son
origine , et aussi de sa fin qui est Tordre.
Lorsqu'ils considèrent l'homme, être libre, la nature est
bonne, aiment à dire les Chinois; ils ne font en cda que
suivre les idées du célèbre Meng-tzeu, qm prétendait que
la Nature est intrinsèquement bonne sans aucun mélange
de mal.
Bien que les idées de Meng-tzeu sur ce point fussent con-
testées par plusieurs philosophes, et notanunent par Siun-
tzeu, qui vivait au m' siècle avant notre ère, l'idée de la
bonté radicale de la Nature a toujours prévalu. Si quelques
auteurs modernes parient quelquefois, dans leurs œuvres
philosophiques , de la nature mauvaise de l'homme , ils n'at-
tribuent pas au principe formel les mauvaises qualités de la
Commentaire du Tcliouny-ioany , ^hap. i"'.
20 JUILLET-AOÛT 1900.
matière ; ils donnent alors seulement au composé le nom de
Nature, comme nous le faisons ordinairement dans nos
langues occidentales , alors que ce nom est surtout et avant
tout , dans le vocabulaire philosophique chinois , celui d un
seul des éléments : l'élément immatériel formel. C'est ainsi
qu'on l'entend ordinairement dans les classiques et dans
presque tous les conunentaires. Voilà pourquoi les mots *j^
^ ^ sing-pemi-chen , c'est-à-dire : la Nature est radicalement
bonne, forment un aphorisme courant.
Or, ce qui fixe le sens des mots dans une langue, c'est
l'usage général et non pas l'emploi spécial qu'en ont pu faire
tels ou tels auteurs particuliers.
La nature est donc un principe de bien qui informe l'àme
humaine comme tout le reste. Comment donc se fait-il que
l'homme ne soit pas , par suite , toujours bon ? car les mora-
listes chinois constatent , tout comme les nôtres , la malice
humaine.
Il faut d'abord distinguer les deux catégories d'hommes,
que les psychologues chinois mettent soigneusement à part ;
d'un côté, les hommes ordinaires qui ne se conforment pas
complètement à la Nature ; de l'autre , les saints.
Les premiers sont arrêtés dans leur élan vers la perfection
naturelle par la matière , par la concupiscence , ou , pour tra-
duire plus littéralement, «par l'égoïsme du désir humain».
Les mauvais désirs crient dans leur cœur, et les empêchent
d'écouter la voix de la nature qui leur commande toujours
le bien : le bien , c'est-à-dire le développement de toutes leurs
facultés en conformité avec l'ordre universel.
Tchou-hi semble croire que l'influence de la matière est
si pernicieuse sur les hommes , qu'il y en a qui perdent tota-
lement la connaissance des vérités naturelles.
«Les éléments constitutifs de la matière, dit-il, sont in-
capables de rester en harmonie, c'est pourquoi tous les hommes
ne peuvent avoir le moyen de connaître les lois de leur na-
ture 1. »
' PiTl'acc du Tu-hiu.
ANNEXE AU PROCÈS-VERBAL. 21
Cette ignorance est une faiblesse. Comment fera l'homme
pour s'élever au bien , s'il ne peut le connaître par lui-même ,
et si la ma lière étouffe en lui toutes ses bonnes aspirations?
Le célèbre commentateur est convaincu que l'homme , dans
sa détresse morale , n'a d'autre ressource que le secours du
Ciel.
« Lorsque , dit-il , T Unité parfaite qui possède la perspica-
cité, la réflexion, la sagesse, et qui est capable de se con-
former complètement à sa propre nature, sort d'elle-même,
alors le Ciel la communique nécessairement, afin qu'elle
constitue le prince de tous les hommes , la règle du bon gou-
vernement de tous les magistrats et qu'elle forme les hommes
dans la pratique de la saine doctrine , pour que tous retournent
à leur nature 1. »
Moyennant ce secours céleste , qui l'éclairé et le soutient ,
l'homme ordinaire, celui qui fait partie du commun des
mortels , pourra tendre au bien , il pourra s'efforcer de se
conformer à la Nature ; mais , malgré cette bénévole commu-
nication que l'Unité parfaite fait de sa perfection aux honmies ,
ceux-ci n'en reçoivent pas une participation suflisante pour
être tout à fait vertueux. La perfection naturelle est pour eux
un but vers lequel ils tendent , mais qu'ils ne peuvent atteindre
tout à fait. Le secours céleste est une sorte de grâce insuf-
fisante qui , si elle les soutient dans une certaine mesure , ne
leur permet pas de jamais parvenir au sommet de la perfec
tion morale , qui constitue l'accomplissement entier de la loi
natureUe.
Tout autre est le saint. En lui , au contraire , le principe
céleste agit toujours avec tant de force et de continuité , que
le saint se conforme à la Nature sans aucun effort; il est
comme soutenu, porté par cette action céleste qui rend
vaines pour lui les imperfections de la matière.
« Seul dans le monde, dit le texte même du Tchoung-ionng,
' Prrfaco ctii Ta-hio , par Tchou-hi.
22 JUILLET-AOÛT 1900.
le très parfait peut se conformer complètement à sa propre
nature ; par conséquent , il peut se conformer à la nature de
tous les hommes , à celle des choses ; il participe par là même
à la vie universelle et forme une trinité dans son union active
avec le Ciel et la Terre \ »
Tchou-tzeu dit à son tour : « La vertu du saint est totale ,
eUe se tient dans la voie céleste comme la raison du Ciel
qui est parfaite , entière , sans défaut , qui n'est assistée par
personne, soit quelle pense, soit qu*elle agisse, et qui se
tient avec la plus grande facilité dans le milieu de la voie *. »
Tous les autres commentateurs des classiques tiennent le
même langage sur Téminente vertu du saint. Tous s'attachent
à démontrer que le saint seul , parce qu'il participe pleinement
à la vertu active du Ciel , peut se conformer à la nature , c'est-
fi:dire au principe d'ordre universel conçu dans le Ciel lui-
même.
Mais où sont les saints, ces hommes d'une perfection si
grande qu'elle est presque divine ? Les philosophes chinois
ne sont pas embarrassés par cette question , car ils ne recon-
naissent la sainteté qu'à un tout petit nombre de personnages
dont plusieurs sont légendaires , et dont le dernier en date
est Confucius lui-même. Ils ne courent pas ainsi le risque
d'être contredits par Texpérience.
Dans tous les cas , ils s*accordent tous à placer l'idéal de
la sainteté dans la conformité parfaite des actes himiains avec
le Sing ou Nature; tandis que, pour eux, la faiblesse, l'im-
perfection humaine consistent à ne pouvoir se conformer à
cette même nature.
Ceci nous permet finalement de bien comprendre le sens
du mot tt sing, dans la langue philosophique chinoise, et
et nous montre que l'idée exprimée par ce mot ne correspond
pas exactement au mot « Nature » par lequel nous traduisons
le terme chinois.
' Tchouncf-ioung , chap. xxii.
' TcHoi'-ni. Commentaire du xx' chapitre du Tchoung-iounfjf.
ANNEXE AU PROCÈS-VERBAL. â3
Tandis que , dans notre langue , le mot « Nature » exprimé
le plus souvent l'ensemble des propriétés qu'un être tient
de sa naissance, que ces propriétés soient bonnes ou mau-
vaises, dans la langue chinoise, au contraire » le mot sing
^ désigne presque toujours le principe d'ordre universel
qui préside à l'harmonie des choses ; qui est dans le domaine
physique la loi des mouvements et des transformations , dans
le domaine moral la règle que les hommes doivent suivre
pour rester dans la voie droite; en un mot, le principe de vie
des êtres en même temps que le principe du bien.
Aussi , sans crainte de se tromper, les lecteurs des classiques
chinois peuvent-ils dire aujourd'hui encore, comme le faisait
jadis M eng-tzeu : t La nature est radicalement bonne » «^
j/^ ^ sing-penn-chen,
F, Farjenel.
AMATAS , DISCIPLE D'ANTOINE.
[kfifiaroç =: k^droç ou : Àfifidrov » k€S& roO.)
Amaias, à notre connaissance, est mentionné en trois en-
droits seulement :
1 * Dans la Vie de Paul, premier ermite , écrite par saint Jé-
rôme ^
2'' Dans la continuation de la chronique d'Eusèbe, écrite
par le même saint Jérôme ^ ;
3** Dans le Paradisas Pairam, de Pallade*
Les deux premières mentions ne sont pas indépendantes ,
puisqu'elles sont faites par le même auteur. C'est parce qu'il
' Migre , Pafro/. latine, t. XXIII, col. 17. G*eit Tun dei premiers écrits
de saint Jérôme. On place sa composition vers 876.
' Sotis Tannée 19 de Constantin (SSg) : «Sarmata, Amatas et Maca-
rius , discipuli Antonii, insignes habentur». MiONii , Pairoh latine ^ t. XXVII ,
col. 687.
24 JUILLET AOÛT 1900.
avait cité Amalas, disciple d'Antoine, dans la Vie de Paul,
premier ermite , que saint Jérôme le cita encore plus tard dans
sa continuation de la chronique d*lîlusèbe. — Nous allons
montrer que la troisième mention dépend aussi delà première.
Il s'ensuivra qu'Amatas n'est connu qu3 par la phrase inci-
dente suivante , insérée par saint Jérôme dans la Vie de Paul,
premier ermite ;
Âmatas vero, et Macarius, discipuli Antonii, quorum superior
magistri corpus sepelivit, etiam nunc afTîrmant, Paulum quemdam
Thebœum . . .
phrase qui fut traduite en grec :
kfiaràs Totysipovv xai Maxdptos fiadriral ktncoviov v(p* S>v xai èTd(pri ,
êTÏ Sta€e€atovvTat , . J.
Voici, en effet', l'histoire de Pallade où il est fait incidem^
ment mention d' Amalas ^ :
PaUade rencontre à Alexandrie Cronius , prêtre de Nitrie.
Cronius lui raconte que jadis, après avoir erré dans les mo-
nastères de la basse Egypte , il arriva à Alexandrie au moment
où l'on faisait un service pour Eulogius, scholastique (avocat)
de cette ville, qui avait donné ses biens aux pauvres, et pour
un paralytique qu'Eidogius avait recueilli chez lui par cha-
rité. Cronius, durant l'office, se rappela avoir va ces deux
honmies au monastère de saint Antoine, et avoir entendu
ce saint leur prédire leiu* mort prochaine. Pour que l'on ne
pût douter de sa parole, Cronius ajouta qu'il avait quitté
Nitrie pour aller voir saint Antoine, mais qu'il ne trouva
d'abord que « ses disciples M acaire et Amatas qui l'enl er-
rèrent après sa mort ». Il dut attendre cinq jours, et c'est du-
' Manuscrit grec de Paris, fonds Coislin, n° 282, fol. 202.
* Nous changeons l'ordre du récit. Cf. Migne, PatroL grectjjue , t. XXXIV,
col. 1073 ou Patiol, haine, t. LXXIII, col. loAi et 11 23. — Ce mémo
récit figure dans la traduction syriaque du Paradisus Patram, éditée par
le R. P. Bedjan (Paris, 1 897, à la page 193 ) , mais le paralytique est devenu
arien et il est réprimandé comme tel jwr saint Antoine.
ANNEXE AU PROCES-VERBAL. 25
rant ce temps qu'Ëulogius et le paralytique vinrent aussi au
monastère; de plus, saint Antoine ne sachant pas le grec et
Eulogius ne sachant pas Tégyptien , ce fut Cronius qui leur
servit d'interprète.
Ces raisons durent convaincre les auditeurs , et Pallade
espère sans doute qu'elles nous convaincront aussi ; cependant
nous sommes choqués par quelques invraisemblances : il est
étrange qu'Eulogius n'ait pas raconté lui-même à ses amis
son pèlerinage au monastère de saint Antoine et la prophétie
de ce saint à son sujet ; il est étrange aussi que saint Antoine,
qui recevait tant de visiteurs , n'ait pas eu dans son monastère
quelque truchement attitré , et se soit servi de Cronius qu'il
ne connaissait pas d'ailleurs. Si nous nous rappelons encore
que Rafin vit à Nitrie, un disciple d'Antoine âgé de cent
dix ans et nommé Cronius ' qui n'a pas d'autres traits com-
muns avec le héros de Pallade , nous sommes conduits à
nous demander si celui-ci* n'a pas voulu simplement se
servir de l'autorité d'un nom déjà connu grâce à Rufm,pour
accréditer l'histoire d'Eulogius le scholastique. Dans ce cas ,
Amatas et Macaire auraient été empruntés à saint Jérôme,
comme Cronius l'a été à Rufm , pour augmenter la crédibi-
lité de riiistoire. Cette dernière hypothèse devient très vrai-
semblable si Ton remarque le parallélisme des phrases de
saint Jérôme et de Pallade :
Saint Jérôme : ÂfMtToi; xal Maxâpios, ftaOnTat kvxeaviov d(p* &v
Pallade : Èvda oî ro^rov fiadvTal èxadéiovTo , . . yLaxdptos xal kfia»
jàç, oî xal éBa.'^a.v rov fKtxdpiov kvmvtov^ xotfirfdévxa.
' Historia monachorum, II, chap. xxv. Le Cronius de Rufiii est encore .
mentionné par Sozomène, VI, 3o et par Nicéphore Calliste, XI,
chap. XXXVII.
* Nous attribuons toujours cette histoire à Pallade car nous n'avons
pas de raison pour la rejeter du Paradisas Palram^ mais s'il était démon-
tré par hasard qu'elle n'y figurait pas h. l'origine, notre thèse en serait
encore fortifiée,
' Le manuscrit grec de Paris, n" ifiaS, remplace à bon droit : tov [lax.
ÀrT. par ayiôv.
26 JUfLLET-AOÛT 1900.
Ces deux phrases sont deux reproductions d'un même
cliché , et comme saint Jérôme est , à notre connaissance , le
premier qui Tait employé , nous devons en conclure qu'il lui
a été emprunté par Pallade; ainsi, tout ce C[ue nous savons
d'Amatas est contenu , en dernière analyse , dans uue phrase
incidente de saint Jérôme \
Cette phrase soulève d'ailleurs plusieurs difficultés :
1* Elle est en contradiction avec un passage de la vie de
Posthumius. — Pour saint Jérôme, en effet (voir le texte
latin), c'est Amatas qui seul a enseveli Antoine; pour l'auteur
de la Vie de Posthumius, c'est Macaire qui gouverne sevl le
monastère de saint Antoine et qui ensevelit ce saint après sa
mort*. — Il est étrange aussi qu'il ne soit pas question
d'Amatas dans les nombreux écrits consacrés à saint Antoine ,
s'il eut bien l'importance que lui attribue Jérôme ^.
2" En dehors du texte latin de saint Jérôme et de sa tra-
duction grecque , il nous reste d'autres versions grecques de
la Vie de Paul, premier ermite , et dans ces versions (nous en
connaissons deux absolument différentes)* la phrase inci-
' Qn sait d'aillears que les hagiographes Jérôme , Rufin , Pallade iurenl
en relations suivies, tantôt amis, tantôt ennemis. Us connurent donc leurs
mutuels ouvrages, et il est naturel que Pallade, le plus jeune, ait utilisé
quelques noms et quelques phrases de ses prédécesseurs. Cf. L§s vies det
saints pères des déserts , traduites par Arnauid d'Andilly, t. II, p. 7, 9, 17.
* MigKe, Patrol. latine, t. LXXIIÏ, col. A33 « . . .Itaque cum Macario
aggrcditur iter multitudinem congregationis monachorum quae a solo gu-
bernatur Macario , ingressus , de quo sœpe diximus corpus sepelisse magis-
tri, cum spiritns ejus vocatus est ex seeculo. . . m*
^ En particulier Socrate et Sozomèiie , qui citent les principaux moines
. et les principaux disciples d*Antoine , ne mentionnent pas Amatas. Il n*en
est pas question non plus dans les vies ni les apophtegmes d'Antoine. Par
contre, Macaire, nommé ici à côté d'Amatas, est bien connu par ailleurs.
Nous avons même sa biographie.
* L'une est conservée dans de nombreux mss. grecs de la Bibliothèque
nationale et semble être celle dont quelques lignes sont citées dans Migne,
P. G., t. XXXIV, col. 120 et qui aurait été éditée sous le titre de Acta
sinceraS. Pauli Thebai,.. par Mathias Fuhrmann. Neostadii Austriœ 1760.
— La seconde conservée dans le ms. 914 est apparentée aux versions copte
ANNEXE AU PROCES-VERBAL. 27
dente, consacrée par Jérôme à Macaire et à Amatas, ne ren-
ferme pas ces deux noms propres.
kvi(ùvio\j yàp ht xoiî ffi^fiepop oi fotrnrûù ttepiovres 0^' Sv êkeî-
vog Kaljd^ov érvy^ev, a-ôrol ^e^atovatv Jlûi(}X6v riva ^€aîov» . .'.
'^vvTervyT^KOLfUv yàp toU (tadriràts Totf fiHKapiov kin<ùvlov toU xal
d^if/aeriy au'rdr, oï jteU iSriXoDOùLv ijfiTv UoixfX6v xtva Bv^olTov, . .'.
Aussi, ii y a une quarantaine d'années, un éditeur des
œuvres de saint Jérôme se demandait déjà si les noms de Ma-
caire et d*Amatas figuraient dans le texte primitif :
Quare jure dubites, an omnino nomina Amatae et Macarii, disci-
pulorum S. Antonii , primitus in textu S. Hieronymi exstiterint^.
Depuis lors, M. Amélineaii a publié une version copte * et
le R. P. Bedjan une version syriaque ^ de la Vie de Paul,
premier ermite, qui ne renferment pas non plus les noms
d'Amatas et de Macaire *, de plus , au lieu de regarder le latin
comme le texte primitif d'où découlent toutes les autres ver-
sions, on s'est demandé, et avec raison à notre avis, si saint
Jérôme ne se serait pas borné à paraphraser en latin un
texte copte, ou plutôt un texte grec, préexistant.
et syriaque et, de tous les manuscrits que lious avons vus, s*approchc le
plus, à notre avis, de l'original grec qui fut paraphrasé en latin par
saint Jérôme et traduit en copte et en syriaque. — Voir aussi Anal Bolland. ,
t. IL
' MiGNE, loc, cit., ou ms. grec de Paris 1^67, fol. iA5 v°.
' Ms. grec de Paris 9 1 4 » fol. 271.
' MiGNE , P. G. , t. XXIV, col. 1 20. Cette hypothèse nous semble inexacte ,
car les noms de Macaire et d'Amatas figurent dans tous les manuscrits
latins que nous avons vus , comme ils figurent déjà dans le manuscrit latin
de Vérone utilisé par Migne et daté de 517. Ces noms furent donc écrits
par saint Jérôme , mais n'existaient pas , comme nous le verrons , dans le
texte grec qu'il a paraphrasé.
* Annales da musée G aime l , t. XXV.
* Acta martymm et sai'ctorum, t. V, p. 56i.
* Voici le texte syriaque de ce passage :
' . 'JL^lL ia»tf^a» *AJ] "^^ ^ tt^J^ÂI «J'ai vu les disciples de Mar
Antoine, ceux qui l'enterrèrent, et ils nous racontèrent, au sujet d'un
certain Paul le Thébain. ... », loc cit,, p. 662.
28 JUILLET-AOÛT 1900.
C'est en entrant dans ce nouvel ordre d'idées * que nous
croyons pouvoir donner l'origine des noms propres Amatas
et Macaire dans la phrase qui nous occupe : Ce sont , à notre
avisj deux qualificatifs que saint Jérôme devait traduire, et qu'il
a changés en noms propres j en se bornant à les transcrire.
Nous avons constaté d'abord que le nom Amatas est écrit
' M. Âméliiieau a écrit que le texte original de la vie de Paul le Thébain
est le copte [Annales du musée Gaimet, t. XXV, p. 8-9). Il lui faudrait
prouver dans ce cas que la version syriaque comme le grec du ms 91^, qu'il
ne semble pas avoir connus, proviennent, directement ou indirectement, du
copte, et nous doutons qu'il puisse le faire. — Dom Cutbert Butler dans
sa remarquable étude : The Lnusiac history oj Palladius (t. VI, n" 1 des
Texts and stadies d'Ermitage Robinson; Cambridge 1898, p. 286) écrit
que le latin est l'original parce que le nom de Jérôme se trouve à la fin
des versions copte et syriaque, mais nous voudrions voir Dom Butler,
arant de tirer cette conclusion , étudier combien il y a eu de fausses attri-
butions en faveur de saint Jérôme. 11 aura en particulier à expliquer le
phénomène suivant : dans le ms addit. 12 178 (Catal. Wright, p. 1070)
le ParadisttS Patrum est attribué , dans le titre , à Pallade et , dans les co-
lophons de chaque partie de l'ouvrage , à Jérôme. — Il remarquera aussi
que les attributions à Jérôme des versions copte et syriaque ne sont pas
identiques, donc ont été ajoutées indépendamment l'une de l'autre. — Nous
avons cessé d'étudier la vie de Paul, parce que nous avons appris que M. Bidez,
professeur à Gand, s'occupait de ce sujet. Comparons du moins dans nos
diverses versions la maxime suivante de Paul le Thébain :
Ms 9 1 A : ovSets ép^erat opytid^evos , xal ovSeU x^otlri xoLrnyopœv.
Latin : Nemo sic petit, ut minetur; neno cum lacrymis injariam vel cahim-
nîamfacit.
Syriaque : ^^^JA^e Jbkd *mj] |le : JU^ t-S Jll *mj] JI . « Personne ne
vient étant en colère , et personne ne demande et accusé».
Copte : Rien ne vient par la colère et aucun homme n'accuse. — Tous ces
textes paraissent provenir du grec qui est le plus symétrique et le plus
sententieux. — Le latin injuriam vel calumniam facit nous montre la peine
qu'a eue saint Jérôme pour traduire xarrryopâûVy il a paraphrasé le mol el
en a donné les deux sens. Sic petit doit se traduire : ne fait un tel voyutje.
— Le syriaque devient identique au grec en changeant Jckd demande^ en
JjXd pleure, correction très vraisemblable. — Enfin, le texte copie a évi-
demment même source que les précédents, mais la première partie est un
contre sens qui substitue oCoèv à ovoets et la seconde jiartie omet un mol.
— Nous reprendrons du resle celle question si l'on conclut à la priorité
du texte latin.
ANNEXE AU PROCÈS-VERBAL. 29
Ainatas ' et dans un manuscrit grec A|X|!*aTOs^ C'est la forme
que nous considérons comme primitive. Cela posé, voici le
texte copte de la Vie de Paul, premier ermite :
*AA& ^nTcunioc ete nn nE bt*.y^ojw.ccj.
Car nous avons rencontré les disciples da bienheureux abbé
Antoine, ceux qui Tout enseveli. . .
ce qui semble être le mot à mot du grec :
Hi;Tyf<TS|X£i; yàp rœv fiaOrjrœv tov fioixapiov d^^jos (ou : âj3/3a tow)
kvTOùvlov, 01 Hoi ëdctiffav avTOV.
d'où, si nous nous rrppelons que le (S et le |x se confondent
très souvent paléographiquement ^ et que xai se remplaçait
par un simple signe , nous concevrons que saint Jérôme put
lire :
HvTiAffoifiev yàp t«i>, [tOLKdplov xai àfifidjos ( ou : àfifidrov ) , fiaSrfréîùv
rov kvrœviov oï Kot ëBa^av aCtàv,
Nous avons rencontre Macairc et Amatas, disciples d'Antoine,
qui fenterrèrent . . .
Il dut changer le commencement de la phrase , par simple
honnêteté , puisqu'il n'avait pas rencontré lui-même les dis-
ciples d'Antoine, et put vouloir écrire ensuite — comme l'au-
teur de la Vie de Posthumias — que le premier seul, cesl-
à-dire Macaire, ensevelit Antoine*; il écrivit enfin, avec une
intervertion malheureuse :
' Cf. Paris, fonds laliii n° 117^9, fol. 243 d i 175G, fol. 78.
' Cf. Paris, fonds grec n" 1628, Paradisus Palram, fol. 63 v°. Maxa-
ptos xoil éfifiaros oî xat ëdoL^av aCrov xoifiridévroi.
^ Par cxrmple divers manuscrits de la Bible portent : i" Josué, xxiv, 26,
repéiuvTov et 7epé€tvTov ; 2° II Rois, xx, 6, kfietraat et kStrrael;
3° IV Rois, VIII, 22, XoSvà et Xofivà; 4° Ibîd., ix, 3o, ècrl tfifiiffaro
è&1tSi<TaTo et èàli[daajo (avec un seul f*); 5° Ibid , xxiv, 17, Barôar/ay,
^eQQaviav et Marôav/ay, etc.
* On remarquera {|ue Pallade nomme Macaire avant Amatas. — On suit
aussi que la Vie de Paal est l'un des preinlers ouvrantes de saint Jérôme. Il
devait donc avoir jku dVx|)érience des manuscrits. D'ailleurs cette œuvre
30 JUILLET^AOÛT 1900.
Amatas vero et Macarius, discipuli Antonii, quorum superior
magistri corpus sepelivit, etiam nunc afTirmant. . .
Ainsi la personnalité d' Amatas serait le résultat d'une faute de
lecture, — Cette théorie, basée sur les faits nombreux que
noos venons d'exposer, a le grand avantage : i** d'expliquer
pourquoi il n'est pas plus question par ailleurs de ce person-
nage; 2° de ramener à l'unité pour ce passage, et c'est la
notre but principal, tous les textes et verâons de la Vie de
Paul, premier ermite ^ et 3** de concilier, incidemment d'ail-
leurs, saint Jérôme et l'auteur de la Vie de Posthumias, ce
qu'on n'avait pas encore pu faire.
F. Nau.
de jeunesse est une paraphrase de mauvais goût, et l'un des traits ajoutés
par le saint ne pourrait même pas être traduit en français.
' Nos deux explications sont basées, l'une sur un génitif irrég^ulier
A€SdToç, formé par analogie du génétif latin abhatis et des pluriels
ASSdoes^ A.€Sdoa$; l'autre sur une simple répétition de l'article tov
qui aurait été joint , dans la lecture , au génitif régulier A.€€S. On remar-
quera qu'une certaine irrégularité dans le texte original est indispensable
si l'on veut trouver une excase à la faute de saint Jérôme. — Les hellénistes ,
accoutumés aux ahbréviations des manuscrits y trouveront peut-être, dans
cet ordre d'idées, d'autres explications. Ils remarqueront d'ailleurs que
saint Jérôme paraphrase très librement le texte original. — Il est donc
très facile de déduire la leçon de saint Jérôme des leçons grecque , copte
et syriaque tandis qu'i7 est impossible de tirer la première des dernières. Car
si le texte original était celui de saint Jérôme et portait : «Amatas et Ma-
caire, disciples d'Antoine, dont le premier a enseveli le corps de son
maître affirment encore. . . » , il serait impossible, d'expliquer comment un
traducteur postérieur a pu traduire : «Jf*ai vu les disciples qui enterrèrent
Marc Antoine, et ils nous racontèrent».
OUVRAGES OFFERTS. 31
OUVRAGES OFFERTS X LA SOCIETE.
Par l'India OlFice : EpigrapJiia Indica, January 1900.
Calcutta , grand in-4°.
— Madras Government Muséum, h\jSLQX\n\ vol. 111, n** 1,
Anlhropology. Madras, 1900; in-8**.
— Bibliotheca Indica, n°' 960, 957-963. Bombay, 1899,
in-8^
— Catalogue of the printed books and manuscripts of the
Asiatic Society ofBengal, fasc. 11. Calcutta, 1900; gr. in-4.°.
Par la Société : Rendiconli délia Reale Accademia dei Lincei,
V, vol. IX, fasc. 1 et 3. Roma, 1900; in-A".
— Atti délia R, Accademia dei Lincei, Indice, Dicenibre-
1899-Febbrajo 1900. Roma; in-4°.
— Revue des études juives, janv.-mars 1900. Paris; in-8°
— Bulletin de l'Institut Egyptien, nov.-déc. ; fasc. 4 et 5;
année 1899. Le Caire; in-8°.
— Bulletin of the American Geographical Society,
vol. XXXII, n» 3. New-York, 1900; in-8^
— Journal asiatique, mars-avril 1900. Paris; in-8°.
— Bulletin de la Société de géographie, mai 1900. Paris;
in-8".
— Zeitschrijt der deutschen morgenlàndischen Gesellschaft ,
Heft 1,1 900. Leipzig ; in-8°.
— Die Chronik der Sevencko-GeseUschaft der Wissen-
schajïen, n° i.Lemberg, 1900; in-8'.
— Transactions ofthe Asiatic Society oj Japan , vol. XXYII ,
part IV. December i899;in-8°.
Par les éditeurs ; Journal des Savants, mars-avril 1900.
Paris; in-4°.
— The American Journal of Semitic languages and litera-
tures (Hebraica), April 1900; in-8%
32 JUILLET-AOCT 1900.
Par les éditeurs : Verlagskatalog der Weidmaniischeii Buch-
handliing in Berlin. Januar 1900; in-8**.
— Revue critique, n" 19-25. Paris, 1900; in-8°.
— Le Muséon, nouvelle série. Vol. I, n" 1. Louvain,
1 900 ; in-8°.
— Bollettino, n* 345-346. Firenze, 1900; in-S".
— Polybiblion, parties technique et littéraire , mai 1900.
Paris; in-8°.
— Revue africaine, 4' trim. 1900. Aiger; in-8*'.
— The Geographical Journal, June 1 900. London ; in-8°.
— Catalogue des manuscrits mexicains de la Bibliothèque
nationale. Paris, 1899.
— Bulletin de littérature ecclésiastique, mai 1900. Paris;
in-8^
— Zeitschrifi fur hehràische Bibliographie, IV, 1 et 2,
1900. Frankfurt-a.-M. ; in-8°.
Par les auteurs : Adhémard Leclerc, Le bouddhisme au
Cambodge, Paris, 1899; in-8°.
— Carra de Vaux , Joseph Salvador et James Darmesteler.
Paris, 1900; in-8°.
— Le même, Notice sur un manuscrit arabe traitant de
machines, attribué à Héron, Philon et Archimède (extrait).
Leipzig, 1900; in-S".
Ed. Gha vannes. Notice sur G. Devéria (extrait). Paris,
1900; in-8".
— E. Senart, i4 new fragment of the thirteenth Edict oj
Piyadasi at Girmar ( extrait) , 1 900 ; in-8**.
— E. Guimet , I^es Isiaques de la Gaule. Paris , 1 900 ; in-4°.
— J. Rosenberg, Assyrische Sprachlehre und KeHschrifl-
kunde. Wien, 1900; in- 12.
— Agnes Smith Lewis and Margaret Dunlop Gibson,
Palestinian Syriac texts from palimpsest fragments in the Taylor
Schechter Collection. London, 1900; in-4**.
— M. V. Portman, A Ilistory of our relations with the
Andamanese, 2 vol. Calcutta, 1899; gr.*in-4°.
OUVRAGES OFFERTS. 33
Par les auteurs ; E. Drouin , Une monnaie bilingue indo-sus-
sanide (extrait). Paris, igoô; in-S".
— Le même. Notice sur les monnaies sino-kharosthi , etc.
(extrait). Bruxelles, 1900; in -8°.
— J. ChaiUey-Bert , Java et ses habitants Paris; in- 13.
— C. A. Nallino , Lavabo paiiato in Egitto, M ilano , 1 900 ,
in-12.
— L. Ostrorog, El-Ahkam es-soultaniya. Traité de droit
musulman d'Abou-V Hassan 'Ali Ibn Mohammed Ibn-Habib el-
Màwerdi, Fasc. 1". Paris, 1900; in-8^
— Bobrinsky A. , Les ornements des Tadjiks de la Haute
Boukharie (en russe). Moscou, 1900; in-fol.
— Clermont-Ganneau, Recueil d* archéologie orientale,
aviil 1900. Paris; in-8^
34 JUILLET-AOÛT 1900.
TABLEAU
DU CONSEIL D'ADMINISTRATION
CONFORMBHBIfT AUX NOMINATIONS FAITES DANS L'ASSEMBLEE GÉNÉRALE
DU 19 juia 1900.
PRESIDENT.
M. BâRBIEH D£ MëYNAHD.
VICE-PRÉSIDENTS.
MM..E. Senart.
Maspero.
SECRÉTAIRE.
M. Chavannes.
SECRETAIRE ADJOINT ET BIBLIOTHÉCAIRE.
M. E. Drouin.
TRÉSORIER.
M. le marquis Melchior de Vogué.
COMMISSION DES FONDS.
MM. Glermont-Ganneau.
Drouin.
Specht.
CENSEURS.
MM. Rubens Duval.
HOUDAS.
TABLEAU DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 35
COMMISSION DU JOURNAL.
MM. E. Drouin. — R. DuvAL. — Maspero. —
Oppert. — E. Senart.
MEMBRES DU CONSEIL ELUS POUR 3 ANS.
MM. Oppert.
J. Hal^vy.
Michel Bréal.
Ph. Berger. . tM
„ > Eius en 1 90Q.
CORDIER,
DiEULAFOY.
Perruchon.
V. Henry.
L. FiNOT.
Moïse Schwab.
L. Feer. i „j Q
J. ViNSON. i ^^
GuiMET.
J.-B. Chabot.
Riibens Du val.
DE Gharengey.
Aymonier.
A. Barth.
H. Derenbourg. i ûi 00
c, , . T / / Elus en i8q8.
oylvain Levi. i
Clément Huart.
Carra de VAtx.
FOUCHER.
36 JUILLET-AOÛT 1900.
SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
I
LISTE DES MEMBRES SOUSCRIPTEURS.
PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
Nota. Les noms marqués d*un * soot ceux des Membres à vie.
L'AcADéiiiE DES Inscriptions et Belles-Lettres.
MM. Allaoua ben Yahia, interprète judiciaire à
Inkennann (département d'Oran.)
Allotte de La Fuye , lieutenant-colonel , direc-
teur du génie , à Nantes.
Alwc (A.), consul de France, à Scutari d'Al-
banie.
AssiER DE Pompfgnan, lieutenant de vaisseau,
rue de Rennes, 76, à Paris.
*Aymonier (E.), directeur de l'École coloniale,
avenue de l'Observatoire, 2 , à Paris.
Bibliothèque Ambrosienne, à Milan.
Bibliothèque de l'Université, à Utrecht.
Bibliothèque ducale, à (lOtha.
LISTE DES MEMBRES. 37
Bibliothèque universitaire, à Alger.
Bibliothèque Khédiviale, au Caire.
MM. Barbier de Meynard, membre de Tlnstitut .pro-
fesseur au Collège de France, administra-
teur de rÉcole des langues orientales vi-
vantes, rue de Lille, 2 , à Paris.
Barré de Lancy, ministre plénipotentiaire , rue
Caumartin , 3 2 , à Paris.
Barth (Auguste), membre de Tlnstitut, rue
Garancière, 10, à Paris.
Barthélémy, vicé-consul de France.
Basset (René), directeur de TÉcole des lettres,
rue Michelet, 77, à TAgha (Alger).
Beauregard (Ollivier), rue Jacob, 3, à Paris.
Beck (Fabbé Franz -Seignac), au château de
Bosredon, par Montcuq (Lot).
Bel (Alfred), professeur à la Médersa, à
Tlemcen,
Belkassem ben Sedira , professeur à FÉcole des
lettres, à Alger.
Bénédite (Georges), conservateur adjoint au
Musée du Louvre , rue du Val-de-Grâce , 9 ,
à Paris.
* Berchem (Max van ) , privat-docent à TUniver-
sité de Genève, promenade du Pin, 1, à
Genève.
Berger (Philippe), membre de Tlnstitut, pro-
fesseur au Collège de France , quai Voltaire ,
3 , à Paris.
M"* Berthet (Marie), professeur à TEcole normale
LISTE DES MEMBRES. 39
MM. BtJDGE (E. A. Wâllis), lin. D. F. S. A., au Brï-
tish Muséum , à Londres.
*BuREAt (Léon), rue Gresset, i5, à Nantes.
* BuRGESS (James), Selon place, î a, à Edimbourg.
BusHELL (Dr. S.-W.) Shirley, Harold Road,
Upper Norwood, à Londres.
M"* A. BuTENSCHŒN , 35 , Engeltrehtegatun , à Stock-
holm.
MM. Cabaton (Antoine), membre de l'Ecole fran-
çaise d'archéologie de l'Extrême-Orient, h
Saigon.
Calassanti-Motylinski (de), interprète mili-
taire de i" classe hors cadre, professeur à
la chaire d'arabe , directeur de la Médersa ,
à Gonstantine.
Gasanova (Paul), membre de l'Institut d'ar-
chéologie orientale, au Gaîre,
Gastries (le comte Henry de) , rue.Vaneau , a o ,
à Paris.
*Ghabot (M*' Alphonse), curé de Pithiviers.
* Ghabot (l'abbé J.-B.) , rue Glaude-Bernard, 4 7.
à Paris.
Gharencey (le comte de), rue Barbey-de-Jouy,
2b i k Paris.
Ghauvin (Victor), professeur d'arabe à l'Uni-
versité de Liège
*Ghavannes (Emmanuel-Edouard), professeur
au Goliège de France, 1, rue des Ecoles, à
Fontenay-aux-Roses.
40 JUILLET-AOÛT 1900.
MM. Cheikho (L.), professeur à TUniversité Saint-
Joseph, à Beyrouth (Syrie).
Chwolson, professeur à TUniversité de Saint-
Pétersbourg.
*CiLLiÈRE (Alph.), consul de France à Constan-
tinopie,
Claparède (René), à Juvisy (Seine-et-Oise).
Clermont-Ganneau , membre de llnstitut, pre-
mier secrétaire-interprète du Gouvernement ,
professem* au Collège de France, avenue de
TAlma, 1, à Paris.
Cohen Solal, professeur d'arabe au Lycée, à
Oran.
Colin (Gabriel), professeur d arabe au Lycée
d'Alger.
CoLiNET (Philippe), professeur à l'Université,
place de l'Université, 8, à Louvain.
Collège français de Zi-Ka-Weï, par Shang-
haï.
*CoRDiER (Henri), professeur à TÉcole des
langues orientales vivantes, rue Nicolo, 5^ ,
à Paris.
CoRDiER (Dr. Palmyr), médecin des colonies,
à Chandernagor.
CouLBER, commandant en retraite, rue de
l'Académie, à Bruges.
Courant (Maurice), interprète au Ministère
des Affaires étrangères, maître de confé-
rences à l'Université de Lyon, chemin du
chancelier, 3 , à Ecully (Rhône).
LISTE DES MEMBRES. 41
MM.*Croizier (le marquis de), boulevard de la
Saussaye, lo, à Neuilly.
*Danon (Abraham), directeur du Séminaire
Israélite, à Constantinople.
* Darricarrère (Théodore-Henri), numismate,
à Beyrouth (Syrie).
Decourdemanche (Jean- Adolphe), rue Taille-
pied, 4, à Sarcelles (Seine-et-Oise).
Delattre (le P.), rue des Récollets, 1 1 , à Lou-
vain.
*Delphin (G.), directeur de la Médersa, à
Alger.
*Derenbourg (Hartwig), membre de Tlnstitut,
professeur à TEcole des langues orientales
vivantes, avenue Henri-Martin, 3o, à Paris,
*Dës Michels (Abel), boulevard Riondet, i4,
à Hyères.
DiEULAFOY (Marcel), membre de Flnstitut, rue
Chardin , i a , à Paris.
Donner, professeur de sanscrit et de philo-
logie comparée à TUniversité de Helsing-
fors.
DouTTÉ (Edmond), professeur à la Médersa,
à Tlemcen.
Drouin , avocat , rue de Verneuil , i i , à Paris.
DuKAs (Jules), rue des Petits -Hôtels, 9, à
Paris.
DuMON (Raoul), élève diplômé de TEcole du
Louvre, rue de la Chaise, 1 o , à Paris.
42 JUILLET-AOÛT 1900.
MM.*DuRiGHELLo ( Joseph-Ange ) , antiquaire, à Bey-
routh (Syrie).
*DussADD (René), rue du Midi, i , à Neuilly-sur-
Seine.
DuvAL (Rubens), professeur au Collège de
France, rue de Sontay, 1 1 , à Paris.
*Fargues (F.), route de Saint-Leu, a 8, à En-
ghien-les-Bains (Seine-et-Oise).
Farjenel (F.), attaché aux Ministère des fi-
nances , rue d*Assas , i 2 4 , à Paris.
Faure-Biguet (le général), directeur de Tartii-
lerie à Lyon.
* Favre (Léopold) , rue des Granges , 6 , à Genève.
Feer (Léon), attaché au département des ma-
nuscrits de la Bibliothèque nationale, rue
Félicien-David , 6 , à Auteuil-Paris.
Fell (Winand), professeur à T Académie de
Munster.
Ferrand (Gabriel), vice -consul de France à
Oubone (Siam).
*FiNOT (Louis), directeur de TEcole française
d'archéologie de TExtrême-Orient , à Saigon.
Fossey (Ch.), membre delà Mission du Caire ,
rue des Chartreux, 6, à Paris.
FoucHER (A.), maître de conférences à TEcole
des hautes études, rue de Staël, 16, à
Paris.
*Gantin, ingénieur, répétiteur libre à TEcole
LISTE DES MEMBRES. 43
des Langues orientales vivantes , rue de la
Pépinière , i , à Paris.
MM. Gaudkfroy-Demombynes, secrétaire de TEcole
des Langues orientales vivantes, rue de
Lille, 2 , à Paris.
Gauthier (Léon), professeur à la Médersa, rue
Marengo , i 2 , à Alger.
* Gautier (Lucien), professeur de théologie,
roule de Chêne, 88, à Genève.
Grappin (M*'), professeur de syriaque à TUni-
versité catholique, rue d*Assas, Ixq , à
Paris.
Greenup (Rev. A. W.), The principaFs Lodge,
S' John s Hall, Highbury, N., à Londres.
Grenard (F*), vice-consul de France à Sivas
(Turquie d*Asie).
*Grofp (William N.), à Ghizeh (Egypte).
*GuiEYSSE (Paul), député, ancien ministre des
colonies, ingénieur hydrographe de la ma-
rine, rue des Ecoles, 42 , à Paris.
*GuiMET (Emile), au Musée Guimet, place
dléna, à Paris.
*Halévy (J.), professeur à TÉcole des hautes
études, rue Aumaire, 26, à Paris.
Halphen (Jules), avenue Victor-Hugo, 78, à
Paris.
*Hamy (le D'), membre de Tlnstitut, conserva-
teur du Musée d'ethnographie, rue Geof-
froy-Saint-Hilaire , 36, à Paris.
44 JUILLET-AOÛT 1900.
MM.*Harkavy (Albert), bibliothécaire de la Biblio-
thèque impériale pxiblique, à Saint-Péters-
bourg.
Hebbelynck (Adolphe), recteur de TUniver-
sité, Louvain (Belgique).
Henry (Victor), professeur à la Faculté des lettres
de Paris, rue de Penthièvre, l'ô, à Sceaux.
* Heriot-Bunoust (labbé Louis) , Vicolo del Vil-
lano , 2 , à Rome.
Hérold (Ferdinand), licencié es lettres, an-
cien élève de TEcole des chartes , rue Greuze ,
2 G, à Paris.
HoLAs Efendi (V.), rue AsmaJi-Mesdjid , 1 1, à
Constantinople.
HouDAS , professeur à TEcole des langues orien-
tales vivantes, avenue de Wagram, 29, à
Paris.
HuART (Clément) , secrétaire-interprète du Gou-
vernement; professeur à l'Ecole des Langues
orientales vivantes, rue Madame, 43, à Paris.
Huber (Edouard), élève diplômé de TÉcole
des langues orientales vivantes, à Gross-
Wangen (Suisse).
Hubert (Henry), agrégé d'histoire, rue Claude-
Bernard, 74, à Paris.
Hyvernat (labbé), professeur à TUniversité
catholique, à Washington.
Jeannier (A.), vice-consul de France à Larache
(Maroc).
LISTE DES MEMBRES. 45
MM. JÉQUiER (Gustave), à Fleurier, canton de Neu-
châtel (Suisse).
Karppe (S.) , élève de l'Ecole des hautes études ,
avenue de Messine, lo, à Paris.
Kemal Ali, secrétaire d ambassade, rue d' As-
sas , 1 3o , à Paris.
KÉRAVAL (leD'j, directeur de Tasile d*Armen-
tières (Nord).
KoKOVTSOFP (Paul de), professeur d'hébreu à
rUniversité impériale, à Saint-Pétersbourg.
KooLiKovSKi, professeur de sanscrit à l'Univer-
sité de Kharkov.
La Martinière (H. P. de), premier secrétaire
de la légation de France au Maroc , à Tan-
ger.
Lambert (Mayer), rue Gondorcet, 53, à
Paris.
* Landberg (Carlo , comte de) , docteur es lettres ,
au château de Tùtzing (Haute-Bavière).
*Lanman (Gharies), professeur de sanscrit à
Harvard GoUege, à Cambridge (Massachu-
setts).
La VALLÉE -Poussin (Gaston de), professeur à
l'Uriiversité , à Gand.
Leclère (Adhémar), résident de France au
Cambodge.
Lecomte (Georges), élève -interprète attaché
à la Légation de France à Pékin.
40 JUILLKT-AOÛT 1900.
MM. Ledoulx (Alphonse), deuxième drogman de
l'ambassade de France, à Constantinople.
Leduc (Henri), interprète du Gouvernement
à Pékin.
Lefèvre (André), licencié es lettres, rue Haute-
feuille, 2 1, à Paris.
Lefèvre-Pontalis (Pierre), secrétaire d'ambas-
sade, rue Montalivet, 3, à Paris.
Leriche (Louis), à Mogador (Maroc).
Leroux (Ernest), éditeur, rue Bonaparte, 28,
à Paris.
*Lestrange (Guy), via San Francesco Pove-
rino , 3 , à Florence.
Levé (Ferdinand), rue Cassette, 17, à Paris.
LÉ VI (Sylvain ) , professeur au Collège de France ,
rue Guy-de-la-Brosse, 9 , à Paris.
LiÉTARD (le D"), médecin inspecteur des eaux,
à Plombières.
Lois Y (Tabbé), Boulevard Vert-Saint-Julien,
à Bellevue (Seine-et-Oise).
Lorgeou (Edouard), professeur à l'Ecole des
Langues orientales vivantes, à Paris.
* Makhanoff, professeur au Séminaire religieux,
à Kazan.
Mallet (Dominique) , villa Poirier, 9 , à Paris-
Vaugirard.
Marçais (W.), directeur de la Médersa, à
Tlemcen.
*Margoliouth (David-Samuel), professeur da-
LISTE DES MEMBRES. 47
rabe à TUniversité, New -Collège, à Ox-
ford.
MM. Martin (rabbé François), professeur à TUni-
versité catholique, rue de Vaugirard, 49,
à Paris.
* Maspero , membre de Tlnstitut , professeur au
Collège de France , ancien directeur général
des Musées d'Egypte, avenue de TObserva-
toire, 24, à Paris.
Méchineau (l'abbé) , rue Monsieur, 1 5 , à Paris.
Mehren (le ly), professem* de langues orien-
tales, à Fredensborg, près Copenhague.
Meillet (Antoine), agrégé de grammaire,
directeur adjoint de TÉcole des hautes .
études, boulevard Saint -Michel, 2(1, à
Paris.
M**" Menant (Delphine), rue Notre -Dame -des -
Champs, 44, à Paris.
MM. Mercier (E.), interprète-traducteur assermenté,
membre associé de TEcole des lettres d'Alger,
rue Desmoyen , 1 9 , à Constantine.
Mercier (Gustave), avocat, interprète militaire
de réserve, à Constantine.
Merx (A.), professeur de langues orientales, à
Heidelberg.
Michelet, colonel du génie en retraite, rue de
rOrangerie, 38, à Versailles.
* Mission arghièologique française, au Caire.
M.*MocATTA (Frédéric-D.), Connaught place, à
Londres.
48 JUILLET-AOUT 1900.
MM. MoHAiMiMED BEN Braham., interprète judiciaire,
à Oued-Athménia (Algérie).
MoNDON-ViDAiLHET, chargé de cours à l'Ecole
des Langues orientales vivantes, avenue de
Villiers, 20, à Paris.
MoNTET (Edouard), professeur de langues
orientales à TUniversité de Genève, villa des
Grottes.
Mum (Sir William), Dean Park House, à
Edimbourg.
*MuLLER (Max), professeur à Oxford.
*NAtJ (l'abbé), docteur es sciences mathéma-
tiques, professeur d analyse à l'Institut catho-
lique, rue de Vaugirard, 7 4, à Paris.
New York-public library, à New-York.
Nicolas (A.-L.-M.), premier interprète de la
légation de France , à Téhéran.
NicoLLE (Henri), lieutenant au i"" régiment
étranger, commandant le poste de Nam-
Nang, cercle de Cao-Bang (Tonkin).
NouET (l'abbé René), chanoine, rue Saint-Vin-
cent, 2 5, au Mans.
*Oppert (Jules), membre de l'Institut, profes-
seur au Collège de France, rue de Sfax, 2 ,
à Paris.
*OsTROROG (le comte Léon), conseiller légiste
au Ministère de Tagriculture , des mines et
forets, à Constantinopie.
LISTE DES MEMBRES. 49
MM.*Ottavi (Paul), consul de France à Mascate
(Oman).
Parisot (Dom Jean), à Tabbaye de Saint-Mar-
tin-de-Ligugé (Vienne).
* Patorni , interprète principal à la division, à
Oran.
Pelliot (Paul), membre de TEcole française
d'archéologie de TExtrême-Orient, à Saigon.
Pereira (Estèves), capitaine du génie. Rua das
Damas, 4, à Lisbonne.
*Perruchon (Jules), élève diplômé de TEcole
des hautes études, rue de Vaugirard, i33,
à Paris.
Pfungst (D"" Arthur), Gaertnerweg, 2, à
Francfort-sur-) e-Mein.
*Philastre (P.), lieutenant de vaisseau, inspec-
teur des affaires indigènes en Cochinchine ,
à Cannes.
Piehl (le D' Karl), professeur d'égyptologie à
rUniversité, directeur du Sphinx, à Upsal.
*PiJNAPPEL, docteur et professeur de langues
orientales , à Middelbourg.
*PiNART (Alphonse), à Paris.
Pinches (Th.-C), Assyrian department, au
British Muséum, à Londres.
Pognon, consul de France, à Alep.
* Pommier, juge au tribunal civil, au Blanc
(Indre).
*PoussiÉ (le D"), rue de Valois, 2, à Paris.
IHI-mSIKAII. >*ll
50 JUILLET-AOUT J900.
MM. PRyEroRius(Frantz), Franckestrasse , 2,àUatle.
*Prym (le professeur E.), à Bonn.
Rat (G.), secrétaire de la Chambre de com-
merce, à Toulon.
Ravaisse (P.), chargé de cours à TEcole des
Langues orientales vivantes, rue de Paris,
1 48 , à Boulogne-sur-Seine.
RÉAu (Raphaël), vice-consul de France à
Bangkok (Siam).
Regnaud (Paul), professeur de sanscrit, à la
Faculté des lettres, à Lyon.
* Régnier (Adolphe), sous-bibliothécaire de Tln-
stitut , rue de Seine , i , à Paris.
Rettel (Stanislas de), drogman-chancelier du
consulat de France à Taurîs (Perse).
Reuter (le D' J. N.), docent de sanscrit et de
philologie comparée, à TUniversité de Hel-
singfors.
*Revillout (E.), professeur à TEcole d archéo-
logie du Louvre, rue du Bac, i 28, à Paris.
* Rimbaud , rue de TErmitage , 1 6 , à Versailles.
Robert (A.), administrateur de la commune
mixte d'Aïn Mlila (département de Constan-
tine).
* Rolland (E. ) , rue des Fossés-Saint-Bernard , 6 ,
à Paris.
Roque-Ferrier , consul de France à Erzeroimi
{Turquie d'Asie).
RosNY (Léon de), professeur à FEcole des
LISTE DES MEMBRES. 51
Langues orientales vivantes, rue Mazarine,
28, à Paris.
MM.*RousE (W. H. D.), Christ's Collège, à Cambridge.
RouviER (Jules), docteur en médecine, pro-
fesseur à la Faculté française de médecine
de Beyrouth.
Sabbathier, agrégé de TUniversité, rue du
Cardinal-Lemoine , 1 5 , à Paris.
Sainson (Camille), interprète de 1" classe, au
consulat de France à Mong tseu (Yunnan),
via Lao Kai (Tonkin).
Salmon (Georges), à l'Institut français d'ar-
chéologie, au Caire.
* Saussure (L. de), lieutenant de vaisseau, rue
Poulie, i/t, à Brest.
ScHEiL (le P.), rue du Bac, 94, à Paris.
ScHMmT (Valdemar), professeur à TUniversité,
Musées royaux, à Copenhague.
Schwab (M.), bibliothécaire à la Bibliothèque
nationale, rue de Provence, 29, à Paris.
Senart (Emile), membre de l'Institut, rue
François P', 1 8 , à Paris.
Serruys (Washington), attaché au Consulat de
Belgique, à Beyrouth.
*SiMONSEN, grand rabbin, à Copenhague.
SiouFFi, consul de FVance, en retraite, à Ba-
abda , près Beyrouth.
Si saïd boulifa, professeur à TEcole nomiale
primaire, à la Bouzaréa, près Alger.
4.
52 JUILLET-AOÛT 1900.
MM. SoNNECK (C), professeur à TEcole coloniale,
rue de Vaugirard, 63, à Paris.
Specht (Edouard), rue du Faubourg-Saint-
Honoré, igS, à Paris.
Spiro (Jean), professeur à rUniversiié de Lau-
zanne, à Vufflens-la-Ville (Suisse).
Stein (D"" m. Aurei), directeur de la Madrasa,
à Calcutta.
Strehly, professeur au lycée Louis-le-Grand ,
rue de Vaugirard , 1 6 , à Paris.
Strong (Arthur), 36, Grosvenor Road, Lon-
don, S. W .
Taillefer {Amédée), conseiller à la Cour
d appel, rue Cassette, 27, à Paris.
Textor de Ravisi (le baron), rue de Turin,
38, à Paris.
Thatcher (G. W.), professeur, Mansfield Col-
lège, Oxford.
Theillet, attaché au consulat de France, à
Alep.
Thibaut (E.), surveillant général au Lycée, à
Alger.
Thureau-Dangin (F.), élève de TEcole des
Hautes Etudes, rue Barbet de Jouy, 26, à
Paris.
Touhami BEN Larbi, interprète judiciaire asser-
menté à Ksar-et-Tir, Sét if (Algérie).
*TuRRETnNi (François), rue de THôtel-de-Ville,
8, à Genève.
LISTE DES MEMBRES. 53
MM. Vasconcellos-Abreu (de), professeur desanscrit,
rua Castilho, 34, à Lisbonne.
Vaux (Baron Carra de), rue Saint-Guillaume,
i/i, à Paris et au château de Rieux, par
Montmirail (Marne).
Vernes (Maurice), directeur adjoint «^ FEcole
des Hautes Etudes, rue Notre -Dame- des-
Champs, 97*", à Paris.
ViLBERT (Marcel), secrétaire général à la di-
rection des phares ottomans, à Constanti-
nople,
ViNSON (Julien), professeur à TEcole des
Langues Orientales Vivantes , rue de TUni-
versité, 58, à Paris.
VissiÈRE (Arnold) , consul de France , secrétaire
interprète du Gouvernement, professeur à
rÉcole des langues orientales vivantes, ave-
nue des Pages , 1 o , Le Vésinet.
VoGiJE (le marquis Melchior de), membre de
rinstitut, ancien ambassadeur de France à
Vienne, rue Fabert, 2 , à Paris.
Weil (Raymond), lieutenant au 5* régiment
du génie, à Versailles.
WiLHELM (Eug.), professeur, à rUni versité dléna.
*WiTTON Davies (T.), principal de Midland
Baptist Collège, à Nottingham.
*Wyse (L.-N. Bonaparte), villa Isthmia, au Cap-
Brun, par Toulon.
Yanni (G.), à Tripoli de Syrie.
54 JUILLET. AOÛT 1900.
MM. Zbky (Salih) Efendî, directeur de l'Observa-
toire Impérial Ottoman, à Pèra (Constanti-
nople).
*ZoGRAPHOS (S. Exe. Christaki Efendi), avenue
Hoche , 2 2 , à Paris.
II
MEMBRES ASSOCIÉS ÉTRANGERS
SUIVANT L'ORDRE DES NOMINATIONS.
MM. Weber, professeur à TUniversité de Berlin.
Salisbury (E.), membre de la Société orien-
taie américaine, 287, Church street, àNew-
Haven (États-Unis).
m
LISTE DES SOCIÉTÉS SAVANTES ET DES REVUES
AVEC LESQUELLES
LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE ÉCHANGE SES PUBLICATIONS.
Académie de Lisbonne.
Académie de Saint-Pétersbourg.
Royal Asiatic Society of London.
Royal Asiatic Society op Bengal, Pak-Street, 67,
à Calcutta.
Deutsche morgenlandische Gesellschaft, à Halle
American Oriental Society, à New-Haven (États-
Unis).
LISTE DES SOCIÉTÉS SAVANTES ET DES REVUES. 55
Royal Asiatic Society op Japan , à Tokio.
Bombay branch of the Royal Asiatic Society, à
Bombay.
China branch of the Royal Asiatic Society, à
Shanghaï.
The Peking Oriental Society, à Pékin.
Societa Asiatica Italiana , à Florence.
Société ûes Etudes juives, rue Saint-Georges, 17, à
Paris.
Société des Bollandistes , rue des Ursuiines , 1 4 , à
Bruxelles.
Harpers University (American Journal of semitiç
LANGOAGES AND LITERATUREs) , à ChicagO.
Arch/eological Institute of America, 38, Quincy
Street, Cambridge (États-Unis).
Reale Accademia dei Lincei, à Rome.
John Hopkins University, à Baltimore (Etats-Unis).
Société finno-ougrienne, à Helsingfors.
Société de géographie de Paris.
Société de géographie de Genève.
Royal Geographical Society, à Londres.
Société des sciences de BATAvrA.
Société historique algérienne.
Deutsche Gesellschaft fijr Natur- und Voblkkr
KUNDE Ostasiens, à Tokio.
Société de philologie, à Paris.
Provincial Muséum, à Lukhnow.
Indian Antiquary, à Bombay.
PoLYBiBLiON, à Paris.
Revue de l'Histoire des religions.
56 JUILLETAOÛT 1900.
American Journal of ARCHiEOLOGY, à Princeton.
TiiE Japan Society, 2 o,Hannover square, à Londres.
Revue de l'Orient chrétien, rue du Regard, 20, à
i^aris.
Société de linguistique, à la Sorbonne,^ à Paris.
Ecole française d'Athènes.
Revue biblique , au Couvent de Saint-Etienne, à Jé-
rusalem.
Université royale, à Upsai (Suède).
Institut catholique de Toulouse.
Ecole française d'Archéologie de l'Extrême-Orient,
à Saigon.
Ministère de l'instruction publique.
Ecole des langues orientales vivantes, rue de LiHe ,
2 , à Paris.
Séminaire des missions étrangères, rue du Bac, 1 a8 ,
à Paris.
Séminaire de Saint-Sulpice , à Paris.
Bibliothèque du Ministère de la guerre.
Bibliothèque du Chapitre métropolitain, à i'ég^ise
Notre-Dame, à Paris.
Bibliothèque de l'Arsenal , rue de Suiiy, 1 , à Paris.
Bibliothèque Sainte-Geneviève, place du Panthéon,
à Paris.
Bibliothèque Mazarine, quai Conti, 28, à Paris.
Bibliothèque de l'Université, à la Sorbonne.
Bibliothèque du Muséum d'histoire naturelle, rue
de BuSbn, 2 , à Paris.
LISTE DES SOCIÉTÉS SAVANTES ET DES REVUES. 57
Bibliothèque du Collège de France.
École normale supérieure, rue d*tHm, /j5, à Paris.
Bibliothèque nationale.
Séminaire Israélite, rue Vauqueiin, 9, à Paris.
Faculté de droit, place du Punthéon, à Paris.
Parlement de Québec (Canada).
Les bibliothèques d*Aîx (en Provence), — de Mou-
lins, — DE Rennes, — d'Annecy, — de Laon,
— de Périgueux, — DE Saint-Malo, — des
Bénédictins de Solesmes, — de Toulouse, —
DE BeAUVAIS, DE ChAMBÉRY, DE NiCE , DE
Reims, — de Rouen, — de l'Ile de la Réunion,
— de Strasbourg, — de Bourges, — de Tours,
— DE Metz, — de Nancy, — de Nantes, — de
Narbonne, — d'Orléans, — de Pau, — d'Ar-
RAS, universitaire DE LyON , DE MARSEILLE,
— DE Montpellier (Faculté de médecine et Bi-
bliothèque publique), — de Montauban, — de
Valenciennes, — de Versailles, — de Cler-
MONT-FeRRAND , DE CoNSTANTlNE, DE DuON ,
— DE Grenoble, — du Havre, — de Lille, —
DE Douai, — d'Aurillac, — de Besançon, — de
Bordeaux (Bibliothèque publique et Université),
— DE Poitiers, — de Caen, — r de Carcas-
SONNE, de CaRPENTRAS, d'AjACCIO ,
d'Amiens, — d'Angers, — de Troyes, —
d'Avignon, — de Chartres, — d'Alger, —
d'Avranches.
58 JUILLET. AOÛT 1900.
IV
LISTE DES OUVRAGES
PUBLIÉS PAR LA SOCIETE ASIATIQUE.
£n vente chez M. Ernest Leroux , éditeur, rue Bonaparte, a 8 ,
à Paris.
Journal asiatique, publié depuis 182a. La collection est en
partie épuisée.
Chaque année a5 fr.
Choix de fables arméniennes du docteur Vartan, en armé-
nien ei en français, par J. Saint- IVfartin et Zohrab. i8a5,
in-8' 3 fr.
Eléments de la grammaire japonaise, par le P. Rodriguez,
traduits du portugais par M. C. Landresse, etc. Paris,
1 8a 5 , in-S"*. — Supplément à la grammaire japonaise , etc.
Pai'is, i8a6, in-8^ (Épuisé.) 7 fr. 5o
Essai sur le Pâli, ou langue sacrée de la presqu ile au delà
du Gange, par MM. E. Burnouf et Lassen. Paris, i8a6,
in-S". (Épuisé.) i5 fr.
Meng-tseu vel Mengium, latina interpretatione ad interpre-
tationem tartaricam utramque recenslta inslruxit, et per-
petuo commentario e Sinicis deprompto illustra vit Stanis-
las Julien. Latetiœ Parisioram ^ i8a4i 1 voL in•8^. . g fr.
Yadjnadattabadha, ou LA Mort oTADaNADATTA, épisode
extrait du Râmâyana, poème épique sanscrit, donné avec
le texte gravé, une analyse grammaticale très détaillée,
une traduction française et des notes, par A.-L. Chézy, et
suivi d*une traduction latine littérale, par J.-L. Burnouf.
Paris, 18a 6, in-4", avec quinze planches 9 fr.
Vogabulaire de LA LANGUE GÉORGIENNE, par J. Klaproth.
Paris, i8a7, in-S** 7 fr. 5o
OUVRAGES PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 59
ËL^oiB SUR LA Prise d'Édessb par les Musulmans , par Ner-
sès Klaietsî, patriarche d'Arménie, publiée pour la pre-
mière fois en arménien, revue par le docteur Zohrab.
Paris, 1828, in^" 4 Tr. 5o
La Rbconnaissangb db Sagountalà, drame sanscrit et prâ-
crit de Càlidâsa , publié pour la première fois sur un ma-
nuscrit unique de la Bibliothèque du Roi, accompagné
d'une traduction française, de notes philologiques, cri-
tiques et littéraires, et suivi d'un appendice, par Â.-L.
Chézy. Paris, i83o, in-4°, avec une planche la fr.
Chronique GéoRGiENNB, traduite par M. Brosset. Paris j Im-
primerie royale, i83o, grand in-8'' 9 fr.
Chrestomathie CHINOISE (publiée par Klaproth). Paris ,
i833, in-8* 9 fr.
Eléments de la langue géorgienne, par M. Brosset. Paris,
Imprimerie royale, 1837, in-8** 9 fr.
GÉOGRAPHIE d'âbou'lféda , texte arabe publié par Reinaud
et le baron de Slane. Paris, Imprimerie royale, i84o,
in-A** 24 fr.
Râdjataranginî, ou Histoire des rois du Kachmir, publié
en sanscrit et traduit en français, par M. Troyer. Paris,
Imprimerie nationale, 3 forts vol. in-8° . 20 fr.
Précis de législation musulmane, suivant le rite malékite,
par Sidi Khalil, publié sous les auspices du Ministre de la
guerre. Nouvelle édition 6 fr.
COLLECTION D'AUTEURS ORIENTAUX.
Les Voyages d'ïrn Batoutah , texte arabe et traduction par
MM. G. Defrémery et Sanguinetti. Paris , Imprimerie na-
tionale, 4 vol. in-8°. Chaque volume 7 fr. 5o
Table alphabétique dbs Voyages d'Ibn Batoutah. Paris,
1869, in-8» 2 fr.
60 JUfLLET-AOÛT 1900.
Les Prairirs dor de Maçoudi, texte arabe et traduction
par M. Barbier de Meynard (les trois premiers volumes
en collaboration avec M. Pavet de Courteille). 9 vol. in-8*.
(Le tome IX comprenant l'Index.) Chaque voL . . 7 fr. 5o
Maçoudi. Le livre de l'Avertissement (Kitab et-tenhik), traduit
et annoté par le baron Carra de Vaux. 1 fort vol. in-8*.
Prix 7 fr. 5o.
Le Mahâvastu , texte sanscrit, publié pour la première fois,
avec des Introductions et un Commentaire, par M. Ém.
Senart. Volumes I , Il , III . 3 forts volumes in-8". Chaque
volume 2 5 fr.
Chants populaires des Afghans, recueillis, publiés et tra-
duits par James Darmesteter. Précédés d*une Introduction
sur la langue, Thistoire et la littérature des Afghans,
i fort vol. in -8" 20 fr.
Journal d'un voyage en Arabie (i883-i884), par Chaiies
Huber. Un fort volume in-8*, illustré de dessius dans le
texte et accompagné de planches et croquis 3o fr.
Publication encouragée par la Société asiatique :
Les mi^moires historiques de Sema Ts*ien , traduits du chi-
nois et annotés par Edouard Chavannes, professeur au
Collège de France. Tome P% in-S° 16 fr.
Tome II, in-8' ao fr.
Tome III, première partie, in-8* 10 fr.
Tome III, deuxième paiiie. in-8* 16 fr.
Tome IV, sous presse
Nota, Les membres de la Société qui sadresseroat directement
au libraire de la Société, M. Ernest Leroux, rue Bonaparte, 28, à
Paris, auront droit à une remise de 33 p. 0/0 sur les prix de tous
les ouvrages ci-dessus , à rexceplion du Journal asiatique.
INFLUENCE DE LA RELIGION NOSAIRÎ. 61
INFLUENCE
DE LA RELIGION NOSAIRÎ
SUR
LA DOCTRINE DE RACHID AD-DÎN SINÀN,
PAR
M. RENÉ DUSSAUD.
La doctrine de Râchid ad-dîn Sinân, le fameux
grand-maître des Assassins de Syrie , nous est connue
' par trois fragments publiés et traduits par Stanislas
Guyard^ xAyant eu l'occasion de reprendre l'inter-
prétation de ces textes , nous nous sommes convaincus
que le savant éditeur s'était mépris en les rattachant
^ Fragments relatifs à la doctrine des Ismaéli», Paris, 1874 , extr.
des Notices et extraits des tnss, de la Bibl, nat, , t. XXII , 1 " partie.
Les deux premiers fragments, p. 99-126, ont été sinon écrits, du
moins directement inspirés par Râchid ad-din. Le troisième frag-
ment ou histoire de Noé, p. 126-152, comme St. Guyard Ta établi ,
est un chapitre détaché d'un commentaire complet sur le Qoran.
Il a certainement été utilisé et probablement relouché pour appuyer
les prétentions de Sinân. M. P. Casanova a récemment découvert
que le manuscrit de la Bibliothèque nationale, qui porte dans le
catalogue de Slane le n** 2309, a été rédigé par un partisan de la
secte des Assassins; cf. Journal asiatique, 1898, 1. 1, p. i5i et suiv.
M. Casanova se propose de le l'aire connaître dans une notice étendue.
62 JUILLET-AOÛT 1900.
purement et simplement à la doctrine ismaélî. Il y a
été entraîné par le fait que le même manuscrit con-
tient des fragments véritablement ismaélîs , à peine
remaniés par des sectateurs de Sinân^ Mais, même
dans cet état , il suffît de les comparer aux fragments
dont Râchid ad-dîn est Fauteur, pour établir l'anti-
nomie des deux doctrine».
Les Ismaélîs enseignaient qxte Dieu avait fait
émaner de lui la Raison Universelle, qui, à son tour,
avait produit l'Ame Universelle , et , de dégradation en
dégradation , le monde avait été créé. Le Temps était
divisé en sept cycles et, dans chacun d'eux, un pro-
phète avait incarné la Raison Universelle : c était le
Nâtiq chargé de formuler la religion nouvelle. Un autre
prophète, son second, son Asâs, incarnation de l'Ame
Universelle venait après lui , pour confirmer sa doc-
trine.
On avait eu ainsi les cycles d'Adam , de Noé , d'Abra-
ham , de Moïse , de Jésus et de Mohammed. Le cycle
de Mohammed ayant vu apparaître septimâms, qui
étaient : d'abord son Asâs ^Alî, puis Hasan, Hosain,
*Ali fils de Hosain, Mohammed fils de ^Alî, DjaYar
fils de Mohammed et Ismâ^îl fils de DjaYar, ce cycle
était clos. Le septième et dernier cycle s'ouvrait,
caractérisé par l'apparition du Mahdî, Mohammed
fils d'Ismâ^l qui était encore le septième Nâtiq ou le
Qâ'im al-Qiyâmah.
Cependant ce septième Nâtiq mourut sans que les
' Ainsi le fragment Vlil, op» ciu, p. ao5, fait mention deSinAn.
INFLUENCE DE LA RELIGION NOSAIRÎ. 63
événements aient changé la face du monde, et Ton ne
put expliquer cet accident imprévu qu en admettant
que Mohammed fds dlsmâ^îl était simplement dis-
paru : au moment décisif, on le verrait surgir de
nouveau.
Les Fatimides, qui eurent Thabileté de faire ac-
cepter — du moins par une partie du monde mu-
sulman — leur parenté avec les descendants de *Alî ,
prétendirent réincarner le Mahdî. Les fragments pu-
bliés par St. Guyard sont particulièrement instructifs :
M o^izzLidînillâh se proclame Imcarnation de laBaison
Universelle, c est-à-dire septième Nâtiq^. La distinc-
tion entre cette première émanation divine et la di-
vinité même est si ténue qu*xme certaine confusion
s'établit entre Mo*izz Lidînillâh et Dieu : « Un pas de
plus, dit justement St. Guyard^, et il aurait pu s'an-
noncer comme étant la divinité ineffable elle-même.
Ce pas , Hâkim Biamrillâh le fit , et c'est le dogme
nouveau de Imcarnation de Dieu, dont fidée seule
aurait épouvanté im Ismaélî, qui sépare profondé-
ment le système des Druzes de celui de leurs prédé-
cesseurs ».
Mais le fossé entre la doctrine de Râchid ad-din
et Je système ismaélî est bien autrement profond,
car — comme nous Talions voir — Râchid ad-din
^ Les passages caractéristiques abondent, ainsi p. 168 : «Je suis
ta puissance , ta démonstration , ta volonté et ton lieu » ; p. 1 69 :
«Mon Dieu! Je suis le trône, le Heu, etc. . . Je suis ton nom. . .
L'essence des Nâtiq et le Verbe est en moi». Le Nâtiq était le lieu,
le nom , le voile , etc . • . de Dieu.
* St. GcYARD, op. cit., p. 174.
64 JUILLKT-AOÛT 1900.
prétendit à la divinité en se proclamant non pas sep-
tième Nâtiq, mais septième Asâs, c est-à-dire, incar-
nation de TAme Universelle, deuxième émanation
divine.
Cette théorie apparaît nettement dans la liste que
Sinân donne des sept cycles qui englobent l'histoire
du monde. Nous connaissons déjà les six premiers :
ce sont ceux d* Adam , de Noé , d'Abraham , de Moïse ,
de Jésus, de Mohammed. Le septième est le cycle
d'Aboû Dharr et de Râchid ad-dîn Sinân.
St. Guyard a attribué l'apparition d'Aboû Dharr
au sixième cycle. Mais dans cette énumération, la con-
jonction Is* introduit toujours un nouveau cycle :
J*>J1 ^1 Ji 1^' est une variante fort explicable de la
formule : ii>t^ fiHi « ensuite j apparus ... ^ ».
Il ne peut y avoir de doute : Aboû Dharr est dé-
signé comme le Qaimal-Qiyàmah, le chef de la ré-
surrection, titre qui appartient en propre au sep-
tième Nâtiq. Dans la liste des sept Nâtiq, liste qui
revient par deux fois dans les fragments de Râchid
ad-dîn Sinân , Aboû Dharr est désigné sous les noms
de Qaim ou de Mahdi^.
Râchid ad-dîn, étant apparu après Aboû Dharr,
ne peut revendiquer d'autre titre que celui d'Asâs.
* St. Guyard , op. cit, , p. i oo , a été obligé de faire (pielque vio-
lence au texte. Il traduit : « A ce moment s'est manifesté Aboû adh-
Dharr».
^ Ibid,, p. ii3 et ii5. Dans son commentaire, St. Guyard,
p. i2/i n. 34, préoccupé de trouver dans ce^ fragments la doctrine
ismaéli, iJenlilie ce Malidî avec Mohammed ibn Ismà'il.
INFLUENCE DE LA RELIGION NOSAIRÎ. 65
Aboû Dharr s'est manifesté le premier dans le der
nier cycle, « mais la religion n a été parachevée pour
vous que lorsque je vous suis apparu sous la forme
de Râchid ad-dîn ^ ». De même quii note avec soin
la liste des Nâtiq, le grand-maître des Assassins en-
registre les noms des Asâs : « Seth, [Sem]^, Ismaël,
Aaron, Siméon, ^Alî et un Imâm^». Cet Imam ne
peut-être que Râchid ad-dîn lui-même.
Il semble donc que le fameux chef des Assassins
ait compliqué à plaisir son ascension à la divinité , et
Ton s étonne qu'il n'ait pas, comme Hâkim Biamrillâh ,
suivi la voie naturelle qu'offrait aux imposteurs une
fausse interprétation de l'ingénieuse doctrine des Is-
maélîs. La conduite de Râchid ad-dîn serait inexpli-
cable , si elle n'avait été imposée par des raisons po-
litiques.
Parvenu , comme on sait , à la première place parm\
les Ismaélîs de Syrie * , devenu pom* nos chroniquem-s
le « Vieux de la Montagne » redouté , l'ambition de
* St. GUYARD, Op, cit, p. lOO.
* Le nom de Sem a été sauté par l'inadvertance d'un copiste,
comme i'a justement remarqué St. Guyard, ibid., p. laS n. 45.
Mais il suppose à tort que le septième Asâs est Qaddàh.
^ Ibid,, p. 11 5. Le texte, p. 25, porte : f»Ut^. La correction que
propose St. Guyard , |.UiU suivi d'un nom propre indéterminé, n'est
pas à admettre. D'une part , Sinân avait quelque intérêt à laisser la
question dans le vague, puisque, par-dessus le titre d'Asâs, il visait
à la divinité. D'autre part , d'après sa théorie , le nombre des lettres
des Asâs doit être de vingt-huit. Cette condition exige (le nom
l*LiM restitué) pour le dernier, un nom de quatre lettres comme |*L«!.
* DefrÉmery , Nouvelles recherches sur les Ismaéliens ou Bathiniens
de Syrie, p. 5o et suiv. , extr. du Journal asiatique, 5' série, t. V.
IMrillMCIllil ■AtlU9r4I.B.
66 JUILLKT-AOÛT 1900.
Sinàn ne put se limiter à jouer, à la tête de quelques
partisans , un rôle parfois unportant : il prétendit à la
divinité. Les auteurs arabes nous apprennent (|uil
réussit ^ Mais on peut conjecturer qu'il ne trouva pas
chez les Ismaélîs ses meilleurs partisans. Sa tenta-
tive eût avorté s'il n avait — comme Hâkim Biam-
rillâh — rencontré chez les montagnards de Syrie
des adeptes faciles à convaincre. Les contes publiés par
Stanislas Guyard jettent une vive lumière sur les agis-
sements de Sinân. Si quelques-uns de ses compagnons
ismaélîs, voyant clair dans son jeu, né consentent
pas aie suivre*^, si le grand-maître ismaélî de Perse
tente à plusieurs reprises de le faire assassiner^, par
contre un fort parti nosairî se range sous son autorité*.
Ce sont des Ghamâlîs ou adorateurs du Soleil et lau-
teur nous décrit en détail conunent Râchid ad-din
opposa sa propre divinité à celle du Soleil. Dans les
tours de passe-passe qui lui étaient familiers, il abuse
de la croyance nosairî à la métempsycose^. De ces
contes ressort avec évidence que Râchid ad-dîn cher-
chait à capter la confiance des indigènes de la mon-
tagne nosairî où il s'était fortement retranché.
Or les Nosairîs , dans la déformation qu'iîs avaient
* Jbn Djoubair, édit. W. Wright, p. 266, et St. Guyard; Un
grand-maitre des Auoisins an temps de Saludin, p. ^3.
* St. Guyard, op. cit,, p. /|3.
» /6irf., p. ^^.
^ Jhid., p. i65, où il faut lire j&JUâJt au lieu de «pUJi. Cf.
notre Histoire et Reliciion des Nosairîs, Paris, 1900, p. 79 ci suiv.
* Nous entendons le passage des âmes dans des corp» d'animaux ,
ce que les Ismaélîs et même les Druzes réprouvaient absolument.
INFLUENCE DE LA RELIGION NOSAIRÎ. 67
fait subir à la doctrine ismaélî, avaient élevé les Asâs
au rang d'incarnation divine. Le Nâtiq apportait le
texte de la religion , TAsâs en révélait le sens ; il était
le Ma^nâ, la divinité incamée. Dès lors, on conçoit
que Râchid ad-din Sinân, voulant étendre sa domi-
nation sur la montagne nosairî , n ait pas cherché à
imposer la véritable doctrine istnaélî, mais quil ait
au contraire adopté les croyances nosairis tout en
cherchant à les exploiter à son profit. Les chapitres
où il expose son système n'ont d'autre but que
d'établir la supériorité de l'Asâs sur le Nâtiq : et il
fait proclamer cette supériorité par Aboû Dharr, —
le septième Nâtiq dans son système.
En effet, le Sirât, chez les Ismaélls, symbolisait
rimâm de l'époque; chez les Nosairis, c'était *Alî,
l'Asâs. «Peut-être, aurait dit Aboû Dharr à son lit
de mort, peut-être m'interroges-tu sur le Siràt? C'est
mon seigneur *Alî, fds d'Aboû Tàlib, Émir des
Croyants^». En l'entendant, les fidèles s'écrièrent :
« Louange à Dieu qui nous a dirigés ! S'il ne nous
avait conduits, nous nous serions égarés. Tu n'es
qu'un avertisseur, mais chaque peuple a un guide
pour le diriger »# Et, en manière de comparaison, les
fidèles ajoutèrent : « L'avertisseur est Mohammed et
le guide ^Alî ». Cela voulait dire : Toi, Aboû Dharr,
^ Râebid ftd-din n'éiftnt pas apparu à cette époque « Aboô adh-
Dharr ne pouvait proclamer sa supériorité, il proclamait celle de
TAsâs en général* St« Guyard, rapportant ce passage à la doctrine
ismaéli dit {ibid,,f» 121 n« 21) : « Tout ce qui suit est destiné à
montrer la nécessité d'un Imàm ».
5.
68 JUILLET-AOÛT 1900.
septième Nâtiq, tu nés qu'un avertisseur, nous at-
tendons le guide. Ce guide devait être Râchid ad-
dîn.
La prééminence de TAsâs sur le Nâtiq est formel-
lement attestée : « Sache, ô mon frère, que la langue
arabe fait avancer en grade ÏInfériear et rétrograder
le Sapériear, rend Petit le Grand et Grand le Petit,
cela par la prééminence de la parole et la connais-
sance du sens . . . ^ ». L'auteur cite en exemple Aaron
suppléant Moïse et le fait que les magiciens de Pharaon
les accueillirent en disant : « Nous croyons au Dieu
d'Aaron et de Moïse ». Et cependant « Moïse était le
Grand, et Aaron, le Petit, car Moïse était le Nâtiq,
et Aaron , l'Asâs. La supériorité d' Aaron et Tinfériorité
de Moïse ^ ne furent donc pas le résultat d une dégra-
dation de Moïse ». Tous les termes de cette démons-
tration sont fort bien pesés : TAsâs s élevant au-dessus
du Nâtiq, première émanation divine qui reste à son
rang, vient naturellement se confondre avec la divi-
nité.
On ne s étonnera pas de trouver dans les fragments
de Râchid ad-dîn une phrase qui semble détachée
d'un écrit nosairî : « Ensuite je me suis manifesté sous
la forme de *Alî, chef de l'époque; je me suis voilé
sous la figure de Mohammed, et celui qui a disserté
sur la connaissance de ma nature a été Salmân ».
L'énumération des cycles religieux devait montrer
^ Ibid,, p. iio. On remarquera Texpression ^/jcl! c^Lir^.
* Il faut se garder d'ajouter avec St« Guyard : tdans ce cas».
Cette réticence va à Tencontre du texte.
INFLUENCE DE LA RELIGION NOSAIRÎ. 69
1 erreur dans laquelle on tombait à vouloir rester
fidèle à la religion de ses pères. Les Nosairîs étaient
invités à renoncer à la triade *Alî-Mohammed-Salmân
comme ils avaient abandonné lantique triade Ciel-
Soleil-Lune dont le culte n avait pas entièrement dis-
paru et que Râchid ad-dîn rapporte au cycle d'Abra-
ham 2 «Ensuite j ai paru dans le cycle d'Abraham,
sous les trois noms d'étoiles, de soleil et de lune^.
Les Nosairîs ne se sont pas laissé sérieusement en-
tamer et ils ont aujourd'hui perdu tout souvenir de
Râchid ad-dîn Sinân. C'est que le fameux chef des
Assassins, en cherchant à supplanter la vénération
attachée à 'Alî , Mohammed et Salmân , n'a pas su leur
offrir un système qui conservât leurs vieux cultes
naturistes. Car avant tout , *Alî est pour eux le Ciel ou
l'Emir des étoiles, Mohammed le soleil et Salmân la
lime. Sans les deux fragments heureusement recueillis
par le consul Rousseau et publiés par St. Guyard,
nous ignorerions les curieuses doctrines de Râchid
ad-dîn et nous en serions réduits à admettre les fables
naïves des chroniqueurs qui attribuaient aux illusions
du hachîch le dévouement que le Vieux de la Mon-
tagne inspirait à ses hommes.
70 JUILLET-AOÛT 1900.
LE TRAITÉ
DU
PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS
SUR LES PREMIERS ANALYTIQUES
D'ARISTOTE,
PAR
A. VAN HOONACKER
I. NOTICE PRÉLIMINAIRE.
H y a quelque temps déjà, M. P. Bedjan dont la
féconde activité, si appréciée des amis des lettres
syriaques, na d'égale que son amabilité, nous mit
entre les mains un recueil manuscrit syriaque de
divers traités et écrits sur la logique. C'est un volume
relié en vieux maroquin rouge, dont la reliure d'ail-
leurs est toute délabrée de vétusté. Il comprend
128 feuillets d'assez gros papier vergé, jaunis mais
très bien conservés , sauf des taches d'humidité à la
marge des douze ou treize premiers, dé quelques-
uns au milieu, et des quatre derniers où elles sont
plus légères. Le format est d'environ 22 centimètres
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 71
sur 1 6 centimètres. En moyenne ii y a 1 9 à ao lignes
par page. L'écriture, en caractères nestoriens, est
très distincte; assez épaisse, apparaissant à certains
feuillets à travers le papier, mais sans que la lecture
en soit rendue plus difficile. Les difiFérents traités
qui composent le recueil commencent toujours à
une nouvelle page; il arrive même que deux traités
qui se suivent soient séparés par une page blanche
ou un feuillet blanc. Les titres et les souscriptions
(celles-ci pas toujours en entier) sont écrits à l'encre
rouge , de même que çà et là , dans le texte , les termes
qui servent, par exemple, de thème aux explications.
Les mots ou lignes d'écriture écrits verticalement
à la marge , souvent comme corrections ou additions ,
sont généralement encadrés de rouge. Les feuillets
ne portent aucun signe de pagination. Dans la suite
nous nous en rapportons aux chiffres que nous y
avons mis nous-même, page par page, depuis 1 jus-
qu'à 2 56, et que nous reproduisons plus loin, entre
crochets , pour le texte du traité de Prohus sur les
Premiers Analytiques, et pour la version que nous
en avons faite.
La page 2 et quatre lignes à la page 3 sont oc-
cupées par un griffonnage informe où il paraît être
question de remèdes contre les maux d'yeux. Les
pages 6-10 contiennent, sous le titre vJby^AJI",' des
explications, en arabe, touchant le calendrier, accom-
pagnées (p. 10) d'un tableau. — A la fin du volume,
p. 2 53, on lit douze vers, sous l'en-tète )^rr'r^^]
72 JUILLET-AOÛT 1900.
signalant au maître les défauts auxquels il pouira
reconnaître le disciple incapable ou indigne :
:|{aJd la.tev:> o»2i^ Iwflo) a»WiD{ Jbu)
.)«jaj ^w>*y? ^oS^ ^^"^ ^t^ ^f*^ «AOMJDofiGid
Les cinq dernières lignes de la même page et six
lignes de la page suivante, exposent une recette pour
enluminer Técriture en or ou en argent. A la suite
de cette recette, encore à la page 2 54,1a notice sui-
vante nous apprend que le document est originaire
des couvents (du couvent?) de Saint-Georges et (de)
Sainte-Barbe de la ville de Karmelisrh :
Voici à présent rémunération des traités dont se
compose le recueil :
1** P. 12-23. — JL^oLOdo :)loi^») )«^} Jbûjo
JiviJi jl^faate} :)l^o) JLo} «aj) o^^ .iLo^J^J^L
Comme on le voit déjà à la suscription, ceci est
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 73
une composition en vers. L auteur y propose à ré-
soudre ie problème suivant : d\m père seul, en dehors
de toute union, naissent six cents enfants; de Tunion
du père avec une de ses filles naissent en outre trois
mille enfants. Le père c'est le nom, la fille en question
c'est le verbe. Les enfants sont d abord les diverses
formes grammaticales des éléments du discours, en-
visagées comme dérivant du nom ; ensuite les mul-
tiples sortes de propositions résultant de la construc-
tion du nom avec le verbe. H ny a pas de nom
d'auteur.
2° P. 2 5-10 1 : Version du livre des Catégories
d'Aristote, sans nom d auteur ^
3° P. 10 2-123 : Deux scholies sur les Catégo-
ries d'Aristote dont la seconde d'Eusèbe d'Alexan-
drie^.
4" P. 12 4-1 55 : Commentaire sur le livre Usp)
ÈpfXfjveiaSf composé par Paul le Perse et traduit du
perse en syriaque par Sévère Sabokt, évêque de Ke-
nesrîn^, — Ce commentaire est suivi d'im appendice
comprenant :
a P. 1 55- 1 Sg : des éclaircissements composés par
Abraham à l'usage des étudiants.
^ Même traité dans le ms. de Berlin, Sachau , 226 , fol. 11-42.
^ Cf. Rubens Dur al, Les anciennes littératures chrétiennes :I1, T^a
littérature syriaque, 1899, p. 255, note 5.
* Gomp. sur Paul le Perse et son traité adressé à Chosroès Ano-
schirwan, Rbnan, Lettie à M. Eeinaud (Extr. du Joum. asiat,, n" 3 ,
1852), p. 21. Notre traité n*est pas le même que celui dont il est
ici question.
74 JUILLET-AOÛT 1900.
b P. 1 59- 1 60 : un court supplément d'explication
par Jesubokt.
5" P. 161-169 • I^^ttre du même Sabokt à Aitha-
laha évêque de Ninive, où Tauteur traite «des pro-
positions dans le livre Ilepl Èpfiriveias^ ».
6° P. 173-216 : Traité de Probus, sur les Pre-
miers Analyticjues d'Aristote.
7° P. 2 1 7-282 : Traité sur les syllogismes d'après
les Premiers Analytiques par Sévère Sabokt*.
G est le numéro 6 de cette liste qui a tout d'abord
attiré notre attention, grâce au nom de lauteur.
Dans son étude De Hermeneuticis apud Syros Aristo-
teleis.G. Hoffmann a réuni les données assez maigres
que Ton possède sur Probus ou Prôbâ^. On ne sait
point Tépoque précise à laquelle vécut le philosophe
syrien; mais il ne semble pas devoir être placé
plus tard que le v* siècle; daulre part, ses travaux
sont postérieurs à la première moitié de ce même
siècle*. HofiBnann a publié dans son ouvrage, avec
traduction et notes, le commentaire de Probus sur le
^ Rubens Ddval, loc. cit., p. 287, Renan, loc, cit., p. 36; Tin-
scription communiquée par Renan diffère de celle du manuscrit de
M. Bedjan qui est aussi celle du ms. de Berlin, Sachaa, 226,
fol. 83.
^ Rubens Ddval, loc, cit,; Renan, loc, cit., p. 35 ! la suscription
reproduite par Renan est à peu près identique à celle du manu-
scrit Bedjan; — le même traité dans le ms. de Berlin Sachan, 226,
fol. 60 et suiv.
' 2" éd. 1873. p. i4i et suiv.
* Loc cit,, p. i/i/i , i46.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 75
traité Usp) Èpfitjveias. ^enan avait rapporté \ renouve-
lant en cela une erreur déjà ancienne , dit Hoffmann ,
que dans le Kitâb-el-Fihrist Probus était désigné,
sous le nom, légèrement altéré par une métathèse
de lettres , de Phubrius (t^T^ji) ; et qu'il y était présenté
comme 1 auteur de commentaires sur le Tlepï Èpixti-
veioLS, les k.voLkvTixà xsrpÔTSpa et le Hep) g'o(Pi(t1ix6jv
ÉX^yp^wr. Hoffmann , à la suite de Wenrich, remarque
quau lieu de c^wji, dans le passage en question, il
faut lire (jy^ ( Qawairi) ; il considère en conséqiience
comme erronée la conclusion basée sur ce témoi-
gnage, touchant le commentaire de Probus sur les
Premiers Analytiques^. Quoi qu'il en soit du témoi-
gnage du Kitâb-el-Fihrist, nous voici en présence
d'un manuscrit attribuant à Probus un commentaire
sur ce livre d'Aristote.
Rubens Duval signale la présence du même com-
mentaire dans le manuscrit de Berlin, Sachau, 226.
11 fait remarquer qu'il y est mis sous le nom de Probus
presbyter, archidiacre etarchiatreà Antioche, de même
que la version de Ylsagoge de Porphyre. « Il est pos-
sible, ajoute-t-il, que la version du Ilepî Èpfxrjvsias
soit d'un autre traducteur^. » Le commentaire sur les
Analytiques renferma dans le manuscrit de Berlin,
que nous désignerons par la lettre B, est le même
que celui du manuscrit de Bedjan (=== Bdj.). Seule-
ment la remarque de Rubens Duval n'est pas eiitiè-
^ De philosoph, perip, apnd Syrox, p. i4.
^ Loc, ciu, p, i46.
^ Loc, cit., p. 2 5/|.
70 JUILLET-AOÛT 1900.
remenl exacte. La seconde partie de Vlsagoge de Por-
phyre (la première partie manque) est en eflet,
dans B , rapportée à Probus presbyter, archiatre et
archidiacre à Antioche; la souscription de ce docu-
ment porte : JL^ ^"^ *)! He^o-jo H ^o m )Pi^^-A.
H n'ep est pas de même du commentaire sur les
Analytiques, séparé d'ailleurs dans le manuscrit en
question , du traité de Poi^hyre , par d autres docu-
ments. La seconde partie de ce commentaire, la-
quelle vient en premier lieu, est attribuée dans la
souscription à Probas le Sage, sans autre titre; la
première de même est attribuée dans Tinscription à
Probas le Sage tout court , exactement comme dans
Bdj.
Le commentaire sur les Analytiques (= A) est-il
du même auteur que le commentaire sur le Uep\ Ép-
fjLïjvsiaSy publié par Hoffmann (= H), comme l'attri-
bution qui en est faite de part et d'autre à Probus
est de nature à le faire présumer ? La comparaison
nous paraît décisive en faveur de l'identité d'auteur^.
La méthode suivie est la même dans les deux docu-
ments. Suivant le procédé des interprètes grecs, nous
^ Dans sa dissertation Aristotcles Analyiica bei den Syrem (Beriin,
1898), M. L Friedmann écrit lui aussi, en s'appuyant sur des
raisons qu'il n'indique pas, que Tauthenticité du traité de Probas
«ne peut plus être contestée» (p. 28). Voir plus loin, à la fin de
cette notice préliminaire.
LE TRAITE DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 77
avons d abord une courte introduction générale;
ensuite, arrivant au commentaire proprement dit,
l'auteur expose la matière à traiter et discute Tordre
suivi; abordant le texte, il allègue point par point
les paroles d'Aristote auxquelles il fait suivre son
explication, en rappelant fréquemment aussi les
discussions des commentateurs touchant tel ou tel
passage. 11 est vrai que le thème pris dans le texte
d'Aristote n est pas précédé , dans A , de la mention du
nom d'Aristote , de même que le nom de Probus ne
figure pas en tête des explications qui suivent. Mais
il n'est pas même prouvé que cette particularité que
Ion observe dans H , soit originale ; on ne la trouve
pas non plus chez les commentateurs grecs. Les opi-
nions des interprètes sont introduites de la même
manière dans A et dans H : ^;,^)o : on dit, d'aucuns
disent, d'autres disent, . .Les objections sont souvent
présentées sous forme de doute auquel l'auteur répond
ou dont il donne la solution. Il fait poser des ques-
tions, p. e. sur l'ordre suivi , (JL^afc^o), pour amener
des explications. Ses transitions prennent la forme:
« Après avoir exposé tel sujet, il (= Aristote) veut dé-
finir, montrer, nous apprendre . . . telle chose. » Cette
dernière tournure est très fréquente, (H, p. 67, 1. 19;
p. 70, 1. 27; p. 73, 1. 29; p. 74, 1. 25, etc.; A,
p. 174 et pa^sim). On trouve souvent l'expression de
l'identité entre deux notions formulées par ajo» [id
est) :H, p. 64, 1. 26; p. 66, 1. 19 et suiv. , etc.; A,
p. 173, 189 et passim. L'auteur aligne les membres
d'une énumération moyennant les chiffres d'ordre :
78 JUILLET-AOÛT 1900.
premièrement, deuxièmement. . .(H, p. 64, 1. 34
et8uiv.;A,p. 180,183, 1 go et suiv.). A la question
de savoir pourquoi Aristote définit ou traite tel objet
de telle ou telle manière , on répond que c'est pour
le distinguer du même objet envisagé au point de
vue des orateurs, des grammairiens. . .(H, p. 79,
1. 10 et suiv. ; A, p. 189). L'amour d' Aristote pour
la concision offre la justification de certaines formules,
ou est alléguée comme objection (H, p. 74, 1- 29;
p. 86, 1. 2; A, p. 181, 186 ). Si le nom de
Porphyre n'est pas cité dans A , en revanche Alexandre
(d'Aphrodisias) dont Topinion est débattue H, p. 81,
1. 3o , et p. 82 , est également mis en avant A, p. 1 85 •
et suiv.
Voici des observations plus précises. Dans H,
fauteur expose dès le début (p. 63 et suiv.), les sept
points qu'il convient avant tout d'examiner avant
l'élude d un ouvrage quelconque : Je but de l'ouvrage,
son utilité , etc. Or, dans A , il commence par rappeler
ces sept points ; et ce qui plus est , ici , il dit en termes
explicites que « nous avons appris » la nécessité de ces
considérations préalables» dans f ouvrage qui précède
celui-ci ». Ce « livre qui précède » n'est pas le traité
même d'Aristote Ilepi ÈpfjLnveia$, car Aristote ne ditrien
de pareil; ce ne peut donc être que le commentaire
de fauteur sur le trîiité d'Aristote. De même, dans
A, l'auteur rappelle (p. 187) qu'il a parié ailleurs des
propositions modales, ce qui nous renvoie encore à
H, p. 68, 1. 5. La formule finale de l'introduction
est , à peu de chose près , la même de part et d'autre ;
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 79
•^OM^I ^;«^e«- Dans A nous avons : jD}f ^ ^^^^1?
•yW-^l Aïo» JLd&o ^«^D yW^IAvif. Sur Timportance
attachée à la division de la philosophie en théorie et
pratique, voir H, p. 65; A, p. lyS; en ce dernier
endroit, la fin propre de la philosophie pratique est
conçue plus spécialement comme « lomement » de
Tâme humaine ; Tauteur semble réserver pareillement
d'une manière plus spéciale cette notion A la philo-
sophie pratique H,p.68,l. i3et suiv. , bien quil
s'exprime autrement H, p. 65. Dans H, Fauteur ren-
contre Tobjection que l'objet du traité llêpï ÈpfÀTj-
velûLS paraît être le même que celui du traité sur 1rs
Catégories y p. yo , 1. 82 ; p. y i , 1. i et suiv. ; il traite
la même objection au sujet Ae,^ Analytiques j^. 180 ad
fin, et suiv. — H, p. 69. 1. 12 et suiv., l'exemple rfa
taureau, du cheval et de l'homme rappelle le même
exemple, A, p. 1 83. On peut encore signaler comme
exemples communs aux deux traités celui de la
maison à construire, H, p. 64, 1. 2 et suiv.; A,
p. 1 7/1 ; celui de la proposition conditionnelle : « Si
le soleil est au dessus de l'horizon, il fait jour », H,
p. 66, 1. 21 ; A, p. 190. L'auteur dans H, emprunte
parfois ses exemples à la Bible (p. 66) ^ ce qui n'est
pas le cas dans A; mais, dans H non plus, il n'en
manque pas qui sont pris dans l'histoire grecque;
sans compter ceux dont Socratefait les frais, voir p.
^ Hoffmann remarque que ces traces des idées chrétiennes se re-
trouvent aussi dans les versions des œuvres d*Aristote (/oc. cil,,
p. i45).
80 JUILLET-AOÛT 190.0.
e. p. 86, 1. 28 (Ajax et Hector). — La raison pour
laquelle Aristote ne fait pas mention de la àmKpaais
dès le début de son exposé, cest quil a le premier
introduit ce terme : H , p. 85 , 1. 3 1 et suiv, ; la raison
pour laquelle il traite du « terme » après la proposi-
tion, c'est que s'il napas introduit le mot lui-même,
il la le premier employé dans le sens qu il a ici : A ,
p. 1 80 et suiv. Remarquons lusage fréquent du verbe
foi^L) commemoravit (H, p. 67, 1. i5; p. 68, 1. 25;
p. 77, 1. 10; p. 84, 1. 29; A, p. 181, 182, i83. • .)•
Nous pourrions multiplier ces rapprochements, mais
nous croyons que c est inutile. L'argument principal
réside dans fensemble des caractères que présentent
les deux compositions; dune manière générale,
malgré que le commentaire dans A soit d'ordinaire
encore moins développé que dans H , la lecture des
deux documents donne l'impression de leur commu-
nauté d'origine.
Hoffmann ne tranche pas la question de savoir
si le commentaire sur le traité Usp) ÈpfJLtiveias serait
ou non une version d'un commentaire grec, bien
qu'il semble pencher pour l'aflBrmative^ Le com-
mentaire sur les Analytiques confirme la supposition
quun original grec se trouve à la base de nos deux
documents syriaques , que ceux-ci soient des versions
proprement dites ou seulement des résumés. Ceci
nous paraît plus probable.
Il est bien entendu que nous ne donnons ce titre
trop pompeux de traité ou de commentaire sur les
* Loc. cit,, p. i/iC.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 81
Premiers Analytiques , aux quelques pages consacrées
par Probus à l'ouvrage d'Aristote , que pour plus de
facilité et pour nous conformer à la suscription
qu elles portent. Il n y a guère ici d'essai de commen-
taire que sur le premier chapitre des Analytiques, et
encore est-il très imparfait. Pour le reste, dans
presque toute la seconde partie de son traité , fauteur
se contente de dresser le tableau des trois figures du
syllogisme, avec leurs modes, et d'indiquer comment
los syllogismes de la seconde et de la troisième figure
se ramènent à ceux de la première. 11 est possible
d'ailleurs que fœuvre de Probus ne nous ail pas été
conservée intégralement. L'importance ou l'intérêt
qu'offrent les productions de la littérature syriaque
en philosophie, comme on la dit, ne réside pas dans
leur originalité, ni dans leur valeur intrinsèque;
mais dans la circonstance quelles forment la tran-
sition et le lien entre la philosophie grecque et la
philosophie arabe.
Dans le cod. de Berlin, Sachau, 226, les deux
parties du traité de Probus sur les Analytiques sont
séparées l'une de l'autre par le traité de Sabokt sur
les Analytiques. La seconde partie de fouvrage de
Probus figure d'ailleurs avant la première (fol. 52
et suiv.), immédiatement après la version de la
grammaire de Denys de Thrace mise sous le nom
de Joseph d'Ahwaz; la première partie est repro-
duite plus loin, fol. 76 et suiv. ^ Cet exemplaire (B)
• M. Friedmann iioc. cit., p. 28) ne tient pas compte de cette
XV r. 6
84 JUILLET-AOÛT 1900.
i^^j nri >"^ rf>f ^^«-^ ^1? *^^ i >V v>)o «oioixJ^ JL^^I
]^]o %JLw^ ^ innn\ JL^âof^ **k^^] k^] «JLw^o j^»|
^^f **i(^.^| •JLâ.dOf ^ >iQm,V JLvJ^f [174] «^J^-^l
•JL^-do9 ^ JL^w^ ^Ofti^ v^i^» *,^nmv ^OML'Lf
.en rm m ^^ nfi mv w^ l^t^A^t i^^ot -^au) <*«)}
04^0 Lâ^f JL^^fete >nVrr> 04^0 Lâ^t «l^^**^? Jbui^
)^.l-l-to ]i] .ô%^J^\ JLl^ )La:sJ^to Jet} JL^^^fete Uj
: ^^} ^ ^ P» <* ^a-jJL^9o) ^^f .nri >N,o»,^a,^jafluf|
* Note marginale : i ^^^ *»rj«x — ^. Ipo ^^ j.i.^JIc>jJa^^l <^I.^p1
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 85
Uo JL;.^) iLox^o)^ M^D )J^J.^ ««otoJK^o: iLox^o)
^^ :o^ JLA«*fetef **o( iLox^olf oî^t )JSj^ JtsJLâb
|i75| JLA«*fetef **o( iLâJ^ojf **o(o>^•) )J^J^ JLûjJli)
JL^^^ ^ ^) :)Lu^| )La.A-^o)f |J(sJLào ILds^J:^^
^ «> V .^ : ]J^ à y» J^J.^ ÔmJ^J:^^ ^^ iaoi .ôiaaâA.
'JU > ro)f llo-i-^ojllt JliJLo) .^^1 ««^h «iNsoQjio
V^L o) t-a^L? :ô^^\ ôtLoâu** w^oi^ .JUj^â^a^
^ k^\ .JL^tolet^o Jbudoi <»i^) lî^^ U^NiO^i»
jfiwuof Jlâo ôo» ^t )1o9q:^«aû^ .^d^o»} ILwvj^ Ife^t^
)Lo9aJ^i-£0o JLa9o)o»Lo «^-^t )laN> >S\n '^ .^«^o^^
86 JUILLET-AOÛT 1900.
Jllo :Uaiâoo) o^ JL^^fetef [1761 fa^ai^i .^^.tolL)
|^-|-^ iKsi-j-to Jllo : ILw^l ILoxàoolt )JSj^ «*0»oi^.)
*«olo>^•) Uo •ItiU^'â^ jLjiu»J^.te )la«Ao)) ILoJ^oo)
Uo .oC^f )Kl^ J^Oào Jjo JL^i^) ILolàoolt )J(u^
;oJL-jb U ^^t-^ «ILo-AAlf lloxftoolt Ijfrojo ^e»Oi^»|
ôf^i^t )^.l.J-to >)Iq I vio) I >»; an v»^ ^ftti^kO) ^Aif
W^ loi «/oiL» Ile* jt^o^ lldl) »^i»iiV>)o •.^Q|Oi^•|
Jllo rHlL^o JL;uKite l;^|ll! <^l )la«Ao)f ILoi^oo)
JL^ ^^ . nri >N, e>-^o,^.^a^f ) ^ofi^f lAojo «*olOi^•|
IloS. nN. V» ô|^>^•| )lo ff»o mV ii8»f >ojJl^9o)f )a«^|
)lo I v»o) Of^i^ I II m »»ft^t ^w^â^{ ^jlif jliof3
)la-J-too) ^ i^«^ JLa^Jlil ^ :«^o»o^) oiA^^^^Aoo
)1q '^ ni} ('))la..a^oh hK^\ •JLjà«»fete o»d{ «*qi
)lo o » ^ v»;,^^»^ y) .Ifa^â lotoâ^^.^ Inaiitte
)UV »S. Vi ^ ^n^Mt»^ :)J(^aj;;«»| ^d^o»o iLov^Qifo
|JKw-i-^ JL^b-aJ^. a y» •ôl-»>^•) ^o»&y^^^ [177] «^It
•<') jLa^9a.^9o JLaA^;i^^ )w^ ;)lo9»ottN.<>g»f
' B om. jLoiaooh •••o»d} ..0».
9 B Ixuîo^oio.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 87
^^Ji^olt • W^l ^t ^O^^^A ^OM>^•) ILu^ji^t **^
:)>^•j^..J-too )J(^«^£^ ^oï^^ )Ui>a>Jl ^t «^fetel :^t
«*o( •JLodfij )i^»J^JAoo )J^>iV> :ooL ^o»LaâA«*;i;do
^o^^t JLàoh :)lw^^A. Ôm^I Jilo Jll) «Iff^ ^j ^ei^
' B addit. : ^ JLâ^ JLdM |#2k.|l0.
JUILLET-AOÛT 1900.
88
('): i^.h p^ "^ : h*U )H.f« "^ : >po».^.| ^^?o
iij 11
i11 -ii JH î
^ jLjli ♦ j n 'il' ^o^J^)? i^^^? oMaA.Q^ ooL [179]
jqX iio} ^db^L? Jbux^o «JLa^af JLimj ^ «Si^^t J^^^
^ B répète deux fois l'entête de ce tableau; mais Tune des deux
fois il la présente sans aucun lien avec le tableau lui-même.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 89
•^^v<^doi ;.^| •JBaAfioJL^o;^ om^^^I yo^o «JLaaj Ld!^
V-^l 001 ^ Jl I '^ >)f *Jl.<iVr>t^o •> «xDOjaA^û^^od)
iXDO VI m > ^N, la-fip ""^^^^o «*olOi^•) 0$^^»^ JLaaj^
'*^^^— âof ^ I »; y») ^— I — «* *><ft>o Ci 0 ^ua.^fa3)
%n 91 If ««o»Oi^») I * v»i f» ^ I • «> > : HH^of jliJLdIf
JLL-âe« ; U v> Xo ■> »a:^f ^fly^f JLa^ :jUof
**o»Oi^») *.^^)t|f *.>abJLLf ^f Ibuuo «uBoouaA^ucufadl
<^) :JLj^^fete ^ %fiflufi»JL^oud [180] .^o^ jLkd
90 JUILLET-AOÛT 1900.
^ «^ o) : JLskâ;;^ to:!^ |t) ^9J^%do : ^itL l^^^J^
Jl ^ •<! 9» )j^ LoJS.: 1 ^ r ao» Lo^ )L) ^yJ^^o
|J(w_i — ^ J^w-J — » "^ibb. ; I v>o -t^ Jl Vi • ^
i^sjbigao) jLte«jd oe«f JU) : JLlaiû) •«QlOi^») JUoa^t^
• *AO»Oi^») Jl Vi .a ta^oA, JUoa«*Lf •^;.te) ^^ ^LH^
Jl V> Ji to >o A ^f : |oe« j^^l JUo ,JlW»ign)f l^^â^o
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 91
) J^ ffi » ftt 9» jx^i u^lf .«^oL ^<^âAat*^o . I, v>o »»l
^JLlj^i "^â^cJbo^ ^^o^^i;^ wd ^o^^i;^} )oo« «id^l )J
%fioJLjo»ào?OM9o»âdo %âa^9a^f.^JLad ;i«^4iâ «yf*^
^_^oi$^ c>oL JLd9o«o .^2^1 ).»^.jJàd lUo"^^
>ta M V ^ |,^ 'il il g» ILd u^I JU) •^I'^j&a. iLoi^
I \aji% etJ^a.A. jaaAfioJlâ Jlictfv^boo •jeaAfioJldad)o
)J^i.-J — M J^ I y» «^1 :^-«? JLo9o« .^L )j^&â:s.o
JLjCv»ado ^} Jlio» •}Ofio "^Sb^ ^f^} uBDoQA^Jldadlo
:i^ ^ ItodO^lo .Ita^âoûo iLo^J^lo ^*^i^^ ^ i^|
.^ i >i v»)o #>ina > mjl ffm o>)f o^^i^»| jJKsJ^^f^ «^o»
\oi»j. — ' Bv-r^,.
92 JUILLET-AOÛT 1900.
\]k^ I vi'v ^i^lf «^o^ ;-^d! •»j^;.^)o : «.^2^0 ^i^Jlif
^jBpg Yi m > ,^ % 10 m <9rs> >■ m\r> Uâof ^f ^
JLJîo^ Ji'^jlo»» ^ ^^6tef 00» o) «JLia^l'^jio»
' B ;«.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 93
VA^Y ^^oit i9iiN.,>oiio Udoi IomuI )^^ ^ |^iO#*#?
oo» : ^ ^ »| «^^— »h *<nfiimJL^ouS^ JLfJ^sA^^ ôoï^
II90 *AOlOi^»|9 001 : v^N. g»t^ ^— â o| ^Su-ifidoLfete
SM. • -l) J^^ o V» f» oe« )J) : I VQ Ji^\ JboiiL^ oib'baflo
JL-^}6te 4.^ ^f Ifo» .«jfiflkAca^owdf |J^J^o^%\. *.o^
^ li en deux mots, i
94 JUILLET-AOÛT 1900.
|;.JD Jivio^m) . ,nfi»NjOo) u^;-3Ô) .oofiOA. Uoa«»L
••li^^^ tr^ o| f-^^-^l JLteo^L f-i* ^ oh ooiiK %jij)
^|o : ^;.^) ^f>o^ Jboo^^ );jûc^ AJ^ • JbooJ^
*.S^âfete ^ o) %â£Ool^te ^ o| ^i^)^ ^} **OI {iA^
%^^i.ji^t )oe« [ise] JL^ hoi wii^o:^) •Iw^^iA' 11?
»JbJl^.^^ — ^ B .iB^mJbJL^.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 95
:**oioJ^») J n .^1 Jj .m lo i^h i^<^ «>! iiJLâf .^n^)
«aO» t. » ^ ,^^^ «««otoJ^») JU JLûufl )J ifirio^);iiOnmo
«*oi II;— .di») «aoi ^— ^^ J •! n. Éfl *AoiOi^»)f «aoi om^o
JU^I ^^ ^f [187! oC^ <n 91 n> JL^o-do JL^d090
"^^ftwl ;|J^ 91 mol ;_^J! a-^^^^^ **o« «-^ JLi-*»)
J^Mbdo) jLxdo9 "^ibb.) JL^ad? *^o» ^! ^^o .liio^^o
1 B .Miu^l^U^. — * B .Aumiboftio. — ' B addit 1^.
4 B Mu^i^llU.
96 JUILLET-AOÛT 1900.
*..nn ■» nr>J^» ^o» v>f .m » m ^o;;^ ^oo» •**o»oJ^•) jifo
jl.âoa^t .^w^lo llciVi.r^ oi^ ^Af^.Éfc^ J^>JLJW-^
^ <i f> 91 fT> oe«f ^ '^ ») ^^jDJtsjk^ ^ oo»f ^IS>^)
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 97
)ooM ^ jlio»r«;iÀ^JLûAi£o .^^^docuèoU^o^A^^ia^AJ^
tnri>mj ^o;>a ^^^^ *.\^At*^f «^o» ^f «.«d .^^^a^
Jl V ^ : Ji v»o *»l ^^^o .m > mJL^o;,^ ^^S^ ^-^h
.^_^|o ixpg Yi — «1 0 ^ S. lo fl> ^^^ ^9iV.jf
^^ ^>Vi»mll)^ ^^o«! J^;-^l ^f^ *,^r^ ^»V^Vn>tl)
i^>Vi *ii mil) ♦ ^ >o» É^) ^^^i^oi? **o^ :%A.4^|l2^|
^\ ^ )fe« ^_ji — 3o •;*-.^) ^ <>*fôll) ^â— ^^— di*
189 >.nn 0 m ^ov»3 ^-^ ^flOOVi nn o^Si jg fWS.
^-ô)o : ); v>| v> <ii— A.) ^)o u^(»).m-^JL^o;A
a^ JJ) .jUoa^L ^f ojo» : fo^ fo^io 0%:^ ^^^ ^Vmll)
Hfo : ^-^jfolt>^ ;i-^o| iiviV .^^^ ^;.^l <*)lQLS^fo
XVI. 7
98 JUILLET-AOÛT 1900.
»»oyi iin »^^ 10 ûtK> a^>o;Aj^ .^jé^vIo «JLfoLftte h»)
«tcnfliffiNn^ ^ ^^Aa. JLiIud ^i.^) .mui^K»^ «^^^^l
^^^ o) : ^^ »»■ -^ V ^^f (foi ^ «*oioJ^»| );.«^ ^«to
fooM Ut «jL*ovd jn9iv(S.o <^>)Lax^;.^jQ(^o : ^«o^ff
ooo» ^^)6te jlioi^^^ : ^aAALi )JU^ JLoyoUf \ii)
j^»)f ^ 4^1 a2^o >^,^-Dl )LQ:^kAj-3o |1^ LoJAooJldt
«^î^ Vf ^ <t-^) «^^'Wf>»v» JLu^ «â o) •Hw*' ^m)^
**oi o) I igoj .^oo^ yp;.^jli ^V* ^i^o^ ^^o»?
«*.^g^ ^ <^) «Ij^^df ^^^ JO^^Sol^OlB Lois» |j>V>ii^t
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 99
< VI ^rt *| .«»0io4w) JL^^I ^^^^ UàtàM, yl .^^
^— M «>o»ft T ,0 at ,9tr^f . U-J0I ilii-i^) /of^M^ »ei
ji Ml %i *| «uoidi(w) JLj^^I ^^"^8^ i^ùA yl «^âi^l
JLj^^) ^..lâO^^àK I • \{1.a éOOl Jbtt^âsft) y|0 .aO^dAo)
:^L} .JLjb}) <^| ^f Jbûtf9o»Aaoa^ .^OM^I Uow
' B lloLfolfet». — ' A ta ttjâfge ^«ae^. — ' B rtai.félfià« .
7-
JOO JUILLET-AOÛT 1900.
o) : Jlio I ,o ^-^ ^^ ojo» *. |a^6te ILoAaiûj ^ o|
JI..1..A0) JLdJLd "^ • .^oioi^») Jldjld jLaj^d ^^ «^^l
• )J^«Ii^ jBoIfioJlâjL^JLo ^L?L ^f ;Â>)^ 001 : ^^•a«»l)
Ifo» h^ vci fnf ^^^ U * *> ^i^ • ««oioJ^») iLoA^to )f)
^^f "^ : ««oioA») ILo-^^-^ JLaj;:^ >^f JIijld) : |^^.^|
• ««o»Oi^»| JLboo) ]i\ jlAJWd ^^ : OM^I JLfiOo) ILorf^
liY vo €0} ILu^do : ;-^^^ jliaxiDf JUoo^Lo JLd9o»
^^>Xo» ^-âo o) : JLoo» ^^aA,! jJKd^ ^ o) : JLoo»^
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 101
j no ■» ^ JLajw^ "^T iiXd) : JLooi ^aji^t ^ ^:^o»
"^ : jL*oe« Jl o i Nr» ;^i^»f ^^ ^^oi ^ • ««otoi^»)
•OM^I jt^mo) iLoAdi* ^f ^^ ..«oiOi^») ILomi* I^iq
oi-j) j V "> ^^1 *^ ««oiOi^») JLboo) ^4-^* JLiui;^ ^^
i^oif ^^-df iiJLâ) : |^J^.-J-^ |i(wJ^u^ ^ |a^^?
^-.âo IKliVo o yl i^oLo «lu^lfete 193 )i^.a^t
>»oJa-^J^^ in 9» ^^^? hu^] Jo^mnI «*j) |i^»J^J^
w^^^o .JUoQ^L "^ibb. lAjJK^fiAjf JbftjDajotav>om )ooMf
lOa JUILLET-AOÛT 1900.
^^^) *\i9é^ U*i» "^ ^««» .ILftM» ILâte "^
.>^W| W^^tl i> Ujq^ |eei Uqoio V u«#«9jL^p|Ad
^^i^i^H» «tï^V^I txOOt»»^ ^Ihi« |^%J>>I^>0 ^OO^âMI^O»
^^ «#019 typA^iO ■■> UV— ^1 Ilt<>- I I» ^t^ ^,^
JU? ItPiQ «lLw-^1 )La.i^gu«*No f-vf^-d «ILquuo^Jbto
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 103
)JS...<i,ji;— ) ^:^o» |a!^ oï^ **o»o : ô^i^») )J(^*JJâoJ(sjk^
.][,«>>&« ii, y» 195 <,flpaVi mn^Viom «*e»Oi^») ^o^o^
|;*JD I movi fin n^oN» 10 a» ^^>^^o» ^ Jo>l^r^aiV» ^ ;.^)o
<^ I > ■■ N ) 00» IH—iJ^? **o» La.2^ :aAiBûuil)f ^«^o»
^^^^3 ^^JU^I 001 IjuAsi? ««oi Id^ :aAiBûuil)f ^^01
d^ JU) «JLâjJli) ^t *^o»oJ^») • w^ «fOOâflUHu^Èwofio
^-^t OJOI «UJUm^ o) ; jtodo» ^t OJO» *')0y^ o^
^#p^ >)Iq I », v>t^ U ta^} IIqiVnovio «IVoi^o»
, )to i >■ v>^> y» H La-2^t llfii 1 N^<i viNo
)«^ ^"^ibb. uft ^1» JU \]l,»Nhffiav> ^) >xDa.\a rin,>^N. lo m
JU •>ot.^ i^»)f )^«^| )au**-Jf *^o» lo^ *. ^1^0» ^
^.d^o»! )lri ,l*N.^fc^ ^^^ »*Cl <>lct> ^} j,i>>frriav»
**oio : Jliu-«*jLd JllW-«*) )ooi^ chN.1. "Vf ^f **o» ^o^t
104 JUiLLET-AOOT 1900.
%^ ^ j:>tj ^^ ^^^t ^010 : Hiu-^JLd \àuA |ooM
oNfi ^ •«A-i| Iwiiao J^^«»^ ^ w^ ^ .^ooi^ j6w|
JJo » y\ ■> mt 001 ALojkM looMt %otf ^^.^Jdfetet 00»
i • H "» "^ •0|.-«J^•| JLuBOol ILom» "^ «««OlOi^»!
*^^^ ^-:bo ^^t ^-â «««oioJ^sIt ««o^do (*)|Laiii^Vttdo
JL^^^f ^-^^Lt JLoa-ACLd^ |njiQ& JbL^^^ ooL [197]
■ m > ml 9»n 9») «^iîdoit t:»OM^| l^L Jf>>^QVJli|t
;)^ ., I S.ci n t^).m , mJLaJL^jLo ;|J^.,iVq^
omilA-i ^ : IJ^dO^^oâ ^ .mAmJldadlo «JL^Ldoi JJ
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 105
JLsl^oi .JLdjLd jLiuivd «^ JDo *.^^| <^lt «JL^do»
^^t «m.^i.£ojldo3| *>JLaj;^ Jldjb )«^ JDo : Udoi ^^
^^ D .^-a^) «^)t «oMikâJ t^ JL:ido» D \)>&*^J^
^^ D : w-j^lo lA^) oC^ u3Ôi ^wi) .JLajv^ iLow^
«^
)L;»^| ^~M "^ » od Do .''^-^«^ : jLo^M^ JLajv^
*>JLaudo» U ^JLr^x^t''^^ .oMikâJ «^ Do .jLadoi
• JUdoi )J^.^a^ "^^ *.|J^.^a:^aâ ^^ .m^jsJbjL^JLo
^^9 JLâdo» ••*o»OJ^•) jLa-A.^ jL^j^d ^^ **^^) ^«1?
^f dS.) .fww^o .OM^I JLaj;^ |La.<^ |«.^ : JLl^o»
^ )oo» ""^-^«.-^ •o»-^i^•) la i;,^ iLo.*^ ^^ : po)
u^lt .jLaAoi oMiâu 4^« : |i^•J^^:>o ^^ «.fioujojldJL^JLo
^^} A '^ api • «i»oiOi^| )lo ,#■— 1# jLi^;^ t^ : ^a*)
"^ »|r iV ao o^-»i^•| 1 a M "> Ro^mi* |«^ : Uûei
)r> > m^ oe» «o»^ [198] i^•) ^^^L ]^\^ .m »iiri ^o;^
^;u-^^-iDlbtet 0010 ^XA«»t t:»? ^^^ •^^'^^^te? 0010
^^f 001 •fJts.^oo ^^.^Jdfetef 0010 «ofi^J^A^ jboQ^L
• o»-2^ i^•| I v»Q »l )^Lo • •*olOi^•| >m^it>JL^o;;3
i^•) Jl v»Q i»l ^9! .m>mjl ^o;^.^ ""^^^^ J^ jL^feteo
o>-^ i^.) JL-àoQ — ^l JL-^i) jj Jbi-ao '^g^ : ô^
100 JUILLET-AOÛT 1900.
■ nmocnj^o^ ^omUJ^o • JL^^ ««oio^lf 00» : |^L
I » ^ ^-.«^lo ••*olOJ^•) I oV .Tint ^^^ «MjdJ^iuhfto
• «*oio^) lia» ■• j an ■> ""^ *«t^l «4^1? *)laoV*^
^ iCH iUK,^ iLo^iM.* loi •OM>(^| jL^Ool iLorfy» ""^
JbouLaup»| •> Is^^ ^oiOi^.|o :^udJS^| anduni^o^»
:.*oio^| j.i^v»} ■i:> (ojtxu:^£o|o ^o^ J^\ |1^L :^t
y\ ,» jn»o *.^')4.-^ "^1^ ^^^Mûlbte JLx«fto ooif ««fetel
lift ^ » 1 a.iy ^t • ^»i^1 hu^\ : ]li;^| eei Kai«»1
|lft.-.w. loi .€^^^1 JU.-XD0I llo-..^ •«.oio.^.l
*> j » I ff>o| JKwAi^l lj>a*fioo •JLàJ^^'^âb. Ji^.^jdJbte
yooi^^l "^i^t «*fete| • •*olOi^•| ^^flt ^^f I vt > '^ rr>|
^^ : JbLdoi ^;«»t ^^.^udlb^ «JL^*^ 001 <^^JO)bèe
• lla-AiiM JL.nn. > n ^^ JUo 199J .^oiOi&i»| lloy^» JLiLi^d
jl '^^o • j^..^..^wx>l| Jl ■ j; ^ '^^o : llaM U
««Jb^l : .«oio^^^l l^lt ^— »! J Vi o r> <i>| ^JUsUâo
^^f ^^^^. ^..^t^ «>»o»oN^>. ^Ai^ii^JDfete ^OMtlf
^^ : oolo •««oiOi^.l lift ^ » Jl. • Ji. "» ^^ : Udo»
iioi U-^oN,^ . ^^f jLb^dfete <t «*o»Oi^.| JLysool Iaj^i»
1 B l^oA^Jo. — ' B om.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 107
lip^fe^^o • Lue ^e»J^i«2^i^t ^omIU) ««o^ : l^^ai^
:UjIO«^ IxUdJBo) «*O»0J^•| IfO^^N^O .J^hi^ JL&w^
901? ^-^t "^^ ^W «^)?! L^v^to O^ >>!»*>•! OOI
J^A^I jiài^tf oj : ^OM^L "^i^ ^^;.^)^ o) : JLcwjtt
; JL«9k.|M ^If ;ào )oom! «*oi ^ oS^ "^Juo : ^oom^L
^ ^ y9PH^9L K-#M*l [aooj JO-^iCDt U^fO OOI Oi^
OOI : ««OlOi^») JU;>9 ^-^t l »Q >>l • 09? JUoCU*L 6i^
oo» : ««oioi^) 9a-xlt ^t JUoa.«»l • 9o;^lt JUoa<»L ôî^
108 JUILLET-AOOT 1900.
^^f Jl > roo) : yi o CT> JLa^V3 |oi «JUado) |«^ JLaj;^
«*oi «CH— ^i^•) jJ^w3f .m ■» rr>| ^ov^ zJL^ttol {La^y»
.m » ml ^ow3 : ««olOi^•| iLo.^^^ JLaj;^ "^ '«l;-^!!
ooi? ^OM^j JLbolaxdIt ^? ijCio^ <^OM^| lUoi^f
1 a IQ '^ '^ : .m «imJL^ov 9i^ ^^^ ^âJ^A^f ^f^
..nn>mJl3jL^]Lo ^ .Aflu^mjldadl ^^ |;^«3 .m^JK^a^o
Uoi JLaJod . . fTiii» rr»JL^o;3 om^) %aa*fi9jldad) ^wl
.m ,, mJL&JL^jLj& ^t 1^^ : )J^.u:Md an^unJboBl
^_^l?L ^^ — ^ o) : |i^.j^J — ^ ^— l?l ^ o| : looi
LE TRAITE DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 109
^-^Ut JLvi <i *^ m) ^ ooio .fl^Lto ^^Ut |vi . ^ mJJ
<Mnfi ■» rr>j 9»JI ^ILo .|Ua:^l ,m^it>JL^o;,a ««01 .0^
.m «im| ^owa ^^ *> looiLf JLû.jJli| «.fioujojldoa) Uosl
>^J\\ .\ m I ot^ )J^ >iN>aa .m.AjldJL^JLo : )J^39
'."^oa^ oi!kftd J(^t> :('>J^.^ oC^ad .â:^) yl : ^ji^f
1 • r» ^ ^^ *^i^•JLJ;^| «^oLo ."^âo^ oN.'>"v ^âl^)
^ B J^ et régulièremeDt de même dans la suite.
110 JU1LLET-A0r;ï 1900.
• jLudei Uo\ :^a»»M? «AJ) \yÊàù <^li^Hof dot 4^
^ : ««o»oJ^•| ^«i^Ut ht A 4jL*iJVd ^^"^k. JL*a»e|
)J^i-.iii...iA.2^a^ ^o : lUo^l «.fioujoJldJL^JLD )J^y^iN;>
;^ ^«-^1 -JLdJLd JIaj;^ 4^ JJo :JLiXDtteo «JlaJLd
w^l ;^o ftcH If «^^ N • y» posj ^^^jbtef 001
^^^^j^ lla.^^ : )U >> ■> Ir^ "^^ Vo Jbjb .JUdei
l^lf ^t lif ^^*>JLa^;^ «^"^tah. JJo Jbjb .JLàJi^
^o : lUo^i .m > mJLBjL^lo )J^.J^lM ^ : ^^Êi^hA
m > mjL^JL^U» : iJ^oi .xa-^JlôJLgû fJ^Ai::»
oolo :^Mba..^ ;pi VI "> ifi %| -."^fea-^ /^pi^^
: iLo-^oo JLa.1)^ '^bo : UkJi^ UUbbo «^ ♦ >&i»JUjwi»f
001 ^ ^-.«#^.^1 ^|lo o y» U-^i^te «-^ î «jLLdftHoo
llo-oo «Uâo» 4^1 :^adomf «aj) j^ilm ^v^ftMf
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. III
"^^ llo^uâo .JlJ^te ('>«Jb;^ Uiw> .Ujtd "^ "^^
jsûuj^xoIjqo;^] \k^^ i^s ^o : lUo^f uB^^JbJL^JLe
4.-^ "^âb. Jlo Ji ^Q »to» «il — 9o» ;^-^l :%.a^o^Jt
: ^.^f o-^o» ^ JLdf 001 ««o»oJ^•)o • JLkiôibte J^iiNp
0010 «ILo-A^*» : ^^t ^-'^ •^^^i&oo JL^i^ 0010 «JliijLo
112 JUILLET-AOÛT 1900.
• «Aidfeteo • J^^^^ubL) ^OMfl ^^^ ILoam loi .iLo^Mi*
Ht »ii— i) i^] [205J ^-*j^) .Jbjb (^)JLàj;d J-* jlo
1^^ Ho : Iv^h m ^poJLaoa) ««oi ^odoi : JLaiâftte
^-d^JS^^o «iLdlâ |Loa^ )«^ |lo .w^lo «iLa-iMi* Jlâjlâ
Jlo ^ » 1 il II ^ ^^ •JLaJLd ILow^ |«.^ Ho : w^l
^o .jJ^^^dy wfia^.AoJL^JL^LjD )J^^oiN>ao ^ : «*oio>&*|
.m ,. mj 9kl ft») : lUouJ^f .m.Ajldad| |J(s..JJ^aâ
jKââoi ^L7L ^ ^t JLo^fete «JLuâtte )Jts.,iNfto
ylt .U-âOI ^^f I >0. MJb^ «X^-lt }^T^^^^ Ho ^^bOJBO
jo ■> v»t ^?^^^^ llo Kvifiim '•^'^a^OY ^W>âd Ho yn^^
o>Nn ^ H ^^f y^'*^ l )!^*^t ^r^^Q^ Vo ^aâofio Jo
^ B bis. ^ -•' B JlMiAA>h.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 113
Ait "^^ «Jl Ji >Q n jL^ : ^o^t ^«^'^ Ifo ^^£d
laoej ô»^i^•|9 J • IQ ^ |ooi ôo^t ^^^ .^^ro^
«*oi l^xdoi ^ JL^^.^«^oL hoio .fJ^^^f nn»rf>JL^o;A
JLaJLd Ij^^ JDo J a I ot^o .iLo.^^ jLdJld 1^^ llo
• w^)o .llo^^ Jldjb |«^ llo •|;^|9 ^oi «Aoujfiojldadl
^^ «JLl-do» I;.^ ^^JS^^o .JLdjLd llo-ii^ |^ llo
«M^ jlo : a>, I ^o «Jlâjlâ JLoa^* |«^ llo .ILom» |ji-i^t>
: waî^lt oo» I • >o nN ««o^AOodoi «^oLo «Jldjld jLàj;i3
I • >; ^ ^-^ llo y) •;.^|o .JLdjLd JLajv^ «^ |lo
V--^^ hoi %| • i{ ^ jLdjb |«^ llo ^«^ %jLâJb
• JLdjLd. Ijlj*^;^ ^ llo : );do|; ^oi llo .Looi JL^afete
^JLoo«u^ I \rt > '^ m|f ^Ut J^l :•*o»Oi^•| «MâJ^uiûoo
«£Adi£0jldo3| jJ^-^wL^ ^ •««OlOi^•| 1^1? ^? liM^^
: lUo-j^f m > mJLa|;-^)Lo I^^J^-lj^o ^o :|J^j>9
114 JUILLET-AOÛT 1900.
1^^ yéL^ JLcu*lbteo .JLttXDtte ]J^J^u^ «xnuiMfioJldad)
^t|i.«âo :)fi^kX>; )o^A^ Uo ^ y|o ja^^^t ^P^^^ l^o
i^oLo *Ki VI £o oiNi "> o^ ^oj : JLâ0«.uD Ivii'^fnli
W^l y|o •JLiiLj;.3 iLa^:^ ^^ J| : uu^fr^o «JLfiOofio
j » ino m f-^ JDo «W^|o sJLuaoQ.m JLaj;^ «.^ |lo
«..M >| m 1; ^ jLuBDo» ^ JDo «);a ^yJ^oo .JLhj;^
J • u "» |lo i».v> ^^ Il %<• I no >|.> inoco iLo^âo
» I > v»i r> <^>Jlvi »^m)f I^^^Jt lil «*o»Oi^.) .«MdJ^A^o
uBQ.i.»JbJL^JLD jJ^Ai^ ^ : ^oio.^.| JL^^h tr^ ^^ ^' ^
: )Ua-^l .nn ■> mjl .g^fi o»| ji&i»J^<>.L.j^ ^o : |j^09
:|{o» ^^) i »Q »fr^ .JLiOâfr^ |i^•J^aAo «AOMjBoJLdadJ
• Il (^xAoi ^^t «^^^3 %to »Vfc jJ^MJU^Jbte Jl ^-^
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. J 15
^j : ^aâOfio UoSJ ci^Ad o^ ^{ yx^ào : ^ ciS^ad
fL^ V» II) ,K^ Vi en ô»Nni ^ y^.^^ JL^J^^aL^ .^â^a^o
ôiNl "> i^Mite |oo»Lfo .looi ô(^i&«| tsààOL» ci^Ad o^
iLo...^'^ Il -il >\v» jLàJV3 '^ .^JLiw^l c>oU
uio\ ^^\ •>lÊkj^^ )La.<^^^ Il .JLkiâfiteo «j^J^ite
^^ o| :JLa^;^ jLo^ ^^ Il oh •]\J^o IajU] ^
J • n ■!*> ILo^^Mi*''^ teinte <^| ^«-^ • JLaj;^ IIoam
jLoiii^^^^ 11^ Looi JLa^OM II) <»iAXDfete jJ^dO^^od
iLo.^ ^^ Il : lUlbte jLo.^ ^^ |oo«l?o .)U^
^*>^ U«te II .fninr»|9i>j^j) ;aL? oïiid wd o^ : ILlibite
lll ^ I ^)J(^ [aog.j jllif oti» iM )^L? ('}Ji:A^.2u»|l
8.
116 . JUILLET-AOÛT 1900.
ifoxi ^f «oi .jid i^i oo» «*olOi^•)o •jLkiâfr^ |i^•J^J.^
é ^"^o^o ôî^ad %jL9o JLd y) • ^a:^£^ U^^ ^t ^^ «^^^
^ |lo 0 »> U .aNy» ^^ «JLiULdfeteo .JU^to jLàj;.t>^^
.m ■» mJLaJL^lLo ^odoi «lAiofete Dt «^1 ^1 ^^\
lUoJSi^l [310] ,ffn omJlA^ iJ^dO^^od ^ : ««o»o^«|
,m .> ipjl Oki 0»! .[JS^^f «£QUA.xoJLdad| )J(s.Aj^aâ ^o
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 117
llf ui^ i) w-^) ^ >i i) >> Jl » fT>o,jp )La*^ ^^ M.
^9J^v.do .\ m t\ ^ ILoa^ «^ • ;.^|o : iLo*^ JLaj^3
,1 > roo xp Ji M, r» "^ «.^ JJo «JLaJW^ |la*^ *.*^ : I^a*
[211! ôiSAd «A.9 y) •^A^l <^)} •iAid&te )^i^J.te
JL..^ yl >^ ^ ») <^|{ «l^o^oi ^UL ^ JLod^ibteo
: ^aJtt-m oN^^ %JL9 J .JL^^ (S) Jbo.,,^A»)f jw^Lt
Itoi a2^ Dj JLdf ^^.Jtt^ «A,9 -JL-dt f^T^^-^ ho^Am
118 . JUILLET-AOÛT 1900.
)}oio •jUo^l''^ )J^^9 ^ m .]I^i ,nriimJL^o;,a
^9J^iJ>o • JLaJtd IJL^te «^ up|o . UJib^o jLàj;^ «^
:u-^h ^^ 1 • 10 ^ V ^odoi ooLo «llo*^ ILZ^te ^
faial .fft ■■> ml 91 ^ X» ^xdo) H U:^a:^o : «ajI
♦jLàjad |ooi H |^J^J^ ^Ul ^o .JL^ftei )i^•J^^:>o
«A.9 yl .^^1 4^|f «iLiOâ^Ao |i^.Ki:» .Aflu^mJldJL^
^ Ordre des termes restitué en marge, pour : jLoiâo ILc^i^ ««m.
— B garde ce dernier ordre qui est fautif.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 119
• JLfluJW-» UL2^te ^ •IwA.o •JLiLi;^^ llNto ^ «1.^10
>)lo « y» Ui 0 Nv> «-^ «lAiDo .{Loa^ JLaj;^ ^^
♦ I « %r»i n (*) Jlvi ■'^mlf I^Lt Vf ««oio^l yMjaJtsjk^oo
.m ,..mjl g^i^^JO )Ki>iN> ^ • .#010^1 JUfiu»f iif ^ e»
JLa )o«»L : JU ^ »> i)o •«A.f fNV'^'^ a2^ JIa : J^o^aA»
i > .o» i jD) : Kl V>rr> otVi.^ i%^km]\ JL» jL^jd^wiâo
oi V.'X > JLd jooilto ,Ka Vi B> CH N.*^^ o^l «Looi
120 . JUILLET-AOÛT 1900.
>JLaa mv > g» ILo-oo ^^ )i : JLfluLdfeteo .JLdoA^^^d
<!^ *:^ )J "^bw o) "^ "^bw o) : 1;^^ JL&jJlil ^
^^ : J^ • I ot) ^? JLa.oi .Jbom^^ Uj;^ "^ H
^ B répète ici : i.A^ou. |l| . leoilro JSa^M» Wao o!^? . leoi
...loei. — ^ B Imilo»!;.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 121
«»^ :)lo ■<>■ v> j ■ r» ^ «^ yl •;.so|o : ILoa^ JLaj;^
<• o*:*JL.£oaj» JLa-i^^ «.m : ou^b^o .JUcoam hisl
«.^ JUo , ^Vi Tf» JUf |J^Il:^a^ aBalfldJldad) ^Ut ^
JUo *.uiuJj3b^o .)La^ JldjLâ )^ JUjo «JLdjLâ JL^j;^
j 0 mi m «_^ .^WZjd JUf l^l^a^ aaalfldJldJL^ud
JL* mo flft «.-di* • uiui-Dft^o • ILoam JIaj;.^ ^ .fLodui*
JUf )J^JLi2^ad aBalmJldadl ^L?L ^ *> «^ •> JLéli;^
• jLdJLd iLo^^ )«^ JUo .JldjLD \jkj}^ ^^ JUo :^^^aLD
122 'juillet-août 1900.
JU : «jui^feteo •Jlâa£d^Mii^ JLdo^*^^^ JU .idauBâ^^â
■ lyi > ff>j 9^0 g») ^-d»L?L ^ ^/ o •> Lmiiid Jl»rf>0Pf>
l*^^ JUo 4 m jw,-^ JldJLd 1^^ JDo .^tuo Vj ]kZjÙ:^
♦ I oo »» ^JLi-j;^^ «Ni» JDo .jLàxaft^o .JLDomi^JLdJld
JDo .^âoILe JDt l^l^o^ jaAlicoJldad) ^UL ^ <* ^
•lAiâJbteo .|(oa^*^ IloAii* "^ JD . JLajvd iLo^^ ""^
»} JLdo^A^JLàJWd ^^ JD
^ B addit'JLdo*. eS^o.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 123
III. VERSION.
[lyS.] PAR LA GRACE DE NOTRE-SEIGNEUR,
JE TRANSCRIS L'EXPLICATION DU LWKE DES ANALYTIQUES ,
COMPOSÉE PAR PROBUS LE SAGE.
H est sept points qu'il importe d'établir avant
(rexamen de) tout ouvrage, comme nous lavons
appris dans le livre qui précède celui-ci : le but (de
l'ouvrage), l'utilité, l'ordre, l'auteur, la raison du
titre, la division en chapitres, le sujet auquel il se
rapporte ^ — Le but. Le but de ce livre est de nous
exposer la doctrine touchant le syllogisme en général.
Il y a en effet trois sortes de syllogismes^: (les syllo-
gismes) apodictique, dialectique, sophistique^.. . .
* Cf. G. Hoffmann, De Hermeneuticis apud Syros Aristoteleis ,
1873, p. ii3.
* Aristote énumère ces trois sortes de syllogismes .To/). lib. I, cap. 1.
-^ Aq début de son introduction au commentaire sur les Premiers
Analytiques t Alexandre d'Aphrodisias rappelle lui aussi les trois
modes de raisonnement: apodictique, dialectique, sophistique; mais
sans dircL que leur examen est le but de ce traité. Ce qui n'est d'ail-
leurs vrai qu'en ce sens que le traité étant consacré à l'exposé des
règles, des principes et des conditions du raisonnement démons-
tratif, il montre par là, indirectement, ce qui distingue celui-ci
des autres.
^ Il y a ici une lacune. Comme la suite immédiate le montre , il
devait être en cet endroit question, dans le texte, tout au moins
d'une division du traité d'Aristote en trois chapitres ou parties,
qu Aristote lui-même d'ailleurs n'indique pas. Dans son traité sur
les syllogismes , le philosophe syrien Sabokt parie aussi d'une divi-
sion des Premiers Analytiques en trois sections; mais les formules
qu'il donne de l'objet de ces dernières ne répondent pas h notre
124 JUILLET-AOÛT 1900.
Telle étant la division en chapitres, il nous faut sa-
voir que l'ouvrage est intitulé AvaXvTixdy c est-à-dire
«réduction aux éléments». L'on demande, étant
donné que (Tauteur) divise son ouvrage en trois cha-
pitres , pourquoi il passe outre au premier et à celui
du milieu, pour emprunter le titre au troisième.^
Nous répondons : Ou bien parce qu'il s'en est occupé
le plus, ou bien à cause de sa difficulté ^ Car, dans
les matières où il y a lieu à « composition » et à « ré-
duction aux éléments » , tantôt c'est l'une , tantôt c'est
l'autre [17/i] qui est la plus difficile (à effectuer);
mais lorsque les deux sont difficiles , la « réduction
aux éléments » est plus difficile à faire que la « com-
position ». Par exemple : construire une maison est
plus difficile que la détruire ; séparer l'eau et le vin
est plus difficile que les mélanger; (et il se trouve)
en effet (que), la construction d'une maison étant
difficile, et la séparation de l'eau et du vin étant dif-
ficile, la séparation de feau et du vin est beaucoup
plus difïicile à effectuer que la construction d'une mai-
son. — A ifVLel sujet [le livre) se rapporte. L'on demande
à quel sujet se rapporte ce livre. Nous répondons
qu'il se rapporte à la logique. Mais on demande ce
contexte. D'après celui-ci, la troisième section est censc^e avoir pour
objet la résolution des syllogismes, leur composition étant supposé:»
faire l'objet d'une section précédente. Magentinus expose, dans l'in-
troduction à son commentaire ', une division qui se trouve parfai-
tement d'accord avec cette donnée.
^ La même raison indiquée par Magentinus , loc. cit.
• Ammonîtts in Porphyrii institutionem , Magentinus in L Aristotelis de
Inlcrprelationc , Magentinus in Prima Analytica , . .hn^an'i 15^7, p» io3.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBLS. 125
qu est ia logique. Or donc elle est une partie de la
philosophie, ou son instrument. En effet, les stoï-
ciens^ disent quelle fait partie de la philosophie;
Aristote prétend qu'elle en est Tinslrument; Platon
est d'avis quelle est à la fois instrument et partie.
Les stoïciens cherchent à montrer qu'elle fait partie
de la philosophie à l'aide de deux objections. Voici
la première objection : Tout ce dont se sert une dis-
cipline, et qui n'est en aucune façon partie d'une
autre discipline, ni élément d'une partie de la dis-
cipline qui s'en sert, est de toute nécessité partie de
la discipline qui s'en sert, [i yS] Ainsi l'astronomie
se sert de la logique, celle-ci étant partie de la philo-
sophie^. Que la logique ne fasse point partie d'une
autre discipline, cela ils le laissent comme évident.
Qu'elle, ne soit pas élément d'une partie (de la philo-
sophie), ils cherchent à le montrer ainsi : la philo
Sophie se divise en philosophie spéculative et en pra-
tique, qui ont toutes deux leur sujet et leur fin; de
cette manière : de même que la médecine a pour
sujet les corps des hommes et pour fin la santé, —
tout son soin en effet consiste à procurer ou à con-
server la santé dans les corps humains ; — de même
la philosophie spéculative a pour sujet toutes choses
* Une note marginale en arabe porte : les partisans d'Aristote (!) ,
parce qu'ils se livraient à l'étude dans le portique (la crloa),
(s'appelaient) les stoïciens = les partisans de la <j1oa.
* Les stoïci( ns sont censés montrer par cet exemple qu'une science
comme l'astronomie peut avoir pour auxiliaire une science appar-
tenant à un autre domaine, comme la logique qui , d'après eux, Tait
partie de la philosophie.
126 JUILLET-AOÛT 1900.
qui soient, et pour fin la science vraie de ces choses;
la philosophie pratique a pour sujet les âmes des
hommes et pour fin leur embellissement, ftr la spé
culative et la pratique se servent pareillement de la
logique et celle-ci ne fait partie d aucune des deux ;
elle n'est donc point un élément d une partie de la
philosophie. Nous leur répondons : Votre disjonctive
est incomplète. 11 vous fallait dire : « Tout ce [ 1 76]
dont se sert une discipline , et qui n'est point partie
d'une autre discipline, ni élément dune partie, « ni
instrument » de la discipline en question , en fait
partie. » La médecine en effet se sert du scalpel qui
ne fait point partie d'une autre discipline et n est pas
un élément dune partie à elle; et pourtant il nest
point une partie de la médecine. Votre disjonctive
ne tient donc pas debout. Ils composent leur seconde
objection de la manière suivante : tout ce qu'une
discipline a pour objet d'expliquer^ en fait partie.
Nous répondons que cette équivoque ne tient pas
non plus; la médecine, comme il vient d'être dit,
s'occupe de l'explication du scalpel, qui pourtant
n'en fait point partie. Aristote cherche à montrer
que la logique est l'instrument de la philosophie ; de
cette manière : tout ce dont se sert une discipline et
qui est ordonné en vue de celle-ci , est nécessaire-
ment inférieur à la discipline qui s'en sert; c'est ainsi
que l'art de Téquitation a à son service la fabrication
Le V. m*va) a le sens de traiter, exposer, expUifuer un
sujet, d'après Al-Lobab de Cardahi (Beyrouth» 1887), II, p. 2286.
LE TRAiTE DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 127
des freins ^ Puis donc que la grammaire et la rhéto-
rique et d'autres disciplines de ce genre se servent
de la logique, qui est aussi [i 77] ordonnée en vue
d'elles; il se trouverait une partie de la philosophie
inférieure î\ la grammaire et à la rhétorique, ce qui
est absurde. Platon dit que (la logique) est à la fois
instrument et partie (de la philosophie) : instrument,
quand nous considérons les règles en tant (|ue règles,
comme (celle suivant laquelle) de deux affirmatives
universelles suit une affirmative universelle; partie,
quand nous étudions l'universel et le particulier au
point de vue de ce qu'ils ont de commun , et au point
de vue de ce qui les distingue^, la philosophie étant
seule à connaître de ces questions. En effet, elle ne
connaît pas seulement les choses (en elles-mêmes),
mais encore le rapport de convenance ou de diffé-
rence qu'elles ont entre elles. Il n'est d'ailleurs point
absurde que la mère de toutes les disciplines soit
auteur d'un instrument à son propre usage et à l'usage
des autres disciplines, en vue de leur constitution et
de leur conservation. Nous avons dit ce qu'il nous
fallait dire avant ce livre. Fin de la préface da com-
mentaire, exposant la raison du livre des « Analytiques ».
^ L'exemple se trouve aussi chez Alexandre*. Les considérations
de notre auteur se trouvent d'ailleurs sans aucun doute en rapport
au moins indirect avec la préface de cet interprète à son commen-
taire sur les Premiers Analjtûiues,
^ Ce qui est censé faire aussi l'objet de la logique.
' Alexaadri Aplirodisieusis in priora resoluloria expJanatio ; Vcn.,
i542, p. 6 {initia).
128
JUILLET-AOÛT 1900.
ESPECES DU SYLLOGISME
(syilogisme) apodic-
tique :
celui-ci dit toujours
vrai.
dialectique :
celui-ci dit vrai le
plus souvent.
îfophistique :
celui-ci dit faux le
plus souvent.
[178] Autre exposé du syllogisme, au point de vue du sujet de
la connaissance, de la connaissance et de la chose connue :
ta .•
o ^
rinlelligence, qui n'a pas
besoin de connaître par
syllogisme.
la raison, qui fait le syl-
logisme apodictique.
la puissance de conjecture,
qui fait le syllogisme dia-
lectique.
le sens l qui font le
< syllogisme
rimagination ( sophistique.
o
H
est ou bien solidement éta-
blie; c'est celle qui fait le
syllogisme apodictique,
I ou difficile à défaire; c'est
celle qui fait le syllo-
gisme dialectique,
' ou facile à défaire; c'est
celle qui fait le syllo-
gisme sophistique.
S
s
o
H
est ou bien nécesbairc; et
elle donne lieu au syllo-
gisme apodictique,
ou bien possible; et elle
i donne lieu au syllogisme
disdectique ,
ou bien impossible; et elle
donne lieu au syllogisme
sophistique.
[1 79] Reprise de l'interprétation du livre des « Anor-
' L'auteur énumère cinq «facultés cognoscitives » comme Ammo-
nius' : vous, Stavota, 36^a, Çavjaaia, aioBnati.
* 1r TTOfiviTfiux SIS 10 Hepl hpiitfveias Apnjloreh.vs; Yen., i.')o3,
fol. A u b.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 129
fytiques ». Venons-en donc au corps du livre. 11 nous
faut savoir que , dès 1 abord , ( fauteur) veut nous faire
connaître le but du livre, et Ténumération de neuf
points se rapportant au but, et ce que c'est que la
proposition. 11 dit donc que son but est (de traiter)
du syllogisme apodictique. L'on demande, vu quil
dit lui-même qu'il a pour but de traiter du syllogisme
apodictique, comment nous disons que son but est
de traiter du syllogisme en générale Nous ré-
pondons : De même que le scalpel a pour premier
but de faire sortir le sang et pour but ultérieur de
procurer la santé , de même le but premier de l'auteur
est de traiter du syllogisme en général, tandis que
son but ultérieur est de traiter du syllogisme apodic-
tique. L'énumération des neuf points dont il a été
question est la suivante : La notion de la proposition ,
celle du terme et celle du syllogisme . . . C'e^t î\ bon
droit que l'auteur se livre à cet examen : [i8o] la
proposition fait l'objet de l'enquête comme étant
l'élément du syllogisme ; le terme , comme étant l'élé-
ment de la proposition ; le syllogisme , comme étant
le sujet dont l'étude est le but (du livre). Les six
points qui restent sont : ce qu'on entend par syllo-
gisme parfait et imparfait; universel et non uni-
versel (?) ; se disant de tout et de nul (?) ^.
* Voir le commencement du traité de Probus et notre note 2,
p. 12 3. — Aristote' : UpSiov eheîv vepl ri xai tIvos èc/Jiv ij axé-
^n, 6x1 'Bfepl àitôSet^tv xal èmfjli^firff àitoSetXTtxris.
- Aristote, loc. cit, : Eha, Stophat ri èalt tspoTdcTti xait ti âpot
' Edii. Didut, Pr, Anolytlca, lib. I, cap. i, 1.
\vi. 9
130 JUILLET-AOÛT 1900.
On élève un doute touchant la question de savoir
pourquoi il met en premier lieu la proposition , puis
le terme, et puis le syllogisme; pourquoi il ne com-
mence point par ce qui est simple, pour en venir en-
suite à ce qui est composé; ou bien pourquoi, ayant
commencé par ce qui est composé , il n'achève d'abord
ce qui a rapport au composé, pour en venir ensuite
à ce qui est simple? A ce doute nous répondons par
trois solutions; tout d'abord qu'il s'est servi du nom
de « terme » en un sens étranger, pour désigner l'é-
lément de l'élément du syllogisme. Non point que
[i8i] ce nom de «terme» soit un nom étranger,
mais lui le premier l'a employé en un sens étranger,
de la manière indiquée. C'est pourquoi il ne l'a pas
mis en premier lieu. Nous répondons secondement
que le nom de « terme » ( Jlàoa-.i , ipos) est équivoque,
se disant de choses multiples On appelle en efl'et de
ce nom (JUoa^L) la défmition d'une chose suivant sa
nature; ainsi que la séparation des terres, les extré-
mités et les limites des figures; et il ne convenait
point qu'il débutât par un nom équivoque. Nous ré-
pondons en troisième lieu que l'auteur, pour Iraiter
xal ri (TvXXoyi(Tfwt , xal tsoîot réAeio;, xa\ 'jsoTos aieXi^t , yietà êè
Taffra tI 76 èv SXtp tlvai ^ fiii elvat ToSt wSt , xal ri Xéyofuv rà xaxà
tsavroç -^ ftnStvàs xamyopeToBou. — « . . . . .quid sit protasis. . .et
postlhTc //ui(i sit esse et non esse in toto aliquid alicni et (juid dicinms
prwdicari de onini vel de nullo. . . ». Ces mots sont représenlés dans
le tcxtf^ syriaque en cet endroit par : J - «'v> || ^^o i*-i^ ^a>oo
.*-^^^i^ Il ^oioo'^^^i^ ^o>oo,ce qui n'a, au mieux, quun rapport
très éloigné avec l'original grec. Plus loin (p. [igS] et suiv.), la for-
mule revient, et cette fois notre commentaire en donne une tra-
duction plus exacte.
LE TRAITE DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 131
du terme, a besoin (de la notion) de la proposition,
de même que nous avons besoin (de la notion) dV
nimal quand nous exposons la définition de Thomme;
pour cette raison , il mentionne la proposition avant
le lerme. Un autre doute que Ton formule, cest que,
en amateur de la concision, il n'eût point dû parler
des mêmes choses à plusieurs reprises; alors en effet
que dans les Catégories et dans le Péri Herménéias
il a déjà exposé la doctrine touchant les mots
simples, il l'expose de nouveau en cet endroit. Nous
répondons cjue, dans les Catégories, [i8q] il ne les
prend pas comme éléments, mais seulement comme
des appellations simples; dans le Péri Herménéias ,
il les considère comme éléments de raffirmation et
de la négation , c'est pourquoi il y donne le nom de
(pàlfrtf au nom et au verbe ^ Mais ici il considère
tant le nom que le verbe comme élément de l'élé-
ment du syllogisme.
La proposition se définit : « Une énonciation affir-
mative ou négative (par laquelle on dit) une chose
touchant une (autre) chose; qu'elle soit universelle,
ou particulière, ou indéfinie 2. » On blâme (cette dé-
finition) comme défectueuse tant pour la qualité que
' Le nom ou le verbe séparément ne^sont qu une ^dais, non pas
une diré^avats; Aristotc : To fièv oZv Svoyta, i\ pv^a, ^aia$s ëala
Hovov. , .' [Péri Hcnn., V, 5).
• Aristote : Upérams fièv otv it/li Xôyos xena^arixès fl àno^a-
T$Kot uitèf Hard nvot, O^rof Se ^ xadàXov ^ iv fAépgt if iStàpivIos
[Pr, AnaL, lib. I, cap. i, 2). La proposition non définie est celle
dont le sujet est négatif, de manière à n'être ni universel, ni parti-
culier (ex. non homo ambulat)*
132 JUILLET-AOÛT 1900.
pour la quantité; ia cjualité ferait défaut, parce que
disant :« . . . (par laquelle on dit) une chose touchant
une (autre) chose », il na pas ajouté : « (ou par la-
quelle on sépare) une chose d'une (autre) chose », ce
qui est propre à la négation ^ Nous répondons pre-
mièrement qu'il a fait mention de la négation en
disant : « (une énonciation ) négative »; secon-
dement que les mots : « (par laquelle on dit) une
chose touchant une (autre) chose» s'appliquent en
commun à l'affirmation et à la négation. En effet,
celui qui dit : « Socrate se promène » , et celui qui dit:
« Socrate ne se promène pas » , disent tous les deux
(quelque chose) touchant Socrate, qu'il se promène
ou qu'il ne se promène pas. La quantité [ 1 83 ] ferait
défaut en ce que, disant : «qu'elle soit universelle
ou particulière, ou indéfinie », il aurait convenu qu'il
parlât aussi de la distributive. Nous répondons que
peut-être dans la mention de la particulière, il a im-
pliqué la distributive; ou bien, ce qu'il est vrai de
dire, qu'il n'a pas mentionné la distributive parce
que les philosophes ne s'occupent que de ce qui a
ime portée commune; en effet, les énonciations par-
ticulières aussi ont ime portée commune en quelque
manière; car (les termes) « quelque » et « pas tout » se
disent en commun de l'homme, du bœuf et du
cheval.
Il nous apprend à présent ce qui distingue le syl-
logisme apodictique du syllogisme dialectique; et il
* Âristote, Péri Heim., cap. vi» iniu
LE TRAITK DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 133
dit qu'il s en distingue par i usage et par la fin ' ; par
l'usage, vu que le syllogisme apodictique prend
(comme principes) les notions communes, ou ce qui
se connaît par déduction des notions communes 2,
pour raisonner; tandis que le syllogisme dialectique,
après une question posée , prend Tun des membres
de lalternative contradictoire et raisonne dans ces
conditions; par la fin, vu que le syllogisme apodic-
tique dit toujours vrai, tandis que le syllogisme dia-
lectique ne dit pas vrai toujours. On demande pour-
quoi [18/1] il n'établit pas la différence entre le
syllogisme sophistique et le syllogisme apodictique ,
comme il l'établit entre les syllogismes dialectique et
apodictique ? Nous répondons que du syllogisme so-
phistique à l'apodictique la distance est grande, et
que la différence en est évidente pour tout le monde ;
l'art consiste en effet, de même qu'à montrer ce qu'il
y a de commun entre les choses très éloignées les
unes des autres, de même à montrer la différence
entre celles qui sont très rapprochées^.
Après avoir exposé la doctrine touchant la propo-
^ Aristote rappelle seulement, et très sommairement, en cet en-
droit (I Anal., I, cap. i) la différence entre les propositions démon-
strative et disdectique. De la différence en question entre les syllo-
gismes, laquelle dérive de la précédente, il parle Top., lib. I,
cap. I , où il s'agit d'ailleurs aussi du syllogisme sophistique.
* Sur les principes qu'il appelle communs, voir Aristote II Anal,,
lib. I , cap. XI. La démonstration doit partir, suivant la terminologie
d'Aristote, des principes premiers ou de ceux qui sont connus moyen-
nant les premiers (II i4na/., lib. I, cap. ix, 5-, Top., lib. I, cap. i, 4).
^ Voir une observation analogue chez Aristote, Top. lib. ÏII,
cap. I, 2. — (cf. plus haut, note 1).
134 JUILLET-AOCT 1900.
sition, il veut nous apprendre ce quest le terme; et
il dit : « J appelle « terme » ce en quoi se résout la
proposition , de cette manière : ce qui est prédicat
et ce à quoi s'applique le prédicat, soit quon joigne,
soit qu'on sépare Têtre ou le non-être ^ ». La cir-
constance, qu'il dit : «j'appelle », montre que, bien
qu'il ne soit pas l'auteur de ce nom de terme , lui en
premier lieu s'en est servi pour désigner l'élément
de la proposition 2.
Il a fait cela à l'imitation des géomètres. Car comme
il désignait les syllogismes sous le nom de figures , il
était juste qu'à leurs extrémités et limites [i85] il
donnât le nom de « termes ». Eux aussi en effet, ils ap-
pellent « termes » les limites des figures. Ainsi Euclide
dit : « J'appelle « figure » ce qui est circonscrit par un
seul ou par plusieurs termes ». Il emprunte d'ailleurs
ce nom de « terme » aux limites qui terminent les
terres [litt, : aux termes des terres); de même, en ef-
fet, que les « termes » sont les limites des terres, de
' Ôpov ëè xttAcS eif Sv ètaX^sroit i^ isypchrftcTir , oïo» x6 xe Kûtruyo-
povfievov xai to xaB'ou HaTriyopeiTat ^ ^ 'opoal tOefiévov^ ^ Sioupovfié-
vw tou ehm K«i (a^ $hdtt (Aristote, I ÀnaL, lib. I, cap. i). Dans
notre texte syriaque, il faut lire sans doute U^k^mho o^C^} au lieu
de i^^JS^ao; oo»^.
^ Alexandre fait la même remarque , in L — Magentinus attribue
l'introduction du nom (^pof) lui-même à Aristote; mais il doit
sans aucun doute être compris au sens de la remarque d'Alexandre.
L'insistance de notre commentaire à distinguer, au point de vue
de cette question d'origine, le nom lui-même du sens nouveau que
lui donna Aristote (p. [i8o^ et suiv., et ici) n'auraitMBlle pas pour
objet de mettre en garde contre une confusion qui se commettait,
au moins dans la manière de parler?
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 135
même ici ces « termes » sont des limites, et il ne se
trouve rien à prendre au delà. Carie syllogisme com-
posé se résout en (syllogisme) simple; le syllogisme
simple se résout en proposition(s), et la proposition
en termes; on ne peut résoudre le terme en quelque
(élément) ultérieur, bien que les grammairiens sou-
mettent la parole (t^i; Xé^tv) à des divisions, à raison
de la difficulté du discours écrit; les philosophes en
effet s occupent des notions des choses et non pas du
discours écrit ^. Quant aux mots : « soit qu'on joigne,
soit qu'on sépare l'être ou le non-être » , Alexandre
dit que par là il signifie l'affirmation et la négation.
L'on objecte que cela n'est pas vrai; car, s il avait
voulu [i86] signifier cela, il lui aurait suffi de dire:
« par l'adjonction de l'être ou du non-être », l'adjonc-
tion de l'être faisant l'affirmation , celle du non-être
faisant la négation; comme (lorsqu'on dit) : « Socrate
est philosophe, Socrate n'est pas philosophe». On
leur répond^ qu'Alexandre a raison^. Quand on
^ Dans son traité sur les syllogismes, Sabokt remarque , à la même
occasion , que le terme à la vérité se résout en syllabes ; mais , dit-il ,
celles-ci n*ont aucune signification, alors que les philosophes ne
s'occupent que de ce qui a une signification. C'est sans doute aussi
de l'analyse du mol en syllabes que Probus veut parler en cet endroit.
^ Le syriaque a ooC^ ^v>o)o; il faut lire sans doute ^)^o)o
^ La copule est, dit Alexandre , n'est pas un terme dans la propo-
sition. Celle-ci ne comprend que deux termes : le sujet et le prédi-
cat. La copule, affirmative ou négative , n'est qu'une apposition signi-
fiant l'union ou la séparation des deux termes. Telle est la portée
qu'il faudrait attribuer, dans la définition du < terme » , aux mots :
i) wpoalidtftévou ij êtatpovfUvov xo\i éïvtu xai ftii elvou (voir plus haut
note 1, p. i34)* Cependant, poursuit le commentateur, Aristote
136 JUlLLET-AOÛt J900.
ajoute i*être ou le non-être, il y a Taflirmation ou la
négation comprenant le troisième membre co-attri-
but ^; quand on sépare (l'être ou le non-être), il y a
laflirmalion et la négation transpositives^; p. ex. :
Socrate est non-juste; Socrate nest pas non-juste.
Par cela en effet que Ton dit : Socrate est non-juste ,
on sépare de lui qu'il soit juste; dans l'autre cas on
eût peut-être mieux fait de dire simplement : ^ 'apooltOefiévou -fj
Stcupovfiévov Tov elvat; il a ajouté xal fii) elvat pour indiquer
comment se faisait la séparation des deux termes, à savoir par la
ronstructiou négative de la copule; ou bien encore pour laisser en-
tendre qu'en décomposant la proposition en ses termes , on pouvait
ajouter ou retrancher à ioisir la copule affirmative ou négative.
' Voir plus loin, note i, p. 137.
^ (ieci, comme on peut le voir par la note 3, p. i35, n'est pas
l'exposé de l'interprétation d'Alexandre. L'affirmation ou la négation
de transposition dont il est question dans notre texte , sont celles qui
se répondent comme contradictoires avec un prédicat négatif (cf.
Aristote Péri. Herm,, cap. x). Dans son commentaire sur le Péri
Herm. (éd. cil. fol. E 4), Ammonius rapporte que Théophraste le
premier leur appliqua la dénomination d'affirmation et de néga-
tion transpositives (ix (lexadédsoûs) , parce qu'elles se présentent en
ordre transposé vis-à-vis des propositions simples , c'est-à-dire à pré-
dicat simple ou positif : à une affirmation simple répond une né-
gation à prédicat négatif; à une négation simple répond une affir-
mation à prédicat négatif; p. ex. :
Homo est justus. Homo non est justus.
Homo non est non justus, Homo est non justus.
Ainsi , d'après l'explication qui semble attribuée dans notre texte
aux défenseurs de l'opinion d'Alexandre, en disant : ^ ^poaltOe-
fiévov Tow eïvat xal (li^ elvou Aristote aurait eu en vue, d'une manière
générale, les propositions formées à l'aide de la copule affirmative
ou négative (voir note suivante); en disant : ^ Statpovfiévov rov e?-
vOLt xai fiYi eli^ai, il aurait songé plus spécialement aux propositions
à prédicat négatif, dans lesquelles il y a toujours division ou sépa-
ration soit de l'être, soit du non-étre, d'avec le sujet.
LE TRAITE DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 137
sépare de lui la note contraire. D autres expliquent
autrement la parole en question et disent quil (Aris-
tote) s'est exprimé ainsi par amour de la concision.
En elFet , comme il y a deux couples de contraires , à
savoir laddition [187] et la soustraction d'un côté,
la composition et la division de l'autre, il suffisait
que de chaque couple il prît un des membres con-
traires, puisque par l'un il amenait (implicitement)
l'autre; en parlant de l'addition, il amenait aussi la
soustraction; en parlant de la division, il amenait la
composition, c'est-à-dire l'union. Or dans l'exposé
que nous venons de faire , toutes les propositions sont
comprises. Car, par l'addition de l'être et (par l'addi-
tion) du non-être, naissent les propositions com-
prenant Je troisième membre co-attribut; par la
soustraction de l'être et (celle) du non-être, naissent
les propositions constituées par le sujet et le prédicat
seulement*. D'autre part, par la composition de
l'être et du non-être, naissent les propositions trans-
positives , aussi bien celles que nous avons appelées ^
* Voir Probus, in Péri Herm. (ap. Hoffmann, loc. cÎL, p. 94).
H est des propositions composées du sujet et du prédicat seidement;
ex. : Socrates ambulat (de celles-ci il n'est tenu aucun compte spécial
dans Texplication précédente, note 2, p. i36); d'autres dans les-
qudles la copule est exprimée, comme Socrates est homo. Ces der-
nières (dans lesquelles la copule est le troisième membre co-attribut,
rphov 'apoaxavnyopov[Uvov, Aristote, Péri Herm,, cap. x) seraient
visées formellement dans la définition par l'élément : ^ 'opoaliOe-
fiévov 70V eJvatHai ftii elvat} les premières y seraient implicitement
comprises par corrélation avec les secondes.
* Dans le commentaire sur le Péri Herm, cf. Hoffmann, loc.
cit,, p. 68, 1. 5 et suiv.
138 JUÏLLET-AOÛT 1900.
modales : « (Socrate est utilement non-pervers), So-
crate n*est pas utilement non-pervers » , que les trans-
positives non-modales; enfin par la division de Têtre
et du non-être, naissent les propositions simples mo-
dales^. Il en est qui définissent autrement la nature
^ L autre membre (voir note i, p. 137) de la définition aristotéli-
cienne: 4 ètatpov^évov Tov eJvou xai ftii elvau, s'appliquerait ainsi à
deux nouveaux groupes de propositions : celles dans lesquelles il y
a division de Tétre et du non-étre, et celles-là seraient formellement
visées; puis celles dans lesquelles il y a composition de Tétre et du
non-ôtre et qui seraient implicitement comprises dans le membre
en question de la définition par corrélation avec les précédentes. 11
est étrange que notre auteur, diaprés le texte syriaque en son état
actuel, commence par expliquer ce qui! entend par les propositions
où il y a composition; ce seraient les propositions transpositives
dont il a été question plus haut (note 2 , p. i36). Nous n'avons pu
trouver dans les commentaires que nous avons sous la main des
éclaircissements sur la manière dont il faudrait entendre celte com
position dans les propositions transpositives. Celles-ci sont -elles
envisagées comme composées , par opposition aux propositions à pré-
dicat positif qui sont appelées simples? (Voir Ammonius , /oc. cit,) Ou
bien la composition s'entend-elle de l'association (affirmative ou né-
gative) du sujet comme être avec le prédicat négatif comme non-être ?
Les propositions dans lesquelles il y a division de Tétre et du non-
être seraient , d'après notre texte , les propositions simples modales ;
peut-êli'e parce que le mode ajouté «équivaut à un dédoublement de
l'affirmation ou de la négation? Ëx. : Sacrâtes necessario est homo=s
necesse êit Socratem esse hominem»
Mais il y aurait plutôt là une raison de dire que « dans les propo-
sitions modales simples (■= non transposi(ives) il y a 1 (Composition » ;
ce qui serait aussi plus conforme au langage des commentateurs.
On comprendrait mieux également, au point de vue du contexte,
la nation de «division» comme s'appliquant aux propositions trans-
positives, dans lesquelles, suivant l'opinion alléguée plus haut par
l'auteur, il y a toujours division 1 1 Par cela que l'on dit : « Socrate
c'est non-juste » , on sépare de lui qu'il soit juste; dans l'autre cas,
on sépare de lui la note contraire. » N'y aurait-il pas eu dans notre
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 139
du terme (?) ^ et disent : « Le terme est ce sans quoi
ilnyapoint de proposition ».Certes, ils ont raison
de dire que sans le terme il n'y a point de pro-
position; mais cette note ne nous suffit point [i88]
à définir le terme. De même qu'il ne suffit point
de dire que la définition de l'homme est « animal » ,
une notion sans laquelle la définition de l'homme
est impossible (la note d'animal ne te suffit pas
en effet pour poser l'homme); de même les
termes, lesquels se prendraient de la même ma-
nière, ne nous suffiraient pas à poser la proposition ;
il faut en effet que l'un tienne le rang de sujet, l'autre
celui de prédicat. Ainsi donc il faut dire^ qu'(Aris-
(exte interversion des termes «^uDfbte ^ et «.^.fttte ^^ «^, si bien
que Tauteur aurait, en réalité, commencé par expliquer quelles sont
les propositions où il y a a division» de l'être ou du non-être, à
savoir les propositions transpositives, modales ou non; pour en
venir ensuite à celles dans lesquelles il y a «composition», à savoir
les propositions modales simples? Nous le répétons, il était plus
logique de commencer par les propositions auxquelles s'applique la
notion de «division», puisque celles-ci sont censées explicitement
visées par le membre de la définition : ^ Statpov(iévou to»; elvat xaî
liif tiïvat. L'interversion pourrait avoir été favorisée par la circon-
stance qu'il semblait y avoir contradiction à appliquer la notion de
composition à des propositions appelées «simples».
' iLo^iJâb» o»S. nous paraît inintelligible et fautif. L'auteur in-
troduit une nouvelle définition dn « termes , qu'il discute et rejette. Il
faut lire sans doute Jl^a^^, ou plutôt )La)a«*o^ qui figure chez
Brockelmann [Lex. Syr.) avec la même signification {finis) que
iao%«AL , et qui peut avoir été employé aussi au sens de terme. L'auteur
montre que la nouvelle définition du Terme n'offre pas un moyen
acceptable d'éviter les dilFicuités de la définition d'Aristote.
* L'auteur indique enfin sa propre manière de voir. A son avis
les deux membres de l'alternative i) mtpoalideftévov {j Staupovfiévov
Tou ehui xai fait eïpat^ s'appliquent respectivement aux propositions
J40 JUILLET-AOÛT 1900.
tote), par les mots : « soit quon joigne Têtre et le
non-être » , signifie toute proposition comprenant le
troisième membre co-attribut; et par les mots :
« soit qn on sépare . . . » , signifie toute proposition ne
renfermant point (Texpression) d'être et de non-être.
Après avoir parlé de la proposition et du terme,
il entreprend de nous donner la doctrine touchant
le syllogisme, et il dit : «Le syllogisme est une
énonciation telle que, certaines choses y étant po-
sées, quelque autre chose que les choses posées en
résulte nécessairement, par là-même quelles sont
(posées) ^ » Il dit « posées » pour « énoncées » et par-là
il distingue le syllogisme de la proposition^ [189]. Car
bien que la proposition soit une énonciation , et bien
qu il y soit posé certaines choses, à savoir les termes,
cependant ces choses ne sont pas des énoncés, parce
que (d'elles-mêmes) elles ne signifient ni vérité ni
erreur. On dit : pourquoi parle-t-il de « choses énon-
cées » et non pas de « chose énoncée ».^^ Nous répon-
dons : Pour distinguer son syllogisme à lui de celui
des orateurs et du syllogisme hypothétique. Les
orateurs, en effet, se contentent d'exprimer une
seule position , et aussitôt ils font leur syllogisme^,
qui ont la copule explicite, soit aflirmative, soit négativs, et à celles
qui ne l'ont pas. Voir notei, p. 137.
* 1 Anal, , Le, 2yAAoy«(T^è$ Se iali Xoyos èv ^ xiBévTtûv uvGv êrepov
Ti TÔfv HetfiévûDV è^ ivd'yHriç avft€aivet 7^ rauTa eJvat
^ Pour que cette observation ait un sens, il faut supposer que
Tauteup s'en rapporte à Texposé d'Aristote lui-même dans Tensemble
de son traité sur les syllogismes.
^ Sur Ventkymème comme forme du raisonnement propre aux
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 141
j3ar exemple: Eschine^ disent-ils, a reçu des biens
de Philippe; donc il est un traître; — un tel est très
soigneux de sa personne, donc il est adultère^. Ils
font cela, ou bien sous prétexte qu'à laccusation
comme à la défense, lespace leur fait défaut pour
s'étendre trop longuement, ce qui les oblige à la
concision dans le discours; ou bien parce quils ne
cherchent pas à montrer qu'ils s'appliquent à rai-
sonner, afin de n'être point suspects de vaincre par
l'artifice des paroles ou par la ruse, et non grâce à
la vérité de leur cause ou comme prôneurs de la jus-
tice ; (ils en usent encore ainsi) pour la raison qu'il ne
leur convient point de dire ce qui est universellement
connu ^ [190]'» ^^» ^^ T^^ est plus vrai, qu'il ne leur
convient point (d'exprimer) ce qui s'énonce en termes
universels, parce quils ont leur point faible dans la
prémisse majeure, la réfutation de ce qui s'énonce
orateurs, voir Aristote, notamment Rhet,, iib. I, cap. 2 : KaAôl
S'èvSijftrffix fUv priToptHàv avXXo'ytaftèVi tsapdêet'yfioL Se èvayc^ifv
priToptx-fiv. Puis Rhet., iib. II, cap. 1, 20, 22 et seq.
1 ^-K^^j = ^ -|- ^-i»^*^ = Aischines ? Le âlcif après le j pour-
rait avoir été omis par un copiste qui n'y aurait vu qu'un signe de
prolongation. Mais il est plus probable que la particule j ne doit
pas entrer en cDusidération et que Probus îui-même aura lu
dans son original grec ^tcr/tvns pour Aia;^»'»?^' L'exemple renfer-
merait une allusion à l'accusation de dorodockie élevée par Démos-
thène contre Eschinc.
* Cet exemple est pareillement emprunté à un auteur grec. Il
se trouve déjà chez Aristote Rhet., Iib. II, cap. 2^ : Kai èitet koa-
Xanctaliis naî i^KTùJp isrAavaTai, fiot^6s.
^ Voir pour- cette raison Aristote, Rhet,, Hb. 1 , cap. 11, S i3. —
A la différence d' Aristote, notre auteur semble n'apprécier qu'iro-
niquement l'usage des orateurs.
U2 JUILLET-AOÛT 1900.
en termes universels étant trop manifeste. Ils ne
peuvent dire en effet que « quiconque a reçu des biens
de Philippe est un traître»; ni que «tout homme
soigneux de sa personne est un adultère », — D'autre
part, il distingue son syllogisme à lui des syllogismes
hypothétiques, en ce que ceux-ci, à concéder qu'ils
contiennent quelque énoncé, n'en prennent cepen-
dant quun seul; par exemple : Si le soleil est au-
dessus de l'horizon, il fait jour. Ainsi, on ne prend
qu'un seul énoncé et l'on raisonne dans ces condi-
tions; on dit en effet : Si le soleil est au-dessus de
l'horizon, il fait jour ^
« . . .Quelque autre chose en résulte par cela
même qu'elles sont (posées). » — Les mots « quelque
autre chose», (il les emploie, premièrement) pour
distinguer (son syllogisme) du syllogisme qui repro-
duit les mêmes propos, p. ex. : Si le soleil est au-
dessus de l'horizon, il fait jour; et, s'il fait jour, le
soleil est au-dessus de l'horizon. Secondement, parce
que les prémisses sont [191] comme la matière,
la conclusion comme la forme. Troisièmement,
parce que les prémisses sont en vue d'autre chose,
tandis que la conclusion est pour elle-même;
car c'est en vue de la conclusion que les prémisses
• Alexandre expose au contraire qu'il n'y a aucun raisonnement
dans un propos de ce genre [loc. cit., p. i3). — Probus semble
faire une réserve touchant le point de savoir si le soi-disant rai-
sonnement hypothétique renferme un «énoncé» (|Ka«toLJS:o praedi-
catio) ; il n'y est en effet rien énoncé d'une manière absolue. Nous
croyons pouvoir traduire les mots )o«*j |^o par : à concéder
qu'il y ait, , »
LE TRAITE DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 143
se prennent. Quatrièmement parce que les prémisses
sont des positions énoncées, tandis que la conclusion
est Tobjet de la question^. — « Quelque autre chose
en résulte nécessairement ». 11 importe de savoir que
tout ce qui se démontre, se démontre ou bien par
la conséquence, c'est-à-dire en vertu de la règle; ou
bien de par la nature des choses, ou bien moyennant
les deux conditions réunies. P. ex. : Tout homme est
une pierre, toute pierre est une substance, (donc)
tout homme est une substance. Cette démonstration
se fait en vertu de la règle qui dit que de deux affir-
matives universelles , suit une affirmative universelle ;
mais suivant îa nature des choses, il ne se conclut
rien (de ce raisonnement), à cause de Terreur quil
renferme. Une conclusion peut être inférée de par la
nature des choses : p. ex. : Socrate est (un être) rai-
sonnable; quelque être raisonnable est mortel; donc
Socrale est mortel. Nous disons donc que ceci se
démontre de par la nature des choses, et non pas
par la règle; parce que d'un côté c'est la vérité (qui
est énoncée dans les propositions en question ; mais ,
d'autre part, de)^ prémisses exclusivement [192]
particidières , il ne suit point de conclusion néces-
* Pour la terminologie suivant laquelle la conclusion s'appelle
question, cf. Alexandre, loc. cit., p. 27.
3 . . .fo^â^^ ^f )i6Cl*J^4ao. . • ^ v<mWa.? "^(^ • La phrase est mutilée.
L'omission a éto occasionnée par la ressemblance entre les parti-
cules ^ et K^ dont la première venait immédiatement après
^VA,t, la seconde immédiatement avant )i6Cl'J^4ao. Le cod. B rat-
tache la particule conservée au second menibre et lit
^} ]J^l%tio ^ . . . \uw*>? • Le sens n est pas douteux.
144 JUILLET-AOÛT 1900.
saire, comme nous Texposerons. (On peut enfin faire
la démonstration) moyennant les deux (conditions)
réunies : p. ex. : tout homme est un animal, or tout
animal est une substance, donc tout homme est une
substance. Ici la prescription de la règle est observée ,
et la nature des choses se trouve vérifiée de même.
(Il importe de savoir) en second lieu que tout argu-
ment apodictique quelconque procède de termes
également universels, ou bien de termes plus uni-
versels; mais ne procède point de termes dune ex-
tension plus restreinte. De termes également uni-
versels, il procède; p. ex. : Tout homme est capable
de rire; or tout être capable de rire est doué d'intel-
ligence et de connaissance; donc tout homme est
doué d'intelligence et de connaissance. De termes
plus universels, il procède (aussi) : Tout homme est
un animal, or tout animal est une substance, donc
tout homme est une substance ^ Si quelqu'un veut
démontrer le particulier par le particulier, — p. ex. :
un tel qui s'est promené la nuit a été reconnu voleur;
donc toi aussi qui t'es promené la nuit, tu es un
voleur ; — ce n'est point là un argument apodictique ,
mais (ce procédé) s'appelle [igS] «exemple»^. De
^ Dans le premier exemple le terme moyen i^^éêi^risibilis est
d'extension égale au sujet de la conclusion homo; dans le second
exemple le terme moyen animal est d'extension plus grande que le
sujet de la conclusion homo. Ainsi se vérifie la règle énoncée par
l'auteur. — Les mêmes exemples pour les propositions à prédicat
d'extension égale ou supérieure à celle du sujet chez Alexandre,
loc, cit,, p. 17.
* UapdSefyfia, Cf. Aristote, l Anal., lib. 1] , cap. 2G; /{/lel. , lib. 1 ,
cap. 2 (plus haut, note 3, p. i/|o), lib. 11, cap. 30.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 145
même si quelqu'un démontre 1 universel par le par-
ticulier, — p. ex. : Puisque Pythagore le philosophe
et Socrate le philosophe et tel et tel philosophe ont
été mis à mort, donc tous les philosophes sont mis
à mort; ou bien : Puisque le bœuf et Tâne et le cha-
meau quand ils mangent, font mouvoir la mâchoire
inférieure; donc tout animal, quand il mange, fait
mouvoir la mâchoire inférieure ^ — un pareil pro-
cédé d argumentation s'appelle « induction » [êira-
yoyyvlY, et non pas démonstration. — «Par cela
même quelles sont (posées)», dit-il; car il ne
peut y avoir de conclusion qui ait besoin d un terme
en dehors de ceux qui sont posés; p. ex. : Tout
homme est raisonnable; tout être raisonnable est un
animal; donc tout homme est un animal. Mais si lu
dis : Tout homme est raisonnable , tout être raison-
nable est un animal , donc tout homme est une sub-
stance; celte conclusion ne se tire point de ce qui
est posé, mais elle a besoin d'un autre terme qui
soit repris dans les prémisses ; et ainsi il y aura lieu
de l'inférer.
Or il faut savoir que les Pyrrhonéens s'élèvent
contre lui et disent : Si c'est par le syllogisme qu'a
lieu toute démonstration et (toute) possibilité d'ar-
river à [194] l'objet mis en question, voici ce que
^ Même exemple chez Alexandre [loc. cit,, p. 26) qui nomme :
riiomme , le cheval , le chien , îe hœuf et la brebis. Magentinus le
propose en nommant le cheval , le bœuf et le lion ( loc, et cd, cit. ,
p. 108).
* Voir Aristote, p. e. 1 Anai, lib. il, cap. 25; Uhet., lib. I,
cap. 3 (plus haut, noie 3o), etc.
XVI. lu
ivi-miii.kii. itTluxtLr.
146 JUILLET-AOÛT 1900.
nous vous demandons : étant donné ce syllogisme
(par lequel on prétend établir le principe énoncé),
on démontre qu'il possède cette efficacité ou on ne le
démontre pas. Si on ne le démontre pas, vous n ar-
rivez pas à savoir qu'il la possède ; si on le démontre ,
il faudra qu'on le démontré par un autre syllogisme;
pour ce syllogisme-ci encore, on démontre sa valeur
ou on ne la démontre pas; et les mêmes (objections)
se reproduisent; ce qui s'étend à l'infini. A notre tour,
en rétorquant leur doute contre eux-mêmes, nous
répondons tout d'abord : vous démontrez ce que vous
affirmez ou vous ne le démontrez pas; si vous ne le
démontrez pas, vous ne vous rendez pas vous-mêmes
dignes de crédit; si vous le démontrez, il faut que
vous le démontriez par une démonstration nouvelle,
et cette démonstration-ci de rechef par une démons-
tration nouvelle, ce qui s'étend à l'infini. Nous répon-
dons ensuite : (le syllogisme) ^ qui établit en général
la doctrine touchant le syllogisme, se comprend lui-
même dans cette opération. De même, en effet, que
la parole qui dit : « Toute parole peut être entendue »
s'applique à elle-même en même temps qu aux autres
quelconques, ainsi la chose se voit -elle dans le cas
présent.
Voici qu'arrive la question de savoir ce qu est le
syllogisme [igS] parfait; et il dit : «J'appelle donc
syllogisme parfait celui qui n'a besoin de nulle autre
^ Littéralement : «Nous répondons ensuite qu'en établissant en
«;(hiéral la doctrine touchant le syllogisme, celui-ci se comprend
aussi luî-niéme dans cette opération.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 147
chose, en dehors des données admises, pour la ma-
nifestation de son caractère de nécessitée »I1 dit très
bien : « . . .qui na besoin de nulle autre chose, en
dehors des données admises, pour la « manifestation »
de son caractère de nécessité ». Dans tout syllogisme ,
en effet, se trouve ce caractère de nécessité; mais il
n est pas évident dans tout syllogisme ^, à moins qu on
ny ajoute, soit « quelque chose », à savoir une con-
version^; soit « plusieurs choses », à savoir des con-
versions et la réduction à fimpossible. Car il entend
par « quelque chose » une conversion , et par « plusieurs
choses», des conversions et la réduction à l'impos-
sible*. Or le syllogisme parfait na besoin de rien de
tout cela pour manifester le caractère de nécessité
qu*il possède ; le syllogisme imparfait en a besoin pour
faire apparaître ce qu'il renferme.
« Qu'une chose soit en l'autre quant à son exten-
sion entière, ou qu'elle se dise de l'autre quant à tout
(individu), c'est la même chose^». [196] C'est la
même chose, dit-il, qu'une chose soit en l'autre en
^ TéXeiov fièv oZv KaXôi tjvXXo'ytafiov ràv ^tfSevàf dfAAov tspoGè^é'
fievov 'oapà jà eîXrffifiéptt, lapàs rà favrjvat rà dva'yKaTov, I Anal,,
lib, I, cap. i).
* Aristote relève lui aussi, au même endroit, cette différence.
^ Dans le texte l^jidM avec ribbuï, sans doute par méprise, —
L'auteur expliquera plus loin ce qu'il entend par 0 conversion».
* A'ristote fait ces mentions en disant ce qu'il entend par syllo-
gisme imparfait : . . . otTeArf êè tov 'apoG$i6nevov ii époi fj 'orAeio-
veov^ à éa1t fièv âvap^xaia Stà iQv Ci^oHetfiépoL^v âpwv^ ov fiijv eiXvvlai
êià "apordaeûûp (I AnaL, lib. I, cap. 1),
^ To êè èv SXcf) slvat hepop éiépcû xai jà najà tffavTo# xam^o-
p9Ïa1tu QnTspov ^dTepov, laMp iàli, . . (Arist. , ibid,].
148 JUILLET-AOÛT 1900.
son entier, et qu elle se dise de l'autre quant à tout
(individu), parce que ces deux notions se vérifient
dans une même proposition. En effet, si ion com-
mence par en bas , ii faut que ie prédicat tout entier
soit commxmiqué au sujet, et non seulement en
partie; p. ex. : Tout homme est un animal; tout ani-
mal est substance : — « Tout honrime » reçoit en com-
munication (la note d') animal en entier, cest-à-dire
quant à fanimation , et à la sensibilité , et à fêtre. Si
au contraire on commence par en haut, il faut que
ie prédicat se dise du sujet quant à Textension entière
de celui-ci ^ Car le prédicat doit toujours être d'ex-
^ Probus, ou l'auteur dont il est l'écho, croit pouvoir entendre
la parole d'Aristote en ce sens que le prédicat doit s'appliquer au
sujet, quant à la «compréhension» entière du premier et dans
toute r« extension » du second. Gela est très vrai; mais ce n'est pas
ce que dit Aristote en cet endroit, pour le premier de ces deux
points. — Voici d'autre part quelle serait d'après Alexandre, l'ex-
plication de la parole d' Aristote : dans toute proposition universelle ,
il est également vrai de dire, quand il s'agit d'une affirmation,
que le prédicat s'applique au sujet dans toute l'extension de celui-ci
et que le sujet est renfermé dans le prédicat comme en un tout,
parce que l'extension du prédicat doit être au moins égale à celle
du sujet. De même quand il s'agit d'une négation universelle, il
est également vrai de dire que le prédicat ne s'applique à nid in-
dividu compris sous l'extension du sujet, et que le sujet n'entre
point dans le tout du prédicat. Encore une fois ce commentaire ne
répond pas à la pensée d'Aristote.
«C'est une seule et même notion», dit Aristote, raMv èalt^
qu'une chose soit en l'autre dans l'extension entière du concept de
celle-ci [animal est in nniverso homine)^ et quelle se dise de Vautre
quant à tout individu compris sous cette extension [animal [dicitur]
de omni homine). — Aristote fait cette observation, également
applicable, comme il le dit, aux propositions universelles négatives,
lX)ur indiquer la signification des formules dans ses syllogismes.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SVEUEN PROBUS. 149
tension égale à celle du sujet, ou d'extension plus
grande; (le prédicat) qui serait d'extension plus res-
treinte ne s'appliquerait pas tout entier au sujet tout
entier (?). Ici finit la copie de V interprétation de la pre-
mière partie.
[ 1 9 7] J^ transcris encore V interprétation de la seconde
partie du livre des « Analytiques ».
Il y a trois (sortes de propositions) qui se conver-
tissent : la négative universelle, l'affirmative univer-
selle, l'affirmative particulière. En effet, la négative
particulière ne se convertit point. Quant à la négative
universelle, elle se convertit en sa propre forme;
p. ex. : Nul homme n'est une pierre; ce qui se con-
vertit ainsi : Nulle pierre n'est im homme. La néga-
tive particulière ne se convertit pas en sa propre
forme, p. ex. : Pas tout animal n'est un homme; si
quelqu'un convertit cette proposition et qu'il dise :
pas tout homme n'est un animal, il fait erreur. Une
proposition de cette sorte ne se convertit donc ni
sous une autre forme ni en sa propre forme, parce
qu'elle ne se convertit en aucune façon. L'affirmative
universelle se convertit en particulière, p. ex. : Tout
homme est un animal; ce qui se convertit ainsi :
Quelque animal est un homme, ce qui est vrai; mais
Notre auteur à son tour suit la même idée en exposant les divers
modes de syllogismes; plus loin, [p. 202] et suiv. : que A soit dans B
tout entier, équivaut à dire : A se dit de tout B, ou bien : tout B
est A. Dans ces formules : «A est dans B tout entier», A repré-
sente le prédicat , B le sujet.
150 JUILLET-AOÛT 1900.
si 1 on dit : tout animai est un homme , on fait erreur.
L affirmative particulière se convertit en sa propre
forme, p. ex. : Quelque homme est un animal; ce
qui se convertit ainsi : Quelque animal est un homme,
ce qui est vrai^
Toute proposition quelconque a deux éléments :
[198] le sujet et le prédicat; le sujet aussi bien que
le prédicat s appellent termes. C'est le prédicat qui
est (le terme) supérieur, le sujet est Tinférieur. Tout
syllogisme se compose de deux propositions (pré-
misses) et comprend trois termes. L'on demande, si
toute proposition a deux termes, pourquoi il ny a
pas quatre termes dans le syllogisme? Nous répon-
dons que lun des trois , celui qui est le (terme) moyen ,
se trouve dans les deux propositions, parce qu'il est
le terme moyen et qu'il occupe le milieu; p. ex. : Tout
iiomme est un animal, tout animal est une substance;
* animal » est repris dans les deux propositions et est
le terme moyen. Il y a trois figures du syllogisme.
On a la première figure, quand le terme moyen est
prédicat relativement à i un et sujet, relativement à
l'autre (des deux termes extrêmes), comme ei nous
disons : L'homme est un animal; l'animal est une
substance; «animal» est prédicat relativement k
l'homme, et sujet relativement à substance. On a la
seconde figure quand le terme moyen est le prédicat
des deux (autres termes), voici comment : Tout
homme est un animal, [199] nulle bûche n'est un
* Cf. Aristote, I Anal., lib. I, cap. 2.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 151
animal; « animal » est prédicat relativement à Thomme
et à ce qui est privé de vie. On a la troisième figure
quand les deux (autres termes) sont prédicats rela-
tivement à lui (au terme moyen), voici comment :
Tout homme est un anima] , et puis : Tout homme
est une substance.
On demande la raison de cet ordre des figures ^
Nous répondons qu à bon droit le premier rang revient
à cette figure dans laquelle le terme moyen est prédi-
cat et sujet; alors en effet il garde proprement son
caractère de moyen terme, quand il a non seulement
la supériorité en sa qualité de prédicat, mais aussi
la condition inférieure en sa qualité de sujet; car
ainsi il participe aux deux extrêmes puisqu'il possède
leur double propriété; cest pourquoi il est propre-
ment le terme moyen ; et c'est pourquoi cette figure
est la première dans laquelle un pareil moyen terme
se trouve. D autre part puisque le terme moyen , soit
comme prédicat des deux autres termes, soit comme
sujet relativement aux deux autres , déchoit de sa con-
dition de moyen terme au sens strict, il est juste
que cette figure soit la seconde dans laquelle le terme
moyen est prédicat des deux (autres termes), c est-
à-dire (dans laquelle) la condition supérieure lui est
reconnue. Enfin au troisième rang est placée la fi-
gure dans laquelle le terme moyen est sujet [200]
relativement aux deux autres.
Ainsi donc tout syllogisme a deux propositions:
^ La même question est traitée par Alexandre, loc, cit., p. 38
et 9UÎV. — Aristote expose les trois figures, loc cit., ch. d et suiv.
152 JUILLET-AOÛT 1900.
l'une majeure, lautre mineure. Laquelle est la ma-
jeure? celle qui renferme le terme majeur; et le terme
majeur est celui qui est prédicat dans la conclusion.
Laquelle est la mineure? celle qui renferme le terme
mineur; et le terme mineur est celui qui est sujet
dans la conclusion ; p. ex. : Tout homme est un animal,
tout animal est une substance; conclusion : Tout
homme est une substance. Voici que « homme » est
sujet, « substance » prédicat; par conséquent, « sub-
stance» est le terme majeur, «homme» le terme
mineur. C'est pourquoi la proposition qui dit : Tout
animal est une substance, est la majeure; celle qui
dit : Tout homme est un animal, est la mineure.
Les caractères communs des figures sont les sui-
vants : ce qui se trouve d'inférieur dans les proposi-
tions se trouve (aussi) dans la conclusion. Or la
négative est inférieure à Taflirmative , et la parti-
culière à Tuniverselle; dès lors donc que Tune des
propositions est particulière, la conclusion se trouve
être particulière; si une proposition est négative, la
conclusion [201] est négative; si Tune des deux pro-
positions est une négative universelle, lautre une
affirmative particulière, la conclusion se trouve être
une négative particulière. Un autre caractère commun
des figures , c'est qu'aucune conclusion ne se tire
soit de deux propositions particulières , soit de deux
négatives.
C'est le propre de la première figure , que la pro-
position mineure soit affirmative et que la proposition
majeure soit universelle. Ces propriétés delà première
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 153
figure, fais-en le partage entre la deuxième figure et la
troisième; la deuxième figure prend (ce trait) qu'il lui
faut une proposition majeure universelle; d autre
part , à la troisième figure il appartient d'avoir comme
proposition mineure une affirmative. C est le propre
de la deuxième figure que les deux propositions ne
soient point, dans la forme, pareilles Tune h l'autre;
c cst-à-dire qu elles ne soient point toutes deux affir-
matives, ni toutes deux négatives; mais si lune est
affirmative, il faut que l'autre [202] soit négative.
Toute proposition au sujet de laquelle on te de-
mande : « Convertis-la, et vois si elle est vraie et si tu
l'admets?»- si on te pose la question en présentant
la proposition sous une forme où tu l'admets , accepte
l'offre sans crainte ^.
Dans la première figure il y a quatre modes ^ :
* Telle est, croyons -nous, la seule manière rationnelle de tra-
duire ce passage. Voici comment nous le comprenons. Une propo-
sition certaine convertie suivant les règles indiquées plus haut
(p. [197]) donnera toujours une proposition pareillement certaine.
Mais de ces mêmes règles il suit, qu'une proposition universelle
affirmative /aiwse, régulièrement convertie, peut donner une uni-
verselle particulière traie. La proposition : « Tout homme est ani-
mal» étant certaine, on est sûr d'avance que la particulière qui
résultera de la conversion sera pareillement certaine. Mais une
universelle affirmative fausse peut donner comme résultat de la
conversion une proposition vraie ou une proposition fausse. — On
peut donc, dit notre auteur, entreprendre toujours, en pleine sé-
curité, répreuve de la conversion d'une proposition de la vérité de
laquelle on est cei'tain» On est sûr d'avance du résultat.
* A ces quatre modes de la première figure se ramènent les syl-
logismes de la seconde et de la troisième figures. Sahokt énumère
neuf modes de la première figure, les cinq derniers se ramenant
eux aussi aux quatre premiers , qu'il appelle « indémontrables ».
154 JUILLET-AOÛT 1900.
i" Premier mode : Dune mineure universelle affir-
mative et d une majeure universelle affirmative suit
une conclusion affirmative universelle; p. ex. : Si A
est dans B entier et B dans G entier, A est dans G
entier ^ Ou encore autrement : Tout homme est
animal, tout animal est substance; tout homme est
substance. Que si Ion commence par le prédicat de
manière à intervertir Tordre, on a la formule : Sub-
stance se dit de tout animal, animal se dit de tout
homme; substance se dit de tout homme.
2** Deuxième mode : Dune mineure universelle af-
firmative et dune majeure universelle négative suit
une conclusion négative universelle. P. ex. : Si A
n'est en nul (individu) de B et que B soit en G entier,
A n'est en nul (individu) de G. Autrement : Tout
homme est animal, nul animal n'est pierre; conclu-
sion : Nul homme nest pierre. Que si Ton [aoS]
commence par le prédicat en intervertissant Tordre ,
on a la formule : Pierre ne se dit de nul animal,
animal se dit de tout homme; (donc) pierre ne se
dit de nul homme.
3"* Troisième mode : Dune mineure particulière
affirmative et dune majeure universelle affirmative
* Sur la position respective du sujet et du prédicat dans ces
formules, voir note i» p. làS, Les lettres de i*alphabet employées
pour représenter les termes varient suivant les figures et répondent à
celles dont se sert Aristote, sauf que, dans ia seconde figure, le £
grec est remplacé par un Semcath qui se présente aussi pour le £
dans la troisième.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 155
suit une conclusion affirmative particulière. Si A est
dans B entier et B dans quelque (individu) de G, A
est dans quelque (individu) de G. Autrement : Quel-
que être raisonnable est un homme, tout homme est
mortel; conclusion : Quelque être raisonnable est
mortel. En commençant inversement parle prédicat
on a la formule : Mortel se dit de tout homme,
homme se dit de quelque être raisonnable; (donc)
mortel se dit de quelque être raisonnable.
4** Quatrième mode : D'une mineure particulière
affirmative et dune majeure universelle négative
suit une conclusion négative particulière. Si A n'est
dans nul (individu) de B et que B soit dans quelque
individu de G , A n'est pas dans G entier. Autrement :
Quelque homme est philosophe; nul philosophe nest
inculte; conclusion : Pas tout homme nest inculte.
En commençant inversement par le prédicat, on a
la formule : Inculte ne se dit de nul philosophe,
philosophe se dit de quelque homme; conclusion :
[ao/i] Inculte ne se dit pas de tout homme.
La deuxième figure comprend quatre modes :
1** Premier mode : Dune majeure universelle né-
gative et dune mineure universelle affirmative suit
une conclusion négative universelle. Soit le terme
majeur N = « pierre » ; le terme moyen M = « animal »;
le terme mineur S = « homme ». On démontre la
règle moyennant une conversion; p. ex. : Si M nest
156 JUILLET-AOÛT 1900.
dans nul (individu) de N , et que M soit dans S entier,
N n'est dans nul (individu) de S. La conversion à
faire est la suivante : Si M n est dans nul (individu)
de N, il est évident que N non plus ne sera dans nul
(individu) de M. Or, si N ^ n'est dans nul individu
de M et que M soit dans S entier, on trouve le deu-
xième mode de la première figure : N n est dans nul
(individu) de S. Autrement : Tout homme est animai ;
nulle pierre n'est animal (on voit qu'animai est pré-
dicat relativement aux deux autres termes); conclu-
sion : Nul homme n'est une pierre. Si [2o5] l'on pré-
tend que la conclusion n'est pas juste, convertis la
négative qui dit : Nulle pierre n'est un animal ; et dis:
nul animal n'est une pierre. Dis ensuite : nul animal
n'est une pierre, tout homme est un animal; et con-
clus : Nul homme n'est une pierre. Ce qui se trouve
être le deuxième mode de la première figure.
2° Deuxième mode : D'une majeure universelle af-
firmative et d'une mineure universelle négative suit
une conclusion négative universelle. Ce qui se dé-
montre moyennant une double conversion. Si M est
dans N entier et que M ne soit dans nul (individu)
de S, S n'est dans nul (individu) de N. Ce qu'on dé-
montre ainsi : Si M n'est dans nul (individu) de S,
S n'est dans nul (individu) de M. Et si S n'est dans
nul (individu) de M, M étant ^ dans N entier, on
trouve de nouveau le deuxième mode de la première
^ Le texte porte ^qj:^ au lieu de yxJ .
^ Le texte porte : n'étant pas ... ; || est une addition fautive.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 157
figure : il est évident que S n est non plus dans nul
(individu) de N. Seulement la conclusion (à tirer) ne
demande pas que S ne soit dans nul (individu) de
N; car ceci est encore une proposition mineure^;
mais que N ne soit dans nul (individu) de S, parce
que la conclusion doit découler de la [206] propo-
sition majeure^. Or cela aussi est évident à la faveur
d'une seconde conversion : car si S n'est dans nul (in-
dividu) de N, à son tour N n'est dans nul (individu)
de S. Autrement : Tout homme est un animal, nulle
pierre n est un animal ; conclusion : Nulle pierre n est
un homme. Si Ton prétend que la conclusion n est
pas juste, convertis la négative qui dit : Nulle pierre
nest un animal, et dis : Nul animal n'est une pierre;
après, résous (le syllogisme) de cette manière : Tout
homme est un animal, nul animal n est une pierre,
et conclus : Nul homme n'est une pierre. Dis ensuite :
Si nul homme nest une pierre, donc nulle pierre
n'est un homme; car c'est là ce qui était en question,
^ 11 est supposé dans le mode en question que la négative uni-
verselle est mineure, Taflirmative universelle , majeure ; donc c'est le
«terme extrême» qui se trouve dans l'affirmative universelle qui
doit être prédicat dans la conclusion, parce que le prédicat de la
conclusion vient de la majeure. Dans la formule proposée le terme
extrême qui se trouve dans la majeure est N ; N doit donc être pré-
dicat dans la conclusion. La question est donc de montrer que N
ne se trouve en nul individu de S; en d'autres termes que nul S
nest N. La proposition qui dit : nul N n'est S, n'est elle-même
qu'une mineure, dit Probus. En cfFet, S est le terme mineur; et
une proposition dans laquelle le terme mineur figure comme pré-
dicat ne peut être ni la majeure, ni la conclusion d'un syllogisme.
Se rappeler l'exposé de notre auteur p. [a 00].
^ Voir note précédente.
158 JUILLET-AOÛT 1900.
et non la proposition qui dit : Nul homme nest mie
pierre. (Ici encore) on a retrouvé le second mode de
la première figure.
3"* Troisième mode : D une majeure universelle né-
gative et d'une mineure particulière affirmative suit
une conclusion négative particulière. Ce qui se dé-
montre moyennant une conversion. Si M n est dans
nul (individu) de N , et que M soit dans quelque [207]
S, N n'est pas dans S entier. La démonstration se
fait ainsi : si M n'est dans nul ( individu) de N , à son
tour N n est dans nul (individu) de M. Or, si N n'est
dans nul (individu) de M, M étant dans quelque
(individu) de S, on trouve le quatrième mode de la
première figure : N n'est pas dans S entier. Autre-
ment : Nul homme n'est cheval , quelque être mortel
est cheval; conclusion : Pas tout être mortel n'est
homme. Si Ton prétend que la conclusion n'est pas
juste, convertis la négative qui dit ; Nul homme n'est
cheval, et dis : Nul cheval n'est homme; après quoi
opère la résolution : Nul cheval n'est homme, quel-
que être mortel est cheval ; et conclus : Pas tout être
mortel n'est homme. Oii l'on trouve le quatrième
mode de la première figure.
4° Quatrième mode : D'une majeure universelle af-
firmative et d'une mineure particulière négative suit
une conclusion négative particulière. Ce qui se dé-
montre par (la réduction à) l'impossible seulement,
et non moyennant la conversion, parce qu'il ne suit
LE TRAITE DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 159
aucune conclusion de deux particulières ^ Si M est
dans N entier, et que M ne soit pas dans [208] S
entier, N nest pas dans S entier. Sinon , mettons que
(N) soit dans S entier. Etant donné que M est dans
N entier, et N (par hypothèse) dans S entier, il se
fait que M sera dans S entier. Mais (il a été posé que)
M n était pas dans S entier; or que M soit dans S
entier et qu'à la fois il ny soit point, cela est impos-
sible. Autrement : Tout homme est raisonnable; pas
tout animal n'est raisonnable ; conclusion : Pas tout
animal nest homme. Si quelqu'un prétend que la
conclusion n est pas juste, réponds- lui : A raison de
la contradiction , il est vrai de toute nécessité qu'où
bien pas tout animal ne soit homme ou que tout
animal soit homme; ainsi donc suivant ton avis (nous
aurions ceci) : Tout animal est homme, tout homme
est raisonnable; d'où la conclusion : Tout animal est
raisonnable; ce qui se trouve être le premier mode
de la première figure, à savoir que de deux affirma-
tives universelles suit une conclusion affirmative uni-
verselle. Mais il a été accordé que pas tout animal
n'est raisonnable; or, que tout animal soit raison-
nable, que pas tout animal ne soit raisonnable, les
deux membres de cette contradiction ne peuvent
être vrais à la fois.
^ Une négative particulière ne peut pas être convertie; une aflir-
mative universelle se convertit en particulière. La conversion ap-
pliquée aux prémisses ne pourrait donc avoir ici comme résultat que
deux prémisses particulières qui ne peuvent point servir de base ù
une conclusion.
160 JUILLET-AOÛT 1900.
Dans la troisième figure il y a [a 09] six modes :
1* Premier mode : D une majeure universelle affir-
mative et d'une mineure universelle affirmative suit
une conclusion affirmative particulière. Soit le terme
majeur P, le terme mineur R, le terme moyen S.
Si P et R (tous deux) sont dans S entier, P sera dans
quelque individu de R. Ce qui se démontre moyen-
nant une conversion ; voici comment : Si R est dans
S entier, S est dans quelque (individu) de R, et Ion
trouve le troisième mode de la première figure : P
est dans S entier, et S est dans quelque (individu)
de R; (donc) P est dans quelque (individu) de R.
Autrement : Tout homme est mortel, tout homme
est raisonnable; conclusion : Quelque être raison-
nable est mortel. Si quelqu'un prétend que la con-
clusion n'est pas juste, convertis l'affirmation qui
dit : Tout homme est raisonnable, et dis : donc (piel-
que être raisonnable est homme; puis résous (la for-
mule ainsi) : quelque être raisonnable est homme,
tout homme est mortel ; et conclus : quelque être
raisonnable est mortel.
!2° Deuxième mode .-D'une mineure universelle af
firmative [210] et d'une majeure universelle né-
gative suit une conclusion négative particulière. Si
R est dans S entier, P dans nul (individu) de S, P
n'est pas dans R entier; ce qui se démontre moyen-
nant une conversion. Car si R est dans S entier, S
sera dans quelque (individu) de R, et l'on trouve le
LE TRAITE DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 161
quatrième mode de la première figure : P n'est dans
nul (individu) de S, S est dans quelque (individu) de
R; (donc) P n'est pas dans R entier. Autrement :
Tout homme est mortel, nul homme nest cheval;
conclusion : Pas tout mortel n'est cheval. Si quel-
qu'un dit que la conclusion n'est pas juste, convertis
l'aflBrmative qui dit: Tout homme est mortel, et dis:
Quelque mortel est homme. Puis résous (la formule) :
Quelque mortel est homme, nul homme n'est cheval,
et conclus : Pas tout mortel n'est cheval. Ce qui se
trouve être le quatrième mode de la première figure.
3° Troisième mode : D'une mineure universelle af-
firmative et d'une majeure particulière affirmative,
suit une conclusion affirmative particulière; ainsi :
Si R est dans [211] S entier, P dans quelque indi-
vidu de S, P sera dans quelque individu de R. Ce
qui se démontre moyennant une double conversion,
de la manière suivante : Si P est dans quelque (indi-
vidu) de S, S sera dans quelque (individu) de P, et
l'on trouve le troisième mode de la première figure :
Si R est dans S entier, S dans quelque (individu) de
P, R sera dans quelque (individu) de P. Seulement
il n'est pas de principe que d'une proposition mineure
se puisse conclure une proposition majeure ^(?);
^ Ceci nous paraîl difficile à comprendre. Nous soupçonnons
qu au lieu de «axsU il faut lire : a^a^U , ce qui donnerait le sens :
« Il n'est pas de principe que la mineure ait la majeure comme sub-
ordonnée *, au contraire, la majeure l'emporte sur la mineure. . . »
Dans le résultat obtenu par la première conversion, l'universelle
affirmative est devenue virtuellement majeure, puisque le prédicat
162 JUILLET-AOÛT 1900.
c esl la majeure qui Temporte sur la mineure, et celle-
ci est la première (clans la formule qui vient detre
énoncée). Que si R est dans quelque (individu) de
P, P est dans quelque (individu) de R. Autrement :
Tout homme est mortel, quelque homme est raison-
nable; conclusion : Quelque être mortel est raison-
nable. Si Ton prétend que la conclusion n'est pas
juste, convertis TajOirmativequi dit : Quelque homme
est raisonnable , et dis : Quelque être raisonnable est
homme; puis donne la solution : Quelque être rai-
sonnable est homme, tout homme est mortel, et
conclus : Quelque être raisonnable esl mortel. Con-
vertis en outre la conclusion qui dit : Quelque être
raisonnable est mortel, en celle-ci : Quelque être
mortel est raisonnable. On retrouve le troisième
modo de la première figure- Si quelqu'un demandait :
Pourquoi l'affirmative [2 1 2] universelle n'a-t-elle pas
été convertie? réponds-lui : Parce que cette univer-
selle se convertit en particulière , et que de deux par-
ticulières ne se tire aucune conclusion.
4° Quatrième mode : D'une mineure particulière
affirmative et d'une majeure universelle affirmative
suit une conclusion affirmative particulière. P. ex. :
de la conclusion (R) est le terme extrême qui se trouve dans Taf-
firmative universelle. La mineure a donc pris Tavantanje sur la ma-
jeure, ce qui ne peut pas être; c'est la majeure qui doit dominer.
Donc c'est le terme extrême qui se trouve dans celle-ci, c'est-à-
dire dans Tailirmative particulière, qui doit être prédicat dans la
conclusion. Ce qui s'obtient par une seconde conversion. En effet,
si quelque P est R , quelque R est P.
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 163
Si R est en quelque (individu) de S, P en S entier;
P est en quelque (individu) de R. Ce qui se démontré
moyennant une conversion : si R est en quelque (in-
dividu) de S, S est en quelque (individu) de R, et
Ton obtient le troisième mode de la première figure :
P est en S entier, S est en queltjue (individu) de R;
(donc) P est en quelque (individu) de R. Autrement :
Quelque homme est raisonnable, tout homme est
mortel; conclusion : Quelque être raisonnable est
mortel* Si Ion prétend que la conclusion n est pas
juste, convertis Taffirmative qui dit : Quelque homme
est raisonnable, et dis : Quelque être raisonnable est
homme; et donne la solution : Quelque être raison-
nable est homme , tout homme est mortel ; et conclus :
Quelque être raisonnable est mortel. Ce qui se trouve
être le troisième mode de la première figure.
5° Cinqaième mode : Dune mineure universelle
affirmative [216] et d*une majeure particulière né-
gative suit une conclusion négative particulière. Ce
qui se démontre par (la réduction à rim)possible ^ :
Si R est en S entier et que P ne soit pas dans S entier,
P nest pas dans R entier. Sinon, mettons que P soit
dans R entier; étant donné que R est dans S entier,
il se trouvera (comme conséquence) que P est dans
S entier. Mais il a été accordé qu'il n'est pas dans S
entier. Or, que P soit et ne soit pas, à la fois, dans
S entier, cest impossible. Autrement : Tout homme
> Le tnxte a |lai«.tei^ •«* au iieu de )ioJm^1l^ il «^ .
164 JUILLET-AOÛT 1900.
est mortel, pas tout homme nest philosophe; con-
clusion : Pas tout être mortel n est philosophe. Si
quelqu'un prétend que la conclusion n'est pas juste :
à raison de la contradiction, (le prédicat) se vérifie
nécessairement de « tout », ou de« pas tout (mortel) ».
Puis donc que (par hypothèse) il ne se vérifie pas
de « pas tout (mortel) » , il faut qu il se vérifie de « tout
(mortel) ». Donc : Tout homme est mortel, « tout être
mortel est philosophe»; conclusion : Tout homme
est philosophe. Mais il a été accordé que pas tout
homme n est philosophe ; or voici que Ton arrive à
conclure que tout homme est philosophe et Ton
aboutit à cette contradiction : Tout homme est phi-
losophe, tout homme nest pas philosophe; ce qui
est absurde.
6^ Sixième mode : [21 4] D'une mineure parti-
culière affirmative et d'une majeure universelle né-
gative suit une conclusion négative particulière. Si
R est dans quelque (individu) de S, P dans nul (in-
dividu) de S, P n'est pas dans R entier. Ce qui se dé-
montre moyennant une conversion. Si R est dans
quelque (individu) de S, S est dans quelque individu
de R et on obtient le quatrième mode de la première
figure : P n'est dans nul (individu) de S, S est dans
quelque (individu) de R; (donc) P n'est pas dans R
entier. Autrement : Quelque homme est mortel; nul
homme n'est cheval ; conclusion : Pas tout être mortel
n'est cheval. Si quelqu'un dit que la conclusion n'est
pas juste, convertis la proposition qui dit : Quelque
LE TRAITÉ DU PHILOSOPHE SYRIEN PROBUS. 165
homme est mortel, et dis : Si quelque homme est
mortel, quelque être mortel est homme. Après quoi
donne la solution : Quelque mortel est homme, nul'
homme nest cheval; conclusion : Pas tout mortel
n est cheval. Ce qui se trouve être le qualrième mode
de la première figure.
[Règles touchant les syllogismes illogiques :]
Dans la première figure : i*" de deux affirmatives
particulières, la conclusion ne tieet pas : Quelque
homme est mortel , quelque être mortel [216] est che-
val; conclusion : quelque homme est cheval. î'^De
deux négatives universelles la conclusion ne tient
pas : Nul homme nest une pierre, nulle pierre nest
un animal ; conclusion : Nul homme n est un animal.
y De deux négatives particulières la conclusion ne
tient pas : Pas tout être mortel nest raisonnable,
pas tout être raisonnable n'a une existence bornée ;
conclusion : Pas tout être mortel n a une existence
bornée.
Dans la seconde figure : 1° De deux affirmatives
particulières, la conclusion ne tient pas : Quelque
cheval est animal, quelque homme est animal; con-
clusion : Quelque cheval est homme. 1° De deux né-
gatives universelles, la conclusion ne tient pas : Nul
homme n'est une pierre , nul animal n'est une pierre ;
conclusion : Nul homme n'est un animal. 3" De deux
négatives particulières , la conclusion ne tient pas :
Pas tout homme n'est philosophe ; pas tout être ca-
lÔfi JUILLET.AOÛT 1900.
pable de rire n'est philosophe; conclusion : Pas tout
homme n'est capable de rire.
Dans la troisième figure : r De deux affirmatives
particulières, la conclusion ne tient pas : Quelque
être mortel est cheval, quelque être mortel est
homme; conclusion : [216] Quelque cheval est
homme. 2° De deux négatives universelles, la con-
clusion ne tient pas : Nidle pierre n'est homme , nulle
pierre n'est capable de rire ; conclusion : Nul homme
n'est capable de rire. 3° De deux négatives parti-
culières , la conclusion ne tient pas : Pas tout animal
n'est homme; pas tout animal n'est capable de rire;
conclusion : Pas tout homme n'est capable de rire.
ICI FINIT L'INTERPRÉTATION
DU LIVRE DES ANALYTIQVESEXFUQVÉ PAR PROBUS LE SAGE.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 167
NOUVELLES ET MÉLANGES.
ANNEXE AU PROCES VERBAL.
(Séance du 9 mars 1890.)
I
La seconde inscription de Nérab contient dans les lignes
4-8 une phrase dont le sens général est obscurci par suite
d un groupe de 9 lettres qu'on n*a pas encore réussi à ana-
lyser dune manière satisfaisante. Cette phrase est ainsi
conçue :
nnnx^ 5
Au jour de la mort , ma bouche n'est pas devenue inapte à
(prononcer) des paroles; et de mes yeux j'ai vu, moi, des enfants
de la quatrième g(^.nération qui m'ont pleuré et ils n'ont pas
mis avec moi des objets d'argent et de cuivre; ils m'ont mis avec
mes vêtements afin que je ne me fâche pas.
Ma première tentative de couper le groupe IDnPNDim en
riND ini IDn « et voici ils étaient cent » suppose deux formes
insolites, savoir in pour KH et l'accusatif IDD pour le nomi-
natif on ou Din ; il faut donc l'écarter. Plus vraisemblable
est la décomposition en IDnPN Dim , ingénieusement établie
par M. Kokovtzov dans le Journal asiatique (Nov.-Déc. 1899 ,
168 JUILLET-AOÛT 1900.
p. 436 et suiv.). Ce savant regarde le mot ^^133 comme le début
d*une nouvelle phrase et voit dans IDnriN, où il suppose l'oubli
d'un D de la part du lapicide , l'équivalent du targumique
DDnDN qui rend l'hébreu inilDn « se faire des incisions à
l'occasion d'un deuil » : « Ils m'ont pleuré et ils se sont fait
des incisions ». Mais n'est-il pas singulier que le prêtre défunt
sente la nécessité de signaler particulièrement qu'après son dé-
cès il a été l'objet de gémissements et d'une cérémonie funèbre
qu'on accomplit pour tous les morts sans distinction ? D'autre
part , l'expression o afin que je ne me fâche pas » , qui motive
l'ensevelissement simple du défunt, ne suppose-t-elle pas
l'indication dans ce qui précède que ce dernier l'avait for-
mellement demandé ? Cet inconvénient disparait si l'on
attribue au verbe IDlpJnnK le sens de l'arabe Zx^^ «prendre
soin • , et le complément sous-entendu est « de ma volonté » ,
qui se supplée facilement. L'ensemble montre maintenant
une allure bien naturelle :
Au jour de ma mort , ma bouche n est pas devenue inapte à
proférer des paroles, et de mes yeux j'ai vu des descendants de
quatre générations qui pleuraient sur moi; et, en prenant soin (de
ma volonté), ils n'ont pas mis avec moi des objets d'argent ou de
cuivre; ils m'ont mis avec mes vêtements (seuls), afin que je ne
me fâche pas.
II
Depuis quelque temps , il se dessine un mouvement qu'on
peut caractériser d'« intrusion de l'égyptologie dans le do-
maine sémitique ». Son but est de rapporter à l'Egypte les
éléments les plus remarquables de la civilisation des Sémites
occidentaux et tout particulièrement des Hébreux de l'époque
biblique.. Des étymologies égyptiennes sont présentées à
propos des mots tels que HN «âtre, foyer», PDp, «encrier»,
/HN « tente » ' , dont le sémitisme ne fait pas une ombre de
' W. Max MvLL^h , Orientalische Litteraiur-Zeitang , 1900, coL ^g-Si.
NOUVELLES ET MELANGES. 169
doute. Le nom divin mn^ lui-même, après avoir passé il y a
1 9 ans par une interprétation « sumérienne » du plus pur
aloi , ne serait , à en croire ces égyptolog^es , autre chose
qu'un simple emprunt fait par les Hébreux au vocabulaire
zoolàtrique des Egyptiens. Voici quelques remarques qui en
éclaireront la valeur.
1° HN «âtre, foyer» se trouve dans Jérémie, xxxvi,
22 : «Le roi était assis dans sa maison d'hiver, c'était le
neuvième mois (de l'année), ayant en face de lui le feu de
l'âtre allumé my3D r^D^ nçn Vi<] (pour DN'I, cf. v. 23). »
Le fait que le mot UH qui signifie ordinairement « frère »
désigne en même temps W âlre » , au lieu de présenter une
énigme insoluble, s'explique aisément si l'on considère que
le synonyme DDi) = l'araméen N^Dp se superpose complè-
tement à l'assyrien tappu « compagnon » , dont le dérivé 5tt-
tapa v^DW « compagnon, associé» est des plus usités en néo-
hébreu et en syriaque. De « frère » à « confrère , associé ». la
distance est nulle dans le langage famih'er. Or l'âtre con-
siste en deux pierres placées l'une en face de l'autre , sur les-
quelles on range les morceaux de bois qu'on allume au moyen
de bûches incandescentes mises en dessous. Parfois une
seule pierre suffit à cet usage et alors le bois prend une posi-
tion inclinée. C'est ce « frère ou associé » dont l'autre peut
s'absenter au besoin qui forme le fond de la désignation
sémitique de l'âtre. L'ancien égyptien ny = copte ash n'y
est pour rien, bien que les Septante, en rendent nx par
XyTpOTvovs, semblent avoir pensé au mot égypto-copte pré-
cité.
2° riD]? «vase à encre, encrier», orthographe ancienne
nfe^P,, pi. r^t^p «vases, coupes pour les libations» (Exode,
XXXVII, i6). Le sémitisme de ce vocable est garanti par
son existence dans deux autres langues sœurs où il reçoit des
significations rapprochées. En arabe , ï^j^S désigne une petite
170 JUILLET-AOÛT 1900.
boîte de couturier; plus près est encore l'éthiopien ^hh^ ,
qui traduit l'hébreu 13 «vase à eau, cruche •. L*idée de
faire venir nÇ]? de 1 égyptien gisty « encrier » , qui signifie
littéralement «deux moitiés» (M. MûUer) est .d'autant
moins fondée , que l'égyptien gis paraît dérivé de la racine
3° bnH «tente». L'identité de ce mot avec Tarabe Juil
« famille » frappe déjà au premier aspect , et est aussi admise
par presque tous les sémitisants. L'assyrien âlii «ville,
village» représente naturellement le développement de la
tente, cette cité primitive et uniquement familiale en une
agglomération de plusieurs familles reliées les unes aux
autres par des liens civiques. Cependant les égyptomanes
ne regardent pas de si près. Pour eux, l'hébreu hnH est bel
et bien la copie de l'égyptien ihm « tente » ; la transition de
m en /ne vaut pas la peine quon en parle. Il leur suffit
d'invoquer comme autorité suprême l'ancienne opinion d'un
célèbre philologue contre le rapprochement de ^HN et J-^J ;
mais ce savant a si souvent rectifié ses opinions étymolo-
giques de jadis , qu'il est impossible de savoir si celle dont
nous nous occupons lui parait encore soutenable aujourd'hui.
En tous cas , nous sommes sûr qu'il repoussera avec nous la
prétendue origine égyptienne du vocable hébreu en cause.
4' C^nn , nom d'un animal (cf. le parallélisme D^^^N DM^}f
et D^C^nn ri*liy. Exode, xxvi, là) avec la peau duquel on
fabrique des couvertures, des tentes riches et des sandales
de dames. En arabe, j^* désigne le dauphin; les récits assy
riens mentionnent les outres de têsu au moyen desquelles on
traverse les rivières; il s'agit visililement de peaux d'agneaux.
Ce mot n'a donc rien de commun avec l'égyptien ths « cuir ».
Quand on ajoute que le t est, suivant le même auteur, en
même temps le représentant de D dans ^1D « roseau » l'im-
probabilité de cette comparaison devient une certitude.
NOUVELLES ET MÉLANGES, 171
5" >S « vaisseau , navire » semble désigner primitivement
une embarcation destinée aa transport des marchandises. La
racine V)t ou ns s'est conservée dans l'éthiopien l(D(D
« amener en captivité , transporter ». Le mot ^(O* ou l(D*
« sel % qui en dérive , signifie au propre « chose transportée ,
chargement ». 11 est bon de faire remarquer que le terme
étliiopien pour « vaisseau » àkO^C , rappelle aussi l'hébreu *)Dfl
« amoncellement , monceau » et fait ainsi allusion aux char-
gements qui y sont déposés. L'égyptien da, on a à peine
besoin de le dire , ne peut d'aucune façon être mis en rela-
tion avec ces termes sémitiques.
6** Mentionnons enfin la singulière idée de voir dans
nin^i nom divin masculin, un reflet du mot égyptien fémi-
nin 'iwt = iàwt « menu bétail » et , plus tard , : « vache^ » ;
l'absence du h dans le dernier vocable n'embarrasse guère
le sagace auteur qui est plutôt stupéfié de la transformation
de nin^ en ^n^ ou Inv Son argument capital se résume en
ceci : L'autel de Yahvvé est doué de cornes (n3TÇn Dl^'^p) ,
donc Yahwé est une vache. A ce compte il faudrait admettre
que les auteurs bibliques qui parlent des cornes du juste
(Ps., Lxxv, 11) et de celles des païens (Zacharie, ii, 4) ima-
ginaient tout le monde et eux-mêmes sous forme de vaches.
Et sait-on où les Hébreux ont emprunté aux Egyptiens le
dieu « Vache » ? Est-ce pendant leur séjour en Egypte ? Oh
non! C'est, Stade dixit, sur le Sinaï, dans la région duquel
les Egyptiens exploitaient des mines. Le petit inconvénient
que les Egyptiens n'y ont jamais érigé un sanctuaire à leur
déesse-vache , Isis ou Hathor, fait d'autant moins à l'affaire ,
que, d'après Stade et Wellhausen, les Josephites seuls demeu-
rèrent en Egypte , tandis que Benî Léa séjournèrent toujours
près du Sinaï. En s'abritant prudemment sous l'égide des
Grafiens, les égyplologues font venir r\pl2 de msw bien
* Zeitang der deutschen morgenlàndiscken Gesellschaft , 1899, p. 633-
643.
172 JUILLET-AOÛT 1900.
que dans DDÇyi le s égyptien réponde à D et non à V (]pi
est une adaptation de Gasm et nullement une transcription);
DD^'^p équivaudrait à pi-nhsi « ce Nègre » ! etc.
Un mot à l'adresse de cette catégorie d'égyptologues. Si au
lieu d'envahir le domaine biblique ou de hasarder des com-
paraisons telles que khmt «trois» = vbp , ^^^ et khnint
« huit » = n^D^ , (^Lf , ils passaient leur t^mps à Tétude des
langues chami tiques sans aucune arrière-pensée de synthèse
linguistique générale, Toccasion ne leur manquerait pas de
regagner pour l'égyptien nombre de mots qu'on a inexacte-
ment assignés au vocabulaire sémitique. Voici un exemple
frappant: le mot qrnta (j'omets les voyelles) «parties géni-
tales, phallus »,loin de représentera sémitique ri'np « cornes »
comme cela est admis par les égyptologues , rappelle vraisem-
blablement l'agaou kaluna, le bilin kagaluna «œuf»; ledit
vocable égyptien , dont la terminaison ta semble marquer le
duel, aurait primitivement signifié «testicules».
III
Lorsque en inspectant les gens qui consentaient à retourner
avec lui en Palestine , Esdras s'aperçut qu'il n'y avait pas de
Lévites parmi eux, il envoya plusieurs personnes lettrées
auprès du chef Ido, afin qu'il lui amenât un certain nombre
de ces serviteurs du temple. Le verset Esdras, vm, 17, qui
contient ce récit, exige quelques corrections : mSNl au lieu
de nKSIiVI et D'»:lnn VnXI nx « Ido et ses frères qui demeu-
raient» au lieu de la phrase inintelligible D'»?in^n VUH 11N.
Le lieu où ce chef était établi est nommé deux fois K^DDD
DIpDn , mots que les Septante rendent par àpyitptos tôtfos
« lieu de l'argent » et la Vulgate par Chasphiœ locus « lieu
Chasphia » ; la première version semble avoir lu N^DD? en
araméen , « relatif à l'argent » ; la seconde prend ce mot
qu elle lit NJDD? comme un nom propre géographique. Dans
NOUVELLES ET MÉLANGES. 173
l'une et l'autre de ces versions les consonnes sont les mêmes
que dans la forme massorétique. Une localité ou contrée de
ce nom n'est pas connue en Babylonie ; cette circonstance a
fait que d'aucuns l'ont cherchée sur les bords de la mer Cas-
pienne. Mais, fantaisie à part, le fait est tout de même
étrange, car, si nous ignorons l'identité exacte du canal
nommé NinX dans le même récit, cela vient des informa-
tions très insuffisantes que nous possédons sur l'ancienne
hydrographie babylonienne en général; par contre, le ta-
bleau de villes babyloniennes nous a été mieux transmis par
les anciens auteurs, et il serait singulier que la localité sup-
posée très connue par le narrateur manquât précisément à
cette liste si nourrie. Je crois en effet que tel n'est pas le cas.
Si je ne m'abuse , l'insuccès est uniquement dû à un ancien
scribe qui a changé par mégarde 2 en D. Le texle primitif
portait en réalité DIpDn N'»DD3 « (dans) le lieu nommé Bos-
sipya », c'est-à-dire Borsippya, dans lequel on reconnaît aussi-
tôt la grande ville de Borsippa , si célèbre comme siège du
principal collège chaldéen de la Babylonie. Dans les textes
cunéiformes, ce nom est ordinairement figuré par les idéo-
grammes bar-zip ! « palais de ?» ; la transcription phonétique
ne s'est pas encore rencontrée : le Talmud orthographie
'^^0*^12, ce qui se rapproche du grec Boptrnnra. La forme
babylonienne paraît avoir été Bur-sippê = ^DD13 , aramaïsé
en N^ÇD^S» qui est, après assimilation du "n, le KJDDS du
livre d'Esdras. Toutefois, dans le cas où le ^ de ce dernier
nom serait un suffixe de relation, l'expression DIpDn X^DD3
équivaudrait à peu près à ager horsippenus.
IV
La langue gueëz contient un grand nombre de mots dont
l'étymologie reste encore obscure , et l'on se con lente ordi-
nairement de supposer qu'ils sont empruntés aux idiomes
des aborigènes, Agaous , Gallas ouAl'ars. Parfois, si le mot
174 JUILLET-AOÛT 1900.
est d'ordre religieux et qu'il soit absent en syriaque qui est la
source capitale de ces sortes de termes, on l'attribue sans
hésitation à l'influence des idées juives. Les trois exemples
suivants, que je prends parmi tant d'autres, montreront, je
l'espère, de quelles précautions il faut s'entourer avant
d'avancer un jugement trop tranché.
1° Dorho (^CU*) « coq, poule », am. doro, bedja [en)divlw,
bilin dirua; khamir girua, jiruà, soho dora. Malgré sa forme
étrange le mot gueez me paraît répondre au mot arabe ^^^i
duiri, qui désigne aujourd'hui même une espèce de coq de
bruyère dans le centre de l'Arabie et dont le sens propre
«perlé» (;^ «perle») est évident. 11 s'ensuit naturellement
que les langues africaines en cause sont les débitrices du
gueez.
2° Nâ'et (Çïi'î*) «pain sans levain, azyme •. Ce concept,
en vertu de l'importance du pain azyme dans la religion
juive comme dans la symbolique chrétienne, semblerait
devoir être exprimé par un mot emprunté sinon à l'hébreu ,
du moins au syriaque , qui était l'idiome des premiers mis-
sionaires chrétiens en Abyssinie. Or il n'en est rien, car
« pain azyme » se dit en hébreu n^'û , et en syriaque K*)^13D ,
vocables qui ne ressemblent guère au mot gueez. Les langues
africaines ne prêtent pas non plus la moindre base de com-
paraison. On arrive ainsi nécessairement à la conviction que
c'est bien un produit spontané de la langue gueez. Cette
conviction est pleinement justifiée par l'étymologie, car ^ït^
== DJ<j est visiblement le féminin de Xi qui se superpose
matériellement à l'hébreu Xi « cru , à demii cuit • et à l'arabe
*L5 «éloigné, séparé». On voit que l'idée de l'éloignement
matériel , conservée en arabe , a été appUquée en hébreu à
celle de la cuisson et en éthiopien à la fermentation causée
par l'introduction du levain, fermentation qui est, elle aussi,
une sorte de cuisson préliminaire.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 175
3° Meswât {V9k^^) «don généreux, aumône»; verbe
dérivé : tmftP't « donner, distribuer des aumônes ». L'asso-
nance de ce mot à l'hébreu niSD a suggéré l'idée que l'in-
troduction dans le langage religieux des Abyssins serait due
à l'influence du judaïsme, qui aurait été très répandu parmi
eux à l'époque préchrétienne. En laissant de côté le point de
vue historique qui ne me paraît nullement favoriser cette der-
nière hypothèse, le rapprochement précité est philologique-
ment impossible : ni2Ç, au pluriel ri)^12 , désigne les com-
mandements de la Loi sans aucune distinction et ne désigne
jamais l'aumône en particulier, dont le terme conservé est
n]?!^, Nnî?"]?, jiîj^. Le vocable f^St^^ est donc lui aussi
une création sémitique indigène, l'élément africain ne pou-
vant pas entrer en ligne de compte. Deux explications se
présentent à l'esprit : on peut y voir une contraction de
oofk^à^ formé du verbe ftOHO u^oppeler, inviter quelqu'un
à table ou à recevoir des dons » ( Ephésiens, iv, 4 , xA^o-is, et 7,
hûûpeà) ; l'apocope du «m est à l'ordre du jour dans le lan-
gage familier. L*autre possibilité consiste à considérer
yR*1*î* comme un simple équivalent de W^^ «don,
offrande » qui vient du verbe o»TlO « donner, offrir. »
Le savant numismate anglais, M. E. J. Rapson , a publié
dans le Journal ofthe Royal Asiatic Society de Londres (Ja-
nuary, 1900, p. 98) deux monnaies indiennes qui portent au
revers, en caractères brahmî, l'une le nom Udehaki, l'autre
Udeha[-] Snyami[ia-] , où Udehakl est un dérivé du nom du
peuple Udehaka et Siiyamita (== Suryamitra) est le nom
du roi. Déchiffrement et restitution sont l'œuvre de M. Rap-
son. Ce savant fait aussi remarquer que les Udehaka s sont
indubitablement le même peuple que les Uddehikas ( Aude-
hika, Auddehikaj qui sont mentionnés dans le Brhat Sam-
hita de l'astrologue indien Varamihira (/. E. A. S.» 1871,
176 JUILLET-AOÛT 1900.
p. 82 ) . auteur du vi' siècle de notre ère , qui est aussi Taulo-
rité d'Alberuni sur ce point.
La position géographique des Udehakas n est pas encore
déterminée et l'on ignore tout à fait s'ils ont jamais eu des
rapports avec les peuples étrangers. Un rapprochement que
je présente comme une simple conjecture semble pouvoir
contribuer, s'il est exact, à faire sortir les sujets du roi Surya-
mitra de leur isolement séculaire. Dans le Yast ix, 3i-32,
de VAvesta, on lit que Kava Vistâçpa demanda à la déesse
Druâçpa de pouvoir pénétrer jusqu'aux régions des Varedha-
kas ainsi qu'à celles de Qyaonya, et d'y faire de grands
massacres. Dans le Yastxvii, 5o-52 , une demande identique
est adressée par le même personnage à une autre déesse
nommée Ashi-Vanuhi, et, dans un cas comme dans l'autre ,
Kava Vistâçpa obtient le but de sa demande. La position du
pays des Varedhakas est aussi inconnue que celle du pays
des Uddehikas-Udehakas de nos monnaies; mais la presque
complète identité phonétique des trois groupes qui ont en
commun les lettres u {=v), d, li, k, a permet de soupçonner
que dans les deux cas on est en présence d'un peuple indien
soumis pendant quelque temps par un roi de Tlran. Ajou-
tons que la forme prâcrite Uddehaka peut parfaitement pré-
senter une contraction de Urdehaka, ce qui rapprochera en-
core la forme zende Varedhaka. Il est à présumer que cette
contrée se trouve dans la partie orientale du Gandhara qui a
toujours été exposée aux invasions iraniennes. La marque
dite dHUdjaina que portent nos monnaies semble indiquer
la région voisine de cette ville. Nous voici donc dans un
pays indien dont les rapports politiques avec l'étranger
n'ont pas cessé depuis la domination des Achéménides.
Quant à la date de nos monnaies, M. Rapson la place au
m'' siècle avant notre ère avec la note « probably » ; l'accumu-
lation sur la même pièce de marques et de symljoles usités
séparément sur des pièces antérieures, el dont quelques-
unes montrent des lettres kharosthi assez usées, oblige à
les rajeunir au moins d'im siècle ; l'écriture brahmi , grâce à
NOUVELLES ET MÉLANGES. 177
sa forme droite et monumentale a pu se conserver plus long-
temps sans subir aucun changement.
J. Halévy.
MISSION À NEDROMAH ET CHEZ LES TRARAS.
L'histoire de ces populations est intimement liée à celle
de l'Algérie, du Maroc et de l'Espagne : c'est chez les Kou-
miah, nom qu^elies portaient au moyen âge, que naquit
Abd el-Moumen, à Menzel, sur le territoire de la tribu ac-
tuelle des B. *Abed, commune mixte de Nedromah. Le sou-
venir de ce personnage vit encore dans la tradition, associé
à celui d'un prince mérinide de Fâs et à ceux des souverains
zeyanites de Tlemcen. Dès le xi* siècle de notre ère, El-
Bekri mentionne des villes florissantes, Nedromah, Honaï
(Honaïn), Touent (Djema' Ghazaouat), Arachkoul (Rach-
goun), qui servaient, ainsi qu'Oran, de ports à Tlemcen.
Aujourd'hui, la plupart de ces villes sont en ruines, ou bien
déchues comme les cités berbères de Tient , de Temana et
de Matila ; mais des fouilles archéologiques opérées particu-
lièrement à Honaïn donneraient , conmie j'ai pu m'en assurer
en examinant le terrain , des résultats importants.
L'objet de ma mission étant l'étude des populations Traras,
je me suis appliqué à recueillir tous les renseignements arché-
ologiques, historiques , hagiographiques qu'il m'a été possible.
J'y ai joint la recherche des manuscrits arabes existant dans
cette région et l'étude d'un dialecte berbère, non signalé
jusqu'à ce jour et parié par les Béni Bou Sa'ïd, du cercle de
Lalla Mar'nia. J'ai reconnu qu'il était apparenté à celui des
Béni Iznacen sur lequel j'ai déjà publié un travail à Florence
en 1898. C'est probablement, avec celui des Béni Snous,
dans la commune mixte de Sebdou, le représentant de
l'idiome berbère qui était en usage ici au temps des Almo-
hades, et dont quelques traces que j'ai soigneusement notées
XVI. 12
178 JUILLET-AOÛT 1900.
se rencontrent dans Tarabe parlé ici et dans Tonomastiqne
topographique.
En ce qui concerne l'archéologie, j*ai relevé une inscrip-
tion arabe que je crois la plus ancienne de TAlgérie, après
celle de Sidi *Oqbah dans la province de Constantine, si
même elle ne lui est pas antérieure. Elle a sur celle-ci l'avan-
tage de pouvoir être datée approximativement; j'en joins la
reproduction à cette lettre : voici ce que j'y ai déchiffré à
première vue :
Tour de l'inscription : J^) 4Mt J,^ f>^y^ (^ iy^^ ^^ f^
A»] J^^^ 0^3 A»] ^t iJi ^ L(JLj k^y (g^â^UeJI jJ)^ (0^ Ux^
(piUill) 4MI JO* ç^l y!
3
M 5
7
^jjl5j ooJm*«3 (?)i ^^.1^ 8 »
j*^ (?) Os-^*-., ^^ 4Mt J<^A 0^ (»u:) ^ 10
La hauteur totale de la plaque (inscription complète) est
de 1 mètre, la largeur de o m. 728; la hauteur de chaque
ligne va de 54 à 65 millimètres.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 179
La date doit être fixée aux environs de ^7^ (1081-82)
de Thégire , époque où Yousof ben Tachfm conquit le Ma-
ghreb central.
Une autre inscription, également importante, se trouve
près de la porte du minaret de la grande mosquée de Ne-
dromah. Elle est ainsi conçue :
Comme on le voit, cette inscription postérieure d une di-
zaine d'années à la prise de Tlemcen par les Merinides , fut
gravée sous le gouvernement de ces princes.
J*ai recueilli également les inscriptions d*un certain nombre
de tombeaux où sont enterrés les marabouts les plus renom-
més dans le pays, tels que Sidi Ahmed El-Bedjâi, le derviche
qui, selon la légende, se serait dévoué à *Aïn-Rebira, pour
être assassiné à la place de *Abd el-Moumen ; de Sidi 'Abd
er-Rahmân el-Ya*qoubi, fondateur de la Zaouyat el-Ya*qou-
biah; de Cheïkh Mouley el-Guendouz à Tient, etc. Toutes
ces inscriptions ne sont pas antérieures au xi** siècle de Thé
gire. Pour en trouver de plus anciennes , il faudrait faire des
fouilles dans plusieurs cimetières, particulièrement à Nedro-
mah et à Honaïn.
Je me suis attaché surtout à l'étude de l'hagiographie de
la région et j'ai relevé les noms des mosquées, zaoayah,
qoabbas, maqâms (endroits commémora tifs ) , haouiUih (en-
ceinte en pierres sèches), haouch (enceinte en maçonnerie),
htt (enceinte couverte), qui portent le nom d'un saint dans
180 JUILLET-AOÛT 1900.
les tribus Traras des communes mixtes de Nedromah et de
Remchi. Le chifîre des indications recueillies est très élevé ,
et Ton peut se représenter par là l'influence exercée dans le
pays par les marabouts. "^
En première ligne , je dois signaler une influence juive in-
contestable et qu'on ne saurait attribuer aux Israélites actuels
qui sont venus du Maroc au xvm* siècle , à ce que m*ont ra-
conté les rabbins du pays. On vénère encore sur le bord de
la mer, à quelque distance de Nedromah, le tombeau de
Josué (Sidi Youcha' ben Noun), et les traditions attribuent
aux Benou Zeiyân, rois de Tlemcen, la constitution des
habous de ce sanctuaire. Au moyen âge, un cap Noun (nom
du père de Josué) est mentionné dans ces parages par les
géographes arabes , et l'on retrouve encore aujourd'hui une
tribu des B. Ichou , au lieu de la forme arabe ili^^a. Certains
commentateurs du Qorân placent dans le Maghreb le théâtre
des aventures de Moïse et de Josué , et les principaux person-
nages de la Bible ont des qoubbas dans les environs. Peut-être
serait-il téméraire de rapprocher de cette tradition les pré-
tendues stèles mentionnées par Procope dans le De bello
vaiidalico, et rappelant l'expulsion des Chananéens par Josué,
successeur de Moïse.
L'examen des noms des saints vénérés dans le pays m'a
permis de constater les diverses influences exercées par les
marabouts : la plus importante est due à ceux qui sont venus
de deux points du Gharb : les B. Hamlil au sud d'Oudjda,
et la Saguiat el-Hamra. C'est de là que sont partis ceux qui,
au XYi*" siècle , ont ranimé la foi musulmane menacée sur la
côte d'Afrique par les conquêtes des Espagnols. Une autre
catégorie comprend les saints originaires du pays, dont le
nom seul a été conservé; enfin, mais en petit nombre, on
trouve quelques ouaiis venus de l'est et du sud , c'est-à-dii*e
de l'Eghris et du pays des Oulad Sidi Cheikh, auxquels il
faut joindre deux célèbres soulis de l'Orient : Sidi Abd el-
Qâder el-l)jilâli et Sidi Sofyân eth-Thaouri. L'influence
exercée par eux pendant la période d'anarchie du xvi* siècle
NOUVELLES ET MELANGES. 181
est bien marquée par un acte que j*ai copié à la zaouyah de
Sidi Abd er-Rahmân el-Ya*qoubi , où Ton voit ce personnage ,
assisté de notables musulmans de Tiemcen, s*efiorcer de
grouper contre les Espagnols qui venaient de s'emparer de
cette ville, les tribus des Matghara, des Angads, des B. Iz-
nacen et des Traras : c*est la première fois que ce nom, déjà
cité par Léon TAfricain, apparaît en arabe. J'ai trouvé aussi,
dans la correspondance des cheikhs de cette zaouyah avec
les chérifs du Maroc , la preuve des relations que ces princes
entretenaient avec eux pour accroître , avec leur appui , leur
influence dans cette région qu'ils disputaient aux Turks.
René Basset.
BIBLIOGRAPHIE.
DiCTiONNAiRE TIIIBSTAIN - LATIN - FRANÇAIS , par Ics Missionnaires
Catholiques du Thibet. Hon|];-kong, Imprimerie delà Société des
Missions Etrangères, 1899, in-4", xn-1087 pages à 2 colonnes.
Depuis longtemps, les prêtres du Séminaire des Missions
étrangères de la rue du Bac se sont dévoués à la tache , indis-
pensable pour leurs travaux évangéliques, de composer des
dictionnaires des langues des pays dans lesquels ils rem-
plissent leur ministère. C'est ainsi qu'ont paru tour à tour les
dictionnaires annamite, siamois, coréen, chinois et bah-
nar*. Le présent ouvrage est le résultat d'eflorts non inter-
' 1° Dictionarlum Aiiamllico-Iialliium, [)rimilus îriceptum ab illustris-
simo et cevereiidisslnio P. .1. Pigiu-aux, episcopo Aclraiieiisi, vicario apo-
slolico Clociiiciiiœ, etc. Deiii absobiluin ctedilum a J. ïi. Taberd, Episcopo
lsauro[H>[itano, vicario apostolico (^«ciiicinaî, (laiiibodiiv et Ciampa;, Asia-
ticjE vSocielatis ParisicHsis , iieciioii Heiigaleiisis socio hoiiorario. — Kre-
dèricnagori valgo Scramporc, — Ex lypis J. C. Marshmaii, i838, m-à" ,
i feuillet n. ch. -\- xi.vi pages + 722 pages -\- 1 feuillet 11. ch. p. 1. er. -|-
182 JUILLET-AOÛT 1900.
rompus de près d'un demi-siècle et de plusieurs missiounaires.
11 fut commencé en 1862 , par le fondateur de la mission du
laS pages. Les 128 dernières pages reiifermeut : Ap|)cudix ad Dictioiia-
rium Aiiuamitico- Latinum sistens voces sinenses. — Diclionarium La*
tino-Aiiamlticum, auctore J.-L. Taberd, episcopo Isaaropolitaao , vicario
apostolico GocinciiiaB, GambodiaB et Giampœ, Asiaticae Societatis Parisiensb,
iieciiou Beiigaleiisis socio honorario — Fredericnagori vulgo Seram-
pore, — Ex lypis J. G. Marshmaii. — i838, in-4°, i feuillet n. di +
Lxxxviii pages + 708 pages +- a feuillets n. ch. + i35 pages, carte. Les
i35 dernières pagc's renferment : Appendix ad Dictionarum LatinoAnami-
ticum. — Gochin-chinesc Vocabulary. — Vocabulaire cochincbiaoïs. —
Index Vocabulorum Gocincinensium. — Tu' vi An nam. — 1838. — Dic-
tionarium Latino-Anamiticurn completum et novo ordine dispositum cui
accedit Appendix praecipuas voces proprias cum brevi explicatione continens.
Auctore M. H. Ravier miss, apost. Societatis Parisiensis Missionum ad ex-
tcros. Niuli Phu ex typis missionis Tuaqoini occidentalis , 1880, in-4* à
a colonnes, xii-i 270-72 pages. — Dictionarum Anamitico-Latinum ex opère
m. et Rcv. Taberd constans necnon ab ill. et rev. J. S. Theord episc.
Acanthensi et vicario apost. Tunquini Occidentalis recognitum et notabi-
liter adauctum ad quod accedit Appendix de vocibus sinicis et locutio-
nibus minus usitalis. Ninh Phii ex typis missionis Tunquini occidentalis,
1877, m-h" à 2 colonnes, xxx-566-71 pages. (Pas de caractères chinois.) —
2° Dictionarium Linguae Thaï sive Siamensis Interpretatioue latina, gal-
lica et anglica illustratum. Auctore D. J.B. Pallcgoix, Episcopo Malleusi,
vicario apostolico Siamensi. Parisiis Jussu Imperatoris impressum in typo-
grapheo imperatorio — M DGGG LIV, gr. in-4°, 897 pages à 5 colonues.
— 3° Dictionnaire coréen-français , contenant : 1. Partie lexicographiquje,
1° le mot écrit en caractères alphabétiques coréens; 2° sa prononciation;
3' le texte chinois correspondant; 4° la traduction française. — 11. Partie
yrammaticale. Les terminaisons d*ttn verbe modèle arrangées par ordre
alphabétique. — III. Partie géographique. Les noms et la position des villes ,
' des montagnes , des cours d eau , etc. , avec une carte de Gorée. Par les
Missionnaires de Gorée de la Société des Missions étrangères de Paris.
Yokohama, G. Lévy, 1880, gr. in-8*, viii-6i5 pages à a colonnes + vi*-
67* pages à a colonnes + 21** pages à a colonnes -+- 1 page Add. -f-
1 page Err. — 4* Dictionnaire chinois-français de la langue mandarine
parlée dans Touest de la Chine avec un vocabulaire français-chinois par
plusieurs missionnaires du Sé-tch*ouan méridional. Hongkong, Imprimerie
de la société des Missions étrangères, 1893, in-4*, xiv pages ■{- 1 feuillet
n. ch. + 736 pages. — 5° Dictionnaire bahnar-français par P. X. Douris-
boure, de la société des Missions étrangères, ancien missionnaire des Bah*
nars. Hongkong , imprimerie de la société des Missions étrangères , 1 889 ,
|)et. in-8°, xl? |>age8 4- 1 leuillet n. ch. + 363 pages.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 183
Tliibet, M. Renou; aussi bien la préface du dictionnaire nous
donne-t-elle la genèse de ce livre : ■ Admis comme marchand
chinois dans la lamaserie de Teun-djrou-ling , qui est dans
la vallée du Fleuve Bleu, M. Renou y reçut pendant dix
mois les leçons dévouées du chef, devenu son maître de
langue thibétaine. L*année suivante, M. Renou continuait ses
études près du lama de Tcha-mou-tong , puis à Bonga , au Thi-
bet proprement dit, où il s'était établi en septembre i854 • • .
[M. Renou mourut en i863]. En 1862-1863, M. Fage réunit
en un seul manuscrit le dictionnaire de Csoma et les nom-
breuses gerbes linguistiques, que les missionnaires avaient
recueillies avec tant de patience et de soin ; mais il changea
complètement l'ordre alphabétique , pour adopter celui des au-
teurs thibétains , qui est le seul rationnel. C'est le même plan
que suivit , mais sans avoir connaissance du travail de M. Fage ,
le Rév. H. A. Jaeschke , dans son savant dictionnaire , publié
à Londres en 188a. M. Fage adopta aussi l'usage de la langue
latine , comme langue savante de l'Europe , et pour faciliter
l'étude à ses confrères qui ne savaient pas Tanguais. Le fran-
çais ne fut ajouté que plus tard, au moment de l'impres-
sion. . . .En 1880, un des plus anciens missionnaires du
Thibet oriental, M. Desgodins, fut envoyé dans le nord de
l'Inde pour chercher à établir une nouvelle mission catho-
lique dans les pays thibétains au sud des provinces centrales.
Remporta avec lui un exemplaire du dictionnaire de M. Fage,
toutes ses notes et celles de ses confrères. En 1 883 , il avait
fondé un premier établissement au petit village de Padong ,
dans le Bouthang anglais. C'est là qu'il mit en ordre tous ses
matériaux, ajoutant encore ce qu'il trouva de neuf dans le
Dictionnaire du Rév. Jaeschke, qui venait de paraître.
Ces emprunts, il les a toujours indiqués parla lettre (J) pour
en laisser l'honneur et la responsabilité au véritable auteur.
De plus, il eut la bonne fortune de trouver une dizaine de
dictionnaires thibétains, qui furent soigneusement coUa-
tionnés avec la première rédaction. Ce fut encore l'occasion
de récolter une gerbe de nouveaux mots, et d'indiquer
184 JUILLET-AOÛT 1900.
quelques variantes de sens. Quand Tœuvre de coordination
fut terminée, après dix ans de travail, M. Desgodins envoya
une copie de son manuscrit à M. (maintenant Monseigneur)
Giraudeau, dont la science en thibétain écrit et parlé est
tout à fait remarquable. Celui-ci revisa le manuscrit, y fit un
. certain nombre de corrections , et envoya une ample provi-
sion d'additions qui furent fidèlement incorporées au texte. »
Il fallait imprimer Touvrage. M. Auguste Desgodins vint
en Europe en 1890, et il voulut bien me communiquer
quelques feuUles de son manuscrit, qui, si je ne me trompe,
comprenait alors, outre le français, le latin et le tibétain,
Tanglais, qui d'ailleurs est peu utile, grâce au Dictionnaire
de Jaeschke. Les frais d'impression de l'ouvrage eussent été
extrêmement considérables à Paris, où elle n'aurait pu être
entreprise qu'à l'Imprimerie nationale; heureusement les
Missions étrangères, imitant l'exemple des Jésuites à Zi-ka-
wei , avaient créé dans la partie de l'île de Hong-kong nom-
mée Pokfalam, une imprimerie dite de 'Nazareth, ou, grâce
au directeur de cette dernière, M. Rousseille, depuis supé-
rieur du séminaire de la rue du Bac , les caractères tibétains
furent fondus dans l'établissement même , et lé travail de
composition typographique , commencé le 2 1 novembre 1 894 ,
s'acheva à la fin d'août 1899. M. Desgodins, le principal
auteur de l'œuvre , put corriger les épreuves de la partie tibé-
taine à Hong-Kong même , tandis qu'il confiait à plusieurs de
ses confrères le soin de l'aider dans la correction des parties
latine et française.
Nous n'avions en français aucun dictionnaire tibétain;
l'ouvrage latin du père augustin Antoine Giorgi ^ est oublié
' Alphabctum tihotaiium missionum apostollcarum commodo editum.
Praemlssa est Disquisilio quade vario litterarum ac rogioiiis nominr, gpntis
orlgiiR',moribus, su(H>rslilioiie , ac maiiichaeismo luse disseritur. Beansobrii
calumnliK In Saiiclum Aun^uslinum, aliosque Rcclrsiee Patres refutantur.
Studio ot labore Fr. Augiistliii Antoiiii Georgil Eremitœ Augustiniani.
Romac MOCCrAlI. Typis Sacrœ Goiigrfgatioiiîs de Propaganda Fide. —
Superiorum facuitatc, in-4°, xciv-820 pages.
NOjUVELLES ET MÉLANGES. 185
depuis longtemps; les dictionnaires de Csoma de Koros^ et
de Jaeschke* (tibétain -anglais) et de Schmidt* { tibétain -
allemand) sont les seuls en usage actuellement : un travail
français est donc le bienvenu.
Connue ses devanciers, le P. Desgodins a suivi Tordre
adopté par les auteurs tibétains ; la table alphabétique est
donnée au commencement de Touvrage , p. ix-xii. Le P. Des-
godins a d'ailleurs consulté avec soin les autres dictionnaires
et il ne manque pas d'indiquer ce qu'il leur a emprunté. Je
regrette qu'il n'ait pas donné à la iin du volume un vocabu-
laire français-tibétain , à l'exemple de Jaeschke et de Schmidt
qui ont imprimé l'un un vocabulaire anglais-tibétain , l'autre
une liste alphabétique des noms allemands. Csoma de Koros
ne donne pas non plus de vocabulaire anglais- tibétain.
L'abbé Desgodins , pas plus que CsOma et Schmidt ne répète ,
ce que fait Jaeschke, la prononciation de chaque exemple
donné. Le voliune du dictionnaire en est ainsi diminué,
mais il y a nécessité pour celui qui ne possède pas encore à
fond son alphabet, de recourir constamment à la table du
commencement. En revanche , si Jaeschke donne la pronon-
' Essay towards a Dictionary, Tibctan and ËngUsh. — Prepared, willi
the assistance of Bandé Sangs-iigyas Phun-Tshogs, a learned lama of
Zangskâr, by Alcxandcr Csoma de Kôrôs, Siculo-Hungarian of Trausyi-
vaoia. Duiing a résidence ai Kanam, in thc Himalaya Mountaîns, on ihe
Confines of India and Tibet, 1827-1830. — Calcutta : Printed al thc
Baptist Mission Press, Circuiar Koad, i834i iii-A*t xxii-35i pages à a co-
lonnes.
^ A Tibetan-Ënglish Dictionary with spécial référence to the prevailiug
Dialects to which is added an Ënglish-Tibetan Vocabulary. By H. A. Jàschke,
late Moravian Missionary at Kyèlang, British Lahoul. — Prepared and
pubL'sbed at the charge of the Secretary of State for India in Couucil. —
London, 1881, xxii-671 pages à 2 colonnes. — Ënglish-Tibetan Vocabu-
lary, p. 6 1 1 et seq.
' Tibetish-Deutsches Wôrterbuch, nebst deutschem Wortregister, von
J. J. Schmidt... — Herausgegeben von der Kaiserlichen Akademie der
VVisseuschaften. — i84i. St. Petersburg. bei VV. Gràfl's Ërben. — Leipzig,
bei Leopold Voss. gr. in-^°, xi-784 pages H- 1 feuillet n. ch. Le Diction-
naire est sur 2 colonnes et VAlphabet, Verztichniss der Deulschen fFôrler,
p. 63 a et seq. est sur 3 colonnes.
186 JUILLET-AOÛT 1900.
dation pour chaque exemple, il n'en donne pas les carac-
tères, comme M. Desgodins. Aussi bien les exemples suivants
feront-il voir la méthode de chacun des auteurs :
Jaeschke est court :
l'I'à ka-ka-ni, a small coin of ancient India [Csoma] [p. i].
Mais Csoma est plus explicite : «small money, in ancient India;
vaJue twenty shells or cowries» [p. i],
Schmidt,p. 1, est aussi bref que Jaeschke : «Ëine kleine Geld-
sorte in Altindien ».
M. Desgodins est plus explicite et se rapproche de Csoma : « ^1^
Parva moneta in antiqna India, valet 20 pandas conchas (cowries),
petite monnaie valant ao coquilles».
Jaeschke écrit :
SS*Q' cdn-pa a pair of scissors, but the common people know only
ihears, which are for varions purposes; the scissors mentioned in
surgical books are probably of a nicer construction, [p. i55].
Csoma donne, p. 44-45 : «A pair of scissors; a cutting with scis-
sors ; to V, a, shave , etc. »
Desgodins : as'q* For/îce* , ciseaux ; a*y^'5l«* v, vulg, q^^
forf, secare, couper avec des ciseaux; a'^^^'^M v, H'^V forjlc,
radere, capillos secare, couper les cheveux, raser [p. 817].
L'ouvrage fait le plus grand honneur à ses auteurs et ajou-
tons-le, à ses imprimeurs aussi. Tous les gens de science se
réjouissent de l'apparition de cette œuvre considérable et les
Français en particulier doivent être fiers d'être aussi bril-
lamment représentés dans le groupe restreint de savants qui
font de l'Asie orientale, l'objet de leurs études, qu'ils le
sont par les modestes missionnaires de l'Extrême-Orient.
Henri Cordier.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 187
Die LbBBNSBBSCHREIBUNG VOIfPADMA SaMBHAVAiê DBM BÉGRiff-
DBR DBS Lamaismus, 7â7 nach Chr, I. — L Teil; Die Vor-
(fesckickte enthaitend die Herkunft und Familie des Buddha
Çâkyamuni ; aus dem Tibetischen ûbersetzt von Emil Schiagint-
weit Mùnchen, 1899; 28 pages in-4° [ài^-Mà)* Extrait des
Mémoires de l'Académie royale des sciences de Bavière.
Comime on le voit par le long intitulé reproduit ci-dessus,
cette première partie d'une biographie de Padma-SambhaVa
est exclusivement relative à Çâkyamuni. M. Schlagintweit
nous donne la traduction du viii" chapitre (p. 9-12) et du
IX* chapitre (p. lA-ig) et le texte (en transcription) de la
partie traduite (p. 2 5-28]. Il ajoute quelques indications sur
le contenu de divers chapitres , et fait précéder le tout d'une
description du ms. qui lui a servi pour son travail , des édi-
tions imprimées ou des copies manuscrites plus ou moins di-
vergentes qui en existent, des sources que l'on a pour la
connaissance de la vie et de l'œuvre de Padma Sambhava,
des travaux qui ont été faits sur ce sujet. Le ms. dont il s'est
servi a été rapporté par son frère Hermann, et a eu bien des
vicissitudes; il est fort dégradé et incomplet, et s'arrête au
milieu du chapitre 5i. On ne peut faire un travail sérieux
sur cet ouvrage qu'à la condition de consulter d'autres exem-
plaires.
Ces exemplaires, s'ils ne sont pas facilement accessibles,
sont du moins nombreux; il s'en trouve dans les couvents
lamaïques, et il n'est pas de monastère au Sikkim, par ex-
emple, qui ne possède une ou plusieurs oVie de Padma-
Sambhava » ; car il est révéré au Tibet comme le « Second
Docteur » , le premier étant Çâkyamuni , dont la biographie
est naturellement comme la préface de celle du fondateur
du Lamaïsme.
Le récit de la carrière du Buddha jusqu'à son retour à Ka-
pilavastu, est le même dans «toutes les langues», selon la
remarque de M. Rockhill reproduite par M. Schlagintweit.
Cependant l'ouvrage sur lequel a travaillé M. Schlagintweit
présente cette particularité que le Bodhisattva, le futur Çâ-
188 JUILLET-AOÛT 1900.
kyamuni, dans le ciel Tusita, d'où il est descendu sur la terre
pour devenir Buddha, porte le nom de «Çvetaketu, fils du
roi Gûda d*heureuse naissance » o a « de bonne race » (rgyal-po
gtsug phud rigs bzan sra).
Un Index des noms propres remplit la page 44o ; et i o4
notes garnissent le bas des pages.
Nous reviendrons sur cette publication quand la suite nous
apportera l'histoire même de Padma Sambhava.
L. Feer.
nECUEIL D'ARCHÉOLOGIE ORIENTALE
SOMMAIRE DES MATIERES CONTENUES DANS LE TOME Vf ( EVeC planches
et gravures), en cours de publication; livraisons i à 8, 1900.
S 1 • Jarres israélites marquées à Testampille des rois de Juda. —
SS 2, 3. Cinq poids israélites à inscriptions. — S 4. Empédocle,
Zenon , les Manichéens et les Cathares. — S 5. Une nouvelle dédicace
à Zeus Héliopolite. — S 6. Jean le Hiérapolite , évéque d'Abila de
Lysanias. — S 7. Le ratl arabe et l'éponge américaine. — S 8. La
ville lévitique de Méphaat. — S 9. Les trois Karak de Syrie. —
S 10. Le lieu de la lapidation de saint Etienne. — S 11. La voie
romaine de Palmyre à Risapha. — S 12. Inscriptions grecques de
Mésopotamie. — S i3. Inscriptions grecques de Palestine et de
Syrie. — S i4. La «Tabella deviotioni 1» punique. — S i5. Le nom
de Phiioumenè en punique. — S 16. Manboug-Hiérapolis dans les
inscriptions nabatéennes. — S 17. Resapha et la Strata Diocletiana.
— S 18. Inscriptions grecques du Hauràn. — S 19. Les inscrip-
tions du tombeau de Diogène à £1-Hâs.
' Voir Journal Asiatique, ocl. 1899, p. 37a. — Prit de chacun des vo-
lumes 1, 11, m, 2 5 fraacs. Prix du volume IV, souscrit d'avance et i
recevoir par livraison : ao francs.
Le gérant :
RUBENS DUVAL.
JOURNAL ASIATIQUE.
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
MOEURS ET TRADITIOINS DE L'AURÈS.
CINQ TEXTES BERBÈRES
EN DIALECTE GHAOUIA,
PAR
M. GUSTAVE MERCIER,
AVANT-PROPOS.
Les Arabes désignent du nom un peu dédaigneux de
Chaoaia les tribus berbères qui , des Hauts Plateaux jusqu'au
Sahara, occupant la portion centrale du département de
Constantine. Le sud de cette région s'appuie sur la forte os-
sature du massif de l'Aurès , ou Aourès * comme prononcent
' On a voulu faire dériver ce nom de l'hébreu T"l{< «cèdre», et les im-
menses fbréls de cèdres qui ont couvert autrefois et occupent encore une
partie du massif prêteraient (|uelque vraisemblance à cette étymologie.
Mais comme il n'y a pas d apparence que les Israélites aient pénétré le pays
avant la conquête romaine , il faudrait admettre que ce nom fut donné {Nir
les Phéniciens et adopté ensuite par les Romains qui en firent VAurasius
mons. Quant aux indigènes, ils ne l'appliquent qu'à une montagne des. en-
virons de Khenchela , le Djebel Aourès , et ne donnent pas de nom à l'en-
\VI. l3
tMralXF.KIB aATIOUAtB.
190 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
les indigènes, forteresse naturelle où, de la plus haute anti-
quité , la race berbère se cantonna pour résister aux invasions
qui inondaient la plaine ; vaste réservoir d'hommes d'où dé-
valèrent les hordes des héros de Tindcpendance de ce peuple
toujours opprimé , les bandes de K'ocila et les fanatiques de
La Kahina. Au nord, le relief s affaisse dans les ondulations
qui a voisinent Rhenchela, Bar aï ^ Timgad, Lambessa; puis,
la grande plaine froide s*étend jusqu'aux soulèvements du
Hanout , du Nif Enneser * et du Guerioun , à 5o kilomètres
au sud de Gonstantine. Les races y sont mêlées et Tarabe y
règne comme langue courante. Mais un grand nombre de tri-
bus ou fractions ont conservé leur vieux parier berbère pour les
usages intimes , et ce langage est , à très peu de chose près ,
celui de l'Aurès, avec peul-être l'adjonction d'un nombre
pkis considérables encore de termes arabes. Il en est de même
pour la grande tribu berbère arabisée des H'arakta , qui con-
fine au nord-est le territoire que nous venons de décrire ; et ,
à l'ouest , les Oulad Solt'ane et les habitants du massif mon-
tagneux du Belleznia sont encore des Chaouia.
(j'est donc une superficie considérable , 1 5o kilomètres du
sud au nord , plus de 200 de l'est à l'ouest que couvre ce grou-
pement berbère. On peut, dès lors, s'étonner qu'il n'ait pas été
jusqu'à présent l'objet d'études plus approfondies ^. La raison
semble du massif. Cf. La Toponymie berbère de la région de VAurèt [Con-
grès des Orientalistes , 1 899 ).
' K'çar Bar' aï, le Baghaî des Romains : nom évidemment emprunté par
eux au dialecte berbère local. Baghat est un pluriel, pour Bar'ain ou Ai-
bat'aîn, plur. de haber'a «ronce». Il existe encore dans TÂurès un grand
nombre de localités appelées par les indigènes Aîn Taber'a, la «source des
ronces V.
' ^-**ÏJleAjsJ «le bec d*aîg^e», nom donné en raison de la forme particu-
lière de la montagne.
• Nous ne |)ossédons guère sur ce sujet que les travaux du regretté Mas-
queray, De Aurasio monte; traditions de VAourèi oriental ; formation des
cites dans la Kabylie , VAourès et h Mzab, — Au point de vue linguistique ,
un mémoire paru à la suite de Sicrakowski. Das Schaui (Dresde, 1871);
un •vocabulaire publié jwir Masqueray, sous ce titre t Comparaison du dia^
hcte des Zenaga avec les vocabulaires des Chaouia et des Benî Mzah, tous
CINQ TEXTES BERBÈRES EN CHAOUIA. 191
en est probablement dans ce fait que les Chaouia facilement
abordables, ceux de la plaine, sont arabisés tout au moins
à la surface , et possèdent une connaissance assez complète
de la langue arabe pour que leur idiome maternel échappe à
l'observation du voyageur. Ils n'aiment d'ailleurs j>as le pro-
diguer, et le réservent pour leur usage exclusif, afin d'échanger
entre eux des observations et des pensées qu'une oreille
étrangère n'arrive pas à surprendre. Il faut pénétrer au cœur
de la montagne , pour trouver des fractions où seuls , quelques
rares tolba, commerçants et voyageurs parlent l'arabe; et
jusqu'à ces toutes dernières années, aucune route n'ouvrait à
l'étranger l'accès du massif inviolé. On peut maintenant se
rendre en voiture de Batna jusqu'à l'hôpital d'Arris , au centre
du pays des Touaba ^ Les pères et sœurs blancs qui l'ha-
bitent sont, avec le personnel restreint du petit poste mili-
taire de Tkout*, à ao kilomètres plus à l'est, les seuls Euro-
péens établis à l'intérieur du massif, dans ces milliers de
lieues carrées couvertes de montagnes abniptes , de falaises ,
de rochers et de forêts. La nature du pays explique suffisam-
ment cette al)stention de notre part : la rareté , la cherté des
terres de culture, limitées au creux des vallées, et la densité
de la population actuelle font que toute colonisation y est
impossible : est-ce à dire que les années s'écouleront sans
que la force des choses nous permette de pénétrer la démo-
cratie pauvre , arriérée et presque sans besoins que constitue
cette société berbère , restée depuis des siècles en dehors de
tous les grands mouvements (|ui ont agité le monde et l'A-
frique du nord ? Nous ne le pensons pas. Un jour viendra
où le minerai cfui affleure sur les roches nues , qui se cache
doux sans grande valeur ; quelques fables publiées par M. Basset dans son
Loqman berbère (Paris, 1890).
' Les Touaba *^^y^ , pluriel de Toabi (s^y sont apfielés par les Arables
oulad Daoud; ils font |)artie, comme les Oulad Abdi, de la commune
mixte de TAurès.
' Le |K)ste de Tkout comprend les tribus des Beni'bou-Slimane et de
TAVmar Khaddou et dé|)end administrât! vement du cercle militaire de
Biskra.
i3.
192 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
sous la végétation triste des romarins et des thuyas , attirera .
toute une armée d'ouvriers et de chercheurs. Ce jour-là , le
mouvement et la vie sillonneront cette nature sauvage, en-
dormie depuis si longtemps d*un sonmieil sans rêves, et les
antiques guelaâs ^ s'effriteront au contact de nos usines, conmie
la société berbère s'évanouira au contact de nos ouvriers,
avec ses traditions, sa langue et ses mœurs d'un autre âge.
Peut-être la connaissance du chaouia aura-t-elle, durant
la période de transition , un intérêt pratique. Elle ne saurait
en avoir maintenant que pour ceux , peu nombreux , qui sont
appelés à fréquenter ces indigènes; mais dès à présent, son
importance scientifique la rend digne d une étude sérieuse.
Ce dialecte pourrait, en effet constituer le type dune des
grandes subdivisions de la famille berbère , à l'égal du kabyle,
du tamachek* et du mzabite. C'est un spécimen relativement
pur, harmonieux et doux de la zenatiya , c'est-à-dire du lan-
gage parié par les berbères zenètes, et les innombrables
rameaux de cette troisième race, suivant la classification
d'Ibn Khaldoun , sont épars sur toute l'étendue de l'Afrique
du Nord. La linguistique pourrait ici servir quelquefois de
point de repère à l'histoire, et il n'est pas sans intérêt de
retrouver chez les Béni Menacer, et jusque dans le Maghreb
occidental , chez les Béni Iznacen * et nombre de tribus ma-
rocaines , un dialecte zénatien presque semblable à celui des
Chaouia '.
La grammaire est en réalité d'une simplicité extrême et
présente peut-être moins de complication que celle du Zoua-
oua ; les formes verbales , seules , lui donnent une complexité
apparente. On y rencontre, dégagée de toute addition, ce
qu'on pourrait appeler l'ossature de la morphologie berbère ,
telle qu'on la retrouve dans tous les dialectes, telle qu'elle
' Voir Le Chaouia de l'Aurès , p. 9 , u 2.
' Cf. Basset, La Zenatiade VOuarsenis , Paris , Leroux , iSgô; Le dialecte
berbère des Béni Iznacen (Florence, 1898).
' Nous sommes oblige de renvoyer, pour plus de détails sur ce dernier
dialecte, à notre Chaouia de VAurès (Paris, Leroux, 1896, in-8*).
CINQ TEXTES BERBERES EN CHAOUIA. 193
existe sans nul doute depuis une antiquité très haute : ab-
sence de déclinaison, rapports des substantifs indiqués à
Taide de prépositions nombreuses, qui donnent au discours
une forme analytique contrastant avec Faliure polysynthé-
tique du verbe ; l'adjectif qualificatif se confondant avec le
nom ; le thème pronominal fomiant avec les prépositions des
combinaisons multiples; absence presque totale de conjugai-
son, le verbe ne pouvant se plier qu'à exprimer des idées de
personne et de nombre et Tidée de temps restant implicite-
ment contenue dans l'ensemble général du discours.
Nous avons dit que les formes verbales offrent une com-
plexité apparente, surtout si l'on essaye d'en donner une
classification rigoureuse de les enfermer dans un cadre nette-
ment déterminé. Nous pensons cpie le langage présente là
quelque chose d'un peu flottant; la racine verbale est une
matière plastique, fertile en ressources pour exprimer les
modalités de l'action ; mais avant de songer à situer rigou-
reusement sa pensée dans le temps \ l'homme cherche à
l'exprimer avec toutes ses particularités', et s'attache quel-
quefois à des détails qui nous paraissent secondaires : de là
ce qu'on a nommé à la suite du général Hanoteau, des
f ovines d'habitude, et qui sont plutôt à nos yeux des formes
intensives ou neutres, remplissant quelquefois l'office de la
conjugaison grecque en fit. Enfin, l'usage de verbes auxi-
liaires étant inconnu, la passivité ne peut s'exprimer que
par une modification du radical verbal. Les procédés ainsi
employés sont au fond peu nombreux et tous très rationnels ,
mais leurs combinaisons sont multiples , et quelquefois laissées
à l'initiative ingénieuse de chacun.
Avec la morphologie , nous sommes amené à dire quelques
' Il ne faut pas perdre de vue que les notions de temps sont très peu
développées cliez les hommes primitifs. Le présent, le |)assé, l'avenir,
Tinstant, l'heure , la durée, ne sauraient pas s'exprimer en berbère sans
le secours de l'arabe; le même adverbe, zi/^^ signifie, suivant les cas «tout
l'heure, de bonne heure, jadis, autrefois, il y a très longtemps».
194 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
mots du vocabulaire. Un dictionnaire scientifique des racines
berbères comparées n'existe pas encore, et il semble qu'un
pareil travail soit à -la portée du seul M. Basset , dont il cou-
ronnerait l'œuvre accomplie avec tant de patience et de pro-
bité. Nous croyons qu'un des premiers profits à en tirer
serait la démonstration de ce fait que les mots empruntés à
l'arabe sont à peu de chose près les mêmes dans tous les dia-
lectes; d'où cette conséquence, que ces mots n'ont pas sup-
planté des racines berbères plus anciennes et perdues depuis,
mais bien plutôt qu'ils ont ajouté leur contingent a celui , assez
restreint, dont disposaient les indigènes de l'Afrique anté-
rieurement à l'invasion hilalienne. Le vocabidaire berbère
est pauvre; de plus, il est tout à fait insuffisant, pour ne pas
dire nul, lorsqu'il s'agit d'exprimer certaines catégories
d'idées, et en premier lieu les idées abstraites, et celles re-
latives à la religion , aux formules de politesse , aux salutaiions,
etc. Les Berbères devaient donc accueillir avec faveur l'outil
mis à leur dispbsition par des vainqueurs dont la langue
était à tous égards supérieure à la leur et de plus se prétait
merveilleusement à des incorporations dans l'idiome des
vaincus.
Abstraction faite de ces emprunts, le vocabidaire des
Chaouia nous représente, pour ainsi dire sans déformations
locales et presque à l'état de pureté , les racines qui consti-
tuent le fonds de la langue berbère , et que l'on retrouve en
tamachek', en zouaoua , en Mzabite , empruntant quelquefois
une couleur particulière à chacun de ces dialectes. S'il nous
fallait donner ici la caractéristique* du chaouia, nous pour-
rions le faire d'un mot en disant que c'est l'euphonie , et le
principe du moindre effort : élision des consonnes heurtées ,
principalement des dentales , de ce tli inital si abondant en
zouaoua , et remplacé chez les Chaouia par une légère aspira-
tion ; adoucissement, affaiblissement des gutturales qui, loin
de sortir des profondeurs extrêmes du gosier, glissent sans
effort le long du palais el tendent à se fondre dans la demi-
consonne I. C'est ainsi que le k d) se prononce comme le ch
CINQ TEXTES BERBERES EN ClIAOUIA. 195
allemand dans le mot glàcklich * et que g devient i : Tama-
chek* iga « il fait » ; chaouia ieya.
Ces particularités font que rien ne diffère plus, en appa-
rence, d*un discours chaouia qu'un discours tamachek' où
tout semble raide et heurté. Mais n'oubhons pas qu'il ne
s'agit ici que d'une apparence. La liste serait longue , des vo-
cables communs a ces deux dialectes , et employés chez tous
deux »ous la même forme *; et par là s'affirme l'unité si remar-
quable de cette vieille langue africaine, pariée depuis des
milliers d'années sur une immense étendue de pays, et
restée partout semblable à elle-même malgré les changements
que le climat, la vie, les relations et les guerres produisent
chez les peuples.
II
Comme tous les Berbères , les Chaouia n'ont qu'une litté-
rature orale. Nous sommes donc réduits à en recueillir les
monuments de la bouche de leurs conteurs , de ces narrateurs
à mémoire prodigieuse qui rassemblent à la veillée un audi-
toire attentif, et racontent les faits du temps passé , les exploits
des héros , les légendes terrifiantes d'ogres et de génies , ou
les aventures épicées de quelque personnage populaire comme
Bechkerker, Accroupis autour de feux allumés en plein air,
les indigènes, suivant leur expression, raccourcissent ainsi
les longues heures de la nuit, et laissent vagabonder leur
imagination, ardente comme celle des enfants.
Le conteur berbère n'égale point cependant le maddah
' Nous lavons rendu par la consonne grecque j^.
' Quelques exemples |)our les verbes :
O 3 edhs «rire»; O 3 et' t'es «dormir; PI D II elmed «apprendre;
O • • aker «voler, dérober»; PI O irid «être propre»; • / enr «luer»;
0 ns «aller»; • || i7i«étre»; Il © c*Z «entendre»; O II ^'^ «s'habiller»;
01 ens «passer la nuit»; ttO erz «casser»; \ Q eson «boire»;
4f II elhz «avoir faim»; + D emmeï «mourir»; • © ][ efsi «foudre»;,
et des centaines d'autres sont communes au chaouia et an Tamachek.
196 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
arabe. Celui-ci est prolixe, sonore, pressé, éloquent parfois;
le discours se précipite dans sa bouche et se déroide en ondes
vigoureuses , entremêlées de vers , de prose rimée , d'invoca-
tions aux saints de Tlslam et à Dieu qui est prié à tout propos
de faire descendre sur les assistants sa profitable baraka. Le
conteur berbère est plus sobre, plus posé, plus concis, au
total moins beau parieur. Il est vrai qu il n*a point à sa dis-
position loutil remarquable et opulent, riche de synonymes,
que constitue la langue arabe.
C'est ainsi que les cinq récits qui suivent nous été contés
par deux indigènes de T'kout, Ahmed ben Mokhtar, grand
chasseur devant TEternel, et Ahmed ben Cherif, vieillard
membre de la djemaâ du village, ou, pour les appeler
comme leurs concitoyens, IVand ou Mokhtar et H' and ou
Cherif.
Le premier. Histoire de Djokhrane, nous reporte aux temps
lointains où les Roum étaient les maîtres du pays. C'est l'a-
venture d'uD Valerius Corvus dont le corbeau est remplacé
par le geai, oiseau très commun dans la montagne. Il est
possible que cette tradition remonte, en effet, aux temps de
l'occupation romaine du bas empire. Un certain nombre de
familles berbères, à Tkout et ailleurs, affirment descendre
des Romains : notons en passant qu'elles n'en présentent
guère le type et ne se distinguent en rien de leurs coreli-
gionnaires. D'un autre côté , il est certain que les Romains
ont dominé pendant des siècles sur tout l'Aurès. Les restes
de seguias (canaux d'irrigation) creusés dans le roc, les
ruines nombreuses et éparses qu'on trouve jusque dans les
endroits les moins accessibles de la montagne, prouvent
qu'ils Tavaient, en partie du moins, romanisé. Mais l' ont-ils
jamais fortement occupé , et peuplé de colons de race latine
ou italienne ? Nous ne le pensons pas. Il parait aujourd'hui
démontré que l'immigration latine ne fut pas assez forte pour
coloniser réellement même la plaine et le littoral; du moins,
les Romains surent-ils, par une administration habUe, par
leurs fonctionnaires, par les militaires retraités qui s'éta-
CINQ TEXTES BERBÈRES EN CHAOUIA. 197
blissaient dans le pays, convertir à Jeur civilisation ces
Africains, séduits par le luxe de leurs villes, par le magni-
fique agencement de Torganisation municipale et provin-
ciale , et dont le suprême orgueil fut bientôt d'adopter les
mœurs, la religion, les coutumes et jusqu'aux noms des
vainqueurs. Ceux-ci ne peuplèrent point, ils romanisèrent
l'Afrique; à plus forte raison ne sont -ils pas venus s'im-
planter dans la montagne sans routes, sans villes, où les
terres de culture , alors comme aujourd'hui , étaient rares et
suffisaient à peine à nourrir les habitants. Mais il est à supposer
que les montagnards de l'Aurès, en relations avec leurs
vainqueurs , amenés par leur affaires à fréquenter des villes
telles que Mascula , Timgad , Lambessa , aient adopté juscpi à
un certain point et d'une manière très superficielle sans
doute la civilisation des Romains.
La population actuelle de l'Aurès est formée d'un grand
nombre de petits groupes berbères ou arabes dont les ori-
gines sont très diverses. Les uns habitent le pays depuis un
siècle à peine , d'autres depuis plusieurs centaines d'années ,
d'autres enfin affirment que leurs ancêtres y ont vécu de
tout temps.
Ces derniers paraissent avoir conservé un souvenir, très
vague sans doute, de l'époque où ils étaient encore païens,
ou tout au moins non convertis à l'islamisme. Il n'en faut pas
davantage pour les autoriser à s'attribuer une origine ro-
maine, et l'on doit se garder de prendre au sérieux leurs
prétendues traditions.
Les deuxième et troisième récits sont des légendes comme
l'imagination de tous les peuples en a enfanté un grand
nombre. Rechercher quelles peuvent être leur antiquité et
leurs origines serait se perdre dans le champ des hypothèses.
M. Basset, par ses notes savamment documentées, par de
nombreux articles publiés dans la Revue des traditions popu-
laires, a démontré que l'on retrouve les mêmes contes et les
mêmes légendes chez la plupart des peuples d'Europe , Celtes
et Germains, chez certains peuples d'Asie jusque dans l'Inde,
198 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
et chez les peuples du Nord , en Suède et en Norvège. Ces
constatations nous permettent de faire remonter Torigine de
ces traditions fidèlement transmises de bouche en bouche
pendant la suite des âges, à une antiquité excessivement
reculée. Peut-être faut -il y voir un héritage de la race qui
couvrit l'Afrique septentrionale de dolmens semblables à
ceux des Celtes et des peuples du Nord, de cette race qui
savait manier les énormes blocs de pierre et dont les sépul-
tures étranges couvrent des lieues carrées dans la forêt de Bou
Yemman , près de Tkout. •
L*ogre est un être dont on n'a point une idée bien précise
si ce n'est qu'il est énonne et qu'il dévore les humains. L'ogre
de l'Aurès est toujours un habitant des cavernes ; c*est là
qu'il installe son repaire, qu'il amasse ses trésors et qu'il
amoncelle les ossements et les débris de ses victimes ; ter-
reur superstitieuse dont il faut demander l'origine à ce que
l'inconnu noir des excavations où l'homme a de tout temps
cherché un refuge a d'effrayant. Ces cavernes, afri ou ifri,
plur. ifran ^ sont nombreuses dans ce pays de montagnes
chaotiques et de rochers. Quelques-unes sont très vastes
et peuvent contenir des troupeaux entiers ; souvent Vajri ne
forme qu'un simple abri à flanc de montagne, largement
ouvert sur toute sa longueur et recouvert par une couche de
roc horizontale qui surplombe en partie le vide. Que ces afris
aient été habités depuis les temps préhistoriques, c'est ce dont
il n'est guère permis de douter, encore qu'ils n'aient pas été
scientifiquement explorés. Actuellement, il n'existe point
dans l'Aurès de Troglodytes proprement dits; mais les afris
sont utilisés à certaines époques de l'année pour servir d'in-
stallations provisoires aux bergers en quête de pâturage», sur
les confins du Sahara pendant l'hiver, dans la haute mon-
tagne au cours de l'été.
Le quatrième récit est relatif à une aventure toute moderne,
' N'oublions pas qiio les ancioti^ &pprlaiont les habilants de ce pays des
Afri o! que de In est venu le nom donné au continent tout entier.
CINQ TEXTES BERBERES EN CHAOUIA. 199
puisqu'il y est question d'un duel à coups de fusil. 11 nous
a paru curieux par les traits de mœurs qu'il renferme. A la
vérité, ce n'est point un récit chaouia puisqu'il se déroule
entre gens du Souf et Touareg; mais les habitants de la
montagne ne sont point sans relations avec ceux du Sahara.
Chaque hiver, toute la population des petites tribus d'A-
chach , Oulach , Ouled Youb , Oulad Abderrah' man Kebach ,
Béni Melkem , descend des hauteurs et va s'installer pour hi-
verner dans ie Sahara voisin de la montagne, dans ces
plaines arrosées par les oued lors des grandes crues , et qu'un
peu de pluie couvre d'abondants pâturages. A la vérité, ces
migrations annuelles ne dépassent jamais un rayon restreint,
et nos Chaouia ne sont guère en relations directes qu'avec
les Lakhdar du Zab Chergui. Mais ceux-ci ont des par-
cours qui a voisinent les sables du Souf, et c'est probable-
ment par eux que le récit dont nous parlons a pénétré jusque
dans la montagne. Disons en passant , à propos des Touareg ,
que les Chaouia ignorent totalement quelle parenté les unit à
ces nomades du grand Sahara, et ne connaissent peut-
être de ceux-ci que le nom à eux donné par les Arabes.
Quoi qu'il en soit , les mœurs qui nous sont révélées par le
récit ont bien un cachet berbère. Les Chaouia se montrent
d'une cruauté intraitable pour la fenmie adultère. Jusque
dans les fractions où régnent les mœurs les plus dissolues,
où la femme divorcée, la veuve et même la jeune fille, Vazria»
jouissent d'une liberté qui dépasse la licence, la femme
mariée est tenue à une conduite irréprochable , sans quoi tout
est permis contre elle; et les exemples sont nombreux de
femmes adultères qui subirent le sort de l'héroïne de notre
récit : f . . .on l'égorgea, on réduisit sa chair en gueddid (la-
nières de viande séchée) que l'on exposa sur un jujubier
sauvage ... et les chacals et les oiseaux du ciel passèrent
la journée autour, et les dévorèrent jusqu'à ce qu'il n'en
restât plus ».
Nous avons dit plus haut que la population de l'Aurès est
formée d'une quantité de petites fractions ou petites tribus
200 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
d'origines très diverses. Il en est parmi elles qui se disent
arabes, se parent de leur origine comme dun titre de no-
blesse, méprisent profondément les Chaouia, et, vivant aux
côtés de ces Berbères , évitent toute mésalliance avec eux et
affectent d'ignorer jusqu'à leur langage qu'ils traitent de
jargon. De ce nombre sont les Chorfa, descendants hypothé-
tiques du Prophète , et les nobles Serah'na , descendants de
Serh'ane , petit-fds de Hilal.
La grande invasion arabe du xi* siècle , refoulée en Tunisie ,
s'étendit sur la ligne des Hauts Plateaux conGnant au désert ,
et poussa dans un coin perdu de la montagne ces rejetons,
comme elle laissa la tribu des Lakhdar dans les plaines du
Zab Cherguî. Les Serah'na et les Chorfa, au nombre de
quelques centaines de familles, se sont maintenus à travers
les siècles parmi ces Berbères peu accueillants à l'étranger,
peut-être en raison du prestige moral dont les parent, aux
yeux de populations musulmanes, leur qualité de hilaliens
et leur noblesse religieuse. Ils ont conservé , avec des généa-
logies qui prouvent l'ancienneté de la race , les traditions des
conquérants de l'Afrique , de cette chevalerie musulmane qui
donnait de grands coups de sabre et maniait hardiment la
lance , qui savait aussi tourner galamment les vers à l'usage
des belles fdles aux yeux noirs, aux seins ronds comme des
oranges : véritables chansons de geste débitées en prose
rimée , pleines de couleur et de vie , qui nous dépeignent les
hommes et l'époque avec un peu d'emphase sans doute , avec
ce grandissement que donne le recid aux choses mortes, mais
qui restent les documents précieux d'une époque sur laquelle
nous ne possédons rien, à part les sèches annales des chro-
niqueurs musulmans.
Si les Serah'na refusent de comprendre le berbère, les
Chaouia s'efforcent de se hausser au niveau des Arabes , de
posséder leur langue et de répéter leurs contes. Nous
donnons ici un fragment de l'histoire d'Ahmed le hilalien ,
traduit et sans doute altéré par un Berbère.
La vérité nous oblige à dire qu'il n'a point gagné à cette
CINQ TEXTES BERBÈRES EN CHAOUIA. 201
transposition. La couleur du récit pâlit, sa vigueur s'éteint
quand elle n'est pas rehaussée par les citations données dans
le texte arabe, tout incorrectes soient-elles; enfin on y relève
quelques incohérences. Tel qu'il est , ce morceau reste assez
intéressant à divers titres pour être publié.
Nous avons adopté, pour la transcription du berbère en
français, le système du général Hanoteau, suivi depuis par
tous ceux qui ont continué ses études. En voici la nomen-
clature rapide :
Hi
dt = m
y = H
» = /t
3 = OU
Il nous a paru inutile de transcrire les textes en carac-
tères arabes , qui n'offrent pas plus de commodités pour cet
usage (jue les lettres latines.
1 = a
; - ""
^ = b
U- = 5
^ :r= tli aillais
J^ = ck
Je = dh
U, ^ dh
^=:d
S-d'
; = ''
^=/
201^ SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
UAk'cIT en DJOKHRAf^^,
llla Mok'ancl onmok'ran eljedd eljedd euiies ek'k'areii
as Djokhran'^, Netta d'roumi zi^, Mo. d'i l\ovixth^ d'i
zemaii errouman *. Ikker iedj en Ronmi , ennour'en ^ netta
id'es. Ir'elhith^ erroumi d'in, ikker netta d'oufroukh'^
ek'k'aren as acherek'rak' * , inâar^fell asfell Djokhran ,
itchatli '^ itli erroumi stit't'aouin ennes, aldegga ' ' ifonkk^'^
' Racontée par Ahmed ben (^erif, vieillard de T'kout.
* Le nom de Djokhrâne est populaire parmi les Chaouia et paraît
consacré à désigner ceux de leurs ancêtres qu'ils disent Romains.
Le Kitab El Adouani fait mention d'un Djokhrâne, un des prin-
cipaux d'entre les Roum, qui résidait dans la montagne à l'endroit
dit Tassia ( M.ajsqueray , Tradition de VAurès oriental, p. 78).
' T;^ou;tth , en ar. Tkout c»^* , centre des tribus des Béni bou
Slimâne et de TAhmar Khaddou , siège d'un poste militaire. — Voir
notre Toponymie berbère de l'Aurcs (dans Actes du Congrès des Otien-
talistes, 1898, sect. Egypte, ]p, 201).
* Pluriel de (s^yJ^ Erroumi, le Romain de l'antiquité et le
Français d'aujourd'hui.
^ Pour mcnour'en «s'entre-tuer», de enr «tuer».
* Ar. «-JLc «vaincre».
' Ar. çjj «oiseau»,
® Ar, cil-i-û «geai» et non «pivert», comme le dit Freylag.
Le nom de cet oiseau est une imitation de son cri.
" Ar. jxj, proprement «émettre un son par les narines», vulg.
«venir au secours de».
'* Forme fréquentative de outh «frapjwr».
•' Pour aldi ga «jusqu'à ce que donc».
'* Ar. JL» «délivrer».
CINQ TEXTES BERBÈRES EN CHAOUIA. 203
Djokkran. Ik'hfim^ louk'eddin ^ d'ameddoukel ennes.
Innas i liavoua ennes afroukh aia ma h'add^ hellani la
h tett^eth cha, mailla houfim^ ioiii th id' ha ietch,
esr'eth fell as ellefem as.
Ak lonk'k'a oiiihi ououint id' lia ^ isev' fellas sid!-
rahmcn ^ ou as illef,
Hak'cit'^ aia belh'ak'k^ , iserkas lach.
HISTOIRE DE DJOKURANE.
L'aïeul du grand-père de Mohammed Amokrane
s'appelait Djokhrane. Celait un Romain de jadis, qui
vivait à T'kout du temps des Romains. L'im de ses
compatriotes se leva (contre lui), et ils se battirent.
Ce Romain avait l'avantage, lorsqu'un oiseau de ceux
que l'on appelle geais vint au secours de Djokhrane,
et frappa le Romain à coups redoublés dans les yeux
jusqu'à ce qu'il eût délivré son adversaire. Dès lors ,
il resta l'ami de Djokhrane. Celui-ci dit à ses enfants ;
« Tant que vous existerez , ne mangez pas cet oiseau ;
et si vous rencontrez quelqu'un qui apporte un oiseau
de celte espèce pour le manger, achetez-le et dé-
livrez-le. »
' Ar. vulg. ^►-JL» de j.Uî.
^ Pour d'i louek't d'in « dans ce moment-là ». Ar. oJ»^!*
^ Ar. 0^^ « limite » ma h'add « tant que ».
* Remarquer lelision du pronom indéfini, très fréquent en
chaouïa, comme celle du pronom relatif.
^ lia, pour ah ou ath, pronom personnel, complément de iser\
® Pluriel berbère de Tarabe j^I^«>»
' Ar. iu^.
204 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
Jusqu'à maintenant, lorsqu'on apporte un geai à
lun (de ses descendants), celui-ci Tacheté pour de
Targent et lui rend la liberté.
Cette histoire est vraie, et nest point un men-
songe.
II
Ronh'en d'içaïaden^ si iler^man ensen kholdhen^ r'er
tliemourtli n eççiadeth. ller^man ellefen asen rethân'^,
nehni tçaîad'enal lmaî''reb ou ad'roonh'en r^er oumyan^
ensen, Azdin^ ^99^^^ ^ oiiaî, ioufa Idjorretli'^ elr^oul d'is
thlatha lekd'am ^ idhefrit ®. leggaur, ioujith ani g ebzedh ,
louehr en tirecht. Tkker immodhrand' iroonh'ed' r^er içâ-
* Thak'ijartj altération de Tarabe Hwo^., nom propre de femme
d'usage répandu. Thah'iyart est en berbère un nom commun, et
sert à désigner une femme de qualité. C'est ainsi que le mot mou-
(jnlrc — en français et en espagnol — a été tiré de î^â^ fï-
^ Ar. •>(^ «chasseur».
' Âr, vulg. .LJIâ. «arriver à».
* Âr. ç3^ «paitre». Remarquer la construction elliptique de la
phrase et la suppression de toute préposition qui alourdirait le style.
« Ar. ylX..
® Azdin, pour ass d'in «ce jour- là», c'est-à-dire le jour où se
passait l'histoire qui va être contée.
^ Ar. »1^. La construction avec le mot suivant est arabe et s'est
faite sans le secours de la préposition berbère n.
« Ar. p>i.
^ Ar. jfid. Du même radical est tirée la préposition d'e^r < der-
rière ».
CINQ TEXTES BERBERES EN CHAOUIA. 205
ifen^ enues. Innasen netch oujir'ed! eldjorreth elr'oul
aiaou at nelh'ak' , Ennan as la, netclini ou h nlahlak'-
cha^^, a oiiài ou s nzemmev^, Innasen ouchethfella er-
baât'ach eni oussan, ma roouli'er'd! atha id'in^ our d
roouh'er' cha aouith alr'eni inou seççiadet,
Ad'etcha id'in iouiir idhefr as eljorreth i Ir'oul d'in,
louiir erbâ eni oussan, netta iggour annay^ iouji ifri^,
icul'cf ith, loufa thak'iiart d'is, Hennas mata ach d
iououiy ach ictch elr'oul a?a. Tnnas chem niammex M-
occet enneni. mammek acliem d iououi? Hennas assa
thlatha em oussan secj al d iououi, netch taslith emmis
âmmi ^, iddin iououi aï d elr'oul. A netch ek'k'imer' d'ig
if ri, ittaoni idi d elmakeW^ , ek'k'imer'ou aï inr'i. Innas
manis ad ittad'ef d'ir addirooueh'? Hennas oua d'ahrid
ennes,
loud'ef ammas en ifri, iâmmer elmak'roun^ ennes
ik'k'im as, Itouadja^ elmar'reh annak ikhlodh elr'oul.
Irfed ezzenad^^ ioutins, iour'ith djar hit't'aouin anna/^
iersa, Iried /ares, iafith iououi d sen elâbaxl^^ ahen
* Ar. v-f-ouo «compagnon».
^ Ar. u^\ nlali'ak', forme forte.
** Ezmer «pou\oir»; zcmmer as «être plus puissant que Uii».
Le verhe exprime à cette forme une idée de puissance intense, et
de là une idée de plus grande puissance.
* Atha id'in «cela sera donc».
^ Afri ou if ri «caverne».
^ Ar. ^^. La construction berbère devrait être àmm inou»
7 Ar. \ulg. iOSUl.
* Ar. vulg. tj^yU! «le fusil à deux coups» rac. y^i, par oppo-
sition à tf'^jfJJ «le fusil à un coup».
^ Altération , avec le sens passif, de l'ar. >y^y
'0 Ar. ^uyr.
'» Ar. ^U*;i.
WI. 1 /i
IMraiNKRIB RATIORALI:.
206 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
issoam ahen ietch. Icnsa netta d tmet't'oiith clin d'cij
if ri Ad'etclxa id'in, dhollen^ essraïn^ d'oug onzref tef-
feren^f erfed'en am izenireny ouiiren» Azdin ouiserbâ-
tachf kholdhen r'er owny^an en içâifen ensen, ioiifihen
trajan^, Innasen elbât as aysoum neççiadt aîaon arrou-
Veili r^er ifri, Kholdhen ehd'oun refd'en d'isselah\ d'el-
k'echch, âbban^ d!i iler'man ensen, oasint, ad'roouh'en
h'dkliâth^ ensen.
Nehni kholden d ammas em onbrid' ekkesen hamel'-
t'onth iouriazd'in, Ennan as a rah'a, ennowr'en d'oiuj
onbrid, Issiouel elbaroud djar asen. Im'^a sisen errebây
netta d'tniet't'outh ouiiren oiuih'adsen, aldi kholdhen
hak'liâth ensen j herchelen.
HISTOIRE DE L^OGRE ET DE LA BELLE FEMME.
Des chasseurs partirent avec leurs chameaux.
Arrivés au pays de la chasse, ils lâchèrent leurs cha-
meaux pour les laisser paître; eux-mêmes chassaient
jusqu'au coucher du soleil, et revenaient ensuite à
leur campement. Un joiu*, l'un d'eux était en marche ,
lorsqu'il aperçut les traces d'un ogre, grandes (cha-
cune) de trois pas, et il se mit à les sxiivre. II alla,
^ Ar. JlIô «passer la journée».
^ Forme factitive de eri t sortir».
^ Tefferen participe féminin de effer «cacher».
* Ar, (gs^^ «attendre, espérer»*
^ Ar. ^ylc «cliargcr»,
^ Ar. ÂxU. La yoeloa est b citaddle de pierres qui domine tout
le village, et, par suite, ce mot a désigné le \iHagp lui-même^ (Voir
notre Chnonia de l'Anrh, p. 9.)
CINQ TEXTES BERBKRES EN CHAOUIA. 207
et trouva l'endroit où il avait déposé sa fiente, gi^ande
comme un tas d'orge. Il s'en retourna et revint au-
près de ses compagnons. « J'ai trouvé la trace d'un
ogre, leur dit-il; venez, allons le rejoindre. — Non,
répondirent-ils, nous n'irons pas le rejoindre, car
nous ne sommes pas plus forts c[ue lui. — Accordez-
moi quatorze 'jours, dit le chasseur; si je reviens,
vous le verrez, sinon, emmenez mon chameau a>ec
le gibier. »
Le lendemain il partit , et se mit à suivre les traces
de l'ogre. Il marchait depuis quatre jours, lorsqu'il
découvrit une caverne dans laquelle il entra. Dedans
se trouvait une belle femme qui lui dit : « Qui t'a-
mène ici, où tu vas être mangé par cet ogre? —
Mais toi , répondit le chasseur, quelle est ton histoire ,
et comment (l'ogive) t'a-t-il apportée ici? — H y si
aujourd'hui trois jours, répondit-elle, qu'il m'a en-
levée; j'étais la fiancée du fils de mon oncle, c'est
alors que l'ogre m'a ravie. Je suis restée dans la ca-
verne, il m'apporte souvent de la nourriture, je
reste là et il ne me tue pas. — Par où a-t-il l'habi-
tude d'entrer, dit le chasseur, lorsqu'il revient ici?
— Voilà son chemin , répondit-elle. »
Il entra au milieu delà caverne, chargea son fusil
et attendit. Au coucher du soleil, l'ogre arriva. Le
chasseur arma la batterie , tira , atteignit l'ogre entre
les deux yeux au moment où il s'asseyait. S'approchant
de lui , il vit qu'il avait apporté deux hommes pour
les faire cuire et les manger. Il passa la nuit avec
cette femme dans la caverne. Le lendemain, ils (»ni-
i/i.
208 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
ployèrent la journée à extraire de l'argent caché,
eniportèrent ce quils purent et se mirent en route.
Le quatorzième jour, ils arrivèrent où ils avaient
laissé leurs compagnons, et les trouvèrent qui atten-
daient. «Laissez la viande de la chasse (le gibier),
leur dit- il, et venez, retournons à la caverne ». Une
ibis arrivés, ils se mirent à enlever des armes, des
vêtements, chargèrent le tout sur leurs chameaux et
partirent, pour rentrer à leur village.
Arrivés au milieu du chemin, les compagnons
A oulurent enlever cette femme au chasseur. Une dis-
pute s'engagea , ils se battirent sur la route. La poudre
parla entre eux. Notre homme en tua quatre, et
continua sa route seul avec la femme , jusqu'à ce qu'ils
arrivassent à leur village , où ils se marièrent.
III
hak'cit en temet't'ovtu
EN ESSOLt'aN D'OUOUZm EI^NES.
ledj essoh'an hennas hamet't'outh ennes h'ouadjer'
ad'rczfer' aklxhliamO em baba. Inna^s netta ma âlih,
assa cabrai'^ ad'etcha attouyiredh chem d^ououzir inou.
Had'etcha id'in ouiiren, dlxaronan ensen d'i hieransen,
tâssast^ d'i hieransen, la houmi idjerreden'^ d'oug ou-
' Ar. A^^ «tente» a pris en chaouia le sens de «maison».
— «Tente» se dit bit ou ak'idhoun (du vulg. y^^-3).
* Ar. y^M9,
^ Ar. iu.^£.
* Ar. ^Ja. «dépouiller».
CINQ TEXTES BERBERES EN CHAOUIA. 209
brid'. Kholdhenahrid! ensin hemsa oafouyth. Innas louk'-
eddin netta ououzir aouâssas tâoiisseth la lioiimi entouar' ,
addasen elkhouïan^ ar'en ar'en^.
Ek'k'imen tâssan r'ouf k'idliowi, netta ikker iad'ef
r'er thmet't'outli lâial enessolt'an. Innas louk'cddin ma
illa k'ii em bok'kp? Hennas nettath a rah! . Innas ou-
chaï VU enr' ad'r'erser' imemmini. Hennas r'ersas. Ik'-
k'im ir^ersas. Ad'etcha id'in ekkeren ouiiren. Kholdlien
afou)(th hemsa y nehni ensin. Innas iâssast âsseth la
houmi a nettoaar' . Nehni tâssan netta iad'ef r'er thmef-
t'outh. Innas aïa ouchaï k'ii em hokk'i enr' ad'r'erser'
imemmim ouissen. Hennas r'er sas. Ir'ersas. Ad'etcha
id'in ouiiren y hemsa oufou/th, ensin d'eggidh. Innas i
hemet't'outh ouchaï k'ii enr' ad'r'erser' ichem. Hennas
louk'k'a radjaî ad' thouodhdhir'\ Innas hethouodhdha.
Hennas louk' eddin ad'zoller'^; hezzol r'er rehh elâla-
min. Houcha IfateWa, henna ia rohhi nedjaï soug ouzir
aia ikechef chafell a esserr^. Nettath henna ammaï,
rehh elâlamim ik'eblit'^ ieyas afriouen em oufroukh
hourra jenna.
R'er çebah't, hersa d'i hamdint^ tah'ellakfth, had'-
iedj d'ougouhrid' hennas r'affoud'em enrehbi : ouchaï leh-
seth enney^ akkoncher' hdinou. Innas maâzzek a rehhi,
^ Ar. vulg. yUâlL «les voleurs».
* Pour aner' eu' en « ils nous prendront »,
•** Boh'k'i désigne proprement l'wacte vénérien».
* Ar. J&p.
' Ar. JLo.
* Ar. vj^^j 5-^1, (^.
7 Ar. JÛ5.
* Ar. iCsîO^.
210 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
aklienit. LouVeddin nettath lieziyn, hak'liâth d'in our
r'arescha en essolt'an. Ennan as lejmaâ en tak'liâth
annouâth amàkhlouk aîa izryin d'essoltfan. Ouânt
iouella d'solt^an fell asen, issiouel fell as elmedfâ, issi-
ouel oatfambour,
[Ga hekker hour'ajenna, innas netta ouoazir iâssa^t
echheO fell as houella^ tajennith a our kholdher' es-
solt'an ai ini mani hella.) Ikker lonk'eddin ouriazennes
d'essolt'an, innas iouzir ennes netch ad'ourzir' fell ha-
meù'outh inou, chek skerkousedh; aîa çafaî. Ekkeren
oiiiiren si hak'liâth altakHiâth; sek'çaîn'^ onad'ek'k'aren
ad' aq ella cha hamet't'outh iddilfan^ tajeditt^ herouh'
aner'? Ennan as iaï n takliâth : netchni ôuddilfich^.
Addan/^ r'er takHiâth ticht sek!çan; gaq kholdhen d'i
hak'liâth d'ini, hamet'tfouth d'in thâk'elith^^ hesekker
d'echchaoïich hennas rouh! aouid' ariaz in. Hennas mata
r'ef talidh d'ayi? Innas thamet't'outh al irouh'en. Hen-
nas lonk'eddin nettath r'idi ^ attek'k'imedh d'aï atten-
sedh; ak niy amensi ou ak nesek'ça.
G a hemsa oafouythy hennas ichchaouch rouh' aoui
d' amensi, ad'etchen inijiouen aîa. Ga etchin, hennas
âoud aï elk'oçça, anesroah' fell anei^ idh, Innas eïk'-
^ (^contraction pour echked'etk , ar. Os^.
* Ar. vulg. J3 «retourner».
^ Ar. vulg. ^>flLtw pour ^»n,i..Y.w! «interroger»,
* Pour eddi ilfan «laquelle étant trouvée».
^ (Contraction pour tajedid'th, ar. Osî>>^*
* Contraction pour our eddi ilfan chi,
' Ar. <^osx «passer»,
* Ar, JuLfi «reconnaître».
* H im pour k'im , forme simple, Ek'h'im , forme renforcée.
CINQ TEXTES BERBERES EN CHAOUIA. 211
oç^etli inou tah'ellak'th.'Herouh^ aï hamet't'outh, housed
nettath d!ououzir inou, kholdhen d'abrid' inna oucdlali
hamet't'outh enne^ hour'ajenna, ennir'as a rahl ^ sker-
housedlifell a. A netch tk'aouaser',
Hennas louk'eddin ha netch thamet't'outh enney^, Innas
mammex attekhlodh d'aiy? Hennas ekkerer' , ioused'
r'ari d'ouoiizir enney, innaî ouchaî enr' ad' r'erser'
imemmim; enniras r'ersas, ir'ersasen issenin. Hennas
h'ak'cith enney^ mammey thella? Innas onouzir radjaî
ad'rouh'er^ ad' bezdher? lougged' it Ibbas ikhf ennes,
ad'etcha id'in lar'ath eldjemâth ent hakliâth, hennasen
smah'aî, netch tametft'outh a ellir'.
LA FEMME DU SULTAN ET SON VIZIR.
Un roi avait une femme qui lui dit : « Je veux
visiter la maison de mon père. — Bien , répondit-il ,
patiente aujourd'hui , et demain tu partiras avec mon
vizir.» Le lendemain, ils se mirent en route, em-
menèrent avec eux leurs enfants, et une escorte pour
nêtre pas attaqués en chemin. Ils sarrêtèrent au
coucher du soleil, et passèrent la nuit en chemin.
Le vizir dit aux gardes : « Veillez , afin que nous ne
soyons pas pris, si les voleurs viennent dans l'inten-
tion de nous prendre. »
Ils restèrent occupés à garder la tente, tandis que
le vizir entra chez la femme, épouse du roi. Il lui
dit alors : « Y a-t-il un peu d'amour? » Elle lui ré-
pondit : a Non ». Il dit : « Donne-m'en un peu, ou
bien j'égorgerai ton fils ». Elle dit : « Egorge-le ». Il
212 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
le tua. Le lendemain ils repartirent. Arrivés au mo-
ment du coucher du soleil, ils passèrent la nuit. Le
vizir dit aux gardes : « Veillez afin que nous ne soyons
pas pris ». Tandis que les gardes veillaient, il entra
chez la femme. Il lui dit : « Allons, donne-moi un
peu d'amour, ou bien j'égorge ton second fils. —
Egorge-le, lui dit-elle. » [1 le tua. Le lendemain ils
partirent, et, au coucher du soleil, (s arrêtèrent pour)
passer la nuit. 11 dit à la femme : « Donne-m'en un
peu, ou bien je dégorgerai toi-même. » Elle lui dit :
« Attends-moi un instant , je vais faire mes ablutions. »
11 répondit : « Fais tes ablutions. — Maintenant, dit-
elle, je vais prier ». Elle adressa sa prière au Maître
des mondes, récita la Fatiha, et. dit : « 0 mon Dieu,
délivre-moi de ce vizir, afin qu il ne découvre pas sur
moi les parties secrètes. » Elle parla ainsi , et le Maître
des mondes reçut sa prière. Il lui donna des ailes
d'oiseau et elle vola vers le ciel.
Au matin , elle descendît dans une grande ville et
rencontra un homme sur la route. Elle lui dit : « Par
la face de Dieu, donne-moi ton vêtement, et je te
donnerai le mien. — Que Dieu vous honore, lui ré-
pondit-il, prenez-le. » Alors elle fut belle. Cette ville
n'avait pas de roi. Les membres du conseil de la
ville dirent : « Cette créature est belle , nous allons en
faire notre roi. » Le canon parla en son honneur, et
les tambours battirent.
(Lorsqu'elle s'était levée pour aller vers le ciel, le
vizir avait dit à ses gardes : « Vous témoignerez sur
CINQ TEXTES BERBÈRES EN CHAOUIA. 213
elle quelle esl allée au ciel, afin, quand je verrai le
roi, quil ne me dise pas : Où est-elle? »)
Mais le roi son mari se leva alors, et dit au vizir :
«Je veux aller chercher ma femme, tu as menti;
allons, accompagne-moi. M Ils partirent et allèrent
de village en village. Ils interrogeaient et disaient : « Y
a-t-il ici une femme qui a été trouvée récemment?
Nous Tavons perdue. » Et les gens du village leur ré-
pondaient : « Nous ne 1 avons pas trouvée. » Ils pas-
saient alors à un autre village et interrogeaient. Lors-
qu'ils arrivèrent k cette ville, la femme (du sultan)
les reconnut, appela son serviteur et lui dit : « Va,
amène-moi cet homme. » Elle dit au roi : « Pour quel
motif es-tu monté jusqu'ici? » Il dit : « J'ai perdu ma
femme. » Elle lui répondit alors : «Reste, séjourne
ici et passe la nuit; nous te ferons à dîner et nous
t'interrogerons. »
Lorsque le soleil se coucha, elle dit au serviteur :
« Va, apporte le dîner, afin que ces hôtes mangent. »
Quand ils eurent mangé , elle dit au roi : « Raconte-moi
l'histoire, nous passerons ainsi la nuit. » Il répondit :
« Mon histoire est longue. Ma femme est partie, elle
est allée en compagnie de mon vizir. Ils effectuèrent
le voyage, puis mon vizir me dit :^ « Par Dieu, votre
femme est allée au ciel. » Je lui ai répondu : « Non ,
«vous en avez menti; je vais me mettre à sa re-
« cherche. »
Elle lui dit : « C'est moi qui suis votre femme. —
Comment êtes-vous venue jusqu'ici, répondit-il?»
Elle raconta : « Après être partie , votre vizir vint me
214 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
trouver, et me dit : « Donne-m'en, ou bien j'égorge ton
« fils. — Egorge-ie » , lui répondis-je, et il les tua tous
les deux. » Elle dit, (s adressant au vizir) : « Et votre
histoire, comment est-elle.^ — Attendez moi, dit le
vizir, je vais uriner. » Il la craignait. Mais (le roi) lui
coupa la te^te. Le lendemain , il réunit le conseil du
village, et son épouse dit : « Pardonnez-moi (laissez-
moi aller), car je suis une femme. »
IV
HAK'ÇIT EM OUSOUFI D^OVTARGJ^.
Ellan sennSouafa^ d'oumathen^. EVk'imenettonma-
nasen^, innasaîaa khoiiia, hamet'foiith inoiisouâddis^,
* Racontée par Ahmed ben Ghérif, de Tkout, le s juillet 1896.
^ Sonafa, ar. i^t^uM plurid de <^><im, «habitant de la région
saharienne du Souf»; en berbère, «la rivière», mot que les Arabes
ont d ailleurs traduit en donnant à la capitale du pays le nom d*El
Oued.
^ Hurid irréguller d'onma, «frère», qui fait ordinairemant aith-
ma.
^ L'aoriste de ces deux verbes a ici le sens que nous donnons à
notre imparfait. — Ettoumanasen est tiré de Tarabe j^J^ « se dis-
traire » , dans lequel on a intercalé la particule berbère m qui donne
au mot un sens de réciprocité. En outre, le verbe, voyelle en a,
exprime une idée d'action intense.
^ Sonâddit «avec le ventre». De même, les Arabes, pour expri-
mer qu'une femme est enceinte , disent qu elle est ^ JCîL^. Le mot
Addis du chaouia correspond à tiddist «ventre», du nerousa (cf. Mo-
TYL1NSKI, Le Djebel nefousa, p. 7). Il s*agit évidemment de la même
CINQ TEXTES BERBÈRES EN CHAOUJA. 215
hancliek^ soudddis. Ma^ hella enne'/^ Ûiameichouyth^ ,
imemmi, ma hella inou thametchou)(th , en memmiy^,
Ass soug oussan, housed'iedj d'ametchoux^ hicht
tametchouxth. Tgâmeren^ aldeg^ ikholdhen eççiam'^
inna^ louk'k'a a lienini^ oucliaî illix attaouir' ^ imemmi.
Innas netch ouchira/^. Ikker isteryehit ^^ r^ouf serd'ount,
racine, mais la prcfixation du â ^ en chaouia reste assez inexpli-
cable.
^ Ihnchek est formé de tha en chek «celle de toi, la tienne». Tka
est le féminin de a ou oua « celui-ci ». « La tienne » se dit plus commu-
nément thannek, mot qui est d'ailleurs formé de la même manière
(cf. notre Chaouia^ p. i5).
* La particule ma a le sens de notre qnoi^ interrogatif; de l'in-
terrogation, elle est passée au sens conditionnel, et naturellement
elle a été amenée à remplir le rôle de notre conjonction si. Ma hella
thametchon^th . . . i memmi «Sera-t-elle une jeune fille. . • (on la
mariera) à mon fils », c'est-à-dire « Si tu as une fille, on la mariera à
mon fils». Cette particule rend suffisamment le sens du conditionnel
futur pour qu'on emploie ensuite l'aoriste indéterminé, et jamais le
futur avec ad\ — De même en français avec la conjonction 5Î.
^ Ametchou^ «petit garçon» est le même mot que montchou,
terme par lequel on désigne les commerçants mozabites d'Alger.
* ledj « un » ne met pas le mot qui le suit en rapport d'annexion ,
parce qu'il se trouve en réalité sujet du verbe dont ametchou/^ est
ici l'attribut. Il faudrait autrement iedj en oumetchou^,
* Tgâmeren « ils grandirent » , verbe neutre tiré de l'arabe.
* Composé de trois particules : al «jusqu'à » , d' qui indique un
mouvement, et ga «lorsque».
^ Arabe j»L^I.
^ A h'enini, ar. (,ij,ij^ L,», expression vulgaire que l'on peut tra-
duire par «ô mon cher!»
' Attaauir pour at ad'aouir',
^^ Isteryehit, forme factitive (préfixe s) et neutre (préfixe t) de
crxeh, ar. t^.
216 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
iououit^, ieyas elâres, ieyas louk'eddin akhkhamt ennes
d'owiaz ennes ouali'des bach our testeh'ach ^.
Ass soug oussan isla is iedj sittouarecj^, hamet't'outh
h'ela, iryeh d' rouf niahri d'âchairï^, ioused' r'ares.
Netta ikhlodh r'er essah't^ ennes iafi iniltan. — Oui
yen iilan^? Ennan as Soaafa. Itehka'^ Ji iidj, innas
r'ouf oad'eni^ em rebbi lâlaniin^, a ameddoukel ent
sed'n an ih'lan, a meziyn elârdh *^, hellacha hameù'outh
^ ïououit «il l'emporte». Employé avec la particule d\ qui le
précède ou le suit selon la phrase, ce même verbe prend le sens
d'« apporter».
* Ar. ^,;*umI «avoir honte».
^ Iedj iitfouare^ « un d'entre les Touareg», ar. <,>;^, pi. v3;!>^* '^
est à remarquer que les berbères algériens désignent toujours leurs
congénères du Sahara — avec lesquels ils ne se figurent pas d'ailleurs
être unis par aucun lien de race, — sous les appellations que leur
ont données les Arabes. Les habitants de l'Aurès ignorent totalement
que les Touareg s'intitulent eux-mêmes imochar' — et que ce mot
n'est autre chose que celui de imaziren , nom que se donnent eux-
mêmes les Berbères.
* Mahri âchàîri « un chameau coureur âgé de dix ans ». Ar. (Sj^ •
^ Essah't, ar. iC^LJt «la pl^ce, le campement».
* Ouix,en iilan «qui êtes-vous ? » Le pronom vous se rencontre plus
souvent sous la forme allongée )(enoui, — Iilan est le pluriel de
illan «étant».
7 Ar. c^î.
* R'ouf oud'em «par le visage. . . ». La préposition r'ef «sur»
remplit en berbère le même rôle que 3, v« et c:> en arabe, comme
particule du serment. De même, nous disons en français : J'en jure
sur la tête de. . .
^ Rebbi lâlamin pour rebb lâlamint ar. çj^>bJi ys «le mattre
des mondes».
^^ A meziyn elârdh, ar. jo«xJl ;^.j* «homme de belle apparence».
CINQ TEXTES BERBÈRES EN CHAOUIA. 217
felana oaltfelana^ hella cha d'aï? — Innas hella. —
Innas ma illa cha cm oua g ellan d'i^ a ariaz ih'lan ^,
h'aouadjcr' attaoïiit id' at ezrer'. — Innas assinir'^, ma
houscd' oiiouir' ey^ tid\ oar toasi ch ad'onellir' ah netch
akkinir la chc.
Irooueh' ioiieUi, netta ikhlodh v'cr akhkhamt d'inniy
imessa'^ fell ascn, — Arouah! atetchedh aniensi^. —
Innasen loiik'k'a etchir' d'i akhkhamt inou erouir'^. —
Teya iman ennes'^ itk'eççar idh bach ahen isser'fen^.
Nehni criin l barra ^ eikeccaren idh, netta iâdda r'ares.
Innas ariaz issekeraï^^ d' r'arem d'atargi^^, Ih'la am
^ Felana ouït felana, ar. ioil» oJLj *3>l» «une fille d'une telle».
Ouït est ici pour ouldet, féminin berbère de oJj «enfant».
* Ma illa cha em oua g ellan d'i^ a aiiaz ih'lan y mot à mot : « si il
y a de quoi étant en toi, ô liomme de bien». La pbrase, recueillie ici
telle qu'elle s'échappe au cours de la conversation, est contractée et
incomplète. Elle devrait être n»gulièrement : Ma illa cha d'i^, a ariaz
ih'lan, em oua g ellan d'i iriazen h'elan : «Si Ton trouve en toi, ô
homme de bien , ce que l'on trouve chez les gens de bien » , c'est-
à-dire «les sentiments qui animent les gens de bien», etc.
^ Assinir' pour ad'as ennir «je lui dirai », et plus bas a/cA^mir' pour
ad 'akennir,
* Imessa «il leur souhaite le bonsoir». Verbe tiré du premier
mot de la formule arabe w^ib ^pL^uê « Que votre soirée soit avec
le bien ! »
^ Amensi «le dîner», racine eus «passer la nuit».
® Krouir «je suis rassasié», 3* pers. iroua, ar.^^^^.
' leyas iman ennes, mot à mot : «il fit personne de lui», c'est-à-
dire «il fit semblant 1.
* Serf en «faire être inattentif» , de l'arabe Jljlc.
" Ar. IIj et IX-JI, «dehors».
^^ Issekeraï « m'a fait lever » , de ekker « se lever » , sekker, « faire se
lever». On appuie sur la première consonne par une sorte d'em-
phase , et la seconde perd alors son redoublement.
" D'atargi, se rapporte à ariaz.
218 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
cheniy hit't'aouin ennes h'elant, akhenfouf^ ennes ih'la
imi ennes ih'la. — Hennas louk'eddin ek'k'el mani g
ella oiiriaz inou. — Netta ik'k'el annax idjeniâth ibâd^^
iouella d! r'ares innas haih a d'i Ijemâth itk'eççar idh. —
Hennas ekker annekker, anrouh! r'er ettargi Nettath
tkholdlnth, âdjeben ibâdhhoum baâdh^ annax h' élan isse-
nui*, ekkeren eryeben ouiiren.
Gag ioused' ariax ennes y netta ikhlodh annax d-
frach 5 ouah^des. Inna d'oug oui ennes , hella r'er baba
enr' i^er âmmi. Gag iouli ouass , innas ionltema^s ek'k'el
cha d'ikhkhamt em babam enr^ âmmim ma hella cha,
Hek'k'el annax '^ ^^* Ikker iria ith'aouas, annax hatta
eldjorreth oamahri heria. Isserj louk'eddin oumahri ennes,
ekker ent ised'nan ennantas r^im^la eggour cha ak nouch
issithna'^. Innas arah', netch ad' lah' k'er^ hainoa. Ikker
iouyir, ilh'ak' eldjorreth oumahri hatta hatta hatta^
aldeg hemsa oufouxth iensa r^ ouf eldjorreth d'in. Lmahri
ennes d'akhmaîsi^, gag attouli afouxth, ikker idhfer
eljorreth d'in.
* Akkenfonf tle nez», ar. o^.t,*^.
* Ibâd, ar. Jot; «être loin».
^ Adjeben ibâdhhoum baâdh «ils se plurent mutuellement», ar.
^ Sen « deux » , issenni c tous les deux » , est un substantif pluriel
déterminé.
^ Elfrach «le lit», ar. Jil^l.
* R'ini « reste » , ar. li , impératif de -Ul . En berbère , aux autres
modes que l'impératif, ce verbe prend la forme forte ik'k'im,
' Issithna «nos filles», de illi plur. issi,
* Hatta «la voici». Ce mot redoublé exprime Taction du cher-
cheur qui retrouve et suit la piste.
* D'AJilimaîxi nh^é de cinq ans».
.^^
CINQ TEXTES BERBERES EN CHAOUIA. 219
Elâcer netta ikholdh r'er essah'eth nettouareg , iotifa
essâîth^ dUniltany itekkafi iidj innas : kheîr a ariaz
ih'lan, oamasent eut sed'nan ih'latiy ay^ inir^ acftial lah
seraîch^. — Innas ini, — Innas ma ioused'cha ha-
meiionth d'aiy idhid'en^? — Innas housed. — Innas
ma illa cha dli^ cm oua g ellan d'eg iriazen ih'lan ? —
Inna^ illa. — Innas Waouadjer' aï touoççeledh^ r'ares.
— Innas ach ouoççeler'; ronh! effer elmahri enney^ y(ev-
Jith, cks eïkesonet ennex hach attasedh d' ârian our te-
tâVildh ^ cha d'ong ammas em oulli. Aouid' essif enne)(^
arouahly atteggoiiredh ^ amme)(^ higgourent oulli. — In-
na^ ad'eggourer' annehrai"^ em oulli r'are)(^ hach a itdhal-
menfell a^. — Idha ad'eyin elâres, ad'erien sig ikh-
khamen oukoull, d^ra kholdher^ r^er oukhkhamt en
tmeit'outh d'in, ad'outher' jij str'arith. D'ira addouther'
tid'in takhkhamt ennes.
Ik'Vim lonkeddin ih'çar d'oug ammas em oulli, an-
ne)(^ hised' nan eriint tezzint, IkVel louk'eddinfi ilallen
em oukhkham , gag issiouel elbaroud immoug elâres iâclda
r'ares, loafith dHlferach anna^cchchemâ irekk. Hennas
âlesslama ajlan. — Innas isellemek. — Hennas mata
^ Essàîtk» ar. iUiuJl «les troupeaux».
^ Lah seraïch « ne le fais pas sortir » , c'est-à-dire « ne le répète
pas » ; de eri « sortir t.
3 Idhidfen « Tavant-dernière nuit»; de même assid'en. «avant-hier».
* Ar. Jo2?3 «faire arriver».
* Tetâk'eledk «tu seras reconnu, forme passive de âk^el «recon-
naître » , ar. Jjut .
* Eggonr « marcher »« forme forte de ouier t aller».
' Bach a itdhalmen fell a «pour qu'il soit de rohsrni*ité sur moi».
Forme neutre tirée de l'arabe ^►Alà.
220 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
a ch d'iouiouin^. — Innas clieni a r'er eddousir^. —
Hennas ikhla aklikhamt ennek^netch âddir' ch^, —
Innas attekker, — hennas oar tekkerer' ch, ma khesedh
attctchedh, ak ad^eyir'? — Innas our tetter'cha, hennas
niaour tettedh cha ad' âït'er'^ioiiriaz inou ad'iad'efach
iner' , — Loak'eddin ijbed essif ênnes^ innas attekeredh
enr' achem enr'er' .
Hekker houyir d'ihierannes.^ Ikhlodh r'er oumahri
ennesy illefas, iâdda r'er leksaoui iksihent ird'ïhent,
isserkebit ourennas ikker ioayir. Ass iouli, hennas a oua
ia oa ânimi, netch ejfoader', Nettat teh'oaadj atkhedâ^.
Innas ma illa cha em ouaman d'aiy? — Hennas ass cm
ouaï d iououi ettarcii'^, hathan^ d'i hizi ha,
Kholdhen r'er elhir d'in, Ikker netta innas houa^.
Hennas netch tamet't'outh a ellir' , tougfjader', houa
chek. Ikker ihoaa netta, Issir'ezd aman, hesoua, irni
oumahri ennes, isoua, halt^^ ahetouezzâ^^ d' ihemourth.
' Mata ach d iouiouin , mot à mot : « qu'est-ce qui t'amène ? » ( aoui
d' «apporter»).
* Ikhla akhkhanit ennek^ imprécation « que (Dieu ) vide ta ibaison » ,
c'est-à-dire «qu'il fasse périr toi et les tiens»; ar. JLx-o JJg'.
^ Addir c/i «je t'ai quittée», ar. ^^Jsx «passer».
* Ad'àit'er «je vais appeler», ar. lal^ «crier».
^ Ijhed essifenncs «il tira son sabre», ar. vulg. <J»-.«**^M «X^^^.
* Atkhedâ pour atk tkhedâ, de khedâ^ ar. ^.>vâh. «trahir».
' Ass em oua ai d'iououi ettargi, mot à mot «le jour de celui m'a
emmenée le Targui», c'est-à-dire «le jour où ie Targui m'a em-
menée ».
^ Hatkan «en voici», c'est-à-dire «il y en avait».
" Houa «descends», ar. ù^,
'" liait a composé de al «jusqu'à» et du pronom t [th) de la troi-
sième personne.
'* Iletoucztâ, passif de ouezzà «\erser», ar. A^,
CINQ TEXTES BERBÈRES EN CHAOUIA. 221
Innas cliem mar'ef toiiezzâdh aman d!i hemourth. —
Hennas our touezzâr cha amahri enne)(^ ag sessen. —
Nettat keira hit' cnnes^, anna^ hat ar'obbar\ hezra
ettargi ad'ioiisicL Hebbi fellas ah'ebbal^. Our ieidlwu^
clxa felbir, ih'kim d'i chegg^ d'i d*oukkant^, aldeg
ad'ikhlodhoutargi, Hennas JiamcÙ'oath oatargi a netch
a Waççeler ax th id''^. — Innas çali'hJeit^. — Innas
oiitargi ioiisoafi sili idi d'aman ad'esouer ; — Issilis
ad'isoaa, — Hennas hamet't'outh enrith dakhel elbir,
luï ietchath^ sterreçaçet ouh zemmeredh cha^^. — In-
nas a rail' netch our senjouseï^ cha^^ elbir ellârach;
anessilith id, — Inouli akVeg ad'ihhlodii siâbbâch d'is-
saount^'^, yerfent. Ernin as idharen x^'/<?ri ahen edjint
d'ârian.
Et'fen louh'eddin r'ersen as oumahii ennes. Innas
* Heira hit' ennes, mot à mot «elle lança son œil (elle jeta ses
regards ) ».
* Ar'obhar «la poussière», ar. ^LJJ^ .
^ Ah'ehhal «la corde», ar. JljJI.
* Eidhou «tomber», même racine que l'arabe ^J^^. On sait qu'en
passant de l'arabe en chaouia, le t» {*.') devient jo (c/A).
^ Chegg « fente » , ar. ,^ .
® D'oukhant « banc de pierre » , ar. yl5i> .
' H'acçeler a;^ ih iiV «je te l'ai attrapé à merci » , ar. J-a^ « tom-
ber (dans un malheur)» et Juaah. «faire tomber, réduire à quia».
* Çak'h'eit « bravo » , ar. o^^^kp •
® letchath^ forme fréquentative de outk «frapper». Erraçacet «le
plomb , les balles » , ar. ^lio-^iS .
•® Ou. h zemmeredh cha «tu ne le peux pas», c'est-à-dire «tu n'es
pas aussi fort que lui ».
" Senjous «faire salir», ar. j.***.
•^ D'issaount pour saouint id' «ils le firent sortir» fde aoui «ap-
porter»),
wi. i5
IMralMKMC RATIUSALK.
222 SEPTEMBHE-OCTOBRE 1900.
loak'edclin i hamet' CoiiOi aoiiid! isr'aren anneyjief^
aysoiim, Hekher haoui ias isr'aren. Netta ixcnnef Uell ,
ncltai tycnnefcVi licuVount ald' itket't'ar^r'ef oiiâmmis.
Innas outargi la as LccjCj ch amina; — hennas nelta
ijbcd r'ari essif, ik'li'ar atiekeredh enr' achem enr'cr'. —
Innas eyi errai rnneni^. — Netiat hetket't'ar as, Ji
id'mar ennes, d'^oiioud' eni enneSy d'iir'allen ennes, aldcfj
ih'ark' ouilim ennes. Heya amma, outargi ikholdhiOi id'
idheSy innas i hemeù'outh h'arz^a our inessereb^.
Netta it'f es, innas ousouji kheira haniett'oath ih'lan,
yennedh r'ari essoiid' ener' ^ inii enneni enr^ niag ennem.
— Hennas ikhli hitek, loak'ka attemeihedh, chek
h'aoïuidjedli attessoud' enedh\ — Innas md'ara ad'em-
metker' y ad*emmether' fell ani; li' aoiiadjer' client, kheir
en doiineth'^ axa oukoull : edj aï achem essoud' ener' ,
aferli'er' sadt^, loakeddin ad' emmeiher'. — Hennas
hakh"^. — L\nas ')(ennedh soaasoaa r'ari. — Hennas
* Annc^tirf de x^'^''^/ « fai'*t3 rotir ». Ia' redoublement est passé sur
la première syllalx;, qui est pour ad'n,
^ Ith'et't'ar, forme réfléchie de k'et'i'ev «faire tomber goutte à
goutte», ar. JLi.
^ Eyi errai ennem mot à mot a fais ton avis», c'est-à-dire «fais
comme tu voudras». Erraî, ar. çfW.
* Il'arz « surveille » , ar. \^ .
^ Inessereb « il se glisse » , ar. vv>*^' •
® Assond'ener «je baiserai», de soud'en «baiser».
' Douneth « le monde » , ar. LôjJt .
* Aferh'er' saut «je me réjouirai un instant», ar. ^y» et Â^Lm,
^ Hahh «prends», de ar «prendre». Ahh est pour ar'h «preuds-
le» [h affaiblissement du pronom th). Les consonnes r h, quand
e!les ne sont pas séparées par une voyelle, se fondent toujours
on hh.
CINQ TEXTES BERBÈRES EN CHAOUIA. 223
hakii. — let'fit soudherrim soaklienfoiif. — Hcnnas
mata h'aouadjeh ? — Innas ellef ah — Hellef as, —
Innas souseni our tsaoaal cita. — làdda ieks iyroj fi
idhar enneSy irai ierd idlaoïi enneSy iâdda r'er lemkah'el
ennes ieks as tdmmerth^ tamzoaarouth , ierni idmmer
itJi, iraâ ver ihemi)(si annax theh'la, innas i kemet'
t'ouih sekkev cttargi. Ikker, innas niar^efour aï tenr'idh
cha d'e(j(j idhes? — Innas ak chek oar aï ienr'idh cha
d'akliel elhir, Ekker chek, rouh'd'oun, netch ad'cklii-
mer' d'ayi,
Ikker outargi innas ioiisoafi hoatli chek d' amzouaroiu
— - Innas netta ousoufi a rah\ edjir'ch houth chek. —
Hessiouel nettaih thmei'foiith, hennas outh chek a Tarcji,
chek our zemmeredh cha ousoufi. — Ikker ouiargi,
ioatha, anna)(^ hameù'outh hasseloaloa^ fcll as; ih'
kemith^ d'i chouchaV^ ennes oufint fi ikhf ennes. Ikker
buk'eddin netta ousoufi y innas bedd aï louk'k'a amme)(^
ak beddir'. loathith, ih'kennth d'i himmi^, iemmouth,
iâdda r'ares ir'ersas.
làdda louk'eddin r'er oumahri ibbi d'sis a^soum , innas
i hamet't'outh rouh' aouid' isr'aren, ad'xenefei'^ (ifl-
etcher'. — Hcnnas our trouWerch; iberreh' fell as sous-
' Tiunmevth «Ja charge», de l'ar, Jfxt «remplir, charger (un
fusil)».
^ Hasseloidou «elle lit entendre un you-you prolongé», cri de joie
et de Irioniplie des femmes, en arahe ^y^y
^ Ih'kemith «il l'atteignit », ar. ^io^- «tenir, atteindre (en parlant
d'un projectiJe)».
^ Chouchuï, ar. iu^Lâ « calotte rouge , chéchia » , plur. (^\yii et
en l>erbcre choucliaï.
^ lUmini «front».
i5.
224 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
sefiâ^ iouthit, Hehker loakeddin liaoui d'isi^aren. I^en-
nef ietch aldi g eroua,
Irouli' ai iner', annay^ ioagged' as inin lârcli ennes ont
toaouit id' ch, leyit ourennas ikher,
Aith âwmis terân d'is si k'erboiist^ melmi ad'ikiilodii ,
annay^ har'obbarth hathariy aldeg addiklilodh anna)(^
netta, Issiouel oumas em oariaz, innas mata ak eyin
amma, innas oalt âmmi eyin amma.
R'ersen as ihemett^oath, k! edded' ent^ , eyirint r'ef
zoaggar'thy oiisin d oiichchanen d'ifrakli etdlioUan d
essis tetten aldeg atte^fa.
HISTOIRE DU SOUFI ET DU TARGDI.
Deux Souafa étaient frères. Devisant (un jour) de
compagnie, lun dit à l'autre : «0 mon frère, ma
femme est enceinte, et la tienne Test également. Si
tu as une petite fille, on la mariera à mon fils; si j'ai
moi-même une fille, on la donnera à ton fils. »
Un beau jour, il arriva un petit garçon et une
petite fille. Ces enfants grandirent jusqu'à ce qu'ils
atteignissent l'âge du jeûne. L'un des deux frères dit
à l'autre : « O mon cher, donne-moi ta fille, je la con-
duirai à mon fils. — Je te la donne, » répondit-il.
Le premier la fit monter sur une mule, l'emmena,
^ Iberveh' fell as soussefâ, Ar. ^'^ «infliger une correction ■
jû^s^u» «claque».
* K'erboust «coiiine», ar. o->?*> proprement «arçon de selle •.
^ K'cddedent «ils en firent du «XjhXi, c'est-à-dire de la viande
séclice ».
CINQ TEXTES BERBÈRES EN CHAOUIA. 225
fit une noce, et donna ensuite aux époux une mai-
son séparée afin que la jeune femme n'eût point
honte.
Il arriva quun homme d entre les Touareg en-
tendit parler délie comme dune femme remar-
quable ; il monta sur son chameau coureur âgé de
dix ans et se rendit chez elle. Arrivé dans les envi-
rons de sa résidence, il trouva des bergers. «Qui
êtes-vous ? leur dit-il. — Des Souafa ». Il se confia à
l'un d'eux et lui dit : « Par le visage du Maître des
Mondes, ô favori des femmes belles, homme d'appa-
rence remarquable, dis-moi si la dame une telle, fille
dune telle, est ici? — Elle y est. — Eh bien, si Ion
trouve en toi les mênies sentiments que Ion ren-
contre chez les hommes de bien, je désire que tu
me l'amènes, je voudrais la voir. — Je lui ferai
part de ta prière, et si elle me suit je te l'amènerai,
sinon je reviendrai te trouver pour te dire qu'elle ne
veut pas. »
11 partit, et, arrivé à la demeure de la dame (il
aperçut des gens), auxquels il souhaita le bonsoir.
« Viens dîner avec nous, lui dirent-ils. — Je viens
de manger chez moi et je suis rassasié. » Et il fit
semblant de se distraire avec eux pour raccourcir la
nuit, en réalité pour endormir leur vigilance. Ces
gens sortirent au dehors pour aller se divertir,
tandis qu'il pénétra chez la dame. « Un homme m'en-
voie auprès de vous, dit-il, un Targui. Il est beau
comme vous, ses yeux sont beaux, son nez est beau,
sa bouche est belle. — Regarde donc, lui dit-elle,
220 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
OÙ se trouve mon mari. » II regarda, et laperçut au
milieu d'un groupe éloigné. Revenant vers elle, il lui
dit : « Le voilà parmi ceux qui raccourcissent la nuit.
— Eh bien, lève-toi, je me lève aussi, et allons
auprès du Targui ». Arrivée auprès de lui , ils se
plurent réciproqueipent, étant beaux tous deux,
montèrent (sur le mahri) et partirent.
Quand le mari revint, il entra chez lui et trouva
la couche vide. Il dit en lui-même: Elle est chez mon
père ou bien chez mon oncle. Quand le jour se leva,
il dit à sa sœur : « Va voir dans la maison de ton père
ou celle de ton oncle si elle s'y trouve. » Elle y alla, et
ne la Irouva point. Il sortit pour faire des recherches,
et voici qu'il aperçoit les traces du mahri qui s'é-
loignent. Il sella alors son propre mahri; les femmes
sortirent et lui dirent : «Reste, n'y va pas, nous te
donnerons nos filles. — Non, répondit-ii, je veux
rattraper ma femme. » 11 sort, il suit la trace du
mahri : la voici, la voici, la voici, jusqu'à ce que le
soleil se couche. Il passe la nuit sur cette trace. Son
mahri est un chameau coureur de cinq ans. Quand
le soleil se lève, il repart et suit cette trace.
Vers quatre heures , il arrive au campement des
Touareg, trouve des troupeaux, des bergers. Il se
confie à l'un d'eux et lui dit : «(Parole) de bien,
homme brave, frère des femmes belles, je veux te
dire une parole que tu ne répéteras point. — Dis.
— Est-il arrivé une femme en ce lieu, l'avant-der-
nière nuit? — Elle est arrivée. — Y a-t-il en toi les
sentiments que Ton trouve chez les gens de coeur?
CLNO TEXTKS BKRRERES EN CIIAOUTA. 227
— Certes. — Je désire que tu me fasses parvenir
auprès délie. — Je t'y conduirai. Va, cache ton
mahri; entrave-le; quitte ton vêtement de façon à
venir nu; on ne te reconnaîtra point au milieu des
brebis. Apporte ton sabre et viens, tu marcheras
comme marchent les brebis. — Je marcherai vers
toi , dit-il , en prenant l'apparence d'une brebis , de
façon à passer inaperçu. — Cette nuit, répond le
berger, on fera la noce , tout le monde sortira des
habitations, et lorsque j'arriverai à la tente de celte
dame, je frapperai un piquet avec un bâton. Là où
je frapperai sera sa demeure. »
Il attend alors et se dissimule au milieu des
brebis et voici que les femmes sortent pour traire.
11 regarde dans le groupe des tentes, et, tandis que
les coups de feu retentissent et que la noce bat
son plein, il entre chez elle. 11 la trouve dans le lit,
et la chandelle brûle. 11 lui dit : « Le salut sur
toi. — Que Dieu t'accorde le salut, un tel. — Elle dit :
Quel motif t'amène? — 11 dit : C'est pour toi que je
viens. — Dieu fasse que ta tente soit déserte, je ne
te connais plus. — Lève-toi, répond-il. — Je ne
me lèverai pas, mais si tu veux à manger, je vais
t'en préparer. — Je ne veux pas manger. — Eh bien ,
puisque tu ne veux pas manger, je vais appeler mon
homme qui accourra et te tuera. » — Alors il tire
son sabre et lui dit : « Tu vas te lever, ou je te
tuerai. »
Elle se lève et sort avec lui. Il arrive h son iiiahri,
le détache, va chercher ses vêlements, s'en couvre,
228 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
prend sa femme en croupe et part. Le jour monte,
elle dit : « O toi qui es le fils de mon oncle paternel ,
j'ai soif. » Or elle méditait une trahison. 11 lui dit :
« Est-ce que l'on trouve de l'eau par ici? — Le jour
où le Targui m'a emmenée, nous en avons trouvé
dans ce col. »
Ils arrivent au puits. « Descends (dans Je puits) » ,
dit le Soufi. « Je ne suis qu'une femme, et j'ai peur;
descends toi-même. » Il descend. Il puise de l'eau,
elle boit; il en puise encore pour son mahri, qui se
désaltère, et voici qu'elle répand l'eau à terre. « Pour-
quoi verses-tu l'eau à terre », lui dit-il? « Je n'en verse
pas , c'est ton mahri qui boit toujours ». Et cependant
elle lance ses regards, et voici qu'une poussière se
lève : elle aperçoit le Targui qui arrive. Elle coupe la
corde sur son mari , mais il ne tombe pas au fond
du puits : il reste sur une anfractuosité, sur un banc
de pierre, jusqu'au moment où le Targui arrive. La
femme, s'adressant à celui-ci, lui dit : « Voici que je
te l'ai attrapé. — Bravo! » s'écrie- t-il ; et, s'adressant
au Soufi : « Fais-moi monter de l'eau, que je boive. »
Il puise de l'eau et le Targui boit. La femme lui dit:
«Tue-le dans le puits, c'est un tireur de balles, tu
nés pas plus fort que lui. — Non, répond-il, je ne
veux pas souiller le puits des tribus : je vais le faire
monter. » Le Soufi monte jusqu'à ce qu'il arrive à
hauteur des seins; ils s'en emparent, le hissent, le
ligottent. Ils lui prennent encore les pieds, les
attachent , le mettent nu.
Alors ils s'emparent de son mahri et Tégorgent.
CINQ TEXTES BERBÈRES EN CHAOUIA. 229
«Apporte du bois, dit le Targui à la femme, nous
allons faire rôtir la viande. » Elle se lève et lui ap-
porte du bois. Il fait rôtir et mange, tandis qu'elle
fait griller les morceaux de graisse jusqu'à ce qu ils
dégouttent sur son cousin. «Ne fais pas cela», lui
dit le Targui. Elle dit : — « Il a dégainé sur moi
son sabre, en s'écriant : «Lève-toi, ou bien je te
tuerai. — Dans ce cas, agis à ta guise. » Elle fait
dégoutter la graisse sur sa poitrine, sur son visage,
sur sa nuque, jusqu'à ce que sa peau fût grillée.
Pendant qu'elle agit ainsi, le Targui se sent gagner
par le sommeil et dit à la femme : « Veille sur lui,
afin qu'il ne se glisse pas hors de nos mains ».
Tandis qu'il dort, le Soufi parle : « Parole de bien ,
ô femme excellente , penche-toi sur moi que je baise
ta bouclîe ou bien ta joue. » Elle dit : « Dieu fasse
que ta tente soit déserte ! tu vas mourir tout à l'heure ,
et tu penses aux baisers? — Certes, je vais mourir,
et je mourrai pour toi. Je t'aime plus que ce monde
entier : laisse-moi te baiser, j'aurai un moment de
joie; tout à l'heure je mourrai. » Elle dit : « Prends.
— Penche-toi bien sur moi. » Elle dit : « Prends ».
Il la mord par la mâchoire et par le nez. Elle dit:
et Que demandes-tu? — Que tu me délies. » Elle le
délie. Il lui dit : « Tais-toi et ne profère pas une
parole. » Puis il s'occupe de détacher les entraves qui
retiennent ses pieds, il revêt son burnous, va cher-
cher son fusil, enlève la charge ancienne et le re-
charge à nouveau, examine la pierre à fusil et s'as-
sure qu'elle est bonne et dit à la femme : « Fais lever
230 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
le Targui. » Celui-ci s éveille. «Pourquoi, dit-il, ne
m'as-tu pas tué pendant mon sommeil? — C'est
que toi-même ne. m as point tué tandis que j'étais
dans le puits. Lève-toi, va te placer là-bas, tandis
que je resterai ici. »
Le Targui obéit et dit au Soufi : « Tire toi le pre-
mier M. lie Soufi lui répond : « Non , je te laisse tirer
toi-même le premier. » La femme prend la parole :
« Frappe, frappe, ô Targui, tu n'es pas aussi fort que
le Soufi. » Le Targui se lève, il tire, et voici que la
femme fait entendre un long you-you. Il l'atteint
dans ses chéchias qui volent de dessus sa tête. A son
tour, le Soufi se prépare et dit : « Tiens-toi droit main-
tenant, comme je me suis tenu droit pour toi. » Il
tire, il l'atteint au front; son ennemi mort, il se pré-
cipite sur lui et l'égorgé.
Il va ensuite au mahri, en coupe des quartiers de
viande et dit à la femme : « Va me chercher du
bois, je veux faire rôtir et manger. — Jen'irai point »,
dit-elle. Il s'avance vers elle menaçant, et la frappe.
Elle se lève alors, et apporte du bois. Il fait rôtir et
mange jusqu'à satiété.
Il songe alors à tuer la femme, mais il craint que
les gens de sa tribu ne lui disent : « Tu ne l'as point
ramenée. » Il la prend en croupe et part.
Ses cousins faisaient paître sur une colline. Quand
il fut près d'arriver, voici qu'une poussière se lève;
il s'approche et le voici lui-même. Son frère prend
la parole et dit : « Qu'est-ce donc qu'on t'a fait? »
CINQ TEXTES BERBERES EN CHAOUIA. 231
Il répond : « La fille de mon oncle paternel a fait
telle chose. »
Alors ils égorgent la femme, découpent sa chair
en lanières, les lancent sur un jujubier sauvage, et
les chacals et les oiseaux accourent, et passent la
journée h les manger jusqu'à ce quil n'en reste plus.
ah' MED ELHELAJLI d'eRBEDAh'K
Ah'med Ellielaïli^ our th'iban^ cita iouxl'an. Roiih'en
i^ares r'ar settout^y ennan as : a settout, kheser' ^ ath
nselikev d'aviaz a si hemourth, a tolbedli^fell aner' am
Inoach. — Hennasen farh'ikonm oudjouha'^ , eyeth etâ-
^ Racontée par Ahmed ben Cherif, de Tkout.
- El helaïli, ar. Joil^l , de la tribu de J>lià, qui forma avec celle
de Soieïm la grande invasion arabe du xi' siècle (cf. Ernest
Mercier, Histoire de l'AJritfue septentrionale, t. II). Il est assez curieux
do constater que l'un des principaux liéros des chansons de geste
de cette époque, Ahmed £1-Helaïli, est populaire jusque chez les
Berbères qui n'ont pas été p'métrés par l'invasion hilalienne , et dont
beaucoup ne comprennent même pas Tarabe. Le narrateur Ahmed
ben Cherif fait exception. Mais il aura soiu, lorsque sa mémoire
lui rappellera quelques passages de prose rimée débités en arabe,
de les mettre à la portée de son auditoire, par une traduction.
^ H'iban , ar. ûXa*. « aimer », Our th'iban cha est pour our tk Iiiban
vha dont la prononciation serait pénible.
^Settout, proprement «vieille femme» et, de là, «vieille sor-
cière. »
^ Kheser' est au singulier bien qu'ayant le sens du pluriel , pour
nekhs, qui concorderait avec n sehker,
" T'olhedh, ar. 4-J^ «demander». Tolbedh est pour tt'olbedli.
'' Farh'ihoum oudjouha, interjection arabe »y^y fi^y^ ^^^ * '"^*^-
232 SEPTEMBRE-OCTOBHE 1900.
iadli, (uViiia ath hezzerei^^. — Ekheren eyin elâiadli,
ennan as halr^oumt lierouh'. Ikker netta loukeddin, in-
nas i babas had' fezzâr''^ ak netch. — Ikker iryeb i^ouf
ouiis enneSy ifzâ ikhlodli animas em onbrid! ennan as
elâfith^. Iniodhran d! ^ ikholdh ad'ioured^ Us enneSy iaf
settout hettaïm, innas edj aî^ eks aiddid ezzathi. Hennas
nettath âdda ou bark, netta isâdda us y iâfes"^ ouiddid
iniezzek^. Hennas cliek enfekhth aP, ina d'attoaidh
cha n Erredali' ^^ own Zdid, Innas : « Seddin ouma i ab-
beder'^^ ald' aï tlienâatliedh ^^ Erredah' mani hettili eni'^
ad ebbit^ ikhf ennem. » Hennas louk'eddin Erredah'
thebâd tliiyli errebâin ionni djara)(^ d'id'es.
Ikker loukfeddin irooueh! , irfed' erbâin ent h'ebbat en
«Que (Dieu) réjouisse vos visages!» s'emploie dans le sens de «fort
bien! parfait! à la bonne heure!»
* Hezzerer', forme intensive et emphatique de zer «voir».
* Fezzar', forme intensive tirée de Tarabe »U9 «partir en guerre».
•'* Elâjith, ar, iU»l«Jl «la paix». Ennan as elàjith «ils lui dirent
que ce n était rien».
* Imodhi^an d\ forme réfléchie de edhren «retourner».
^ loured, ar^ *>^ «abreuver».
* Edj aï, sous-entendu âddir', «laisse-moi passer».
' ÀJes, ar. j^xc «écraser».
* Iniezzek', de l'ar. ^y « déchirer ». Ce verbe a pour sujet aiddid
sous-entendu , et la forme mezzek' indique le sens passif.
® Enfekhth ai «tu t*es enorgueilli sur moi», ar. ^fj» et avec
le sens réfléchi g4J^.
'* Ar. ^^ J.! ^î*>^i. Redah', nom commun, signifie «qui a de
belles hanches, une belle croupe».
" Seddin onma i abbeder', pour seddin em ona g âhheder' «par la
religion de celui que j'adore», ar. ^J^\ et o<-^. Cest ici'un affai-
blissement de la particule g, La forme âbbeder' exprime l'intensité.
'* Ald' aï thenaathedh «jusqu'à ce que tu m'indiques» c.-à-d. «in-
dique-moi». Ar. ouû «désigner».
CINQ TEXTES BERBÈRES EN CÏIAOUIA. 233
decjlet ennoar * , ieyilia d^ildjib ^ ennes. Ir^cb r'onf Us
ennes ioiiyir.
Netta iggour iggour ald ioud'efhainourth en erremel^,
Uira lier * ouiis s idharen ennes ou ad'iadef aleddir ^.
Ihet'ielomis ir'eleh iâia^, innas Ah'med Ellielaili iouiis :
' Dcijict Knnour, ar. >^l xli^ «la datte de la lumière», ainsi
nommée à cause de sa transparence, espèce dos plus estimées. —
Jl'cbbat, plur. de Tar. aa^ «un grain, une unité»,
^ IXiUjib « dans la poche » , ar. v^-^i^.
^ Hànwnrth cnc.ircmcl, ar. S^-JS «>5^^ « le pays du sable, le Sahara ».
* lier aidliaren ennes « il lance avec ses pieds » , c.-à-d. « il lance les
pieds (en avant) ». — 1er (pour (jer, affaiblissement du (jen i) est ici
un verbe neutre , ou plutôt un verbe d'état : l'état de celui qui ré-
pèle constamment l'action de «lancer les pieds en avant».
• ^ Aleddir «jusqu'au poitrail», ar. wSJl.
® Ibet't'el «il cesse (la marche), il s'arrête», ar. JJaj. — Ir'eleb
« il est vaincu (de fatigue) », ar. t-*-U. — ïciia « il est fatigué », ar. L^.
' Le texte arabe est en prose rythmée et vaguement rimée du
dialecte maghrébin (vulgaire).
234 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
A lis aziza imelh! ellouii ennex^,
Ilchoucha ' erreniel si hit't'aouin enne'/^.
Our iheh' neh' edli- cha ammex^ iheh'neWedh zi^,
Iniouk's ^ essi^ oiiah tsaoïiîdh zix*
Menniv a^ elmordj ad'ïii itchour * s clkhafour * ,
Ou acii n sessoii ® si hit^ en Noana
Onallah hasevd'ount a tâbha s hemzin ,
Izzour'erit heu Hajjoitna.
Issiolial r' cires ouiis innas : ers, erkhef eddir'^ , ech-
hali'^ elli'ezam, tised' nan ar'en isseriin^ i liemourth,
Irkhef as eddir, iâdda ir^eb iouyir, Netta iggoar an-
nax icif ennejâ *® ezzatheSy iafamenaî iryebfell âouda
^ Itchoucha, forme fréquentalive de elch «manger» (redou-
blement de la deuxième radicale).
^ Eh'neh' et nelineh', onomatopée exprimant le «hennissement».
L'arabe porte ^j^^JLsJl^ c:Jl44fv i) «lu ne hennis plus avec redou-
blement». Le traducteur, éprouvant sans doute quelque difficulté à
rendre par un terme spécial Tidée abstraite de redoublement, a
tourné la phrase : «Tu ne hennis plus comme tu hennissais jadis. »
^- Imouks, passif de eks «ôter». La traduction berbère est ici d'une
lamentable pauvreté. Le texte arabe porte : « Dans ta tête ne bouil-
lonne plus ton ardeur. » Il y a là des termes abstraits et figurés que
le berbère, dont le vocabulaire est limité aux choses concrètes, est
impuissant à rendre. Le traducteur s'est borné à dire : « A cessé
dans toi ce que tu apportais jadis » ; ce qui ne signifie pas grand'-
cbose.
* Ad'ili itchour «il sera plein», futur construit avec le verbe
auxiliaire «être».
^ Elkhafour, ar. )y»^, Ilerdeum muvinwn, plante.
•* Sessou^ forme factitive de esou «boire».
' Evklicf eddir, ar, wÔJ! v-fâ^^î «relâche le poitrail».
* Echbah' elh'ezani, ar. (•'v^ ^^' «resserre la sangle».
"•' Ar'eii isseriin, pour aner isseriin «jjour nous devant sortir».
*" Ennejà, ar. ^f^\ «le campement de tribu».
CINQ TEXTES BKRHI^RES EN CIIAOUIA. 235
tamellalt, nclta itberrem^ d!i hiler'min. Innas Ali'med:
« Slama âlik, ia oua illan ournith hiler'min ^. » Issousein ,
i(j(joumas ioiiâs^ esselam. Innas : n Slama âlik, a oua
illan (long ammas en lier' min, » Icjgoumas ioaâ esselam.
Innas : « Slama âlik a ouomillan ezzatli Ixeler'min! » Icj-
(joiima as ioiiâ esselam. Innas louk'edclin : a Slama âlik
ia bah enl tmellalt^. Innas âlik esselam. — Innas mata
cheky netch ek'k'arer' ak selamna âlik, chek houggau-
midli aï thouâidh esselam? — Innas : hennidli aï esse-
lama âlik a oua illan ourenith hiler'min : ourennasen ^
d'ilek'k'ad'en ensent. Hennidh ai : selamna âlik a oua
illan d'oucj animas en leler'min; animas ensen d'iâddis
ensent. Hennidh aï : Selamna âlik a oua illan ezzaih
théier' min; ezzath sen d'ikhfaoun ensent. Hennidh
aï slamna âlik ia bah^ en tmellalt"' : ennir' a;^ âlik es-
selam.
Innas Ah'med Elhelaïli iounilti d*in : Ism enne^^l
* Itbcrrein , forme neutre tirée de la rac. ar, -o « tordre, toui'ner ».
Ilberrem d'i hilermin peut ici se traduire : «il s'occupe à rassembler
des chamelles».
* Ournitli hiler'min. Le pronom tli se rapporte à hiler'min, et pren-
drait l'accord si ce mot était placé avant «derrière elles, derrière
les chamelles.»
^ loua, proprement «ouvrir, tourner». loua esselani «il rend le
salut». On dirait de même en arabe vulgaire : -iUJt *JLê «.Ji,
* Bab ent Inicllalt, sous-cnlcndu elàoud a, «maître de la jument
blanche».
^ Il devrait y avoir onrennasent , le t final s'est fondu avec le d'
qui le suit.
® Bab « maître , seigneur, possesseur » , mémo mot que baba « phre »
(ou plus exactement mon père) (employé dans le sens du pater fa-
milias latin.
' Tmellalt, sous-entendu cldouda , «la jument blanche».
236 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
Innas ism inou Cliira, Innas enâth aï Erredah\ mani
heltili, di hakliâth enr' d'i hezdexlh^? — Innas Er-
redali' hettilid'ihdkliâthj babas d'essoUan^ ag tnour'en^
fcU as scbâ en slat'in , iberred'it ^ iedj sisen ck'karen as
Châlan. Innas ounilti rouh' ,.ekced' * aklikliam amok'-
ran thouâidli r'ares, ald ad'roouli'er\ — Irouli' nclta
iklwldli liameit' outil ounilti heried r'ares hennas : Djouz ,
marali'ba ou sahla bik^. Thek'ken asouiis, thessouas^,
hcrouli' haoui iaz d'' heyini. Hâoudd^ asent, hessers^ as
lient. Iteks^^ ar'iaî iouâth, ili'ebba^^ idjemlihent ou at
issers. Netta our itett^^^ ait y innas erfed' liiyeni enneni
erouir'^^, Hak'k'el nettat lierfed' et't'ebek' ^\ thâoudd
tïli'ebba, annay^ liicht lali touetcli: ar'iaî ellan, liiyeni
our ouatclia^^ ak etticlit^^, Hennas louk 'eddin :
' Hezde^tli «la paimeraie».
* Tnouren, forme de réciprocité de cnv «tuer». On dit plus com-
munément mnour'en.
^ Iberred'it, de Wr. *>j!j, «rafraîchir».
* Eli'ced' «dirige-loi vers», ar. Js^ai.
* Toutes les salutations du berbère sont empruntées à Tarabe,
de même que presque tous les usages mondains.
* Thessouas pour thesesouas , forme factitive de esou «boire».
' Iaz d, par euphonie pour ias d',
* Haoudd , de Tar. j^a «compter».
^ Sers «servir, placer», forme factitive de ers «descendre».
••* Iteks, forme intensive de eks «ôter».
" Ih'ebba, plur. de thah'ebbouxJth ou elliebbeth, ar. Sl «un
grain, une unité».
'- Itett, forme iulensilive de etch «manger».
" Erouir, iioua «être rassasié», ar. (^^y
'* Et't'ebek, ar. vJL.JaJ! «le plateau».
'^ Touetch, touatclia, formes passives de etch.
••* Ah ettichi, pour ah ed' thicht «pas même une seule».
CINQ TEXTES BERBÈRES EN CHAOUIA. 237
Ouali oiiah! Ifrer'oul inoii soug makhlouk' ' aïa ammex^ if ver'
ouar'iaî si hiyeni!
Thechheg^ iria errouJi' ennes.
Ikkim netta itkhammam^^ aldeg acVirooueh' ounilii,
Innas hameffoath enne/^ theniinouth, ma h'aoïmdjedli^
ak t azzencr' ^ s ouourér^ d'onzref. — Innas loukeddin
ounilti : ak netch d'emmis n essolt'an a ellir' ousir'ed'
eroazzir' ^ r^ef thème ft'outh aîa kheser' at ezrer', Str^ima'^
louk'ka, our ettaouir^ si)(^ la ourer' la azref^, Hatta ou-
brid' rouh! aida kholdhcdh r'er elbordj ennes.
Irouh' aldeg ikhlodli r^er elbordj, ibedd d'oug allar"^
ennes d'irrey^ab^^ izdliolU^ ezzr^aiet^'^ ennes fet't'ak'^'^.
* Maklouk', ar. cJ»^JLi: «créature».
* Thcchhe(j, ar. Ulfâ «râler, exhaler le dernier soupir».
^ Itkhammam, forme intensive, ar. m-Hâ^^ «il réfléchit ».
* H'aouadjedh, de Tar. ^Uh. « avoir besoin de» , et par conséquent
«vouloir».
5 Azzener «je pèserai», ar. ^^^.
* Eronzzir' «je visiterai». La racine rouzz (3* pers. irouzza) est
probablement une altération de Tarabe ^w, j!j.
' Strima, impératif avec sens factitif, neutre et intensif tiré
de la racine r'im «rester». Str'ima «fais-toi rester tranquille».
* Cf. sur les racines ourer' et azref Texcellente étude de M. Basset
sur les Noms des métaux et des couleurs en berbère,
* AUar «jambe». Cf. zenatia de l'Ouarsenis lier' «jambe».
** D'irre^ab « sur les étriers » , ar. <^^yi\ .
" hdholl pour isdkoll « il fait de Tombre » , forme factitive tirée
de la racine ar. Jilà ii" forme «faire de Tombre»,
'^ Ezzr'aiet, ar. iv-'^T^Ï «la lance».
»3 Fet't'ah' «dans la fenêtre», ar. itiUaJl i.
XV. i6
238 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
Heiinas nellalh Erredah' i iskioiilh^ ennes : cllwll
cha mata isd'ourin ^ fell a ethfou)(th : ma d'esseh'ab ^
enr' ezzr'aiet oum ârab'^? — HedhoU d'ashioutliy hebi-
yen amnaï^ aï, houella r'er lallas^, liennas amnaiaia
si ellir' "^ lah zerir'th, — Hennas houella ini ias ma hem-
sedh^? — Hetliouella hennas ma hemsedh? — Innas
chem tashiouth, haskiouth lach r'ares- ellekelouf*^ , in-
nas ilalla atdholledh ^^ attezredh ag ellan. — Hcdhol-
ledh nettath Erredah' fell as , hennas :
{jy^ U v^ji; ^*^ {j!^^
* Iskiou ou asiiiou «nègre». Cf. ouarscnis islàou «nègre».
* Isd'ourin, participe d'une forme faclitive de la racine d'uur
«cacher».
^ Esseh'ab , ar. t-»^-''**^' « le nuage ».
* Onm ârab pour cm ouàrab «d'un Arabe».
^ Amnaî «cavalier», composé du prélixo (un qui indique la per-
sonnalité et de eni «monter à cheval» (même racine que la prépo-
sition eni ou enni «sur»).
^ Lallas «sa dame», ar. vulg. 9J^,
' Si «de» et «depuis que» (sens de l'ar. ç-*). Si ellir' «d^uis
que j'existe».
® Ma henisedli «qui es-tu?». Enis signide «être», dans le sens de
«avoir telle qualité, telle essence» (même racine que thimsi «feu»),
différent de illa qui indique tout simplement l'idée d'existence*
® E llekelouf aldi qualité (pour parler), le mandat», ar. ^{»XJ1.
"» Atdholledh pour ad' tliedhollcdh. Ar. Jlà.
CINQ TEXTES BERBERES EN CHAOUIA. 239
A amnaî ih'k'im djar sent ent hittaouiti, a chek hedkiyâdh
iman ennek ia mer'hoan; enâth cdennesbeth ennex ma hemsedh^?
Innas :
j:^ culot ^yf^ (^ .xiydt
JUàJI <-a^' is>^; 4^«>S> 4
Netch d^ Ahmed EUialaîli, aif ihJlan^ d'oag ammas eïhalaîUa,
Ma illa d^ass eUeften^, d'oiig fous inoii ezzr'aiet, ma eUefer' as
oua ouihir' rebha a irh'em *.
Hennas lonkeddin :
Joy^\ J^t cuit
' Le traducteur berbère a omis de rendre rexpressîon arabe
ijLàySL J-Jtf'qui est, à proprement parler, intraduisible. C'est une
objurgation, signifiant mot à mot «par l'apparence de ton honneur»
et qui implique une certaine considération à l'égard de celui à qui
elle est adressée.
^ A g ih'lan tle meilleur, celui qui l'emporte» (d'entre les Hi-
laliens). L'arabe porte Os^yU!.
^ Ass ellefeten «le jour du combat», ar. Sls^J], L^arabe porte
^I^ ^3^ \^y^ 131 «Si deux lances s offrent au-devant de moi».
^ Ma ellefer'as. . .irh'em. Mot à mot : « Si je la lâche (ma lance),
celui que je frappe ^ que Dieu lui fasse miséricorde ! » Ce qui n'est
point la traduction du texte arabe, et il est à peine besoin de le
faire remarquer,
* y yJo d'oiseau noble, le faucon».
® ^J^ avec le sens neutre, «rôder, tourner autour» (ar. vulg.).
i6.
240 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
Cliek d'Ahmed Elhalaili Tir Elh'air our ith'aouas cha vouj
ikah'llâih ^ ; ct't'ir eldjiid our itoucUa cha feU oakar, Bahloul a
oua ichek'k'ar r' ouf tazda)(th ou la ch d^is en tiyeni.
Innas netta :
Annal' lob vebbi ar'en iouch thamethna, ad'ir'nii^ laWchkh
d'ennouar, anneroua lathmav,
Ilennas neiiath :
Ncichenti ised'nan am eWavir, our'en refc^en r'ir ettoadjar.
Innas loukeddin Ah'med elhalaili :
' Thah'liâih «le village». En ar. â^;V^I «Tenclos, la palissade»
et, par suite, «le village». Ce mot entre dans la composition des
noms d'un certain nombre de localités du sud algérien : Zepibel-
El-Ouad, Zeribet- Ahmed , etc.
* Er'mi «croître» (?). Cf. Dj. Nefousa ar'enuna «légume». Mzab
Tar'imt «tas». 11 est probable que l'on doit rattacher à celte racine
le verbe k'im «demeurer, rester», usité dans presque tous les dia-
lectes (Taroudant ram «rester»).
CINQ TEXTES BERBERES EN CHAOUIA. 241
AJI:>^ dUL* sJ^
iî'«ri thihelaîlyin am chem , eraâJent ' ï*'ir clh'arir, icehr'en *
rf'i Ikhoaahi^: hessefeledh^ d'aï, a Redah', ia Imed'heh cm Béni
MozaV\
Idherren ikhf ouiis ennes iouyir, Hennas lonVeddin :
{j»t\yà ^ oôt^ ikMéSA. Ut
^Lâi ^I oôl^ »iJ^ lit
ô;)^) :>^t L? Juô^ Juc^' lit
iVefc^ d'echchint chek aï a r'er$en;
Netch tazda)(th chek aï a hebhîn * ;
Netch d'aserâoiiff chek aï a inr'an;
' Ernd'ent, forme d'habitude de erd' «revêtir».
* Icebr'en, participe présent à sens passif de cebor' «teindre».
Ar. ^*j^»
^ Elkhouabi, ar. ^^i^i piur. de JU^Il. «cuve».
* Hessefeledh « tu t'es aviiie » , ar. J<xZt « être bas , vil ».
^ Le texte arabe porte j^^^lâlL k^J4) L,; «ô le cinquième rite!»
Comme il n'y a que quatre rites orthodoxes, le cinquième est une
chose vile, méprisable. Ahmed appelle Redah «cinquième rite»
pour lui marquer tout son mépris. Le narrateur, qui craint de
n'être pas suffisamment compris de son auditoire berbère, ajoute:
« rite des Béni Mozab. »
® Hebbin, participe présent de ebbi «couper». L'A qui précède le
mot est euphonique.
' Ar. SoyAy^ « troupeau , bétail ».
242 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
Netch tkliil ârdhek edhren d'ikhf
ennek hoaelladh v'ari,
Hennas iskionih houa erzem as elbab ad'iad'ef.
HessiA' ejitli , liek'k'en iis ennes, iouli Tiares helek-
k^ath i(l^, hesellem fell as , netta issoud'enit nettath Jies-
soud'enith. Eidhoun issenin sekeren selnMabheth^ the-
lata em oussan our ekkeren ch.
Azdin ouislatlia nehni ekkeren , innas Ah^med elhe-
laïli iskiouili aoai iaid^aman ad'zoller'^, Hekk'el r^ares
askiouth hedhsa, Innas mata chem hedhsidh a has-
kioath? Hennas helt aîain chek our ihezoUedh cita!
AHMED EL HELAÏLI ET REDAII.
Ahmed le Hilalien n était pas aimé des gens. Ses
ennemis allèrent trouver une vieille sorcière et lui
tinrent ce langage : « 0 sorcière , nous voulons que
tu chasses cet homme de notre pays ; demande-nous
ce que tu voudras, nous te le donnerons. » Elle leur
dit : « Que Dieu réjouisse vos visages! Jetez des cris,
notre homme sortira et je le verrai. » Ils se levèrent
et obéirent, criant qu'une chamelle s'était échappée.
Aussitôt, Ahmed va trouver son père, et lui annonce
son intention de partir aussi pour aller à sa recherche.
^ Helek'k'ath id' « die va à sa rencontre » , forme intensive tirée
de l'ar. jJ.
* Sekeren selmh'abbeth «ils s*eni\rèrent d^amoHr», an JC«w et
* Zoll «prier», ar. ^,JLo par cliaug^ement du ç en s, — Dans
tous les dialecte^ , ce mot a été emprunté par le berbère à Tarabe.
CINQ TlîlXTES BERBÈRES EN CIIAOUIA. 243
Il sort, monte sur son coursier, se met en route, et
rencontre à mi-chemin ces gens qui lui disent : « Ce
n'est rien. » Il fait demi-tour, non toutefois sans faire
boire son cheval, et rencontre à la source la sorcière
qui puisait de Teau. « Laisse-moi passer, lui dit-il , et
enlève ta peau de bouc de mon chemin. — Passe
donc ainsi », lui répond-elle. Il fait avancer son cheval,
qui foule la peau de bouc et la déchire. « Toi qui es
si fier avec une pauvre femme , lui dit-elle , serais-
tu donc capable de ramener Redah Oum Zaïd? —
Par la religion de celui que j adore, tu me mon-
treras où demeure cette Redah', ou bien je te cou-
perai la tête! — Sache donc quelle demeure loin
d'ici, et qu'il n'y a pas entre elle et toi moins de
quarante journées de marche. »
Ahmed rentre chez lui , il s'approvisionne de qua-
rante dattes de l'espèce deglet-nonry qu'il met dans
sa poche. Il monte sur son destrier et part.
Il marche, il marche sans cesse jusqu'au pays du
sable. Le coursier lance ses pieds en avant, et en-
fonce dans le sable jusqu'au poitrail, mais bientôt
il s'arrête, il est vaincu, il est brisé par la fatigue,
Ahmed le Hilalien s'adresse alors à lui :
Mon bon cheval gris clair, de noble apparence ,
Le sable vient manger tes yeux.
L*air ne retentit plus de tes hennissements redoublés ;
Dans ta tête , plus d'ardeur bouillonnante.
Je te donnerai des prairies de khafonr;
Je t'abreuverai des yeux de Nouna.
Par Allab ! Tu auras une mule chargée d'orge ,
Que conduira Ben Haddjouna.
244 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
A son tour, le destrier parle et dit : « Descends,
relâche le poitrail , resserre la sangle , car des 'femmes
vont se montrer à nous dans ce pays ».
Ahmed va relâcher le poitrail, puis remonte et
part. Tandis qu'il marche, il aperçoit devant lui le
campement dune tribu, et voit venir un cavalier
monté sur une jument blanche, occupé à rassembler
des chamelles. « Sur loi soit le salut, s'écrie Ahmed,
ô toi qui te trouves derrière les chamelles. » Le ca-
valier garde le silence, et ne veut pas lui rendre le
salut. « Sur toi soit le salut, dit Ahmed, ô toi qui te
trouves au milieu des chamelles! ». Même silence
obstiné. « Sur toi le salut, ô toi qui te trouves devant
les chamelles ! » Le cavadier garde encore le silence.
Ahmed dit alors : « I^e salut soit sur toi , ô possesseur
de la jument blanche! — Sur toi soit le salut, ré-
pond le cavalier. — Comment donc se fait-il, dit
Ahmed, que je taie adressé plusieurs fois mon salut,
sans seulement que tu veuilles me le rendre?» Le
cavalier de répondre : « Tu- t'es écrié : Sur toi le
salut, ô toi qui te trouves derrière les chamelles :
derrière elles, il y a leurs queues. Tu as dit : Sur toi
notre salut, ô toi qui te trouves au milieu des cha-
melles : au milieu d'elles, il y a leurs ventres. Tu
m'as dit : Sur toi notre salut, ô toi qui es devant les
chamelles : devant elles , il y a leurs têtes. Tu m'as dit :
Notre salut sur toi, ô maître de la jument blanche!
Et je t'ai répondu : Sur toi aussi le salut ! »
Ahmed le Hilalien demande au berger : « Quel est
ton nom ? — Je m'appelle Ghira. — Eh bien ! Chira ,
CINQ TEXTES BERBÈRES EN CHAOUIA. 245
enseigne-moi où habite Redah ; est-ce à la ville de
pierres ou dans les jardins de palmiers? — Redah
habite la ville , et son père est sultan ; sept rois se sont
battus pour elle, et lun d'eux a rafraîchi son cœur;
on rappelle Châlan. Va, continue le berger, dirige-
toi vers la grande maison ; tu te rendras chez Redah ,
lorsque je reviendrai. »
Ahmed part, el rencontre bientôt la femme du
berger qui sorl au-devant de lui et dit : « Entre, sois
le bienvenu , et que le bonheur t accompagne ! » Elle
attache son cheval, le fait boire, et va chercher des
dattes pour Ahmed. Elle prend soin de les compter
avant de les lui servir. Il enlève un noyau, referme
la flatte, les rassemble toutes et pose le noyau. Il n'a
rien mangé, et il dit à la femme : «Emporte tes
dattes, car je suis rassasié. » Elle regarde, enlève le
plateau, recompte les dattes et aperçoit qu'aucune
d'elles n'a été mangée; cependant il y a un noyau,
et pas une datte ne manque. Elle s'écrie :
Hélas! Hélas!
Mon cœur, par Tamour de ce jeune homme, est devenu
aussi vide de souffle
Que la datte qui est privée de son noyau !
Elle exhale un soupir el son âme s'envole.
Ahmed reste songeur, jusqu'au moment où le
berger rentre. «Ta femme est morte, lui dit-il, et,
si tu veux, je vais te donner son poids d'or et d'ar-
gent. » Mais le berger de répondre : «Moi aussi, je
suis fds d'un sultan; je viens pour rendre visite à
246 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
cette dame et je désire ia voir. Tranquillise-toi, je
ne te prendrai ni or, ni argent. Voici la route à suivre ,
va, jusqu'à ce que tu arrives au château qu'elle
habite. »
Ahmed part, et, lorsqu'il arrive au château, il se
lève de toute sa hauteur sur ses étriers, et projette
1 ombre de sa lance sur une fenêtre.
Redah , s adressant à sa négresse , lui dit : « Regarde
donc ce qui me voile la lumière du jour : est-ce un
nuage, ou plutôt la lance d'un Arabe? »La négresse
va voir, dévisage notre cavalier, revient vers sa maî-
tresse et lui dit : « C'est un cavalier, tel que je n'ai
pas vu son pareil depuis que j'existe. — Retourne,
dit Redah, et demande lui qui il est. » La négresse
revient et pose la quetion. « Négresse tu es, répond
Ahmed, et une négresse n'a point, que je sache,
qualité pour parler; va plutôt dire à ta maîtresse de
venir elle-même, elle verra qui est là. »
Redah vient voir, et dit :
0 cavalier, qui viens poser devant deux yeux; pourquoi
cherches-tu ta perte, insensé? Mais dis-moi, je t'en conjure
par ton honneur, cavalier, dis-moi quelle est ton origine ?
11 répond :
Je suis Ahmed le Hilaiien, redouté entre tous dans les
tribus des filles de Hilal.
J*ai en main une lance qui se plaît à donner la mort.
Lors même qu*il m'attaquerait avec deux pointes de lance,
l'ennemi ne saurait compter que sur son coursier et il meurt !
CINQ TEXTES BERBÈRES EN CHAOUIA. 247
Elle lui (lit :
Tu es Ahmed ie Hilalien ?
L'oiseau noble ne rôde pas autour de la zeriba ;
Le faucon généreux ne vient pas tourner autour des nids.
Insensé ! Pourquoi te donner tant de peine pour un palmier
sans dattes?
Il répond :
Je demande au Maître Elevé
De nous donner la pluie qui couvrira notre pays de pâ-
turages et de fleurs;
Et nous pourrons nous rassasier de toute sorte de fruits.
Redah :
Nous autres femmes, nous sommes comme la soie; seuls,
les marchands savent nous manier.
Ahmed le Hilalien dit alors :
J'en ai qui te valent parmi les filles de Hilal, vêtues d'une
soie précieuse * que l'on a teinte dans de grandes cuves ;
Ceci de ta part est une mauvaise action, ô Redah, 6
cinquième rite!
Et tournant la tête de son cheval , il s'en va. Mais
elle le rappelle :
Je suis une orange , et tu es celui qui m'ouvre * ;
Je suis un palmier, et tu es celui qui coupe mes régimes ;
Je suis un hétail, et tu es celui qui m'égorge;
^ Le texte porte j*Ji>^! , nom d'une qualité de soie précieuse.
^ Le texte arabe porte o*»'?* ■ ( *^^ ®^ °*®" ) planteur » , le texte
herbère porte r'er*en «(tu es mon) égorgeur».
248 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
Je suis . . . par ton honneur ! ô cheval gris ! retourne la
tête ... 11 n'y a plus de colère entre nous.
Elle dit à la négresse :
Descends, ouvre-lui la porte, fais-le entrer.
La négresse le fait entrer et attache son cheval,
tandis quil monte chez Redah. Celle-ci vient à sa
rencontre et lui donne le salut; il Tembrasse, elle
lui rend son baiser. Ils tombent tous deux, ivres
d'amour, et pendant trois jours ne se relèvent pas.
Le troisième jour ils se lèvent, et Ahmed le Hi-
lalien dit à la négresse de lui apporter de Teau pour
faire la prière. Elle le regarde et éclate de rire.
« Qu as-tu donc à rire, négresse? — Depuis trois
jours, dit-elle, tu n*as point prié! »
ARCHEOLOGIE ORIENTALE. 249
NOTES D'ÉPIGRAPHIE
ET D'ARCHÉOLOGIE ORIENTALE,
PAR
M. J.-B. CHIBOT.
QLELQLES INSCRIPTIONS PALMYRENIENNES.
J'avais réservé pour cette Iroisième série de Notes
quelques inscriptions variées , recueillies au cours de
ma mission en Syrie, au printemps de Tannée 1 897.
Entre temps j'ai reçu la copie ou les estampages d'un
certain nombre d'inscriptions palmyréniennes, les
unes que je crois inédites, les autres déjà connues,
mais mal publiées. Pour ne pas interrompre la suite
des Notes sur Palmyre, je donnerai tout d'abord
ces inscriptions, et pour faciliter les renvois, je leur
attribuerai des numéros d'ordre continuant la série
des notes précédentes.
* Voir /ourn. (uiat,, scpl.-oct. 1897; juiliet-aoùt 1898.
250 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
30
Inscription copiée par moi-même sur un buste d'homme
qui se trouvait dans une salle de Y Hôtel â! Orient lors de mon
passage à Beyrout, en mars 1899.
Le texte est gravé au-dessus de Tépaule gauche
du personnage. La planche reproduit la copie de
mon carnet de voyage. On lit sans difficulté :
^wr\^\
nnviat
Zabd'ateh
^'vsa^
^^i^ na
iîls de Bennour
t^^'A
xvna
[fils de] Berr'a
^an
bn
Hélas 1
Les trois noms sont connus, nua, n'est pas très
fréquent dans Tonomastique palmyrénîenne (voir
Clermont-Ganneau, Études d'arch. or., I, io8). Ce
nom est probablement une contraction pour mi + ^3 •
Nous avons la forme inverse ^mii Noarbel.
xynn peut bien être pour H^fi + bn , comme la
suggéré M. Lidzbarski {Handbach, s. v.). La forme
grecque ^éppov [gén,] (Waddington, ai 55) serait
une transcription assez exacte de la forme sémi-
tique ^ — Comparer xena pour KDn + ^n, ci-dessous
n° 33 , et niia que nous venons de citer.
^ Je me demande si l'on pourrait donner une étymologie ana-
logue au nom de ^i3 (Vogùé,P. 34; MùUer, i3, 24); Ki")3, grec:
^vvéns y êiani pour Ki4"^"^2» ^^^ serait-il pour ^^ + 73, d'une
mt^mc rarine XNi? Auquel ras il faudrait sans doute vocaliser
ARCHEOLOGIE ORIENTALE. 251
Cette inscription est évidemment ia même qui a
été publiée dans la Revue sémitique (t. I" [iSgS],
p. ayi , n** IV) par M. Drouin, qui lisait : na xx>. .
31
Inscription gravée à côté d'un buste (riionime. La copie
m'en a été envoyée par un ami. Le Inistc était autrefois à
vendre , à Beyrout. J'ignore ce qu'il est devenu.
La copie présente cette lecture :
-^Ji HpO Maqai
y'\:iV'\:i |Nn]yn3Tnn fils de Zabd'atà;
^ M^/ OM^ nb nay n [buste] que lui a fait
'^'i^'XHiC K^yi'K '•mnK xam Wahba son frère.
Je restitue '»pD à la première ligne , de préférence
à Moqîmou; parce qu'il me semble que (rois lettres
auraient difficilement disparu sans laisser quelques
traces de fruste, que lauteur de la copie aurait sans
doute indiquées, comme à la suite de ynnT. Les deux
noms sont connus.
Je restitue xnyiaT avec un M à la fin (au lieu du n
habituel) parce que cette forme parait se trouver
dans Tinscription suivante.
Knm est aussi connu. (Euling, Epigr, MiscelL^
n° 5i3). C est probablement une forme apocopée de
n^Kam (Vogué, P. 21, 37, etc.); cf. le nabatéen
Beiinau Si ma conjecture était fondée on pourrait rapprocher le
grec ^évvot (Wadd., 2568/).
252
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
nm(C. /. 5., 11, 200, 223), grec: O^aSûJ (Wadd.,
2452).
La formule nb nny n s'est déjà rencontrée plu-
sieurs fois.
32
Copie de même origine que celle du numéro 3 1 .
L'inscription est gravée des deux côtés d'un buste
d'homme comme on le voit sur la planche.
^an
bn
K\'^
m>
M^/OM,
Uuslc
a^^'vii
iny n
K^13
^)i
^ai^:i
n^
IDÎ 12
'^^'\)Kè^
è^y\y
'•mnx
xny
Hélas!
lari-
bôla,
qu'a
fait
fils de Zabd-
pour lui
atâ.
son
frère.
La formule semble indiquer que le buste provient
du même tombeau que le précédent.
Le nom xnynnT est écrit avec un k à la fin. J'ignore
si on connaît d'autres exemples de cette orthographe;
mais elle n'a pas lieu de nous surprendre puisque
nous trouvons nnynn et Knynn (Clermont-Ganneau,
Recueil d'arch. or,, III, 169).
Néanmoins, comme il n'est pas du tout certain
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 253
que Knynn ait ia même étymologie que nnynn, et
la confusion entre i^ et X étant facile, je n'ose affir-
mer Texistence de cette forme nouvelle. L'inspection
seule de Toriginal pourrait trancher la difficulté.
33
Inscription que je crois inédite. L'original se trouvait à
Damas quand Testanipage en a été pris.- Estampage commu-
niqué par le P. La grange.
Elle se lit :
aosoM,
"13 "«in
Dinai fils de
iC3^
Nsna
Berrépha.
^aH
Van
Hélas !
Le nom propre "«in s'est déjà rencontré sûrement
dans une inscription publiée par M. Clermont-Gan-
neau [Recueil d*arcli. or. ,111, i85) qui la rapproché
du grec AivaTos (Waddington, 2io5) et du nom
hébreu fém. n:n (Gen., xxx ,21).
Je lis le nom du père Berrépha , parce que je crois
que ND"in est pour KDi +Sn, comme Nsma est pour
KD") + b^2, Le nom du dieu Sn entre en composition
aussi bien que celui du dieu b^2 , par exemple dans
Snm: (Vogué, P. 12/1; Cl.-Ganneau, Éincles d'arch.
or., II, 55, etc.), en grec [gén.] NovpërO.ov (Wad-
dington, 2616, 2627), et probablement dans min
(ci-dessus, n° 3o). La forme KDin s est déjà rencon-
trée (Vogué, P. 75).
17
laraiarui lATtosiLx.
254 SEPTEMBRE. OCTOBRE 1900.
34
inscription gravée au-dessus de Tépaule gauche d'un
buste d'homme. Estampage comnmniqué parle P. Lagrange.
J[^J5'>îr^ N^JDTI Taimça
K ^\^ ^n fils de
'^'X/JJV/ pyDe? àim*ôn
\JÎ1H ^nn Hélas!
Le K final de K2:D'»n a été rejeté, faute de place
au-dessous du i: . — Sur fétymologîe de ce nom , voyez
Clermont-Ganneau, Recueil (Varch. or., III, i65.
pyD^, comme on fa déjà remarqué, paraît être
d'origine juive, et il est assez fréquent dans fono-
mastique palmyrénienne (Vogué, P. i i/i, 129; Si-
monsen, 17; etc.^^^).
* J'en trouve deux exemples nouveaux dans les Palmyvemschc
Inschriften de M. Moritz Sohernlieim [Beitrà^e zur Assyr'iologie , 1V\
p. 207-399) n°' 8 i et c, qui me parviennent au moment où je cor-
rige ces épreuves. — Parmi les inscriptions données dans cette pu-
blication , il en est une (8c/) dont l'explication présente une sérieuse
difficulté. M. Sobernheim en garantit la lecture suivante :
L'éditeur n'a pas reconnu le premier nom propre : Bat-Malkou,
(cf. ^nnrnn; "♦nrnn, etc.); il traduit -, fille de Malkou.
Le mot embarrassant esl celui par lequel débute la troisième
ligne. La même inscription revient trois fois dans le tombeau la
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 255
Cette inscription a déjà-été publiée par M. Drouin
[Revue sémit, ioc. cit., n°II), mais je crois utile de
la donner pour montrer que ie nom de nhD"»^ doit
bien être banni de l'onomastique palmyrénienne.
35
Buste de femme avec un enfant sur le bras gauche. Hau-
teur du monument, o m. Sy; largeur, o m. 53. Estampage
communiqué par le P. Lagrange. Se trouve actuellement à
Damas.
seconde (en écriture cursive) présente exactement la mémo dispo-
sition que la première : le mot obscur semble devoir se lire : KHC? HT î
la troisième est ainsi disposée :
M. Sobernheim a lu ici le texte comme s'il était composé de deux
lignes continues; mais la comparaison avec les deux textes précé-
dents montre qu'il faut le considérer comme composé de deux co-
lonnes coupées de la manière indiquée par le trait que nous ajoutons.
Quant à l'interprétation du mot obscur je ne la vois pas. M. Sobern-
heim écrit à la suite du premier texte : «Cette inscription donne
probablement les noms des quatre personnes ensevelies dans les
locttli de cette chambre. » 11 traduit en effet : « La fille de Malhou ,
la fille de Zabdihol, le fils de Zabdibol, le fils deSa^di » ; mais il n'est
question que d'une seule personne : ID'jDn^ Bat-Malkou, dont le nom
est suivi de sa généalogie. En prenant le mot obscur pour un nom
propre précédé du ^ , on aurait une seconde personne; mais ce
n'est pas, je crois, dans cet ordre d'idées qu'il faut en chercher
rinterprétation. Je soupçonne que ce mot est une épithète se rap-
portant à Bat-Malkou et indiquant que celle-ci est co-propriétaire ,
ou concessionnaire d'une partie du tombeau , ou quelque chose d'ana-
logue. Ceci semble appuyé par le fait que le même texte se retrouve
dans des salles différentes. Enfin il faut remarquer qu'il n'y a dans
l'inscription aucune exclamation funéraire.
250
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
L'estampage est mal venu dans la partie supé-
rieure, et ia pierre paraît en mauvais état.
Je ne lis avec certitude que les signes suivants :
A\>
6\bv!
àalama-
y:^bi.)>
' ma N3
na son fils.
i(xy^^/M
X3n'?y3
Baltaga
h^
ma
fiUe de
^an^o
NVJwm"'
larhibôla.
'ailH
Van
Hélas!
Les restitutions que je propose me sont suggérées
par les vestiges qu'on voit encore sur la pierre.
k:d^^ ne s est pas encore rencontré en palmyré
nien, mais on a la forme voisine jdVu? (Vogué, P. 33 ,
Simonsen, 2, etc.). SaXa/uai^o? (Waddington, 2262 ,
2 3 3 7 , 2 4 1 2 i) semble d ailleurs impliquer une forme
sémitique telle que VàXh^ ou K:D^e? , tandis que 2aX-
[kivoxj [gén.] (Waddington, 20o5) paraît mieux ré-
pondre à }D*7^.
kV^nbya est connu par Tinscription de Saint-Pé-
tersbourg (voir ci-dessus, n° 19). Ce nom est donné
dans le Manuel de M. Lidzbarski comme masculin.
Nous voyons ici qu'il est féminin. Il Test aussi dans
lautre exemple. Il suffit, en effet, comme lavait re-
marqué M. Chwolson, de jeter un coup dœil sur le
monument de Saint-Pétersbourg pour se convaincre
que fun des deux enfants (celui de droite) est une
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 257
jeune fille. Elle porte un collier et les bras, nus
jusqu'au coude, sont ornés de bracelets, de même
que les jambes. Mais l'éditeur, égaré par les con-
jectures de Blau , ayant fait de i^V^b^ un nom fémi-
nin était forcé de regarder x^n^ya comme nom mas-
culin. Nous voyons que c'est le contraire qui est la
vérité. — Le frère et la sœur sont appelés simulta-
nément : Kain "«aa « enfants de Bonne ». C'est un
exemple frappant de l'emploi du mot ^:n, littérale-
ment : « fds » , dans le sens indéterminé d'enfants
[rénva), pour désigner simultanément des garçons
et des fdles. (Cf. Clermont-Ganneau , Recueil d'arch,
or., II, 378.)
Je proposerais de lire ce même nom x:n^yn dans
l'inscription 35 de M. MûUer, à la seconde ligne, au
lieu de xni:: nn. Bien plus, je suppose que cette
inscription est la même que la nôtre ^; les dimen-
sions de l'inscription indiquées par M. MûUer
(o,i3xo,ii) sont exactement celles de notre es-
tampage et la forme des lettres qu'il a lues K")i::
s'accorde bien avec celle des lettres que nous lisons
kV^n^; seulement l'éditeur a supprimé les lignes qu'il
ne voyait pas.
* Palmyrenische Inschrif'ten [Denkschriften d, Kais, Akad,, . .
Wien, t. XL VI.) — M. Mûller transcrit et traduit :
n nn y..
...1 fils de H...
K-ii:: -)3
fils de Nasrâ
^nn
Hélas
258 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
36
(Mûller, 2 2*.)
Estampage communiqué par le P. Lagrange. Sans anno-
tation aucune.
^3n Hélas!
p^n Hairan
Xnnr: Marda.
J'ai quelques doutes sur la lecture des deux pre-
mières lignes. J'étais dabord tenté de lire Sa'^n au
début, mais cette succession de trois noms propres
sans la particule in serait bien extraordinaire. Dans
j'T'n il semble que le } final ait été gravé deux fois ,
peut-être parce que la première lettre s est brisée en
la gravant. Il est à remarquer que nous avons déjà
(Mûller, 9) Tépitaphe dun Hairan, fils de Marda.
Ce dernier nom est probable à la 3* ligne. M. J.
Mordtm'dnn[PalmyremscheSy p. 6) croit avec M. Nôl-
deke [Zeitschr.fûr Assyr., IX, 267) qu'il faut le lire
Knnp « teigne » , arabe ^Ls . La chose est possible
matériellement, et même dans notre inscription la
* Je m'aperçois que cette inscription n*est pas inédite comme je
le croyais tout d'abord. Il résulte des dimensions de l'estampage et
de la forme des lettres , que c'est bien celle publiée par M. Mûller
sous le n° 2 2 , avec cette transcription :
...Dn
• •on
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 259
lettre est large pour un D. Malheureusement dans
les trois inscriptions où le nom se rencontre , il n'y
a aucun D qui permette de faire la comparaison
entre les deux lettres ^ Néanmoins, le nom grec Mofp
Sov [gén.] (Waddington, 2/129) et la forme naba-
téenne nnD, où la confusion entre D et p, n'est pas
possible (G. /. 5., II, n° 387) donnent une grande
vraisemblance à la lecture ntid .
37, 38,39, 40
Sous ces numéros, je donne dans la planche la
reproduction de quelques inscriptions en caractères
insolites que je suis incapable de déchiffrer. N ayant
pas vu les originaux, je n'ose me prononcer sur
l'authenticité de ces petits textes. Mais la fabrication
des fausses inscriptions a pris une telle extension en
ces derniers temps, en Orient ^ qu'il est permis de
' On trouverait bien cet exemple dans une inscription publiée
par M. Drouin [Revue sémitique, ioc. cit., n" I); mais la reproduC'
tion est à trop petite échelle pour permettre une comparaison dé-
monstrative,
* L'addition d'inscriptions sur des bustes anépigraphiques n'est
pas aussi fréquente qu'on le pourrait croire , à moins de faire ren-
trer dans cette catégorie les inscriptions en caractères de forme
étrange, telles que celles que je donne ici , et celle que j'ai placée sous
le n° 17, qui recouvre peut-être une inscription authentique seule-
ment ébauchée. Néanmoins, il doit y avoi^ depuis peu un habile
faussaire qui imite parfaitement des caractères anciens. Tout ré
cemment on a présenté à la commission du Corpus un excellent es
tampage d'une insciiption en fort bons caractères nabatéens qui est
une imitation parfaite du texte d^Oum er-Ressas (CL 5.> II, igS]*
n n'y a que les dernières lettres de l'inscription , un peu endom-
260 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
se demander si nous n aurions pas afiaire à des
bustes anépigraphes auxquels les marchands auraient
ajouté des caractères quelconques pour leur donner
plus de valeur.
Les estampages communiqués par le P. Lagrange
poitent les annotations suivantes :
37. Homme avec urne. Buste. Hauteur, om. 43; largeur,
o m. 35.
38. Femme assise, intacte; main droite sur sa joue,
gauche sur sa poitrine. Hauteur, o m. 4o; largeur, o m. 39.
39. Homme. Hauteur, o m. 49; largeur, om. 37.
40. (Sans annotation.) Cf. ci-dessous, p. a88.
mag('*es , qui n'ont pu être imitées convenablement. L'atelier de fa-
brication paraît être à Tyr, et le phénicien semble avoir la préfé-
rence pour le moment. J'ai une nouvelle preuve de ces falsifications
par un estampage que M. G. Poche , d'Alep , m*a communiqué ré-
cemment, sur lequel on lit en bons caractères pdmyréniens, ceci :
11 est possible, l'estampage étant mal venu, qu'il y ait y^^\îl à
la 2' ligne; Y^Ji^^Y^ à la 5", et 3ii^\lll à la dernière; mais
toutes les lettres que je reproduis sont certaines. La place du mot
D/IS montre que le faussaire a dû copier une inscription en inter-
vertissant l'ordre des mots.
ARCHKOLOGIE ORIENTALE. 201
41
(Mûller, 7 ; Jaussen ^ 4.)
Estampage communiqué par le P. Lagrange.
M\ ^(.^oiiV nnXT3T Zebîda,filsde
'\)^ Vi'>-^5^ nniD^D Moqîmou,fils
^îii'>Xi^ ■\'\'>H D^J-^yx p'^n deHairan[filsde]Aailameis
y^iV/ \iliH n:c; ^nn Hélas! An
yOO — ^X DXXXXV 545.
A la troisième ligne, les lettres C^yK sont abso-
lument certaines; le b n'a pas la hautem' qu'il devrait
avoir normalement et ne difiere en rien du :; mais
on voit par la disposition des lignes que le lapicidc
manquait d'espace. Je crois donc qu'il faut lire le»
nom connu de [»]D^"»yx (Vogué, P. 1 ; 12/i; grec :
AatXafxeîs), et non pi:K (Mûller), ni pa^an ou D:'»:n
(Jaussen).
Tous les n de l'inscription sont surmontés du
point diacritique.
Date : 2 3/i après J.-C.
42
(Mûller, a.)
L'inscription est inscrite dans un petit cartouche terminé
en queue d'aronde. Estampage communiqué par le P. La-
grange.
^ Revue bibU<inc^ t. VI [1897], p. 629 et suiv.
262 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
Elle se lit :
nn nan D*?1: Image de Hagar, fils
^3 KT»3T de Zebîda , fds de
bnn x:ny 'Odeina ( ?). Hélas !
A la 2'' ligne : le nom NT»nT est certain. Le î quoi-
que plus faiblement marqué que les autres lettres ,
est néanmoins très distinct sur l'estampage.
A la 3* ligne : le quatrième signe diffère totale-
ment par sa forme du h de ab'2 et de bnn . Ce ne
peut être qu un : , ou à la rigueur un D .
On ne peut donc pas songer à lire avec M. MûUer
x^ny, ni XD"»ny ou XD'»ny, comme je l'avais conjec-
turé (ci-dessus, observ. n^ 21).
43
(Mùller, 18.)
Estampage communique par le P. Lagrange. Double in-
scription accompagnant « deux statues : homme et femme ? »
Hauteur du monument , o m. 4o ; largeur, o m. 5 1 . Il semble
d'après ces indications , notées sur l'estampage , qu'il s'agit
de deux reliefs en pied et, comme il est ordinaire en ce
cas , de deux enfants. D'ailleurs , s'il en était autrement , on ne
comprendrait pas l'erreur ou plutôt l'hésitation sur le sexe
de l'un des personnages.
'>iil.^Vi '>J^J5 '•^T 1D Y^ Maqai, fils de Zabai,
^iiH ^J5'>-^5J5 Van ID^pD [fds de] Moqîmou. Hélas !
oiiV M^ iO^Ml ^nT nn ND-)3 Berrépha, fds de Zabai,
\jiiH '\-^'>^J5 Van ID^pD [fds de] Moqîmou. Hélas !
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 263
Je iis avec quelque hésitation ^fD'^3 le nom que
M. Mùiler a lu iDia . La troisième lettre est un peu
douteuse, il est possible que ce soit un D et non un
D . Mais la quatrième est certainement un X . Si Ton
n admet pas la lecture kd")3, il faudrait donc lire
KDn3 et non id-q.
44
(Mùiler, 21 ; Jaussen, 7.)
Buste de femme dont le visage a été noirci. Hauteur,
om. 5o; largeur, om. 4o. Estampage communiqué par le
P. Lagrange.
h^^ ^X')^ nnn n:n Hagar, fdle de
"Ml ^(.3^^^ -)^ KS^in Borrépha, fds de
UH iCi'>y\X Han XD^ny 'Atika. Hélas!
A la dernière ligne il est impossible délire NC^ny,
comme le voudrait M. MûUer. Le ^ est absolument
certain et entièrement conservé sur mon estampage.
Quant au D, il est un peu endommagé; néanmoins,
il en reste des traces assez visibles et reconnaissables ;
c'est donc bien le nom de «D'Orly que nous avons ici,
de même qu au n° 1 6 de M. Mûller, dont j'ai égale-
ment l'estampage sous les yeux.
45
(Mûller, 27 a et 276; Jaussen, 3 et 3 bis.)
A côté d un buste de femme. Dimension du buste : Hau-
teur , o m. 5o ; largeur, o m. 46. Estampage communiqué par
le P. Lagrange.
264 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
A. — Au-dessus de Fépaule droite du buste :
ir\!i y^Ji^Jfi nn nD^X Image de Bat-
y\^ '>l\H n-in >3n Habai, fdle de
bC\^^\ xn^nT Zebida.
VnH ^nn Hélas!
Le premier mot de la seconde ligne est certai-
nement "«an , et non "^bn , comme ont lu M. Mûller et
le P. Jaussen. 11 y a bien au-dessus du ii un défaut
dans la pierre qui lui donne lapparence d'un )^ ;
mais la pierre présente plusieurs défauts analogues,
et il suffit de comparer la forme du h dans riD^X et
ban pour voir que celui-ci consiste, dans notre in-
scription, en une simple tige droite ^ mimie d'un
crochet à son extrémité supérieure, et na pas la
forme du )^ recourbé.
"♦an est à rapprocher de Knn , nom d'homme (Eu-
ting, Epigr. MiscelL, n° 82; Simonsen, n" 29) et
nom de femme (Revue d'Assyr., t. II, p. 2 4). Nous
avons la même variation orthographique dans les
noms fréquents de ND>n et >D'»n , et d'autres.
A la troisième ligne, le nom KT»aT est absolument
certain. La partie inférieure du ^, il est vrai, est
mutilée , mais le demi-cercle qui forme la partie su-
périeure reste intact, et il n'y a aucune trace de
barre, à gauche, permettant d'en faire vm D et de
lire K'T'DT, avec M. Mûller, ou xn^D: avec le P. Jaus-
sen.
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 265
B. — De l'autre côté (à droite) de la tête du
personnage se trouve la date :
y^i\> n:^ Année
•^^X D 5oo
Ml/— »3 xxxvni 20 4- 104- 5 4- 3.
Lan 538 des Séleucides correspond à Tan 226-
227 de iere chrétienne.
46
(MùUer, 34.)
Estampage communiqué par ie P. Lagrange.
Cette inscription gravée à côté dun buste de
femme se lit très distinctement :
iUi^V^
KD>n
Taîmê ,
X^oK ixM^
••DT) nna
filie de Taimi
o-xxii
^inD
Mahawi.
M. Millier a lu le premier nom KDn ; mais il n'y
a aucun doute qu'il faille lire XD"»:). Le "» omis par le
lapicide a été gravé au-dessous de la ligne.
A la troisième ligne, que M. Mùller a lue : ]^nDy
l'estampage porte distinctement '•inD, comme l'avait
très justement soupçonné M. Clermont-Ganneau
[Recueil d'arch. or., t. III, p. 18/i, n. 1). Le mot se
présente comme surnom dans l'inscription Mûller
200 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
A3 (1. 5) OÙ il est question dun personnage ainsi
qualifié :
Aucune explication satisfaisante na encore été
proposée pour ce vocable.
47
(Millier, Sa et 8 6; Jausscn, lo cl lo.)
E5tain|uip^ coiiimunîcpié (>ar le P. La^^nge.
Ia\ 1res courte inscription publiée par M. Mùller
sous lo n* 8 h (Jaussen , n* 1 5) consiste en deux mots
ilonl la Inclure est certaine :
xr^y Pa Maison déternitë.
Les édileui's ont omis de noter ce qui en consti-
tue finléivt; c\»st-à-dire que ces mots sont gravés
sur un objet que le défunt tient à la main et qui est
appelé « banderole ■ par la personne qui a pris Tes-
tampage que ma conununiqué le P. Lagrange; mais
i>n voit |>ar la fonne de fobjet qu'il s'agit de ces
l>etiles tablettes que tiennent à la main les person-
najjos de certains bustes. \'oir par exemple ci-dessus,
n* ^t; («lonnont-Ganneau, Etudes (Tarch., I, i i6.
Je cix>is que jusqu à présent on n'avait trouvé sur
ces tablettes dautiv légende que le mot ^3n\
^ Noir «vi^MHUnt SiuKnisen, n* |5. oà Ton trouve \n uiol5
^(C7y*^2; ir«pr^ )•» e\|>liaition< de l'Âlileiir, cr« mots annirat
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 207
Le défunt dont ii s*agit ici est nnyna ")3 wi3n dont
Tépitaphe a été publiée par les mêmes auteurs (Mûl-
1er, 8 a; Jaussen, lo).
48
( Mûllcr 1 o ; Jaussen 12.)
Buste d'homme. Hauteur, o m. 54; largeur, o m. 45.
L'inscription est gravée au-dessus de Tépaule gauche du
personnage et mesure o m. 1 a x o m. 11.
Estampage communiqué par le P. Lagrange.
a-vii^ji
-a 13'7D
Malikou fils de
M^ oM^n
-a "«ni
Yaddai fils de
ilH'\J\3
amno
Pliatil.iab(?)
H^H
hin
Hélas!
Les dernières lettres de la troisième ligne sont
dotiteuses. Le P. Jaussen et M. MùUer ont lu dth ^dd.
Les lettres "«pd sont absolument certaines. Il semble
bien qu'il n y a , à la suite , que deux caractères. Ce
que les éditeurs ont pris pour un T , me paraît être
une strie de la pierre; en tous cas il faudrait admettre
que cette lettre est très légèrement gravée tandis que
toutes les autres le sont très profondément. Quant
aux deux autres caractères, le premier ne peut être
qu'un n ou un s . Je ne saurais me prononcer entre
les deux. Le second ne peut être qu'un n ou un d *
fait partie d*un texte plus long. «On ne voit plus maintenant, dit-
il, que les mots XD/V P3>. D'après notre inscription, on peut
douter qa*il y ait jamais eu autre chose»
266 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
43 (1. 5) OÙ il est question dun personnage ainsi
qualifié :
Aucune explication satisfaisante n'a encore été
proposée pour ce vocable.
47
(Mùller, 8a et 8 6; Jaussen, lo cl i5.)
Estampage communiqué par le P. Lagrange.
La 1res courte inscription publiée par M. MùUer
sous le n° 8 b (Jaussen, n° 1 5) consiste en deux mots
dont la lecture est certaine :
KD^y ris Maison d'éternité.
Les éditeurs ont omis de noter ce qui en consti-
tue rintérêt; c est-à-dire que ces mots sont gravés
sur un objet cjue le défunt tient à la main et qui est
appelé « banderole » par la personne qui a pris les-
lampage que m'a communiqué le P. Lagrange; mais
on voit par la forme de Tobjet qu'il s'agit de ces
petites tablettes que tiennent à la main les person-
nages de certains bustes. Voir par exemple ci-dessus ,
n"* 3; Clermont-Ganneau, Études d'arch., I, 1 16.
Je crois que jusqu'à présent on n'avait trouvé sur
ces tablettes d'autre légende que le mot ban^
' Voir cependant Sinionsen, n*" 43, où Ton trouve les mots
î»fD/y'n3; d*après les explications de Téditeur, ces mots auraient
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 207
Le défunt dont il s agit ici est nny")a ")3 Naian dont
Tépilaphe a été publiée par les mêmes auteurs ( Mill-
ier, 8 a; Jaussen, lo).
48
(Mùller lo; Jaussen 12.)
Buslc d'hoiunie. Hauteur, o m. 54; largeur, o m. 45.
L'inscription est gravée au-dessus de Tépaide gauche du
personnage et mesure o m. 12x0 m. 11.
Estampage communicpé par le P. Lagrange.
Aii \li^Ji 12 ^2by2 Malikou fds de
AU '^'Ao 13 >11 Yaddai fds de
llH^yO nn^ns Phatiliab(?)
^H ^2n Hélas!
Les dernières lettres de la troisième ligne sont
douteuses. Le P. Jaussen et M. MuUer ont lu 3în >nD.
Les lettres '•dd sont absolument certaines. Il semble
l)ien qu il n'y a , à la suite , que deux caractères. Ce
que les éditeurs ont pris pour un T , me parait être
une strie de la pierre; en tous cas il faudrait admettre
que cette lettre est très légèrement gravée tandis que
toutes les autres le sont très profondément. Quant
aux deux autres caractères, le premier ne peut être
qu un n ou un ». Je ne saurais me prononcer entre
les deux. Le second ne peut être qu un a ou un D .
fait partie d'un texte plus long. lOn ne Voit plus maintenant, dît-
il, que les mots XD?y ri3». D'après notre inscription, on peut
douter quil y ait jamais eu autre chose*
268 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
Nous avons donc ainsi le choix entre les lectures :
3n'»nD semble être la forme préférable.
Quelle que soit. la lecture adoptée, lexplication
du nom reste toujours une sérieuse difficulté.
49
(Millier 12; Jaussen 8.)
bnn Hélas I
r)12\>i( Aqmat
nnbn D12 fille de Belhazi
m: Noiirî
Quoi qu'en dise M. Mûller, il n y a absolument
aucun doute sur la dernière ligne; il faut lire comme
Fa fait le P. Jaussen : oM^'Xi^^m: (ou m:). L'es-
tampage est on ne peut plus clair, et les lettres on
ne peut mieux formées. Il est impossible de songer
à nsî ou à "^^2).
m: doit-il être joint à '•în^n? Est-ce un nom dis-
tinct, abrégé, par exemple, de ^mi:, je ne saurais le
dire. Cette hypothèse paraît néanmoins beaucoup
plus probable.
50
( Mûller 1 5 ; Jaussen 5. )
J'ai donné plus haut, d'après le fac-similé de
M. Mûller, le texte des six premières lignes de cette
inscription.
)
43
48
51
ARCHÉOLOG
lE ORIENTALE.
Les lignes 7-1 i conlierinent la date:
nn^3
Au mois de
p^:
Ni San ,
DW '
l'an
-^))))
CGCC
3333
LXXX
269
L'examen de Testanipage confirme de tous points
la lecture du P. Jaussen.
Il y a distinctement kVynn à la quatrième ligne,
comme je le supposais, et non ]V12 (Mùller).
A la seconde ligne, on lit très nettement ma, et
non 12. Le nom Nnî< est donc ici féminin comme
dans tous les autres exemples connus jusqu'à pr^'sent.
Il faut remarquer la singulière disposition du "^
final de nnyiST (ligne 5). Il a été coupé en deux,
par le lapicide qui a gravé la haste verticale à la
suite du n et a rejeté le reste seulement de la lettre
au-dessous de la ligne. Cette particularité très bien
marquée dans la reproduction donnée par le P. Jaus-
sen a écliappé à fattention de M. Mûller qui restitue
à la fin du nom [nJn^inT , la lettre dont on ne voit
aucun vestige sur son fac-similé.
51
(Jaussen 2.)
Buste de femme. Hauteur, o m. 65; largeur, o m. 5i.
Estampage communiqué par le P. Lagrange.
XM. 18
tVrSIlIKBIR
270 ^ SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
l/estampage porte, ainsi qu'a bien lu le P. Jaus-
sen :
J^Ji^y^ rioVî: Image
yvAH àCi\JiàC ri'in î^nDX d'Amta fille de
y"\^ '>-riJi ni3 Y^ Maqai fille de
\jliJr\ àC\>'\>^àC ^3n i^^irHH Amrisa. Hélas.
Cette lecture est absolument hors de doute. L'in-
scription a quelque importance: i® parce qu'elle
confirme la lecture du nom î^^'ir:x dans Tinscription
Vogué , P. 2 , où Ton était enclin à voir une faute du
copiste ou du lapicide pour x^lD^iDX , à cause de la
transcription grecque Afxpio'dfxa'ov (gén,). Ceci pour-
rait donner raison à M. Halévy [Mélanges épigt,,
p. io3) (jui voulait conserver la lecture matérielle
de la copie de M. Waddington , en s'appuyant sur
une glose d'Hésychius d après laquelle 2acJ^ serait
le nom du soleil chez les Babyloniens;
2° Parce que, en admettant quil ny ait pas de
faute du lapicide, elle confirme lemploi de "'pD
comme nom propre féminin, usage dont nous
n avions, je crois, quun seul exemple (MûUer, Vier
Palmyren. Grabinschriften , n° 4);
3° Parce qu'elle présente le cas singulier dune
généalogie se poursuivant par le nom de la mère;
de sorte qu on peut se demander si le Japicide n a
pas commis une erreur en écrivant une seconde fois
Vim au lieu de "in^
' J'avais d'abord pensé à résoudre cette difficulté en rattachant
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 271
VI
DEUX LYCHNARIA CHRETIENS
AVEC INSCRIPTIONS GRECQUES.
C'est par milliers que les petites lampes funéraires
se trouvent dans les tombeaux; mais celles qui
portent des inscriptions sont assez rares pour mériter
d'être signalées. J'en ai vu deux à Alep , Tune appar-
tenant à M. G. Marcopoli, l'autre dans la Biblio-
thèque du Collège de Terre-Sainte. La première ne
porte qu'une seule ligne d'écriture qui fait le tour
de la partie supérieure et qui se lit très distictement :
EYAOriATHCBEOTOKOYMEBHMCO[N]
EvXoyioL Tfjs SeorÔKOv fieO' tffiuf[v]
La seconde lampe, reproduite dans la planche
ci-jointe (fig. A) mesure o m. o-yS dans son plus
grand diamètre. Elle porte deux lignes circulaires
de texte. La ligne extérieure reproduit la légende
de la première lampe. L'autre ligne, plus à l'inté-
rieur, semble devoir se lire :
+ EnirPAMAICJANNOY
ickxxvvrjs est sans doute le nom du fabricartt; car
c'est celui qu'on trouve ordinairement sur ces sortes
d'objets.
le ri tle rr^S au mot suivant en en lisant : XC?"lDî^ri ; mais je ne
crois pas que cette hypothèse soit admissible.
18.
272 SEPTliMBRE-OCTOBRE 1900.
On voit, par ces deux exemples, que les lampes
chrétiennes de la région d'Alep portaient une inscrip-
tion différente de celles des lampes de Palestine qui
offrent généralement cette légende : ^<Ss Xpicrlov
(paivrj ^àaiv, — Cf. Clermont Ganneau, Recueil
d'arcli. or. y t. f, p. i 71 ; II, p. i 9, 89; III, p. lii
et suiv.
VII
INSCRIPTIONS GRECQUES DE SYRIE.
J'ai copié et estampé au cours de ma mission, en
1 897, un certain nombre d Inscriptions grecques que
j'ai rencontrées sur mon chemin. Les plus considé-
rables se trouvent déjà éditées dans le recueil de
Waddington. Je donnerai seulement dans ce para-
graphe pelles que je crois inédites ou qui présentent
des variantes notables avec les copies publiées.
1. Au Deîr Séman, sur la clef de voûte de Tarcade de
droite en entrant dans Tenceinte qui entourait Téglise.
Cette inscription est difficile à atteindre; je n'ai
pu la lire qu'imparfaitement à laide d'une jumelle.
Je donne le fac-similé de ma copie (fig. B) sans
chercher à la restituer, ce qui me paraît d'ailleurs
impossible. Elle serait intéressante parce qu'elle nous
fournirait la date de la construction de cette enceinte.
Cette date, d'après ma lecture, serait l'an 353 (yfr'),
mais ce chiffre est certainement erroné. Si on vou-
lire yvv = 453 , comme les inscriptions de cette ré-
ARCHÉOLOrUK ORIENTALE. 273
gion sont ordinairement datées de l'ère d'Antioche,
on obtiendrait ainsi nne date équivalant à Tan lxo5
de 1 ère chrét'enne , époque qui parait encore un peu
trop antique.
2. Au lieu dit Qâtonrâ^^K — Waddiiigton , n° 2703.
Jai copié les inscriptions a, 6, c de Waddington.
Je n'ai pas de variante pour a et 6, et je crois avoir
trouvé la vraie lecture de c.
Le texte épigraphique donné par Waddington se
présente ainsi :
AYCA
AAPAPAIOCAAY
CTeXAIPe
On peut voir ce que porte mon carnet dans la
planche (fig. C). En outre, une copie de M. de
Vogué, reproduite par Waddington, donne 6AA0
AAIOCAAY pour la seconde ligne. Elle ne diffère sen-
siblement de la mienne que par le quatrième signe.
Il semble résulter de la comparaison de ces copies
que nous avons affaire à deux courtes inscriptions
juxtaposées; la première écrite en trois lignes; la se-
conde en deux.
Celle de droite paraît devoir se lire avec certitude
PAAIOC AAVne XAIPe. — Le nom propre PaaTo?,
se trouve dans une inscription bilingue de Palmyre
' M. Barthélémy, vice-consul de France à MaracLe, a noté sur
mon carnet que la prononciation des fellahs de Tendroit répond à
1 orthographe arabe S^io^,
21\ SEPTEMBRK-OCTOBRE 1900.
(Vogué, P. n° I 6) où il répond au palmyrénien "^^fi.
— Ce même nom "«in , dans une autre inscription
( Vogué , P. n° 2 2 ) , est traduit en grec par nXi6Sœpo$.
L'interprétation de la première inscription, celle de
gauche , est presque aussi certaine. En combinant la
copie (le Waddington avec la mienne, je proposerais
de la restituer ainsi : AYCAAA (ou AYCAAe) AAYne.
Le nom Ava-aXa, serait le correspondant très exact
du nom sémitique nh'Xi^lî^. On s'attendrait néanmoins
à le voir écrit avec deux X. Je ne serais point surpris
qu il fallût le reconnaître dans un fragment d'inscrip-
tion grecque très fruste, copié à Palmyre.par
M. Mordtmann [Neue Beitràqe, p. 23) où on lit,
d'après ce dernier : AICAAAAT, c'est-à-dire proba-
blement : kiaaXkoL t(oS). . .
Le caractère sémitique des noms contenus dans
ces inscriptions se retrouve également dans les deux
inscriptions voisines, exactement reproduites par
Waddington :
BAPABHCA
AvnexAipe
BAPAAAC
La première est inscrite au-dessous de la statue
d'un enfant debout. — La forme originale du nom
de Y^oLpidns s'est retrouvée dans l'inscription bilingue
(palmyr.-lat.) découverte à South Shields , en Angle-
IciTc; le texte palmyrénien porte : nny")3, en latin :
Barates. (Cf. Wright, Transact. of the Soc. of bibL
Arc/i., vol. VI, p. 438.)
Quant au nom propre hapXdas, qui se trouve in-
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 275
scrit isolément, au-dessous des inscriptions précé-
dentes, ii est à comparer au nom syriaque )o$^^3
(Assemani, Bit/, or. , I, 4oi, /io6;III, 21 3).
3. Au Cheikh Barakat, On trouve dans le péribole de ce
sanctuaire musulman , plusieurs inscriptions qui ont fourni
à M. Clermont-Ganneau le sujet d'une intéressante étude
(Etudes d'Arch, or., II, 35-54). Comme les copies laissent à
désirer, mon intention était d'estamper tous ces textes. Mal-
heureusement un violent orage et une pluie torrentielle
m'obligèrent à me tenir enfermé tout le jour dans le Ouély ;
il pleuvait encore et le vent ne permettait de faire aucun es-
tampage lorsque la nuit arriva et m'obligea à descendre.
Toutefois, comme j'avais dans la mémoire le plan publié par
M. Clermont-Ganneau (p. 37), j'essayai de copier une inscrip
lion qui n'était pas notée sur le plan. Elle se trouve « dans le
mur méridional au tiers de la longueur à partir de l'ouest »
d'après la note de mon carnet ; par conséquent , elle serait à
marquer, sur le plan , au-dessus de la lettre r dans le mot Mur
antique. Vérification faite , il se trouve que c'est l'inscription
du Corpus n" 445 1 . Comme le texte du Corpus donne lieu à
plusieurs doutes (voir Clermont-Ganneau, loc. cit., p. 46),
je crois utile de publier ma copie. J'avais dans la mémoire
la plupart des noms contenus dans ces inscriptions, et j'ai
pris soin de faire cette copie en commençant par la fm des
lignes, de manière à ne pas me laisser influencer par mes
souvenir dans la lecture.
Ma copie (fig. D) s'accorde presque partout avec
celle du Corpus dont voici la teneur :
Alt Ma[X\SoL)(^ù) 7ca\ ^eXafÀOLvet , S-eoîs ^aTpqiots , Kpa-
Te(ijjas AvSpovsixov svx,vv ^zffarpùifav èx t&v iSiœv ixiiae
Sr)vap\lùw\ aL(p\ Etowj vkp\ AôSvvaiov arC.
270 SEPTEMBRK-OCTOBRE 1900.
Les différences portent sur le nom du premier
dieu qui est MoLS[€ax^] d après ma copie; sur le nom
de fauteur, terminé en las, selon moi; sur l'ortho-
graphe du mot SrjvapiGûv, abrégé en Sr)v (et non Srj-
vap) et sur la date; ^tp selon moi, avec un doute
sur les deux premières lettres [ip).
4. AAlep(fig. E).
M. G. Poche, ma montré une plaque de marbre
de om. 35 de haut et de om. 02 d'épaisseur, qui
provient, croit-il, d'Antioche. EUe aflecte la forme
dun rectangle surmonté d'un fronton triangulaire,
et elle est ornée dun bas-relief, dun travail soigné,
représentant un tout jeune homme, couché sur un
lit funéraire. Au-dessous se lisent le nom du défunt
et la formule habituelle , gravés en très beaux carac-
tères :
APAEHAAVneXAIPe
Apa^Yj, ÀAuTre x^fpe,
5. Egalement à Alep.
La même personne possède encore un bas-relief
assez grossièrement sculpté dont on trouvera un cro-
quis (fig. F). — Au bas de cette figure il y a une
inscription grecque en deux lignes, dont j'ai l'es-
tampage. Le texte est renversé par rapport à l'image
du bas -relief. Il est à supposer qu'il se rapportait h
un autre monument dont la base était formée par
ARCHEOLOGIE ORIENTALE. 277
celte pierre renversée et encastrée dans une con-
struction ou enfouie dans le sol.
L'inscription occupe toute la largeur de la base.
On lit :
.N.IOC.OY.Ae.
ANeSHKENAYO
6. Egaleinent à Alep (fig. G). A la porte de la mosquée
appelée j(>pUL ^U^.
Sur un bas -relief représentant une croix inscrite
dans un ciîrclc et entourée d'ornements, on Ht en sy-
riaque quatre mots que je crois être ceux-ci :
Peut-être les noms dun prêtre (Miircianus) el
dun diacre (Cosmas), attachés à Tancienne église
aujourd'hui convertie en mosquée. Comme la pierre
est en assez mauvais état de conservation, la lecture
des noms propres reste un peu douteuse.
7. A Mcnibidj , l'antique Mabboug (lig. H abc).
Au milieu des vastes luines, on trouve ça et là
quelques stèles funéraires. Presque toutes sont effa-
cées. Un certain nombre d'entre elles ont été em-
ployées dans les constructions nouvelles par les Tcher-
kessqui se sont établis en cet endroit. La nécropole,
située à l'est des ruines, ne m'a rien fourni. Les
quelques fragments que je donne en fac-similé ont
été copiés dans les murs de maisons modernes.
278 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
L'inscription a est reproduite d'après un estam-
page, 6 et c d'après une copie. J'ai trouvé d'autres
monuments du même genre avec des inscriptions
effacées et absolument illisibles; la plupart étaient
ornés d'un aigle comme sur la pierre a; quelques
uns avaient en plus un buste soit au-dessus soit au-
dessous (le l'aigle ^
8. A Séroudj (Saroug, ou Batna de Saroug). Ce n'est
plus qu'un gros village. Il n'y a pas de ruines apparentes.
Dans la cour de la maison du gouverneur se
trouve une cuve rectangulaire en marbre blanc (voir
fig. J) de o m. gS de longueur sur o m. 70 de
large et o m. 64 de hauteur. Elle est ornée de croix
sur la face antérieure et sur les deux faces des côtés.
Je n'ai pu examiner la quatrième. Sur la face anté-
rieure, au bas de la croix, on trouve l'inscription
grecque (fig. J a) dont la traduction littérale est:
A été achevé ce au mois d'apellaios, Tan 776.
Le mois d'appellaios de l'an 776 des Séleucides
répond à décembre 464 de l'ère chrétienne.
Sur le bord de la pierre, on avait commencé à
graver verticalement une inscription syriaque en fort
' J'ai aussi photographié à Membidj une belle et longue inscrip-
tion ara])c qui se trouve sur un grand bloc do 2 mètres de long,
placé aujourd'hui dans la cour de là nouvelle mosquée rcconstruito
il y a quelques années, en partie avec les débris de Tancienne dont
il ne reste plus debout que le minaret en ruines. J'ai remis celte
photographie à M. \an Berchom pour son Corpus des inscriptions
arabes.
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 279
beaux caractères. Elle n'a jamais été achevée. Le
premier mot est mutilé. On lit encore :
cA^Aoûca y'^
A un quart d'heure au nord-est du village gît une
autre cuve semblable, avec des croix et un agneau
sur les petites faces, et, sur le grand côté, deux cerfs
se regardant, séparés par une croix qui a été mar-
telée.
9. A Balkis. — Village formé d'une quarantaine de
liuttes, sur la rive droite de TEuphrate, au bord même du
fleuve, à une petite heure de marche plus haut que Birédjik.
On y trouve beaucoup de mosaïques de Tépoque romaine
encore en place, à une profondeur qui varie de o m. 20 à
o ni. 5o au-dessous du niveau actuel du sol. Il y en avait
d'assez jolies avec des personnages de grandeur naturelle.
Elles ont été brisées par les fellahs soit pour planter des vignes ,
soit en essayant de les enlever. — Beaucoup de débris de
statues, ég^alement de l'époque romaine, dont deux colossales :
vraisemblablement un empereur et une impératrice; les
tètes sont brisées.
La nécropole de la ville antique se trouve sur les
deux rives escarpées d un petit cours d eau à vingt
minutes au nord-est du village actuel. Les salles fu-
néraires sont creusées dans une sorte de grès qui
sefFrite facilement. Un seul des nombreux tom-
beaux que j'ai visités porte des inscriptions. Il se com-
pose de deux salles carrées; la première, de trois
mètres de côté, ouverte à Test, contient les sculptures
el les inscriptions; la seconde, à laquelle on accède
280
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
par une petite porte percée dans la paroi du fond
de la première, renferme les loculi, au nombre de
neuf, trois sur chaque côté. Deux des parois de la
première pièce sont couvertes de sculptures (bustes
ou symboles), accompagnées d'inscriptions grecques.
La paroi du fond, qui fait face à Test, dans laquelle
est percée la porte donnant accès à la chambre funé-
raire, se trouve divisée en deux registres partages
en un certain nombre de cases. Le schéma que voici
permet de se rendre compte exactement de la dis-
position.
rr
Porlc.
a. Cadre vide.
h. Deux aigles.
c. Corbeille.
d. Aigle.
e. Partie détruite.
/'. Buste d'homme mutilé.
g. Inscription.
L'inscription qui se trouve au sommet de la paroi ,
au-dessus de la porte, se lit sur mon carnet [g) :
TOMNHMA
ZHNCJNOC
XGJPICTOY
M ePCOY
C'est, comme on le voit, l'inscription générale du
monument.
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 281
La case du registre supérieur la plus à gauche (a)
est restée vide ; le buste ou remblème qu elle aurait
dû recevoir n'a jamais été sculpté.
Lun des deux aigles sculptés dans la case voi-
sine (6), celui de gauche, est accompagné dune in-
scription en partie mutilée et ainsi disposée :
^NPinno
A
1 — !. :: 1
NA
Y
AigK..
A
e
n
X
e
p
l'outes les lettres sont certaines, excepté le fl de
la première ligne qui pourrait être un F ou un T.
Je ne vois pas comment restituer le nom propre.
Au-dessous de la corbeille figurée dans la troi-
sième case (c) se trouve la formule habituelle AXvne
;^a?pe, mais orthographiée et disposée ainsi:
AAYnAI
xepe
Au-dessous de faigie, dans la case de droite [d),
on lit :
BACCe
AAvnAixepe
La paroi de droite du vestibule est également ornée
282
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
de sculptures distribuées en deux rangées superposées
de cette façon :
k
1. Quatre bustes.
2. (Wbeille.
3. Buste de femme.
4. Deux ai^es.
Les quatre bustes qui occupent le registre supérieur
(i) ont tous la tête brisée. Ils sont accompagnés d'in-
scriptions :
Sous le premier («) on lit: AAMIXAIP6
Sous le second (6): ZHNCJNXAIPe
Sous le troisième (c) : <t>AAAA(t)NIA
AAvnexAipe
Sous le quatrième [d] : A00AIAMH
THPAAMI.
Dans le cadre de gauche» du registre inférieur ( 2 )
est sculptée une corbeille, placée sur un petit socle.
Au-dessous on lit :
ZeBINNOY' AABA
<t)HAYTCJN
Dans le cadre du milieu (3), un buste de femme
voilée. A côté Tinscription suivante :
COYAAAIAMAMMH
AYTOJN.
* C/rst ainsi que porte mon carnet. J'ai sans doute mal copié le
nom YjéStvvos,
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. i>83
Enfin dans le cadre le plus extérieur [l\) sont figu-
rés deux aigles posés sur une base, leurs têtes se
faisant face; au-dessous du socle, on lit :
<t)AAAAAC ZOCJPAC
AAeA0OI
La paroi de gauche n a pas été utilisée.
FiC tombeau voisin (à gauche) de celui que je viens
de décrire était sans doute disposé pareillement; il a
été détruit par l'éboulement du rocher. On voit
encore , au-dessus d'un buste de femme et à côté d un
aigle, ]os restes dune inscription ainsi couçue :
MAPKIA
N H A 0)
pexAipe
^W/ÂJ^mù Y
WMt
La lecture de tous ces textes est absolument cer-
taine, et je crois inutile de donner les fac-similés de
mes copies.
VIII
INSCRIPTIONS DE *£NÉs.
*Enés est un gros village situé sur la rive droite de TEu-
phrute à une petite distance du fleuve (800 ou 900 mètres),
à deux heures et demie de marche au-dessous de Roum-qala.
La population est presque exclusivement chr(^tienne ( armé-
nien s-fj;régo riens). Je l'ai visité le 10 mai 1897.
284 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
1. On voit dans ce village d'intéressantes carrières
exploitées à ciel ouvert par des légions , et sans doute
à une assez basse époque , puisque Ton trouve à côté
des inscriptions latines , des croix qui ont été tracées
en même temps. Les inscriptions (il y en a sept ou
huit) sont gravées à différentes hauteurs, les unes à
1 2 ou 1 5 mètres , les autres à 6 ou 7 mètres ; enfin
quelques-unes plus bas : ce sont les moins bien con-
servées, et les seules dont j'ai pu prendre copie. Il est
manifeste que les textes furent gravés tandis que
l'exploitation de la carrière se poursuivait, et au ni-
veau du chantier momentané.
Je donne les fac-similés de ma copie (fig. K, L),
auxquels sont jointes les observations suivantes:
F'ig, K. — a. A environ 5 mètres au-dessus du sol actuel.
Le texte est assez bien conservé. On le lirait facilement si
Ton pouvait Tatteindre. Lue à Taide de la jumelle.
b. Très haut. 1 2 à 1 5 mètres au-dessus du sol actuel
et 4 ou 5 mètres au dessous du niveau supérieur de la
roche. Grandes lettres. Le texte parait complet.
c. A peu de distance à droite de la précédente , et à la
même hauteur. Les lettres sont sûres ; le chiffre est : IIII ou
111. — Au-dessus, autre inscription de deux lignes de 8 ou
1 o lettres chacune , qu'on ne peut lire d'en bas. Sa première
ligne se termine par XXI.
Fig. L. — a. Dans une niche, à environ 6 mètres au-
dessus du sol. Un éboulement permet d'arriver jusqu'à l'in-
scription. Il y avait un buste ou un symbole sculpté dans
la niche ; il est mutilé et méconnaissable. Le texte est gravé
sur le socle.
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE. 285
b. Sur la paroi septentrionale de la carrière à i m. 5o
au-dessus du niveau actuel.
II. A environ lo minutes au sud du village, dans
un profond ravin où coule un torrent qui va se jeter
dans TEuphrate, se trouve une petite chapelle en
ruines, syrienne d'originel Sur le mur de droite
(en enlrant) et à lextérieur, on lit une longue in-
scription syriaque, en caractères estranghélo. Elle
est gravée sur plusieurs pierres superposées.
En voici le texte et la traduction.
Sur la 1" pieire :
r^rnVvWv Vvuers L'an trois cent
r^it\l^: ^ 9, vint*
1^. ."ryX A ^"^ t^^lXsJC73 le Christ, pour . . .
Vvuerso Et en l'an
\A t<f5r\\y,V\ neuf cent 57,
Y^iM>\, ClVvi^ vinrent les Arabes
l^bh-ni^ dans la r<^.gion \
Vvuerso Et en Tan
u.^ ^^^ \^mL^^X.V\ neuf cent 68
^ Elle était consacrée à S. Georges ou S. Serge , je ne me souviens
pas exactement auquel des deux saints.
^ L'auteur de l'inscription exprime l'opinion des chroniqueurs
syriens qui placent la naissance de Jésus-Christ en l'an Sog de l'ère
des Séleucides.
^ L'an 937 = 625-626. Cela doit s'entendre des premières con-
quêtes arabes, et non de l'occupation de la Syrie qui n'eut lieu que
quelques années plus tard.
XVI. 19
tVrBIMKBIl
286 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
l^rs'Sxi r^atn eut lieu la bataille
r^j^ deÇofa'
VujC=30 Et en Tan ^
Sur lu 2" pierre :
5, il y eut
une grande famine.
Et en Tan mil 5
il y eut des ténèbres \
Et en Tan mil
68 , entra le [gouverneur] (?)
de Mar'as , à
cause de nos pécbés,
par fraude , dans le Beit
Roumayé *.
Sur lu 3' pierre :
^•^^ . . Vuje=30 Et en Tan [mil]
(») lea^
•710» Â-M<2=a de 'Adar, le jour
^'^r^vjJO^^''^3ûA-^ delà Passion du Cbrisf*
' 968 = 667. Bataille qui suivit la mort du cdife Othman,
entre les partisans d'Ali et ceux de Moawia. Cf. Land, Anecd. syr,,
II, pREf. 11. Les Arabes disent Siffin. Théophanes écrit ïawip/i».
* Il manque évidemment une ligne. Il faut probablement res-
tituer 996. La famine aurait eu pour cause Thiver rigoureux de
99^ qui détruisit les arbres fruitiers el les semences (Cf. Bar-Hé-
bréus , Cliron, sjr. ^ p. 1 1 5 , éd. Bruns ).
' Une éclipse?
* 1068 =757. Le texte de ce paragraphe est obscur.
" J ntre les années 767 et 780, il n'ya que l'année 776 (=a 1086
ARCHÉOLOGIE ORIENTALE.
x^^ ^\x^ Vujca A Et en Tan mil 9 1
287
kOim t^..<?xron \^\mx^y[^)s\rd vint 1 émir des croyants , Malidi
, f^»vA t^rn'^VîÉte A^é^o et il pénétra jusqu'au Gibôn *
• ^ -Si T^N>^Vvf:i t^rnnjOJrDCl . 'OiCi Et . . . d'abord que soit renversées
^oiiô i^Vv^i.^ les églises et que se fassent musulmans
i^K^cvi^ les Tanoukayé^
Sur la â' pierre :
les Manichéens
ClI^S \^rn . quand ils virent.
(et trois lignes illisibles).
OBSERVATIONS SUR LE TEXTE.
a. Mon carnet porte : i<r vv if *n — 6. J'ai écrit :
t^îfc^=OL3cV\. ^- c. Manquent deux lettres dont la première
est sûrement m, 0 ou xa. — d. J'ai écrit i^icixrD. —
e. J'ai copié i^icnoici"^. — f. Il ne manque que deux lettres
des Grecs) en laquelle Pâques tombait le 26 mars. Je ne vois pas
quel verbe on pourrait restituer. Peut-être la copie est-elle fautive.
^ L'an 1091 = 780. Les restitutions sont certaines. L'invasion
de la Syrie par Mahdi est rapportée par Bar Hébréus à Tan 1090
{Chr,syr.,p, i33). Le Gilion est le fleuve Pjramas, ar. yl^svA..
Le nom est plus souvent écrit sans o : ^mm^ou \)L*^.
* On fait évidemment allusion aux événements rapportés par
Bar Hébréus (C/ir. sjrr,, p. 182 et 1 33) où il raconte que Mahdi or-
donna de détruire les églises récemment bâties, persécuta et fit
mettre à mort les Manichéens et contraignit à se faire musulmans
les Tanoukayê, des nomades chrétiens «qui habitaient sous des
tentes dans les environs d'Alep ».
»9-
288 SEPTKMBRE-OCTOBRE 1900.
dont la première paraît être un =3. — g. 11 parait y avoir
des traces d'une lettre après le =3, le ae. n*est pas sûr. —
h. J'ai écrit : xv^ci. — i. J'ai copié: \^!^^Jtm. — k. Le
nom se trouve hors du champ de la pierre.
De la date à laquelle sarrête notre texte nous
pouvons conclure que Tinscription a été gravée au
commencement du ix" siècle.
Note au sujet de V inscription palmyrénienne n' tlO (ci-des-
sus, p, 260), — Un second estampage de cette inscription,
que je retrouve au dernier moment , porte cette mention :
« Femme assise , entière ; hauteur : o m. 53 ; largeur :
o ni, 28 ». — Je dois faire remarquer que ce texte a été pu-
blié par M. Mûller sous le n" 2 5 ; mdis celui-ci Ta lu à re-
bours; sa planche reproduit le relief ei par conséquent le re-
vers de Testampage.
DEUX HYMNES SAMARITAINES. 289
DEUX HYMNES SAMARITAINES,
PAR
M. S. RAPPOPORT.
Le texte des deux hymnes suivantes a été publié
par Heidenheim en caractères hébraïques dans sa
Bibliotheca Samaritana, p. 1*72 et 182, Lxxvn et
Lxxxvii. Nous en donnons ici le texte samaritain et
sa traduction arabe d'après un ms. de la Bibliothèque
nationale (God. if 2b) que nous avons soigneusement
collationné avec un autre ms. de Paris (Cod. n** 1 4)
et plusieurs mss. du British Muséum. Dans les notes,
donnant les Variœ lectiones, A désigne Cod. n" i4
de la Bibl. nat., — M, Cod. 1 900 5 Add. Mss. du
Brit. Mus., — E,Cod. 19018, — -L,Cod. 1965/i,
— G, ms. appartenant au D' Gaster, — H, Hei-
denheim. Nous joignons à ces textes samaritain et
arabe une traduction littérale en français et quelques
notes explicatives. Pour les renseignements détaillés
relatifs à ces textes et à la liturgie samaritaine en gé-
néral, nous renvoyons le lecteur à notre travail La
Liturgie samaritaine, qui paraîtra prochainement chez
M. Leroux.
290 SEPTEMBRE. OCTOBRE 1900.
I
: /^ a- ZhSl • ^Ëi^'v
: A/Jb«f • «vaZ • ««tZiH. . /mtz
• bb/^ ' bvf^'KKpn.
• AEGLM /*<*. — " AHL «-•*«î««t«a. — • G
bvav^j*. — * EL itf'W/*«\'xa , H iv/fr^vxa. — • G
^/fc^-Kai, H 'i'xain. — ' AELM /«"^otli^t. — «H
s Mi^/«. = >'>/fr4; 1. bV>i/""f"*..
DEUX HYMNES SAMARITAINES. 291
: b^b • bo/i\Bi^K7
: '^q:^yvtô/ • j^^^v^ • /<-Z^
'Oyjxi^lj^ . *^Z^
•^^ (J^ • ^^ • y^^^
• HLM fly/*'*?^'*.^. — ^ H iï^'H-^i'H • ^ir**" • /^l,
• Les autres mss. ^«î'KAW. — '^ G %^^. — • H ^S^/^
^ ^^'XA, fol « explorer »; cf. Attî délia Reale Accademin dei Lincei,
Rome, 1887; III, p. 167, note 3.
' Cf. P*.,CXLV, 18.
292 SEPTEMBKE-OCTOBRE 1900.
.*! Jsa^jj il •iy/«'A^
: '<x2. • bVKP'&f^ ' XJ^j^x
: «/^^ • Zi/ • ^X'^v/^
: Za»««/ • «îtijA^ • 'X/f/^'K
.|.>> jT. -x*?^ . /V«îy*^i7/V
: 'ofbh^ • -x^ît • «/^/v»«* • ZA/4C
• H -«"«iflt. — ■" GL b/*otb/"K. — « M «i>*^'«ftZ, — * H
/««•{«•'«c/». — • H «A/». — ' H 'Ktv^. — » EGM
'*Jiav. — ' H bv&v'*.v.
' Cf. Jes., xLviii, i3.
* Cf. Bibliotkeca Samaritana, éd. Heidenheim , m, p. 6i, 65.
DEUX HYMNES SAMARITAINES. 293
• vl^j^l • 'X^ • ^^Z/<^
.jjâj^ÀJjl ouJUy6 • Of^Z/<^
: *^ 9^ZZ'^'^Z • bofKP"^^
' H <ïii;f«<.*\'îc. — *• H bnfb/^, — " Les autres manuscrits
cjcA'xiw/^. — ^ H /<''<'=«.. — • EL t^ ' 'ï^. — ' E *«u/-iiBf
difajv^*»^ . iK.2.q:. — s E '^./f^^sbl, A bfj^^ab, — "* Les
autres mss. *?^^îfifîfif2i.
204 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
; 9>i,t/^Kja/^ • Zjos ' b^
: <î â> 'ex • 2216
• A •*JiotJi. — ^ H L «•u^'xiwe. — ' •*.ti'K'^t} — ^ H
'Kittttl. — " H ic^**, G •*^'*.. — ' Les autres mss. et
H 'K'Vtva .
> Genesis, 1,2. Abou Saidi Versio arab. , éd. Kuenen :
cf. Jblunck : Beth hamidrasch, vi, 69 ; n^il D^iyn N133W Dllp
mai inn d'D iSs-
' Citation par la parole; cf. Gbsbniu*, Carmina Samaritana, Lip-
sia>, 1834. III. II. Coran, 11, m. Ps., xxxill. 6.
DEUX HYMNES SAMARITAINES. 295
: b^iJ • ^54/y^Zi^
* H *«2Aq:? M *«4v2.-«.*ï, L *«2.*ï, G *«^^i*<^. — •* H
i7<va<a. — -^ GH b^<\9fib. — ^ AEL ^t^. — ' H pkZJlkj.
— ^ H **uv»«a^'ït. — « U bcfb*6/ûflt.
* Quand il fait nuit sur une partie du globe, ii fait jour sur
l'autre, Cf. Mxprasqh V^H. comn^ent. pour te verset P*ti Gxm, 3,
^D^ n")TDD; Jellinek, loc. cit,,y, 89.
* Genesis,!, i^. Versio Samaritana, éd. Péterman et Vollers :
• ^nfb*^^Z^ • ^^ij^^i-Z. Abou Saidi Versio : c^Lîjilj c»Lj't)!^^3
^^^iJL-,3 j.15^3. Saadia p^DT XDN'^XI NflKpiKl n»>X p3''D.
290 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
** H /<"îC'?<, . A^^^. — • Les autres mss. iw-i. — ^ H
» Cf. Ps, cvn,6; cvi,44.
DEUX HYMNES SAMARITAINES. 297
i ^4/^^ part. act. de ^^'X*" = <\XA ( voir supra, p. 291 , note 1) ,
comme «f<VU*« (i!^ij^*«).
* ^H = certainement.
298 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
: xy^*^ • <îtZ • «î^vSkC • ^i/
. *5»j . «?tZ : ZCT'V
II
: ''X'îaZiî/ • «î-xc • bv^'K
: 'X<î^*«*'X • -xa^O • ^^ • Zsj
' Deulnonnm. iv, 35; xxviii, 58. Saadja 'j^'jj'jK DDkVk*
DEUX UYMNISS SAMARITAINES. 2a9
• •> O 2.*ÎT/' • 'îç/"X2*î'T
: AX^eiT^ït ' La ' lS3
. u:,Uli«Jl . 2jtf • VL^
• c^LJjX-m ' La ' Lkp
» vx^l = vlfx, jjS V. 1.ÉVÏ TWB. 9. V.
' Voir Versio Samaritana , Genesis, xlv, i8. Cf. Exod., x\u, 28;
i/^W^fl{ : Hff/iMI. Carmina Siumtritana , ta, j. p. 68, noie 5; de
Theologia Sumuiitana, p. 3i, noie 77. — Cf. ZDMGi xLVii, 688
où ^i»^ = nonr • Moïso csl appr-lé. <*/"X'Wai7*ï • W^ c. g.
300 SEPTEMBRE OCTOBRE 1900.
: 9^af9K.ofx • ^^^
,^/^^nf^9fi « Pour les œuvres des trois justes (les patriarches],
de l'interprète des songes (Joseph) et du meilleur des prophètes
(Moïse).» Voir Caimina Sumaritana, vu, 33. — De Sacy [Notices
et extraits , etc, , XIÏ, p. 167, note 1) n'a pas compris ce passage,
en y voyant une allusion à des usages inconnus des Samaritains.
' Cf. Jes., XL, 18, 25.
* Deuterânom, , xxvii, 39.
=» Ibid,, 3.
DEUX HYMNES SAMARITAINES. 301
. |.:^î U*o^ ;i^l • ^Z*èi
— •* H '^XH, — " H AôA^.
2 L. ^"l.
^ /i'a?orf., XV, 2; texte lu'br.-sam. : • ^/^^te//^X • ^/*u. Versio
Samaritana : «y^Zl'X • ffax^/f . Abou SaïdiVersio 0^3 v^ jc .
tiarmiF. ii*ti<>(»i.r.
302 SEPTEMBKE-OCTOBRE 1900.
' H 'Kf^. — ^ H 'ujV/*'.
' Gems., I, i4. Abou Saïd : y^ ii«l JlSj; Saadia : n^'?K KW
* 6rn<>., 1 , 4 , i8. Abou Saïdi V. Ki^.^ M ^iàiy, SmkU* > dVvC
DEUX HYMNES SAMARITAINES. 303
• tjâi, J^- o/a • b^^a^y
• aJU* ZCfl^ • /^Z.'K
: ^K>**"Kb9)t, ' bvof**'X'A/
' H »"'^«..
' Deuteroitom. , xxHi, 36. Saadia ; }yi nsyB?*? n''"7X 030' "lit
riDS'» riT^a». i'^'W**/»' probablement i»(«)^«r •4/»'.
304 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
'^%b^b^ • ijo/^B.^
DEUX HYMNES SAMARITAINES. 305
: ^xiJVZK7 ^^J^^X'^ • ZVZ7
•* H u«^.
^ Gènes,, xi\, 8. Abou Saïd : jjULm» Jdâ i; Saadia : mn
* Cf. Hos., XII, 6; Am., vi, U.
306 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
• ^>« Jiy/Z • ^^^^
: bb^Zsj • fîkX^
* Gènes,, xiv, 19. Abou Saïd : Jo^^lj c»l^^l dUU.
^ Ge««. , XLix , 1 8. Abou Saïd : --^^-f^ A'^^y^X •
DEUX HYMNES SAMARITAINES. 307
: ^Bi/<^ZZ • «îV^K^yv
TRADUCTION.
I
Que le roi miséricordieux
soit loué par toute bouche ,
Celui qui a créé
le monde, tout seul.
• H A<aîaf. — »• hbanfZ^KJ. — « D'après H : manque
dans notre ms. — ^ ^l^K^l .
* Levit., xxYi, i3. Abou Saïd : ^S^y^^^ ^)^^ ^^"^^ ss»y*S^
i:-^. Saadia : N^X^nX DDn'T'DI DD^lDN D">3Nnp rTlDDV
308 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
Il a produit des créatures
solides et fortes ;
tes créatures témoignent
qu il n y a pas de Dieu en dehors de toi.
11 est puissant et majestueux,
et a pouvoir sur tout ce qui lui plaît.
Nous nous avançons
en commençant par des louanges.
Il est seul en Divinité
Et nul autre nest son associé;
Il est omniscient ,
sans avoir besoin d être informé.
Qui peut découvrir où il est,
qui peut savoir comment il est?
Partout où on le cherche ,-
on le trouve à proximité.
Il est en haut et en bas
et tout est en son pouvoir;
11 est le Dieu.
Et nul autre ne lui est attaché (?).
11 convoque ses créatures
et elles viennent en lui obéissant.
Il appelle toujours :
« Venez, car je reçois ».
La vie éternelle lui appartient
et il fait disparaître tout vivant ;
DEUX HYMNES SAMARITAINES. 309
notre vie et notre âme
sont dans son pouvoir.
La bienfaisance et la miséricorde
sont ses attributs.
Il fait grâce aux impies ,
afin qu'ils se repentent.
Loué soit à jamais
le maître des vivants,
Exalté éternellement
celui qui nourrit les âmes.
Toutes les créatures du monde
obéissent à sa parole.
Il rassembla les eaux du chaos
comme il plut à son pouvoir.
Il appela ses créatures
et elles lui répondirent promptement.
Il existait lui-même
avant d avoir produit ses œuvres. (Qui fait comme
ses œuvres.)
Il prononça un mot et fit
tout ce qui lui plut.
Ses paroles étaient
ses ouvriers et ses agents.
Les feux qu'il alluma
ne s'éteignent jamais,
310 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
leur lumière remplit
le ciel et la terre.
Les miracles manifestent
la grandeur de leur créateur,
des signes pour les saisons
et pour les iours et pour les années.
Les œuvres sont grandes
et leur créateur est encore plus grand.
Que le créateur de lunivers
soit exalté et honoré.
n est un sauveur proche
à celui qui Imvoque.
11 a sauvé nos ancêtres
de leurs ennemis.
Ils crièrent vers lui
et il leur répondit en les sauvant.
Il forme les corps
et soutient les âmes.
Il existe éternellement
et subsiste par lui-même ;
les vivants et les morts
sont sous sa domination.
Miséricordieux est son nom ,
ainsi on (?) témoigne de sa grandeur.
Le haut est sous sa domination
et le bas dans son pouvoir.
DEUX HYMNES SAiMARITAINES. 311
Le suppliant qui le cherche
le trouve à proximité ;
il fait grâce
à celui qui îibandonne les iniquités,
celui qui se repent de ses péchés,
il lui fait grc^ce.
Louanges et grandeur
nous lui offrons en tout temps.
II
Il est seul Dieu le glorieux
et il n y a pas d autre que lui.
Que le Tout-Puissant soit béni
pour l'abondance de sa bonté et de sa grâce.
Béni soit TEternel notre Dieu ,
qui a le nom de glorieux;
que le créateur soit loué,
qui fit ce qu'il jugea bien.
Sa grandeur surpasse
toutes les grandeurs.
Sa force domine
sur toutes les dominations.
Il est le plus sublime de tous
et qui ne ressemble à aucune image.
312 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
Juge véritable et saint
est son nom parmi tous les noms.
Il a été et ii sera,
il est TEtemel,
le Tout- Puissant, le grand ,
qui fait mourir et fait vivre.
Célébrez la grandeur de sa divinité
qui remplit le haut et le bas.
Qui est comme lui parmi les dieux?
Il a créé la lumière et répandu les ténèbres.
Sa main est étendue,
Son pouvoir est grand et incommensurable.
Ma louange et ma force, on le rencontre
toujours et à tout endroit.
Sa sagesse a fixé
toute chose dans le meilleur ordre,
avec sagesse et un savoir complet.
11 est constant en force.
Tes bontés très nombreuses
dont la plénitude ne se laisse point compter,
sont éternelles;
car tu es leur maître , qui les dirige.
Quil soit, a-t-il dit, et il fut.
Il vit que tout était très bien.
DEUX HYMNES SAMARITAINES. 313
Honoré soit ce nom
il fit ce qu'il désira.
Nous prions au nom de TEternei
de nous pardonner chaque fois,
car rÉternel tirera satisfaction de son peuple
et aura pitié de ses serviteurs.
Nous nous adressons à Moïse son serviteur,
le prophète du nom élevé ,
d'intercéder pour nous, étant assisté lui-même
pour que nous ayons du repos dans ce monde et
dans lautre.
Nous adorons et servons notre créateur
qui satisfait à nos besoins.
Nous demandons délivrance ,
présents et bénédictions.
O toi qui pardonnes et consoles,
rachète-nous avec ta rançon.
Pardonne, ô maître, à nous
et à nos ancêtres dans ta grâce.
Nous sommes tes serviteurs
et les enfants de tes serviteurs.
Fais avec nous ce qu'il te plaît
selon ton habitude.
En ta présence, ô Seigneur, nous sommes revenus
et vers ton refuge nous nous sommes abrités ;
314 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
nous sommes effrayés de ta colère, pardonne
nos péchés et nos crimes.
Sous Tombre de ton toît nous sommes venus
O Dieu des armées (célestes),
regarde de la demeure céleste
toi qui entends les lamentations.
O possesseur des cîeux et de la terre ,
le plus proche de tous les proches.
Lève-toî Éternel, pour les disperser (les ennemis)
Reviens à celui qui se repent.
Toi qui t avances porté par les cieux, regarde
(car tu as souvent regardé le suppliant);
ma confiance est en toi et par toi.
J ai attendu ton salut.
Reviens à nous
et bénis-nous par des bénédictions diverses.
Brise les barres de notre joug,
et fais-nous marcher la tête levée.
Sois loué à jamais,
sois sanctifié et
sois célébré (remercié) en tout temps
à chaque samedi et à chaque fêle.
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 315
LE
TAQRIB DE EN-NAWAWI,
TRADUIT ET ANNOTE
PAR
M. MARÇAIS,
DIRECTEUR DE LA MEDERSA DE TLEMGEN.
PREFACE.
Avant de contribuer pour une part notable à la
constitution des règles juridiques et religieuses dont
Tensemble forme le droit musulman Çilmforou el-
fiqh) , les traditions sont logiquement la matière de
toute ime série d'études ^
^ Les traditions n'ont pas toutes pour objet des prescriptions
juridiques (voir l'indication de leurs difiFérents objets par Seyyid
Ahmed Khan Behadur ap, Hugues, Dîct. oflshun, 622). Mais
les auteurs musulmans reconnaissent que l'aptitude du hadits à
fournir des règles àejiqh constitue sa principale utilité. Pour jus-
tifier la haute valeur attribuée aux traditions , Nawawi allègue en
première ligne qu'elles sont la plus riche des sources de la loi mu-
sulmane i^ft|gtM |»LC:h.^t «±5i ^to^ ;^Â^I Jwfi) [Naw, snr Moslim,
I.p. 5,1. 22).
3Jf) SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
Dans la science des principes constitutifs du droit
[Hlm oçoul el-fiqh), leur aptitude à fournir des argu-
ments juridiques est reconnue; leur place à côté
des autres éléments générateurs de la loi : Coran,
Ijmâ\ etc., est déterminée et leur. valeur, par rap-
port à ces éléments , mesurée.
La science même des traditions Çilm el-hadits)
comporte, suivant une division du méthodologiste
Ibn el-Akfâni deux groupes distincts d'études. En
premier lieu, on peut se borner à recueillir des
traditions, à les fixer dans sa mémoire ou par écrit,
à les rapporter le plus exactement possible. De ceux
auxquels suffit ce rôle de récepteurs et de transmet-
teurs, on dit qu'ils étudient le hadits riwâyatan « au
simple point de vue du récit ^ ». C est grâce à eux
que la rédaction de la masse des hadîts dans les
grands recueils classiques a été possible et aux pre-
miers siècles de l'islam on ne leur marchande pas la
considération ^. Mais , aux âges suivants , leur utilité
ayant notablement diminué , on en est arrivé à tenir
J'étude des hadîts riwâyatan pour une besogne un
* C'est dans son ouvrage intiti^é Irchâd eî-Qâcid (traité sur la
classification et Tobjet des sciences musulmanes] que Chams ed-
din Mohammed b. el-Akfâni es*Sakhawi Cf 749) pose cette distinc-
tion (Tadrib er-râwi, 3, 1. 21 et suiv.).
* Le fait que Bokhari au Kitâb el-ilm s'occupe en première
ligne de la transmission du hadîts, permettra d'apprécier l'impor-
tance attribuée à la riwâya au m* siècle. — Pour mériter le nom
de savant, il faut à cette époque rapporter des hadits (Tab. hoff,
VII , 2 1) î ceux qui rapportent le hadîts doivent être considérés comme
successeurs du Prophète (Goldzi h er , Z. HiU d, Ueberlieferungswesen,
in Z. I). M, G. , L. 482 , note 3).
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 317
peu futile et médiocrement relevée; les auteurs lui
dénient toute valeur scientifique et la jugent bonne
tout au plus pour ceux qui ont du temps à perdre ^
Dans tous les cas , le fait d'avoir recueilli beaucoup
de traditions ne saurait donner droit, à lui seul, au
_ titre de mohaddits'^; le nom de râivi convient seul à
ces modestes collectionneurs , et Soyouti ne craint pas
de leur appliquer la comparaison coranique de fane
chargé de livres^. — A Tétude du hadîts riwâyatan,
Ibn el-x\kfàni oppose son étude dirayatan « au point
de vue d une connaissance raisonnée » et sous ce
^ (if. Tadrib er-râwi, p. 5, I. a , 16 et suiv.
^ L'exacte comprélicnsion du terme mohaddits paraît, de tout
temps, avoir été assez mal fixée; d'une longue controverse rap-
portée par Soyouti [Tadrib, 5,6,7 /^û^jim), il semble cependant
nettement ressortir que la connaissance de la critique du hadîts
est indispensable à un mohaddits digne de ce nom. (comp. Jazari,
ap. Salisbup.y : Jouru. of Amer. Orient, Soc, VII, 62, 1. 3i). Par
contre, le mohaddits peut très bien ignorer les conséquences juri-
diques des traditions ijiqh el-hadits); et de fait, il est à noter que
les termes mohaddits et fafjih sont fréquemment opposés Tuii à
l'autre. — Le hâfith occupe un rang supérieur à celui du mo-
haddits. Quoique à l'origine les deux termes aient été considérés
comme synonymes [Tadrib, 6, 1. 6), il est reçu à l'époque clas-
sique que le hâfith doit joindre à la connaissance de la critique du
hadîts la connaissance par cœur [hifthan) d'un grand nombre de
traditions , texte et isnâd ( Tacî. , 7, 1. 23, v^^), Comp. Goldziher , Z.
Litf. d. Ueberlieferungswesen , in Z,D,M.G. , l. 477» note 3. — Sur les
singuliers efforts de mémoire qu'on se croit en droit d'exiger, dans
les temps modernes, d'un individu réputé hâfith, voir un curieux
exemple ap. Journal asiatique, série IX, t. XIV, p. 345. — Sur
quelques autres termes qui désignent difiPérents degrés dans la
science du hadîts : hait, hojja, etc., voir Dict, of Tech, Terms,
p. 27, et Salisbury, loc, cit,
' Cf. Tadrih, i l. 5.
uiraiHKitic iiATiO!i*i.r..
318 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
terme, il groupe Texamen et la solution des ques-
tions suivantes : fin exacte de la transmission du ha-
dîts, valeur des différents procédés par lesquels
s'opère cette transmission , classification et apprécia-
tion des variétés de hadîts, qualités requises chez
ceux qui les rapportent , fixation de la terminologie
usitée en ces matières, etc. ^ Cette connaissance du
hadits dirâyatan à Tinverse de la précédente est tenue
en haute estime par les auteurs musulmans. On la dé-
signe encore sous le nom ambitieux de oçoulel- hadîts
(principes du hadîts^), et de fait, elle ne constitue
rien moins quune véritable critique des traditions.
Elle a fourni la matière de nombreux écrits spéciaux
qui sous les noms de Oçoal el-hadîts, Moçtalàh el-
Ijadîts (technologie du hadîts), le plus fréquemment
de "^Oloum el-hadîts (science du hadîts), témoignent
de Timportance attribuée à ces matières et du zèle
qu on apporta à les étudier. — Il convient d'ajouter
^ GetU opposition de dirâyatan et de riwàjatan se retrouve dans
d'autres ordres de connaissances, notamment dans les sciences du
Coran (cf. Itqâtij lo, 1. 19]. — Un auteur moderne Mohammed
Amin Ei-Chirwâni (f io36), dans ses Fawâîd el-KhaqaiiyyatLSsigae
à cette distinction un autre sens; Tétude du hadits riwâyatan
comprend d'après lui , tout ce qui est relatif à la transmission dès
traditions, y compris les règles de la critique du hadîts; Tétude
dirâyatan se réduit à la connaissance du commentaire ( H, Kh. , III ,
23; Salisbukt, Journ, of Amer^ Orient, Soc., VII, 6i).
* Cf. Kh., I, 33 1, et Dict, of Techn, Ternis, p. 27. — L'opposi-
tion de la Riwâya à la Dirâya, le mépris où Ton tient la première,
Testime que Ton fait de la seconde , est marquée par ce dicton
encore courant dans les écoles de l'Afrique du Nord : «Usjijt Se
JLjt\yyJ\ pI (I i M. M iL4[9 iL,»l^J<Jl (Delphin, Fat, son Université,
p. 78).
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWL 319
que les îiuteurs musulmans rattachent encore aux
sciences cla hadîts un certain nombre de connais-
sances étrangères à la critique des traditions et dont
Ibn el-Akfâni n'a pas fait mention : tout d'abord
l'indication de certaines règles de conduite, de cer-
tains préceptes de convenance recommandés aux pro-
fesseurs de traditions et à leurs élèves ; cette étude
aurait sa place marquée dans la copieuse littérature
des livres d'Adab, devoirs de morale et de civilité
professionnelle (Adab el-kâtib, Adab el-qâri, Adab
el-mota*allim, etc.); en second lieu, la connais-
sance des principes et des solutions applicables aux
contradictions de hadîts (mokhtalif el-hadîts, jam\
naskh), qui relèverait plutôt, comme font remar-
qué certains auteurs , du Jiqh et des Oçoal el-Ji(jh ^ ;
enfin l'explication des mots rares contenus dans le
hadîts, ce qui n'est, à tout prendre, qu'ime branche
de la lexicologie arabe. D'une façon générale, Ton
peut dire que le nom de ^Oloum el-hadîts, désigne
la théorie et la méthode des opérations successives
auxquelles doit être soumise toute tradition avant
que, déterminée quant à sa valeur, sa portée, son
exacte signification , elle puisse servir à l'élaboration
d'un principe juridique.
La partie capitale de ces « ^oloum » reste la critique
même du hadîts, avec le classement et la dénomi-
nation des différentes sortes de traditions, que, con-
séquemment à elle, on a distinguées. Elle porte
' Cf. IL Kii.,III,|>. 2 G.
320 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
exclusivement sur Tappui [isnâd) cest-à-dire sur ia
chaîne des personnages qui ont assuré ia transmission
du hadîts. Le texte même de la tradition {matn) n'a
prêté qu'à de rares distinctions dépourvues de por-
tée critique ^ L'isnâd est apprécié à un double point
de vue : i° au point de vue de la valeur des per-
sonnages qui le composent, de la confiance méritée
par leurs informations; 2° au point de vue de sa
valeur intrinsèque, en tant qu'il garantit ime trans-
mission régulière et ininterrompue du hadîts rap-
porté 2.
[/appréciation des personnages de fisnâd semble
chronologiquement être apparue la première^. L'or-
thodoxie musulmane ressentit le besoin d'une cri-
tique de ce genre k lepoque oii, d'une part, la re-
cherche des traditions du Prophète acquit une haute
importance et où, de l'autre, on put craindre, des
hétérodoxes, la fabrication de hadîts tendancieux,
cest-à-dire vers le milieu du n* siècle*. Déjà un
propos d'Ibn Sirîn (f 1 10), qui appartenait à une
génération antérieure , paraît attribuer la naissance
de cette critique à la défiance qu'inspirèrent aux
pieux musulmans les récits des schismatiques : « On
ne songeait point autrefois, aurait-il dit, à s'enqué-
^ Sur l'histoire et le sens exact du mot matn, cf. Goldziher,
Moh, StiuUcn, H, 6 et suiv.
2 Comp. Goldziher, op, laiid,, chap. iv, S m, pass,
^ Dans son article Ursprung undBedeutung der Tabakat [Z,D.M,
G., XXni, 594-614)» Loth a assigné sans motifs bien probants
une marche inverse au développement de la critique du hadits,
* Cf. MokStudien, II, i4i.
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 321
rir des personnages de Tisnâd; mais lorsque sur-
vinrent les séditions (séditions des Kharidjites, des
Alides, etc.) on commença de <lire à ceux qui rap-
portaient des hadits : nommez-nous vos autorités.
Et de fait , il faudra examiner si les râwis sont ortho-
doxes ou hétérodoxes [ahl cl-bida) : on acceptera
les récits des premiers et on rejettera ceux des se-
conds ^ . » Moslim rapporte encore d un certain
nombre de contemporains dlbn Sirîn, Tawous
b. Kisân (f 106), Sa'd b. Ibrahim (f isS), You-
nis b. 'Obaïd (f i^o) des déclarations qui montrent
qu'à leur époque lusage s'établit de ne pas accepter
indifféremment Içs récits de tous les informateurs ^.
A la fin du ji" siècle le contrôle sévère des person-
nages de Tisnâd est une pratique courante parmi les
traditionnistes , comme en témoignent divers propos
attribués aux pieux ^Abd Allah b. el-Mobârak (f 1 8 1 )^.
— Dans cette critique de la valeur des râwis , on
peut distinguer une partie théorique et une partie
appliquée. La première est la Marifa el-jarh iva et-
tadil (étude de ïimprobation et de Y approbation). Elle
a pour objet de déterminer les qualités qu on doit
exiger des râwis pour accepter leurs récits, et les dé-
fauts qui rendent leurs informations suspectes et re-
jetables. La seconde, sous le nom de MaVi/a rijâl el-
^ Cf. Naw. sur MosL. I, 112.
^ Id, 112, ii3, i42 et suiv. Comp. Termidsi^ 11^ 332 et suiv.
Cho'ba b. el-llajjaj (f 160) aurait le premier dans Tlraq introduit
l'habitude d'examiner soigneusement les autorités des isnâds { Tab,
Hoff. V, 28; Naw. Tahdsib, 3 16, 1. 6)
^ Cf. Naw. sur Mosl., 1, 117, et suiv.
322 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
Imclits (étude des hommes du hadîts), comporte ia
connaissance particulière et nominative des rappor-
teurs de traditions , et leur classification en autorités
fortes [tsiqât] et autorités faibles {dho^afa, matrou-
koun). Logiquement, l'élaboration de la première
partie aurait dû précéder celle de la seconde. Chro-
nologiquement, il n'est guère vraisemblable qu'il en
ait été ainsi et les efforts de la critique naissante des
râwis durent aboutir à de simples appréciations
isolées sur la valeur de tel et tel personnage. Un
système embryonnaire de règles guida peut-être les
premiers critiques dans ces appréciations; mais ce
furent surtout leurs opinions individuelles plus ou
moins capricieuses, leur goût personnel [ed-dsaouqY
qui jouèrent en l'espèce un rôle prépondérant. Dé-
terminer les conditions générales de l'admissibilité
des récits, dégager de la masse des approbations et
des improbations particulières, la théorie classique
du jarh et du tadîl devait être l'œuvre d'un âge lé-
gèrement postérieur et plus réfléchi "^^ On peut pré-
sumer que cette systématisation s'accomplit à l'instar
et sous l'influence d'une théorie juridique fort voi-
sine, celle de l'appréciation du témoignage judi-
ciaire. Les étroits rapports des deux questions, que
de nombreux auteurs ont signalés, furent entrevus
de bonne heure ^ : l'imam El-Chafe^i , qui parait s'être
* Cf. Moh, Studien, II, i52.
* Comp. LoTH, Z,D,M.G,, xxiii, 607, 608.'
^ Cf. Na.\v. sur MosL. I, 83 et infra : Tocfrih , vingt -troisième
branche, noies.
LK TAQRiH DE EN-NAWAWJ. 323
occupé du jarli et du tadîl, signale certaines causes
d'improbation sans y distinguer entre les témoins
judiciaires et les râwis^ Les traditionnistes mirent
ici à contribution pour l'élaboration de leur œuvre,
Toeuvre plus avancée des jurisconsultes. Dans tous
les cas, si Ton attribue déjà à certains personnages
de la deuxième génération musulmane des apprécia-
tions isolées sur la valeur des râwis , on ne signale pas
d'œuvre théorique sur le jar/i et le tadtl, antérieure
à la fin du n* siècle. Le premier qui aurait composé
un écrit sur la matière aurait été Yahya b. el-Qat-
tân (f 198)^. — La Marifa rijâl el-hadits a donné
naissance à une abondante littérature de traités spé-
ciaux qu on peut considérer comme une branche de
la biographie musulmane. Elle était en pleine flo-
raison à répoque où furent coUigés les grands re-
cueils de traditions. Delà plupart des auteurs cano-
niques et des autres maîtres de la science du hadîts ,
on rapporte qu'ils composèrent des « livres des auto-
rités faibles » , des « livres des râwis » , etc. Le Kitdb-
ed-dho^afa d'En-Nisaï est lune des plus réputées de
ces nombreuses productions. Moslim, d autre part,
1 Cf. Tadrib, 119, 1. 16.
« Cf. H. Kh., II, 591. Le savant Yahya b. Mo*în (+ 233) est éga-
lement réputé l'un de ceux auxquels la science du jarh et du ta'dil
doit le plus (Cf. de Goeje, Beschr, ein, Hsch, tAbou ObaïdsGharib
elhadits » , in Z^D.M.G. , xviii, 783 ; — Tabaq. ^ vi, 65) ; au v* siècle
Ibn Hîroun (-i-498) méritait d'être nommé le Yahya b. Mo*în de
son époque, à cause de son équité à manier le Jarh et le Ta dit
(Tabaq,, xv, 2). — Abou Moshir (•{- 218) passe aussi pour avoir
fondé celte science en Syrie ( Tabaq., vu, 62).
324 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
nous oiïre dans les Moqaddimât de son Çahili de fort
intéressants échantiUons de sa compétence dans la
connaissance des « hommes du hadîts ». Il avait éga-
lement composé un Kitâb ed-dho^afa^. Au reste, la ré-
daction des grands recueils classiques de traditions
donna à cet ordre d'études une impulsion nouvelle,
et à côté des traités sur la « marifa rijâl el-hadîts »
en général , il apparut aux âges suiv^ints des ouvrages
spécialement consacrés aux autorités des deux Ça-
hîh, des gix livres canoniques, etc. Enfin, pour être
exact, il convient d'ajouter que la classification no-
minative des ràwis d après leur valeur ne constitue
pas à elle seule toute la « marifa er-rijâl ». On rattache
encore à cette discipline un Certain nombre d'études
où les rapporteurs de traditions sont considérés au-
trement qu'au point de vue exclusif de leur valeur :
tantôt on les classe d'après les générations , les pro-
vinces auxquelles ils appartiennent; tantôt on déter-
mine leur identité qu'une multiplicité de dénomina-
tions eut laissée douteuse ; tantôt enfin Ton s'applique
à fixer les dates de leur naissance et de leur décès ^.
Cette dernière branche delainaVi/ix er-rijâl doit être
rattachée non plus à la critique de la valeur des râwis ,
mais à celle de l'isnâd lui-même au point de vue de
* Cf. Sur la littérature de la Marifa er-rijâl, H. Kh. I, 287 et
suiv. La ma'rifa er-rijâl donne au viii" siècle son ouvrage classique
par excellence le Mizân el itidâl de Dsahabi (f 748).
* Sur l'origine et le développement de la littérature des Tahaqàt
(classes) et des Tawârikh (listes chronologiques de traditionnistes )
cf. LoTH , Z.D.M.G., \xiu , 593-6 1 4 , et Doj Classenbuch des Ibn Sa'd,
Leipzig, 1869.
LE TAQRiB DE EN-NAWAWI. 325
la liaison. Un exemple montrera quel précieux auxi-
liaire elle est pour cette critique : dans un isnâd
deux ravvis sont cités comme rapportant lun de
lautre; le rapprochement des dates de leur nais-
sance et de leur morl permettra seul de vérifier s'ils
ont pu se rencontrer, transmettre lun de Tautre, et
si , par suite , Tenchaînement des autorités ofiert par
Tisnâd n'est pas une simple apparence ^ Dans cer-
tains isnâds, par contre, une transmission contraire
à Tordre habituel des choses pourrait faire croire à
première vue à un défaut d'enchaînement : un père
par exemple, y est cité comme rapportant d'après
son fils, un vieillard comme rapportant d'après un
jeune homme; or ces anomalies correspondent pour
un certain nombre de cas à l'exacte réalité. Il est in-
téressant de connaître ces cas et d'en dresser la liste.
Une branche de la rnarifa er-rijâl y est consacrée
qu'il faut rattacher à la critique de l'isnâd au point
de vue de sa liaison"^. — Au fond, au point de vue
d'une méthode rigoureuse , la mdrifa er-rijâl ne sau-
rait guère être considérée comme une branche des
Oçoal el-liadits. La théorie du jarh et du tadil, qui
contient quelques prescriptions générales, peut seule
prétendre à cet honneur. Quant à la marifa er-rijâl,
elle relève essentiellement , comme nous l'avons dit
plus haut de la biographie; et si précieux auxiliaire
qu'elle soit de la critique du hadîts, elle n'en fait
' a. Moh.Studien, II, i44.
^ Cf. infra, Tm/rib (quarante et unième et quarante -quatrième
branches).
320 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
néanmoins pas proprement partie. Nawawi, dans
un passage de son commentaire à Moslim semble
avoir entrevue cette nuance; il cite la connaissance
des hommes du hadîts, comme une de celles indis-
pensables aux tradilionnistes, sur la même ligne que
le droit, les Oçoal, la lexicographie, etcJ.
Il semble que la critique des « hommes du ha-
dîts » était déjà à Tordre du jour, quon ne songeait
pas encore à soumettre Tisnâd en lui-même au point
de vue de sa liaison, à un examen rigoureux. Cette
deuxième partie de la criticjue du hadîts ne naquit
qu'après la première. La deuxième génération mu-
sulmane, s'il faut en croire le propos d'Ibn Sirîn
cité plus haut, sentit déjà la nécessité de contrôler
la valeur des râwis; mais par contre, au témoignage
des auteurs musulmans, la généralité des suivants
et même des suivants de suivants admit sans hési-
tation lautorité des hadîts morsal^; et il faut entendre
ici ce mot, non pas dans lacception restreinte qui
a triomphé dans la terminologie classique, mais dans
le sens large de « hadîts offrant dans son isnâd quel-
que interruption ». Moslim rapporte, il est vrai, de
'Abd Allah b. el-Mobârak un propos qui marque la
répugnance de ce pieux personnage à accepter ces
hadîts ^. Mais à considérer la pratique des plus grands
contemporains dlbn el-Mobârak, on peut croire que,
dans fespace compris entre les années i 20 et 180,
' Nawawi sur Moslim, J, p. 3i , l. 19 et 23.
2 Cf. Tadrib 67, 1. 7 et suiv.
3 Cf. Nawawi sur Moslim, J, 118, 1. 9.
LK TAQlliB DE EN-NAWAWI. 327
de tels scrupules restèrent exceptionnels : Malik ne
se fit point faute d'emplir son Mowatta de hadîts
inorsal^; et les deux Sofyân, pour couper court aux
objections possibles des émules dlbn el-Mobârak,
n'hésitaient pas à dissimuler le défaut d'enchaînement
des isnâds à l'aide de la fraude connue sous le nom
de tadlîs; ils conservaient ainsi à des hadits morsal la
haute valeur qu'ils leur attribuaient eux-mêmes^.
El-Chafe^ï, s'il faut en croire Ibn 'Abd el-Barr, fut le
premier qui se prononça catégoriquement pour le
rejet du hadîts morsaP. Le grand imam, en qui l'on
s'accorde à leconnaître le fondateur des Oçoul el-
fiqh *, fut aussi sur plus d'un point le fondateur des
Oçoal el'hadîts : on a vu plus haut qu'il s'occupa de
la question du jarh et du tadil; d'autre part, la dé-
termination des règles suivant lesquelles les traditions
contradictoires se concilient ou s'abrogent, est en
grande partie son œuvre; enfin en rejetant les tra-
ditions morsal, il traça la voie que suivit, à l'époque
classique des sciences du hadîts, la critique intrin-
sèque de l'isnâd. Après lui l'enchaînement rigoureux
des râwis fut une condition primordiale de la valeur
des hadîts. Toutefois, on peut croire que le prin-
cipe posé par El-Chafe^ï, heurta très fortement la
pratique admise par ses contemporains , en constatant
1 Cf. MoA. Stnd,, il, 218.
* Cf. Ibn Khaldoun, Moq, 2 63, 1. 4; et infra, le Taqrib, dou-
zième branche.
•'' Cf. Tadrib, 67, loc. cit.
* Cf. Tahdsib el-Asma , p. 92.
328 SKPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
que lui-même, dans la suite, y apporta quelques tem-
péraments. Notamment une proscription formelle
des traditions morsal devait sembler trop rigoureuse
lorsqu elles émanaient d autorités respectées. Sur ce
point El-Ghafe'ï fit une concession , et reconnut que,
malgré leur défaut de liaison, les hadîts mor^ai pro-
venant du savant Sa'id b. el-Mosayyab gardaient de
la valeur. Cette exception isolée a provoqué, dans la
suite, de la part des éxégètes de El-Chafe'ï différentes
explications ^
Les progrès de la classification des traditions, fen-
richissement du vocabulaire spécial qu'elle néces-
sitait marchèrent naturellement de pair avec le dé-
veloppement de la critique du hadîts. Cependant,
même à fépoque classique des ^Oloum el-hadîts, c'est-
à-dire du v' au vni' siècle, la signification précise de
certains termes fort usités resta soumise à la con-
troverse. Généralement d'accord sur la valeur de
telle ou telle variété de hadîts, les auteurs conti-
nuèrent à discuter sur la dénomination qu'il con-
venait de lui appliquer. A l'époque de El-Chafe*ï, de
Vaveu même des auteurs musulmans, la technologie
des traditions [Içtilâh el-hadîts) n'était pas encore
fixée. Cet imam, par exemple, ne faisait pas trop la
distinction du hadîts çahïli et du hadits hasan; il
confondait le monqati et le maxjtou; il entendait le
terme morsal dans un sens autre que celui qui a fini
' Cf. fVaraifdi, i46 et infra : le Taqrib, neuvième branche.
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 329
par triompher chez les technologistes classiques ^ Il
avait souci non pas de foncier une exacte termino-
logie des traditions, mais de discerner parmi elles,
celles qui pouvaient fournir de bons arguments ju-
ridiques. Lorsque plus tard Vlçtilâh el-hadîts eut été
constitué en discipline spéciale, et qu'il fut devenu
entre les mains de spécialistes une branche impor-
tante de la «Science des traditions », ce furent les
jurisconsultes qui héritèrent de la terminologie simple
et imprécise du grand jurisconsulte , père de la cri-
tique du hadîts. En effet sur la valeur de telle ou
telle dénomination, des divergences notables sé-
parent assez souvent les foqaha et les oçoulioun , des
mohadditsoan. On en pourra trouver dans ce qui suit
plus dun exemple. A fépoque de la rédaction des
grands recueils canoniques, si la critique des tra-
ditions est constituée dans ses traits essentiels, il
s'en faut encore, semble-t-il, quelle ait atteint la sub-
tilité de distinctions, la richesse de terminologie
que nous feront connaître les traités classiques à'Oçoid
el-kadits. Cependant Moslim, dans les Moqaddimât
de son Çaliih fait montre d'un vocabulaire technique
assez étendu; il indique même explicitement le sens
qu'il donne à monhar, et laisse entendre celui qu'il
donne à morsal'^. Les appréciations dont Termidsi
» Cf. Tadrib, p. 65 , 1. 23 t;t . . .i)l çl:ÛUJi\ i ^^LJJS <^LûJl Jiju.»-!
^ CF. Nawawi sur Moslim, J , 77 et 170, 171.
330 SEPTEMBHE-OCTOBRE 1900.
fait suivre chaque hadîts qu il rapporte, contiennent
le germe dune véritable classification des variétés
de traditions, rudimentaire il est vrai; de plus il
oiFre cet avantage de donner à la fin de son Jâmi*
la clé de sa terminologie ^ C'est à lui, suivant Nawawi,
qu'il faut attribuer le mérite d avoir fait connaître
« le hadîts hasan » et d'avoir donné de ce terme une
définition au moins partielle^. Le vocabulaire tech-
nique d'Abou Dawoud également est assez abondant,
et il paraîtrait qu'il aurait fourni l'explication des
principaux termes par lui employés dans la Risâla
dont il accompagna l'envoi de son livre aux savants
de Médine; cette explication nous a été conservée
et on la trouvera plus loin^. Mais c'est, semble- t-il,
à la génération de critiques et de commentateurs
qui prirent pour objet d'étude les hadîts des grands
recueils canoniques, que la classification, la termi-
nologie des traditions doivent leurs plus grands
progrès. Un commentateur d'Abou Dawoud, El-
Khattâbî (f 388) aurait posé le premier la distinction
des trois classes fondamentales du hadîts : Çahîh,
hasan, dhdip. Un critique des deux ÇaMJjL, Ed-Da-
raqotni (f 385) précise les caractères du défaut d'en-
chaînement dans risnàd connu sous le nom de laliffy
et donne le premier au hadîts qui en est atteint le
nom de mo^allaq^. Mais dans cette génération qui
* Cf. ÏERMIDSI,!!, 3/io.
- Cf. infra, le Taqrib, deuxième branche.
3 Cf. infra, ibid.
* Cf. Nawawi sur Moslim, i» 39, l. 3i et suiv.
* Cf. l'A/rf., 24,1. 16.
LE TAQRTB DE EN-NAWAWI. 331
prit pour objet de son étude la masse des hadîts con-
tenus aux grands recueils canoniques , le plus grand
nom est celui du hâfith Mohammed b. 'Abd AHah
el-Hâkim en-Nisâbouri, surnommé Ibn el-Bayy^
(f [\ob). 11 s'appliqua à mettre en lumière le chart es-
Çahihaùiy c'est-à-dire les conditions auxquelles, sans
les formuler expressément , Bokhari et Moslim avaient
subordonné la validité des hadîts ^ Dans ses prin-
cipaux ouvrages, le Modkhil ila ellklil, le Modkhil
ila es-ÇaJiih, le Mostadrak ^ala es-Çahihaïn, il fournît
une étude du hadîts fa/u7i dont quelques points
furent contestés dans la suite, mais qui ne fut dé-
passée ni en subtilité, ni en précision. 11 aborda éga-
lement nombre d'autres questions relatives à la
critique, à la classification, à la terminologie des
traditions , et y affirma sa compétence.
Avec El-IIâkim, les Oçoul el-liadiis, sont parvenues
à un point de développement où elles peuvent se
constituer en connaissance autocéphale. Elles ont
leur objet nettement délimité, leurs règles, leur ter-
minologie. Abstraction faite des traités spéciaux sur
les hommes du liadils par exemple, et le Jar^ îi;a ^<-
tadil, les écrits d'El-Hâkim passent généralement
pour avoir inauguré la longue série des ouvrages
consacrés aux sciences du hadits^. On ne cite guère
* Cf. infra, le Taqribj première branche (Remarque iv, notes).
La classification des diverses sous-variétés du hadîts Çahih d'après
El-Hâlim est exposée tout au long par Nawawi dans son commen-
taire à Moslim,!, 4o, 4i, 42.
2 Cf. Ibn Khaldoun, Proh'g, (traduction), 11, 468.
332 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
avant eux qu un trailé du cadi El-Hasan*b. ^Abd er-
Rahmân er-Ranihormozi (+ 3 60) intitulé : El-mo-
haddits el fâçil baîn er-râwiwal-wai, et sur lequel on
n'a pas, que je sache, de renseignements très précisa
Il semble même que ce soit à EI-Hâkim qu'il faille
rapporter l'ordonnance traditionnelle des ouvrages
classiques d'Oçoulel liadits; il distinguait dans la ma-
tière cinquante-cinq naoïi (branches) 2. Le nombre
s'en est accru, mais la division en naovi , de la science
du hadîts, est demeurée le plan invariable des prin-
cipaux traités. Nous en reparlerons plus loin. Nous
n'avons nullement l'intention de donner ici une biblio-
graphie plus ou moins complète des innombrables
ouvrages consacrés aux ^Oloum el-hadits, d'autant
plus que, sur ce point, le beau répertoire dressé par
M. Ahlwardt dans son Catalogue des manuscrits arabes
de Berlin (II , 1 -/i 2 ) ne pourra guère , semble-t-il , être
dépassé. Ce remarquable travail suffit amplement à
édifier sur l'abondance de cette littérature technique.
Nous nous contenterons ici de mentionner dans cette
longue série , quelques ouvrages particulièrement im-
portants au point de vue de la traduction que nous
avons entreprise.
Après EI-Hâkim , le premier grand nom qu'on ren-
contre dans la littérature des sciences du hadits est
celui d'Abou Bakr Ahmed b. *Ali b. Tsabit el-Khatîb
el-Baghdadi (f 463), l'auteur du Tarikh Baghdâd.
^ Cf. Ibn Hajar. Nokhba el-Jikr, page 1; Qastal sur Bokuari,
I , p. 7.
' Cf. H. Kh., IV, 2/19.
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 333
Il fut le liâfith de TOrient h j^on époque, comme ibn
'Abd el-Barr el-Qortobi, mort à la même date, fut
lehâfith de fOccident*. 11 ny a guère de point dans
la science du hadîts, suivant le chaïkh-el islam Ibn
Hajar auquel El-Khatîb n'ait consacré un traité spé-
cial 2. De fait la longue liste de ses ouvrages men-
tionnés au dictionnaire bibliographique d'Hajji Khalfa
témoigne de son activité et de sa fécondité d'écrivain.
Ses ouvrages les plus célèbres sur les « Sciences
du hadîts » sont : son traité d'ensemble El-Kifâya fi
marifa oçoal er-Hwâya^, est ses deux traités spéciaux
Taqyid etilm, et El-Kitâb el-Jâmi li adâb el-chaîkh
wa es-sânii. Abou Bakr b. en-Noqta {+ 629) ca-
ractérise en ers termes la valeur de l'œuvre d'El-
Khatîb :« Tous les gens justes reconnaîtront que les
traditionnistes postérieurs durent mettre à contri-
bution les écrits de cet auteur*. » — Au vi* siècle,
on ne trouve guère à mentionner comme ou-
vrages généraux sur les Oçoal el-hadits que Yllnia
fi (Ihabt er-riwâya wa taqyid es-sama du cadi ^lyâdh b.
Mouça (f 54/i) et le livre d'Abou Hafs *Omar el-
Miândji (f vers 5 80) intitulé Ma là ia^a el-mohad-
dlts jahlonhou^. En revanche, dans la catégorie des
• luN Khall. 1, 38, 1. 12.
^ Nokhba, loc. cit.
^ Cf. la description de cet important ouvrage a^. Ahlwardt , JJ ,
n** io34.
* Cf. Tadrib, 9. 1. 17 : jLê 9ô<x^ ^j^o^jsJI yl Ltt uuail ^J^ Jl5
*--xJ Jlc ; sur l'expression Juc JL^ comp. fabcui. , v, 8 et 12.
*• Cf. Qastal , loc. cit., et une description de l'Umâ* ap, Ahlwardt ,
IJ,n" io36.
\vi. 22
334 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
traités spéciaux à tel oit tel point, il faut signaler,
entre plusieurs autres, trois productions fort impor-
tantes : les ouvrages d'Aboul Fadhl Mohammed b.
Tâhir el-Moqaddaci{f Soy) et d'Abou Bakr ^Otsman
el-Hâzimi (+ 584) sur les Chorout (règles de cri-
tique) des auteurs des grands recueils canoniques,
et celui d'Aboul Faradj *Abd er-Rahman ibn el-
Jaouzi (+ 597) sur les traditions fabriquées de toutes
pièces, qui a pour titre : El-max>udhouat el-kobra.
— Le vu* siècle vit apparaître Touvrage le plus im-
portant de cette copieuse littérature, le traité d'Oçoul
el'hadits, classique entre tous. Il a pour auteur le hâ-
fith Taqi ed-dîn Abou ^Amr ^Otsman ibn es-Çalâh el-
Chahrzori (+ 643) et est connu sous des dénomi-
nations diverses : « ^Oloam » ou « Oçoal » ou même
« Fonoun el hadîts », La générosité de princes éclairés
venait de fonder pour renseignement de la science
des traditions, constituée en discipline indépendante,
des écoles spéciales : la Madrasa Kamilyya au Caire
(622), la Madrasa Nouryya à Damas (Sôg) et plus
tard da ns la même ville la Madrasa Achrafyya ( 6 2 6 ) ^
Ibn es-Çalâli eut Thonneur d'inaugurer l'enseignement
dans cette dernière école; et c'est à l'usage des plba
de Y Achrafyya qu'il composa ses ^Oloum eUhadits.
« Il rangea en ordre les matières qu'il voulait traiter,
dit Ibn Flajar, et dicta l'ouvrage morceau par mor-
ceau. Ayant soigneusement étudié les monographies
• Cf. WCsTENFELD, Dic Academicn der Araber, p. 69 ci suîv.,85
l't Slliv.; (iOLDZIHKR, Moh, SUidifti , 11, 187.
LE TAORIb de EN-NAWAWI. 335
d'El-Kliatîb el-Baghdadi , il rassembla leurs dispo-
sitions fragmentaires, y ajouta des choses fort utiles
extraites de divers ouvrages, et du tout, composa
un livre où Ton trouve réuni ce qui est séparé chez
les autres ^ » Le nombre imposant des commentaires,
abrégés , remaniements en vers et en prose auxquels
louvrage d'ibn es-Çalâh a fovimi matière dans la
suite atteste la vogue considérable dont il a joui.
On trouvera les litres des principaux d entre eux dans
llajji Khalfa iv, p. 129, dans le Verzeichniss der
arabischen Handschriften der Kôn. Biblioth. za Berlin ,
u , p. 6-1 2 , 1 6-1 8, et dans une note de M. Goldziher,
Moham. Studien, 11, 187, note 5. De cette nom-
breuse postérité, nous ne citerons ici que le Taqrîb
wa et-taîsîr deNawawi, dont la traduction est Tobjet
même du présent travail, la Khildça d'El-Hoçaïn et-
Tayyibi (f y/iS), largement utilisée par les auteurs
du Dict. of Technichal Terms, et YAlJyya, poème
didactique de Zaïn ed-din el-'Iraqi, qui, de laveu
même de lauteur, n est qu'un remaniement abrégé
de Tœuvre d*Ibn es-Calâh^. L'ordonnance des^Oloum
el-hadits, soigneusement reproduite par les prin-
cipaux abréviateurs , est à la fois fort simple et fort
pou satisfaisante. Il ny faut chercher ni un plan
d'ensemble vraiment digne de ce nom, ni même
une marche un peu méthodique du connu à Tin-
connu. L'ouvrage est divisé en soixante-cinq naou
(branches) dont chacun est consacré à l'étude de quel-
' Cf. Nokhba, p. 2.
* Cf. Ahlwardt, II, n" 1071.
330 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
que point spécial des ^Oloum el liadits ^ La réparlilion
des matières entre les différents naou est déterminée
par un choix de pur caprice et entièrement dépourvue
de méthode. C est ainsi que chacune des nombreuses
variétés et sous-variétés de traditions a l'honneur
d^ctre étudiée dans un naou distinct, aussi bien el
sm- la même ligne que l'ensemble des règles du jarli
et du tadilf les modes réguliers de transmission du
hadîts etc.
Comme nous lavons dit plus haut, c'est, semble-
t-il , à El-Hâkim qu'il faut faire remonter la respon-
sabilité de cette disposition fragmentaire et défectueuse,
des traités classiques d'Oçoul el-hadits. L'éparpil-
lement des diverses questions dans les monographies
d'El-Khatîb el-Baghdadi n*y est pas étranger non plus :
Ibn es-Çalâh, a-t-on dit, en réunit les dispositions
éparses, dans un ouvrage unique; mais en réunis-
sant il juxtaposa et ne fondit pas. Il est curieux de
connaître la valeur de cette division traditionnelle
des Oçoal el-hadits, dans l'esprit de certains auteurs :
« La science du hadîts, a dit Abou Bakr el-Hâzimi,
comprend un grand nombre de nax)a (branches) et
chaque naoa constitue une science indépendante Çûm
mostaqill) quune vie humaine ne suffirait point à
approfondir *'^. » Cette étrange conception est au reste
parfaitement conforme à l'esprit discursif de ce qu on
est convenu d'appeler « les sciences musulmanes ».
1 Cf. H. Kii.JV, p. 3^.
* Cf. railrib^p. g, 1. 3o, 3i:^* ïy^ ^\^\ J^ Jl*Ai <âs^>^|^
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWL 337
On la retrouve dans d'autres ordres de connaissance ,
le droit par exemple. Lejiqh se réduit sur la plupart
des points , à une série de prescriptions particulières ,
isolées, que ne relie aucune idée d'ensemble; et il
n'est pas rare que les professionnels tirent vanité
de cet émiettement de leur science. Dans l'Afrique
du Nord, c'est un dicton courant parmi les Foqaha,
et personnellement nous l'avons souvent entendu
répéter, que ce qui fait la difliculté, mais aussi le
prix du Jiqh c'est que chaque question s'y trouve in-
dépendante de toutes les autres. Ajoutons, qu'en op-
position avec le singulier propos d'Abou Bakr el-
Hâzimi , on est heureux de rencontrer sous la plume
d'Ibn Hajar cette appréciation critique de l'œuvre
(l'Ibn es-Çalâh: « L'auteur des ^Oloum el-hadîts n'a point
donné à son œuvre une ordonnance appropriée au
sujet : il aurait dû traiter à part ce qui est relatif au
texte [matn] des traditions, à part aussi ce qui est
relatif à l'isnâd, puis ce qui concerne à la fois le texte
cl l'isnâd, ce qui est particulier aux modes de trans-
mission du hadîts , et également ce qui est particulier
aux qualités des râwis»; et Ibn Hajar cherche à
excuser en ces termes le défaut de méthode d'Ibn es-
Çalâh : « Rassemblant en un format maniable les ques-
tions traitées séparément dans divers ouvrages fort
étendus sut* cette belle science , il a pensé que la grosse
affaire était de mettre rapidement son traité àla dispo-
sition de ceux qui voulaient étudier la matière, bien
plutôt que de tarder jusqu'au moment où, par une
étude minutieuse et complète , il aurait donné au sujet
338 SEPTKMBRE-OCTOBRK 1900.
une ordonnance parfaitement adéquate ^ » L'impor-
tance attribuée aux sciences du hadîts dans rensei-
gnement des académies musulmanes se manifeste
clairement à la fin du vu'' siècle par lapparition d*un
mémento scolaire, destiné a être appris par cœur et à
fixer dans la tête des étudiants la terminologie des tra-
ditions. A cette époque pour la première fois , semble-
t-il, les ^Oloum el-hadîts connurent la gloire de pos-
séder un guide-âne. C'est un petit poème de sujet
amoureux , désigné d'ordinaire par ses deux premiers
mots, gharâmi Çaliihf et qui a pour auteur Ahmed b.
Farah el-Ichbili (f 699). Dépourvu de toute pré-
tention doctrinale, il offre le simple avantage de
contenir en 20 vers les principaux termes du Moç-
talah el-hadîts. Il jouit aujourd'hui encore en pays
musulman d'une vogue considérable , et a été souvent
commenté. Le plus célèbre de ses commentaires est
celui de 'Izz ed-dîn Abou ^Abd Allah Mohammed ibn
Jemâ^a (+ 816); il a été publié, traduit et annoté
par M. Risch. Dans les productions postérieures nous
nous contenterons de citer pour mémoire le Kitâb
el-lqtirâhji baydn el-lçtilâh d'Aboul Fath Mohammed
b. Daqîq ePld (+ 702) et la Tadskira el-Olamn fi
1 Cf. Tadrtb, p. 9, 1. 2 3 et suiv. >6Î ^>t»aJî ^^1 yt 3JI ^ ^^î JlS
Léy »o^3 ^jsX^ ^5Jju^ U ^5js» {jh ^r^^J ^>J1 Jlc ju^yS Jumb»
k;A.x^ ^J^ ^^^jUt I«)u6 u9iiyL%« ^ j(3^ ^ 9ùs^y «X«JLf J^Iax^
ju-jy ^J..>^ iUUII J^»U«JI JUo^-^j,! Jl JJi ;-ï^l3; Comp.H.Kh..
261, 203.
LE TAQRJB l)K EN-NAWAVVl. 339
oçoiil el-haditsde Mohammed Ibn el-Jazari ^ ( + 833);
et nous parlerons plus longuement du traité dlbn
Hajar intitulé Nokhba el-fikr. Le chaïkh-el-i»lam ,
Cadi des Cadis du Caire, Chibâb ed-dîn Aboul Fadhl
Ahmed ibn Ilajar el-^Asqalani (+852), un des plus
grands savants mIu ix® siècle, fit de la connaissance
des traditions riwâyatan et dirâyatan Tobjet dune
étude spéciale. Il est lauteur du commentaire de
Bokhari le plus complet qui soit connu. Dans la rna-
rifa rijâl el-liadiiSf il affirma sa compétence par la
composition dun Tahdsiby recueil de biographies,
et surtout de sa célèbre if ata^asmd es-(^ahâba. Enfin,
indépendamment de nombreux traités sur des points
spéciaux, les Oçoal el-hadits lui sont redevables de
deux ouvrages d*ensemble : En-Nokât ^ala Ibn es-
Çalâli, remaniement des ^Oloum el-hadits d*Ibn es-
Çalâh avec son supplément, EUIfçâh bitakmil en
Nokât ^ , et im traité original , la Nokhba eljikr. Parmi
ses nombreux ouvrages, la Nokhba , suivant Es-Sa-
khawi, était un des seuls auxquels Ibn Hajar recon-
nût quelque mérite^; il y composa lui-même un
commentaire, IsiNozha en-nathr, en se justifiant par
le propos habituel aux auteurs musulmans qui glosent
leurs propres œuvres , à savoir « que le maître d une
^ Voir la description de ces deux ouvrages ap, Ahl\vardt,I1,
n°* io63et io85.
2 Cf. H. Kh., IV, 2 5o, et Ahlwardt, Jl, 1037.
^ Extrait du Dhaou el-lâmV fi Ayân el-qarn et'tâsi , de Chams
ed-dîn Mohammed es-Sakhawi (+ 902)» cité dans une notice bio-
grapbicfue sur Tbn Ilajar en tête du tome I du Fath el-Bàrî,
340 SKPTKMBRE-OCTOBRE 1900. .
maison est le mieux instruit de ce qui s'y trouve^ ».
La Nokhba a été dans la suite l'objet d autres com-
mentaires et surcommentaires en grand nombre^.
Le plan adopté par Ibn Hajar est beaucoup plus
méthodique que celui d'Ibn es-Çalâh et de ses abrë-
viateurs. La distribution des matières dans son ou-
vrage découle dune division large et vraiment sa-
tisfaisante des hadîts en acceptables (maqboul) et
inacceptables (mardoud); il énumère les différentes
causes qui rendent les traditions inacceptables et par
ce moyen passe en revue les principales sous-variétés
de hadîts. Il étudie ensuite quelques distinctions dans
le texte et dans Tisnâd qui, universellement admises,
n'ont point cependant sur la valeur des traditions
une influence décisive, et termine en traitant dans
un appendice quelques points relatifs à la marifa
er-rijâl et aux règles de validité du jarh et du tadil.
La Nokhba et son commentaire ont été largement
utilisés pour l'annotation du présent travail. La com-
position de traités d'Oçoal et de Moçtalah el-hadits ne
s'est pas ralentie dans les temps modernes; la seule
production que nous y citerons , non pas tant à cause
de sa valeur qui est médiocre, que de la célébrité
qu'elle a obtenue , est la Baîqounyya. C'est un petit
traité fort élémentaire, en 34 vers du mètre radjaz,
attribué à un certain Tah b. Mohammed el-Baiqonni
(florissait vers io6o). Uniquement consacré à la
» Cf. Nokhba, m. 1. 4. 5 M U <^;^1 O^l *-o.U» y^
* Cf. sur les commentaires, les remaniements en vers et en prose
de la Nokhba, Ahlwardt, II» n*" 1088-111 5.
LE TAQRIb de EN-NAWAWJ. 341
technologie du hadits, il énumère et explique som-
mairement trente-cinq termes environ. La Baîqounyya
accompagnée de ses commentaires est aujourd'hui
le texte classique de « Sciences da Jiadîts » à la mosquée
el-Azhar^ et dans les Médersas algériennes.
Le titre complet du traité d'Oçoul el-hadîts dont
nous donnons aujourd'hui la traduction est Et-taxi-
rib wa et-taïsîr limarifa sonan elbachir en-nadsîr. Il
est dû au fameux docteur chafé^ïte Mohi ed-din Abou
Zakaria Vahya b. Charaf ed-dîn en-Nawawi (+ 676).*
Suivant la propre déclaration de Fauteur, le Taqrib
n'est que l'abrégé d'un autre de ses ouvrages, YIrchâd
el-hadits, abrégé lui-même des ^Oloam el-hadits d'Ibn
es-Çalàh. Nous renvoyons pour tout renseignement
biographique sur Nawawi, à la notice que Wùsten-
feld a consacrée à sa vie et à ses œuvres 2. Qu'il nous
suffise de rappeler ici qu'il était passé maître dans
la connaissance des sciences du hadîts, qu'il nous a
laissé le meilleur commentaire du ÇaJiili de Moslim,
et qu'il occupa une chaire, tout comme Ibn es-
Çalâh, à la Madrasa achrajyya. Le Taxjrib a été com-
menté par divers auteurs, par Zaïn ed-dîn el-^Iraqi
(+ 806), par Borhan ed-dîn Ibrahim el-Qabaqibi
(+ 85o), par Ghams ed-dîn Mohammed es-Sakhawi
(f 902)^. Enfin le célèbre Jalâl ed-dîn es-Soyouti
* Nous devons ce renseignement à Tobligeance de Si el-Hajj Mo-
liammcd ben Yamina , professeur de littérature arabe à la Médersa
de Tlemcen , qui est un ancien élève de la mosquée El-Azhar.
* Ueber dus Leben und die Schriften des Scheich Abou Zakarija
Yahja en-Nawawi, Gôttingcn, 1849.
^ Cf. Ahlwardt, 1[, n"* io42-io43.
342 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
(f 91 i) lui a consacré deux ouvrages, un supplé-
ment at'TadsnîbJi ez-zawâîd ^ala et'Taqrib, et un com-
mentaire, Tadrîb er-râwiji charh Taqrîb en-Nawawi.
La compétence personnelle de Soyouti en matière
d'Oçonl el-hadîts s est affirmée par la composition de
divers traités spéciaux et dun ouvrage d'ensemble
versifié , El-Aljyya. Le Tadrîb , suivant la propre dé-
claration de Soyouti, a l'ambition d'être un com-
mentaire non seulement au Taqrib de Nawawi, mais
à Touvrage d'Ibn es-Çalâli , et aux principaux des
autres traités classiques ^ In fine, il contient Ténu-
mération de vingt-huit naoa, en supplément aux
soixante-cinq, que Nawawi, comme son modèle Ibn
es-Çalâh , s'est borné à étudier.
Le Tadrîb a été imprimé au Caire en iSoy de
l'hégire (1890). C'est sur le texte du To^rît contenu
dans cette édition, que la présente traduction a été
entreprise.
Sprenger, qui utilisa le Taqrîb pour son travail
U^ber dos Traditionswesen bei den Arabern, avait formé
le projet d'en donner une traduction , annotée à l'aide
des ^Oloum el-hadîts d'Ibn es-Çalâh , de VAlJyya d'El-
^Iraqi, et d'autres ouvrages. En i856 cette traduc-
tion était fort avancée et le maître exprimait l'inten-
tion de la faire paraître à bref délai ^. Mais par la
suite, il ne donna pas, que nous sachions, d'exécu-
tion à ce projet et à plusieurs reprises dans ses écrits
> Cf. Tndrib 3, J. 18 et 19.
* Cf. Z.D,M.G,, X, i856,p. 17, et Journal of the Asintic Society
of Benyal , i856, p. 54.
LK TAQRIB DK E N - N AW AW 1. 343
postérieurs, il semble faire allusion à un abandon
définitif de ce travail, pour lequel son entourage
musulman manifesta un médiocre enthousiasme ^
Il ne m'a pas échappé que, dans l'intérêt du pré-
sent travail, une comparaison minutieuse du modèle
les ^Oloiim el'hadits d'Ibn es-Çalâh, avec 1 abrégé le
Tacjnb, s'imposait en première ligne. Il existe de^
manuscrits du premier ouvrage à Londres, à Saint-
Pétersbourg, au Caire et h Tunis 2. Eloigné des bi-
bliothèques d'Europe, j'avais cru pouvoir obtenir
communication du manuscrit de Tunis, dont aucune
mer ne me sépare. La chose n a malheureusement
pas été possible. Un haut fonctionnaire de l'ensei-
gnement français en Tunisie auquel j'avais eu recours
è ce sujet par le bienveillant intermédiaire de M. le
Recleur de l'Académie d'Alger m'a fait répondre que
cette faveur était incompatible avec tes règlements
des bibliothèques tunisiennes. Il ajoutait qu'au resle
« l'ouvrage d'Ibn es-Çalàh n'ofifrait aucun intérêt spé-
cial ». Regrettant pour moi la non-communication
du manuscrit, qu'il me soit permis de regretter pour
lui cette appréciation faite un peu à la légère. Par
bonheur, le commentaire de Soyouti note avec soin
les divergences qui sur certains points séparent Na-
wawi de son modèle ; je me suis elForcé de tenir, dans
^ Cf. Mohammed, III, lxxxix, et Die Sckulfàcker ttnd die Scho-
lastik der Muslime , in Z,D,M,G., xxxii, la.
* Cf. British Muséum, n"' 1597-1598. — Bibl. de rUniversité
(le Saint-Pélersbouro;, n** 120. — Fihrist de la Bibl. Kbédiv. n" 85'i.
— Fihrist de la Bibl. Sadiqyya (Tunis), n" 1367.
344 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
1 annotation le plus grand compte de ces indications.
L*introduction de Nawawi à son commentaire sur
Moslim contient également d'importantes citations
des ^Oloam el-hadits dlbn es-Çalâh et du commen-
taire de cet auteur sur Moslim. Enfin Sprenger qui
put comparer le Taqrîb et les ^Oloam el-hadits, a
constaté que généralement ils concordaient ^
Le présent travail ne contient une traduction in-
tégrale du Taqrih que jusqu à la xxxix" branche des
« Sciences du hadîts ». La fin de Touvrage est con-
sacrée à rénumération des diverses branches de la
« ma^rifâ rijâl el-hadîts » et nous aurions cru abuser
de riiospitalité du Journal asiatique en donnant de
cette partie autre chose qu'une adaptation. Au reste,
ce procédé ne nous paraît point offrir de gros incon-
vénient : car dune part Nawawi n'a point la préten-
tion d'ofirir dans le Taqrih une exposition complète
de la « connaissance des hommes du hadits » q;ue de
nombreux ouvrages spéciaux n'ont pas épuisée. Il
désire simplement donner une idée de cette science,
et les longues listes de personnages qu'il cite ne sont
nullement limitatives; elles n'ont que la valeur d'ex-
emples. D'autre part, nous n'aurions guère fait pour
toute cette partie que de transcrire en caractères la-
tins une quantité de noms propres. Toutes les tran-
scriptions sont médiocres; nous préférons de beau-
coup renvoyer au texte arabe lui-même.
Il me reste à exprimer ma vive reconnaissance à
^ Cf. Mohammed, loc. cit., note.
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWl. 345
mes m'aîtres de TEcoIe des langues orientales vivantes
et à M. le directeur de VEcole des lettres d'Algor qui
m*ont guidé de leurs conseils, et fourni dans ce tra-
vail plusieurs indications essentielles. C'est un devoir
dont je m'acquitte ici avec bonheur.
Les références de l'annotation sont données d'a-
près les éditions suivantes :
ÏAD. Tadrib cr-râwl fi charh Taqrîb en-Nawawi. Le Caire,
1307H.
NoKH. Nokhba cl-fikr wa nozha cn-natkv, publ. par Nassau
Lees, Calcutta, 1862.
Baïq. Conimenlaire de Mohammed ez-Zorqanl avec glose
de *Alyya el-Ajhouari sur la Baïqonnyya, Le Caire , 1 3 1 o IL
RiscH. Conimentar des *Izz ed-din Abn *Abd Allah ubenuglia-
rami saJiih ». Leyde, i885.
Waraq. Waraqdt de l'Imam El-Haraiiiaïii Aboul Maali
avec comm. de Mohammed el-Hatlab et glose de Mo-
hammed et-Tounisi. Tunis, i3io H.
Tab. Kitâb Tabaqât el-ljoff'ath d'Abou *Abd Allah ed-Dsahabi ,
publié par VVûstenfeld. Gôttingue, i833.
BoKii. Çahîli de Bokhari dans les 3 volumes parus de fëdit.
Krehl. Leyde, i864.
Qastal. Irchâd es-sàri sur le Çahih de Bokhari, 10 volumes.
Boulac , 1 3o4 H.
Fatii. Fatli el-Bâri sur le Ç«Ai7t de Bokhari, comm. d'Ibn
Hajar el-Asqalani. i3 volumes dont un de Moqaddimât,
Boulac, i3oi n.
Naw. Comm. de Nawawi sur Moslim en marge de Qasta-
lani. Boidac, i3o4H.
Term. /«mi* d'Et-Termidsi ; 2 volumes : Boulac , 1292 H.
Mow. Mowatta de Mahk, avec comm. de ez-Zorqanî.
i volumes. Le Caire, i3io H.
346 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
A. Daw. Soiian d'Abou Dawoud en marge de Zorqanl sur le
Mowalla. Le Caire, i3io H.
Itqan. Itqan de Soyouli , édit. de la Bibl. Indica. Calcutta.
To'r. Les Tarifât de Jorjâni, édit. Flûgel, Leipzig, i845.
H. Rh. Lexicon bibliographicon d^Hajji Klialfa, édit. Flûgel.
1. KiiALD. Moqaddimât â!lhn Khaldoun, édition de Boulaq.
DiGT. Dictionary of llie technichal ternis inthe sciences of the
Musulmans. Calcutta, 1863.
KiiALÎL. Mokhtaçar de Sidi Khalil publié par les soins de la
Société asiatique. Paris, i883.
KiiARCHi. Comm. de Kharchi sur Khalil avec glose d'Ell-
*Adawi. 5 volumes. Le Caire , 1 307 II.
Tahds. Tahdsib el-asma de Nawawi publié par Wûstenfeld.
Gôttingue, i842.
Ahlwardt. Verzeichniss der arab, Handschr, der Kôn, Bibl.
za Berlin. IP" Baiid. Berlin, 1889.
M. St. Mohammedanisclie Stndien du prof. I. Goldziher. 2 vo-
lumes. HaUe, 1889-90.
Salisb. Contributions fro m original sources to our knowledge nj
the science of niuslim tradition, du prof. E. Salisbury, dans
Journ, of the American. Oriental Society, VJl, 186 a,
p. 60-1 42.
[La suite an prochain cahier.)
BAAL-ARVAD. 347
BAAL-ARVAD,
D'APRÈS LA NUMISMATIQUE
DES ROIS PHÉNICIENS D'ARVAD,
DURAÎST
LA PÉRIODE PRÉALEXiNDRINE
(450 À 332 AVANT J.C)
PAR
LE DOCTEUR JULES ROUVIER,
CORRESPONDANT DU MINISTERE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE,
CHARGÉ DE MISSION EN PUENICIB.
I
Dans la Confédération phénicienne, depuis la
haute antiquité jusqu'à la conquête de Tempire perse
par Alexandre le Grand, un des Etats des plus im-
portants fut, sans conteste, celui des Arvadites. Sous
la domination des rois de Syrie, comme sous celle
des Romains il jouit, presque sans interruption,
d une prospérité remarquable , attestée par ses nom-
breuses émissions monétaires. Et pourtant, cest à
peine si le nom d'Arvad ou celui d'Arados sont
348 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
mentionnés dans de rares passages des Livres saints,
des annales des Pharaons ou des écrits de quelques
auteurs anciens. Le royaume d'Arvad est donc un
de ceux dont Thistoire nous est encore à peu près
inconnue. Notre ignorance des événements successifs
qui accompagnèrent son évolution durant la suite
des siècles est facile à expliquer. Favorisé par sa si-
tuation géographique spéciale , ce royaume constitua ,
en quelque sorte, en Phénicie, mi véritable monde
à part. Ses colonies elles-mêmes, étaient groupées
sur la côte syrienne, non loin de leur métropole :
comme elle, elles participèrent rarement alors aux
querelles des autres peuples.
La pauvreté de do(*.uments historiques sur un
peuple coïncide le plus souvent avec la connaissance
imparfaite de ses mœurs et coutumes, de ses lois, de
ses croyances religieuses, etc. Il ne faut donc pas
être surpris de constater que la divinité principale
des Arvadites, Baal-Arvad, loin d avoir la notoriété
des divinités de Tyr, de Sidon , de Béryte et de Gébal-
Byblos, nait été citée jusqu'ici dans aucun recueil
dliistoire ou d'épigraphie syrienne.
Divers indices nous permettent néanmoins d'éta-
blir quelle fut cette divinité. Hs sont fournis par des
sources complètement distinctes d où dérive une seule
et même conclusion.
Comme les divinités principales des autres métro-
poles phéniciennes , Melkart de Tyr, Astarté de Sidon,
Baal-Bérit de Béryte, etc., Baal-Arvad fut certaine-
ment une divinité marine. La situation insulaire
BAAL-ARVAD. 349
d'Arvad, Forigine ethnologique de ses habitants,
l'importance considérable de leur flotte et de leurs
relations commerciales avec les divers continents,
avaient logiquement favorisé un pareil choix. D'autre
part, la rivalité de ces peuples voisins, qui, à di-
verses reprises durant l'antiquité, malgré leurs
étroites affinités de races, d'intérêts, de mœurs, etc.,
les fit engager dans des guerres intestines, fait pré-
sumer que Baal-Arvad fut une divinité distincte des
autres Baalim phéniciens. Ces présomptions ont été
confirmées par les découvertes archéologiques.
A une trentaine de kilomètres de la côte syrienne,
dans les montagnes des Ansariés, à Test de Tîle de
Rouad (ancienne Arvad, Arados) se voient les ruines
gigantesques dun ancien temple, qui jouit autrefois
dans le territoire environnant et les contrées plus
éloignées, dune réputation de sainteté sans égale.
Aussi, à diffiérentes époques, rois de Syrie et em-
pereurs romains, les premiers Antiochus comme
Valérien et Gallien, lui accordèrent -ils de précieux
privilèges. Ce sanctuaire célèbre a plusieurs fois été
décrit dans ces dernières années, notamment par
MM. Rey\ S. Jessup^ et R. Dussaud^. Comme le
remarque justement M. R. Dussaud, ce temple
« devait jouer pour Arados, un rôle analogue à celui
* E.-G. Rey, Rapport sur une mission scientifique accomplie en
i86/i-i865, dans le nord de la Syrie [Archives des missions scien-
tifufues et littcr., 2* série, t. III, 1866, p. 336 et suiv.),
* S. Jessup : Palestine explor. fund. 1873, p. 36 et suiv.
•^ R. Dussaud : Voyage rn Syrie [Revue archéolo^,, 1897.).
XV(. 23
350 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
d'Aphaka, dans le Liban». A lappui de cette opi-
nion , cet orientaliste attache , avec raison , une grande
importance à deux bas-reliefs situés aux deux angles
de la face nord de l'enceinte. Déjà signalé par
M. E. (i. Rey, ces bas-reliefs portent chacun un lion
sculpté en ronde bosse. Celui de Tangle nord-ouest
esl placé devant un cyprès. Ces deux symboles se
i^lrouvent au revers dun dichalque aradien, portant
au droit, Teffigie de Caracalla. Le cyprès, symbole de
la déesse syrienne ^ est placé entre un lion et un tau-
reau représentant lun le dieu, Tautre la déesse 2.
Dans ce temple de Baetocécé, connu aujourd'hui
sous le nom de Hosn Soleiman , étaient adorées les
deux principales divinités arvadites, appelées, à
1 époque romaine, Zeus de Bœtocécé et la déesse as-
calonite. Malgré Tabsence de toute représentation
figurée de ces divinités, le surnom d'ascalonite at-
tribué à TAstarté de ce sanctuaire permet de Tiden-
tifier avec la déesse Dercéto ou Atergatis dont le culte
fut si célèbre à Hiérapolis près de TEuphrate^. Par
suite, il est logique d admettre que leBaal, son com-
pagnon, ichthyomorphe comme elle, et de même
origine, était Dagon.
Cest donc, comme Baal-Arvad, que Dagon
ichthyomorphe figure au droit des tétroboles perses,
' Lajard , Recherches sur le culte du cyprès pyramidal , Mémoires
de l Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XX, 1861, p. 1
à 362.
* De VogûÉ, Mélanges ât archéologie orientale, p. 67.
•■* Lucien , De Dea syria , 1 ^ .
BAAL-ARVAl). 351
émises par Arvad, entre 867 et 332 ^ et que M. Ba-
belon croit plus anciennes-, H y occupe la place
d'honneur, comme « Melkart sur un hippocampe »
sur les statères perses frappés par Tyr, à la môme
époque.
C'est en effet, à Dagon seul, que conviennent les
caractères rassemblés sur lune des faces de ces tétro-
boles. Il suffit, pour s'en convaincre, de se reporter
à la description donnée dans Samuel, v, 3-4, de la
fameuse divinité cananéenne. Aussi tous les numis-
matisles et les archéologues sont-ils d'accord sur ce
point.
Celte attribution incontestable entraîne, comme
corollaire obligé, celle que la tête figurant au droit
des statères émis par Arvad , à une époque antérieure ,
et continués |3endant la même période, appartient
au même dieu national.
Cette tête, maintenue sans modifications sérieuses,
au droit d'innombrables statères qui se répartissent,
comme je Tai démontré, sur une période de plus
d'un siècle, durant laquelle l'art du graveur phé-
nicien commença à subir l'heureuse influence de la
civilisation hellénique, ne peut pas avoir appartenu
à une autre divinité^.
' Voir ma Numism<ili(iiie des villes de Uc Phénicie : Arados, ap.
Jonnud iiUern. d'archéolocjic nutnisin., Athènes, 1900; et Uépartition
clironolotjûjHc du inoniwj(uje des vois phéniciens d'Aruad, dans le
nit'int' journal, o* trimestre 1898.
^ E. BvBKLON, Perses ac kémé aides , p. CLY et CLVi.
■' Sur Dagon, voir : Juges, xvi, a3-3o; Samuel, 2; Chroniques,
\, lo-, PiiiLON DE Byblos, (lans Fracjmenta historicorwn (jrœc, éd.
352 SKPTEMBREOCTOBRE 1900.
II
Tel n est pas Ta vis de Six ^ et de M. E. Babelon-.
Ces savants décrivent la tête de la divinité figurant
au droit des statères perses d'Arvad , comme colle
deBaal-Melkart.
M. Babelon trouve^ des ressemblances entre cette
tète et celle des statues du Melkart d'Amathonte,
actuellement au musée impérial de Constantinople*.
J'avoue n avoir pu les constater. Rien en effet dans
la divinité arvadite nevoque l'impression de force
brutale, si apparente dans le Melkart de Cypre et
dans celui de Tyr, que, plus tard, elle le fera assi-
miler avec vraisemblance à THéraclès grec.
Il est assez probable que si M. Babelon a cru voir,
comme Six, une divinité différente sur les statères et
sur les tétroboles perses d'Arvad, cest parce que,
sur les premiers, la coiffure de la tête de Dagon dif-
fère notablement de celle de la divinité ichtliyo-
morphe gravée sur les secondes. Les cheveux sont
Mulier-Didot , t. III, p. 667, 669, fragm. 2, S i4, a5; et tous les
commentateurs de rAncicn Testament , surtout ceux du xvii' siècle,
(iOrn. a Laj)ide , etc. , dont les savantes recherches ont été ensuite
reproduites par tous les auteurs qui ont étudié la même question.
' J. P. Six, Observ, sw les monnaies pliéniciennes , [Ntunism,
Chronicle, XVII , 1877, p. i83).
* E. Bahelon, Perses acliéniénides , Aradus , passim..
^ Idem, MvlniKjes uuinism, t. I, p. 2 35.
* Voir Perrot et (iUiPiEZ, Hist de fart dans tantiifuitéj t. 111,
p. 500.
BAAL-ARVAD. 353
disposés sur le front et la nuque, en trois rangées de
frisures, au lieu d*être tressées en longues nattes re-
tombant sur les épaules. Mais, ces particularités
sont loin d*avoir l'importance qu'on serait porté à
leur attribuer de prime abord. Au droit d'un statère
contemporain /classé à Ascalon \ figure aussi Dagon
ichthyomorphe. Or, sa coiffure rappelle beaucoup
plus celle de la tête des statères arvadites que celle
de la divinilé ichthyomorphe des tétroboles. Néan-
moins, personne ne conteste qu'il s'agit de la même
divinité dans les deux villes. Pour expliquer cette
diSférence de représentations, on pourrait supposer
qu'à Arvad on conserva sur les statères le type le
plus archaïque, peut-être par respect de la tradition,
tandis que sur les tétroboles on adopta un type
modifié. Pareils exemples de représentations va-
riables de mêmes divinités existent dans tous les
pays et toutes les religions, à toute époque de l'his-
toire.
Il est d'ailleurs certain que les Arvadites ne peuvent
pas avoir figure simultanément Dagon et Melkart
sur leurs espèces monétaires.
Apres la conquête macédonienne , avec le temps ,
sous la domination des Lagides et surtout des Séleu-
cides, les divinités phéniciennes se sont modifiées et
peu à peu transformées , dans chaque ville , en divi-
nités helléniques, les rappelant dans leurs traits prin-
cipaux. Ainsi, Melkart fut remplacé par Héraclès,
* E. Babelon, Perses achéniénides , p. 47, n" 32o.
35'i SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
Dagon et Baal-Bérit par Poséidon ^ Aslarté par
Tyché et plus exceptionnellement par Amphitrite.
Mais avant l'annexion de TOrient à TEmpire romain ,
la principale divinité d'une ville quelconque conserva
loujours, en Phénicie, dans le culte local, ses pri-
vilèges antiques et sa suprématie indiscutable sur les
îiutres dieux. Ceux-ci étaient donc en réalité, relé-
gués au second plan. Dans les inscriptions, comme
sur les monuments figurés , ils s'effacent constamment,
plus ou moins, devant le Baal de la cité. Celte règle,
applicable à la numismatique comme à Tépigraphie
el à la sculpture, montre que, dans une même pé-
riode, deux divinités, de même sexe, ne peuvent
avoir simultanément figuré au droit des espèces d'un
atelier monétaire^. Elle ne souffre d'exception que,
lorsqu'une domination étrangère, celle d'Alexandre
le Grand, par exemple, s'est brusquement substituée
au gouvernement local.
Cette remarque établit une sorte d'unité harmo-
^ Pour la transformation graduelle de Dagon ichthyoïnorphe en
Poséidon , cf. Alfred Maury , Le nom et Le caractère du Neptune phé-
nicien [Revue archéolog,, t. V, i848, p. 545-556).
* Le tétradrachme aradien de l'an 86 , imitation tardive d'un té-
tradrachme d'Antigone, roi d'Asie, aux types «Tête de Poieidon-
Apollon assis sur un navire » , porte bien « Poseidon-Zeus » ; mais la
tête de Poséidon est au droit, et Zeus ne ligure probablement au re-
vers que pour éviter une confusion de ces tétradracbmes avec ceux
précités d'Antigone. Peut-être fautril reconnaître dans ce Zeus,
brandissant le foudre, une allusion éloignée à la prépondérance
terrestre de Dagon, dans le domaine cliampêtre, signalée dans la
Cosmogonie de Sanchoniathon , qui le fit transformer par les Grecs
en Zeus aratrien, divinité bien distincte de Poséidon.
BAAL-ARVAD. 355
nieuse dans le monnayage de chaque ville phéni-
cienne , et facilite singulièrement Tinterprétation
des types monétaires , malgré leurs nombreuses va-
riétés. Elle aide à résoudre bien des problèmes de-
meurés en suspens, en 1 absence de texte historique,
ou épigraphique, pour en donner la clef. Faute de
Tavoir faite et d'en avoir tenu compte, les savants
les plus recommandables ont commis des erreurs
d'attribution , à Arvad comme dans les autres ate-
liers monétaires de Phénicie.
Si l'interprétation de Six et de M. Babelon était
justifiée, le dieu figuré sur les plus fortes espèces
d'Arados en s'hellénisant sous les Séleucides , aurait
dû, comme à Tyr, se transformer en Héraclès. L'in-
terprétation que je défends, également adoptée par
MM. Imhoof-Blumer^ et René Dussaud^, entraîne
comme corollaire la transformation ultérieure de
Dagon, en Poséidon, comme étant la divinité ma-
rine par excellence des croyances grecques.* Or telle
est bien la seule dénomination qui convienne au
type figurant sur l'une ou l'autre face des monnaies
autonomes d'Arados, contemporaines des rois de
Syrie.
Cette transformation dut s'opérer de bonne heure,
dès les premières années consécutives à la conquête
macédonienne.
En tout cas, avant 2 Sg av. notre ère, quand Arados
inaugura son monnayage autonome, sur les tétro-
^ Imhoof-Blumer, Monnaies (jrecqnes.
^ R. DussAUD , loc. cit. , p. 2 1, note 3 , du tirage à part.
356 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
boles atliques non datées , portant le monogramme
AP, Dagon a été remplacé au droit par Poséidon.
Celte tête de Poséidon a été décrite par certains
numismatistes (Peilerin, Eckhel, Babelon, etc.)
comme celle de Zeus : confusion excusable, si on
néglige de tenir compte du type du revers.
Les deux divinités qui offrent le plus de res-
semblance, dans la sculpture grecque, sont in-
contestablement Zeus et Poséidon. Mais sur ces
tétroboles, la présence d'ime proue de galère,
au revers, ne peut laisser subsister aucun doute,
sur Tattribution de la tête du droit à Poséidon.
Et si cette preuve ne paraît pas convaincante, il
suffit d'examiner le magnifique tétradrachme,
frappé par Arados en 86 (lyS av. J.-C), et appar-
tenant au Cabinet de France, pour être fixé défi-
nitivement.
La tête de Poséidon apparaît sur cette monnaie à
la place a honneur réservée aux effigies royales, avec
des caractères si précis , que toute hésitation est im-
possible.
III
Cette rectification en entraîne logiquement plu-
sieurs autres, faciles à prévoir : il convient de rem-
placer Zeus par Poséidon dans tous les groupes
monétaires d*Arados où Ion avait cru reconnaître
la première divinité.
BAAL-ARVAD. 357
Tels sont les suivants :
1° Buste tourelé de Tyché, à Proue de navire, à gauche,
droite, portant une palme sur Tavant surmonté de la figure
l'épaule gauche. d*Alhéna Promachos; sur la
proue, Poséidon, à demi nu,
est assis , s^appuyant de la main
gauche sur un sceptre, et te-
nant de la main droite une cou-
ronne. Au-dessus, lettres phéni-
ciennes variables. A Texergue,
date en chiffres phéniciens, al-
lant de Tan 85 à Tan i48 de
l'ère d'Arados.
JÇ.. i5 à 22 millimètres. Chalques ou hémichalques.
La représentation de Poséidon, assis sur une
proue, est ici une allusion évidente à la nature de
sa souveraineté.
La couronne qu'il tient dans sa main droite rap-
pelle le Dagon ichthyomorphe , au droit des statères
ascaloniens et des dilepta et hémilepta arvadites du
IV* siècle avant J.-C; pareil type ne conviendrait
pas à Zeus.
Nulle part, en sculpture, en glyptique ou en nu-
mismatique, on ne l'observe dans de pareilles con-
ditions.
En dehors de Poséidon, de toutes les divinités
masculines des anciens Grecs, Apollon est la seule
que l'on trouve exceptionnellement figurée sur une
proue. Son visage imberbe, sa coiffure caractéris-
tique ne permettent alors aucune confusion.
358 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
C'est donc réellement Poséidon et non Zeus
qui figure sur ces bronzes aradiens.
2" Tèlo laiiréo do Poséidon, Eperon de navire, à gauche,
à droite. Au dessus, lettres phéniciennes
variables. A Texergue , dates
phéniciennes, allant de Tannée
7/1 à Tannée i/i6 de Tère d' Ara-
dos.
M, 1 5 à 17 millimètres. Ilémichalques.
3° Bustes accolés de Poséidon Proue de navire, à gauche,
et (TAmphilrile diadémée, à L'avant surmonté d'une figure
droile. d'Alhéna Promachos. Au-dessus,
lettres phéniciennes variables.
A Texergue, une date et une
lettre phénicienne.
it. 16 millimètres. Hémichalques.
M. Babelon a décrit ces 2 têtes accolées comme
appartenant à Zeus et à Héra. Cette attribution du
buste de déesse serait justifiée si le buste du dieu
était celui de Zeus. Mais, même dans ce cas, il serait
élrange de voir Héra, divinité inconnue à cette
époque, non seulement à Arados, mais encore dans
le reste de la Phénicie , figurer au droit d un hémi-
rhalque aradien.
L'attribution à Amphitrite, compagne de Poséi-
don, est bien plus satisfaisante pour rappeler, hellé-
nisée, la déesse parèdre de Baal-Arvîid représenté
sous les traits du Souverain des mers.
BAAL-ARVAD. 359
Conclusion.
Baal-Ai'vad ne fut autre que Dagon ichthyo-
morphe. Cette divinité ascalonienne s'est plus lard
transformée en Poséidon, avec les progrès do l'hel-
lénisme sous la domination des Séleucides.
360 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
NOUVELLES ET MELANGES.
NOTICE
SUR
UN MANUSCRIT DES FABLES DU KALILAH ET DIMNAH ,
PAR M. RENÉ BASSET,
CORRESPONDANT DE L'INSTITUT,
DIRECTEUR DE L'ECOLE SUPERIEURE DES LETTRES D*AL6ER.
La Bibtiothèque nationale de Paris renferme sous le nu-
méro 3593 du fonds arabe (supplément 2197) un manu-
scrit d*époque moderne ainsi décrit ; « Recueil de fables com-
mençant par l'histoire de l'Alouette et de TEléphant. La der-
nière fable, le Serpent et le Crapaud, n*est pas terminée; les
deux feuiJlets qu'on a ajoutés après coup contiennent un
fragment d'un autre conte * ». En examinant ce manuscrit
eu vue d'un recueil de fables arabes en préparation , je re-
connus sans peine qu'il contenait une coUection de récits
extraite d'un texte du Kalilah et Dimnah , analogue pour la
rédaction à la recension de S. de Sacy, et à l'édition de
Mossoul * , mais différente en ce qui concerne les récits. Sous
ce rapport, ce manuscrit est à rapprocher de la recension
signalée par M. Guidi' et de l'édition de Beyrout *. L'auteur
de ces extraits, peut-être un chrétien, a procédé comme
celui de VAlter Msopus attribué sans preuves à Baldo^; il a
' De Slane, Catalogue des manuscrits arabes de la Bibliothè<jne nationale
de Paris, Paris, 1 883- 1898 , \n-à\ p. 618, coL 2.
^ Mossoul, i883, in- 12.
^ Studii sul testa arabo del libro di Calila e Dimna, Rome, 1873; in-8*.
* Éd. de Khalil el Yazidji, Beyrout, 1899; iii-8'.
' Cf. E. DU MÉRiL, Poésies inédites du moyen âge, Paris, i85ii; in-8*»
p. 213-269.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 361
tiré du cadre des histoires un certain nombre de fables qu'il
a accompagnées d'une morale.
Comme ce manuscrit a échappé jusqu'à présent à l'at-
tention de ceux qui se sont occupés du Kalilah * , il m'a
semblé utile de le signaler en vue d'une nouvelle édition de
ce livre. Comme spécimen , je donnerai le texte de la pre-
mière fable avec les variantes que présentent les éditions de
Sacy (S. j^ de Boulaq(B)\ de Beyrout(Bey) et de Mossoul
( M ). J'énumèrerai ensuite les contes et , mon intention n'étant
pas d'en faire une étude comparative , je renverrai aux deux
excellents ouvrages de Benfey * et de Chauvin *. Comme tra-
duction , je citerai celle d'Attaï et Riabnin **, la seule com-
plète et la meilleure. Enfin je reproduirai h texte de la fable
qui manque dans l'édition de Sacy.
(Folio l) Ju-C (') t ^ .^ 3 (:-0.&.,a.Xj jLjUfc.31 c»Joci ïy^ ^^I \^y'iS
jo'^Lê J— c j.^-^. c»I3 ji *JI <y<yy^. *^y£^ XtM^ tj'»^ S^S Ji»^
JUli6l3 (folio 2) I4JL-Ô «JiJbl^ aâ5^ x&-<é3 ïy^XliS J^ ^^ *'^)y* '^ya^
0x33 ^^xa. ca»jUai »^ ^JJ$ il JbJLJl ^^ L4JL3 f^ùJl ^J\ (') 0^3 AJS
^^&^ o.-^l?3 yl JJl^ (^JJ\ L. JJUJ l^t (*) oJU, iUS'b i^^\^ Jl£ (»i
Ijuuào*-! dLl3 oJLxil J^Iya. i (•) JI3 {'l^^yj c:JUS3 ^,jJijO («) os«<fc^3
(^JJl 3^ (") Jl^oUI JLî (°')<^^W ^^W^ *^ à^ l;UAa.l3 (») Jlar
!'5) JLïJUJ (^ ^ c:)! t^^»^ Lt3 «"';3-^I ^ oJUi JlJUI ^^ l^JU
i'')^^-^ l3;-----3 y! C»)^ *-Jl'^! ut^yJl3 ^UbJU oJUi ;3^ls» ^^
' Il n est pas mentionné dans la liste dcsms. du Kalilali et Dimnali^ donné
par M. ZoTENBKRG, V Histoire de Gafàd et Schimâs , Paris, 1886; in-8°,
p. 25-26.
* Calila et Dimna , Paris, 1816; in-A", p. 10.
' Boulaq irî^ghég. ; \n-!\°.
* Pantschalantra , fiinf Bâcher indiscker Fabeln, t. 1. Leip/ig, 1809; in-8°.
^ Bibliographie des ouvrages arabes, t. II, Kalilah. Liège, 1897; in-S".
* KuHra Kaau.ia 11 J'i^hh. Moscou, 1889; in-8°.
362 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
iJL^ WjuJU jLXa^l dLJ,> OoL? L5i3 ('») luX^ ^3f^3 '"' M* J>Âi3 ^^
y-^t>^ ji (5«c) ooU. (*')dm jyjLîJi o^ u^ juua»^ çj^ *'*y>«^ ^^
^'^1 »j-jJlJ1 c^JU aJU ^ ^jrfî^ JuJUI («•) J^ 2^ UxJL^ (folio 3)
JL^^L^JI i juJu c-j;? WpL. l^ yï ^^. jiSCsl^ ^^ \S\ (")JujU!
(*»)*J^I 0Ô3 WpL# l^^^! ^yj *^3l4JJ ^ i j^43Î3^l3 ^^UaJI JiJLi
^3 ("liL^^lVî i ^3 4^ (") Ja5I^ «*')'Ul v^ Jl£ L5C« *U jiiajJ!
ju».!; Jl^ c}»^^ ÏJ-.JJUI f") 00I4 I4-J (") |iu£U (") I4JU lA.yks Os^ç
jUL^ ^iI⣠ovJ; U^(«t'c) (^^JLXatfJi X(^ yUli jUaii i^,:! 0JU9
J^JlU j^^. jb3 (") ^^ ^ ^ iil^ »^^3 ^.xia. (sic) ^yU» ^
^X..;^ Jo jLdLxJ! yl sLuu* I JsuA If^Uai. £JUI ^3 lf?t3^ JlC iCiL^
(*») »,NÂ^ ^.^ il L# JuJUaÇ
(') s. B. Bey. M. L^ ooôl^^ iU^^!. — W S. B. Bey. M. fù,.^
L^lji JlxS 3LiAo. — W s. B. Bey. M. o4^ UpU U c^jlâj L^i.
— (*) S.B. Bey. M. oulV c:';^^. — ^•'^ S. B. Bey. M. oJU *5. —
W S. B. Bey. M. c:*<ûaft >«î dUUI l^^î . — O S. B. Bey. M. j^l^. —
W S. B. Bey. M. bÎ3. — W S. B. Bey. M. ^^il dUL. I^Uuax.-,!. —
^'®^ Ces trois mots manquent dans S. B. Bey. M. — t") S. B. Bey. M.
JU. — ('*) S. B. Bey. M.^I. — (") S. B. Bey. M. 1^1. — ('*) S.
B. Bey. M. l^ ^^. — (i^) s. B. Bey. M. jcu.'— (»•) S. B. Bey. M.
çjj^ c-^^l. — (") S. B. Bey. M. a^Jï j- y^. — (») S. B. tpuui
*rt-Ls^; Bey. M. ^uJL^ yUiJLxi. ^'^^ Manque dans S. B. Bey. M. —
(*» S. B. Boy. M." JUi Joo ^ jU*.! jU. — (^') S. B.M. dJi Jl,
Jk'v. JJi JI l^JU^U. ~ (*^) S. B. M. 13^63, Iky. ^^ij. — ^«) S.
B. M. 13^ \yJ\y^ ki, M. y3jJLx^ yi^ U, Bey. y^ ^^^ J^J. —
^^) S.B.M. Li^ 13-^ ^^L^,Bey.l^^^y^A> jo.. -W S. B. Bey.
Vr..j^.y.5 J!. — W s. A^i» u il, B. Bev. M. jgkU iH. — ^") S.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 363
B. Be> . M. *JL. JJ3 c>^ U3. — f«) S. B. Bey. M. I4J!. — («» S. B.
Boy. M. ^ i ^^•. — (30) S.B. Bey. M. y^ u^ ^J^ *-o.» c>JU
iVxi*, Jl ^. — (3») s. B. Bey. M. ajoutent l^, Bey. ^jiifiY». —
^^^) S. B. M. I^4A35, Bey. ^^^^. — ^^^ S. B. Bey. M. *5U. — t^*) S.
B. Bey. M. ^Ui i vilA» >î. — (»*) S. B. Bey. M. ^4^ f^^^. —
(^) S. B. M. JJ3 JI U^UU, Bey. AJS Jl L^JU^U. — (»') Bey.
^jjjUi^l^. — ('"^^ S. B. Bey. M. ^<w3. — (^9) Qq passage depuis ^\yj>o\y
manque dans S. B. Bey. M. — (*"^ S. B. M. «o^^^l, Bey. «o^^aw.
— (*'^ Ce passagr depuis *li manque dans S. B. Bey. M. — (**) S.
B. Bey. M. J^U. — (") S. B.Bey. M. ïù^^\ i. — (") Ce passage
d('[)uis OvjK? y^y manque dans S. B. Bey. M. — (**) S. B. Bey. M.
^'^\s. — (4«) S. B. Bey. M. ^Z^^, — (*') S. B. Bey. M. ^ joLc
jLx^ yÂ4o^ JLxjLa^ . — (***) (ietie phrase depuis ç^^. ià manque dans
S. B. Jky. M.
Attaï et Riabnin p. 6; Benfey p. qM ; Chauvin p. 81-82 :
Fol. 3 : L'Homme et le Trésor. De Sacy, p. 46-^7; Attaï et Ri-
abnin, p. 33; Benfey, p. 67; Chauvin, p. 82.
P^ol. 4 : L'Homme qui prétend être savant. De Sacy, p. 47-48;
AlUû et Riabnin, p. 33; Benfey, p. G8-70; Chauvin, p. 82.
Fol. 6 : Xa Ruse manqiiée. De Sacy, p. 48; Attaï et Riabnin,
p. 3/1; Benfey, p. 70; Chauvin, p. 82-83.
Fol. 7 : L'Homme et le Filou. De Sacy, p. 5i ; Attaï et Riabnin,
p. 36; Benfey. p. 70-71; Chauvin, p. 83.
Fol. 8 : Le Marchand et son Associé. De Sacy, p. 53; Attaï et
Riabnin, p, 38; Benfey, p. 71-72 ; Chauvin p. 83.
Fol. 12 : Les deux Jarres, De Sacy, p, 55; Attaï et Riabnin,
p. 39; Benfey, p. 72 ; Chauvin, p. 83.
Fol. 12 : Ze Pécheur et la Perle. De Sacy, p. 57; Attaï et Ri-
abnin, p. 4o; Benfey, p. 73; Chauvin, p. 83-84.
Fol. i3 : Le Rayon de lune {^^<>s3sJ\ ^ù^*aX\). De Sacy, p. 64;
Attaï et Riabnin, p. 46; Benfey, p. 77-78; Chauvin, p. 84 *.
Fol. 17 : L'Honunc et la Femme perfide [S^^ «Ijll^ J^j^')' ^
Sacy, p. 66; Altaï et Riabnin, p. 48; Benfey, p. 78; Chauvin, p, 84.
' Aux rapprochements cités par M. Chauvin , il faut ajouter ceux que j'ai
indiques dans une note de mon introduction aux Fourberies de Si Djeha
Irad. par M. Monliëras, Paris 189a ; in 1 a , p. 33-34 , note 5.
304 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
Fol. 18 : Le Marchand et son Employé (»^-s^î^ ^bJI). De Sacy,
p. 68; Attaï et Riabnîn, p. 49 î Benfey, p. 78, Chauvin, p. 84.
Fol. 20 : Le Chien et l'Ombre ( JJsJl^ i-JOl). De Sacy, p. 69;
Attaï et Riabnîn, p. 5o; Benfey, p. 79; Chauvin, p. 85.
Fol. 21 : L'Homme (^^L-Jill). De Sacy, p. 76-77; Attaï et Ri-
abnin, p. 54; Benfey, p. 8o-83; Chauvin, p. 85 ^
Fol. 22 : L'Homme et le Loup («-vJJl^ yLyJilf). De Sacy, p. 80;
Attaï et Riabnin, p. 58; Benfey, p. 99-101; Chauvin, p. 86.
Fol. 24 : TjC Singe et le Charpentier (^L^l^ «^r*^' )• ^ Sacy,
p. 82 ; Attaï et Riabnin , p. 69 ; Benfey, p. io5-io6 ; Chauvin , p. 86.
Fol. 20 : Le Renard et le Tambour ( J^-^I^ <, JjiJiJl ). De Sacy,
p. 90; Attaï et Riabnin, p. 65; Benfey, p. i32-i34; Chauvin,
p. 86-87.
Fol. 26 : Le D^wot (dUUJl). De Sacy, p. 94; Attaï et Riabnin,
p. 67 ; Benfey, p. 139; Chauvin, p. 87.
a. Fol. 26 : Les deux Béliers. De Sacy, p. 94; Attaï et Ri-
abnin, p. 68; Benfey, p. 1 39-140; Chauvin, p. 87.
b. Fol. 27 : La Femme qui s'empoisonne. De Sacy, p. 94; Attaï
et Riabnin, p. 68; Benfey, p. 1 38- 139; Chauvin, p. 87.
c. Fol. 2S:La Femme dn savetier et son ^4 mie. De Sacy, p. 96;
Attaï et Riabnin, p. 68; Benfey, p. i4o-i47; Chauvin, p. 87.
Fol. 33 : Le Corbeau et le Serpent noir {ùyM^\^ i^\yxJ\). De Sacy,
p. 100; Attaï et Riabnin, p. 72; Benfey, p. 167-174, Chauvin,
p. 87-88.
a. Le Héron et l'Écrevisse, De Sacy, p. 1 00 ; Attaï et Riabnin ,
p. 72; Benfey, p. 174-179» Chauvin, p. 88.
Fol. 4o : Le Lièvre^ et le Lion [<>^^\^ v^;^^)- De Sacy, p. io3,
Attaï et Riabnin, p. 74; Benfey, p. 179-184; Chauvin, p. 88*.
Fol. 44 : Les Pêcheurs et trois Poissons (s±»>L- Sj ç^~rf^l ^ in M
c»lX«w). De Sacy, p. 107; Attaï et Riabnin, p. 177; Benfey,
p. 188-189; Chauvin, p. 88-89.
' Cf. aussi Chauvin, Bibliographie des ouvrages arabes. III : Loaqmdne et
les fabulistes, Liège, 1898; in-8°, p. 99-100.
' Il faut ajouter aux rapprochements une version |K>pu]airc en soaafaili :
Simba na Kibana IVuâi (C. Velten , Màrchen und Erzûhlungen der Suaheli,
Stuttgart, 1899, in-8', P' ^)-
NOUVELLES ET MÉLANGES. 365
Fol. 45 : Le Pou et La Puce [*±>^yJ\^ *JL#JlJ!). De Sacy, p.iio;
Atlaï ot Riabnin, p. 79, Benfey, p. 222-223; Chauvin, p. 89.
Fol. 46 : Le Canard (âLxJI). De Sacy, p. ii5; Attaï et Ria-
hiiin, p. 83; Benfey, p. 227; Chauvin, p. 89.
Fol. k'] i Le Chameau, le Loup, le Corbeau , le Chacal et le
Lion. De Sacy, p. 119; Altaï et Riabnin, p. 86; Benfey, p. 23o-
23 1; Cliaiivin, p. 89-90.
Fol. 56 : Le Titibha et la Mer (^_^J1^ J^^\). De Sacy,
p. 124; Attal et Riabnin, p. 89; Benfey, p. 235-239; Chauvin,
p. 90.
Fol. 57 : a. La Tortue et les deux Canards, De Sacy, p.i25;
Altaï et Riabnin, p. 90; Benfey, p, 239-241; Chauvin, p. 90.
Fol. 62 : Les Singes et FOiseau (^LLJl^ ù^JL)\)' De Sacy, p.128;
Altaï et Rial)nin, p. 92; Benfey, p. 269-270; Chauvin, p. 90.
Fol. 63 : Le Filou et le NéffUgent [JUl-àJ,]^ 'r-^)- De Saey,
p. 129; Attaï et Riabnin, p. 92; Benfey, p. 275-279; Chauvin,
Dans celte fable se trouve celle du Cormoran et du Serpent, qui
manque dans Tédition de Sacy. M. Guidi a fait connaître le texte
arabe pour la première fois* et il a été reproduit et traduit en
russe par Altaï ot Riabnin*. L'édition de Beyrout en donne une
receusion très abrégée et difiërenle pour la rédaction du. texte de
Guidi et de celui de notre manuscrit. Ceux-ci d'ailleurs, présentent des
variantes enlre eux. La fable manque dans l'édition de MossouL
(F0L67) MJ3p>-A<*Jî
»* ^ j-^ Lyj JL^l *Â^ Ix^ ^^15^ iuSj^ {j^y^^ ^y^^ tj^ul î>5)
Ji JLjJI [sic) oSU. pyjSoJl ^yi U^yl5j ^y^^ J-^ «>-J^ •>>-*'î
' Studii sul testa arabe. Appendice p. xviii.
^ Kunra Kajuja, p. 'iify-22-j.
XVI. 24
IMralMI.lUC «ATlOSIALt.
3Ô6 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
^^Li c»L^ JS'L» yAy ^jmyjR ^J^\ Ae^ yS^ Jl *J ^'-ô'j *? ;l--J| tf!j«-î^î
bU iL^ ^ Jl »^ ^^ U^liJL. (f 68) JJU9.I3 (5ic) ^«JtS'Uisw
y.^ Os.^^ LiA^t JI jl ^pA. 45^U J^:^! ALaUU^ vJLcteJl Jsab.3 j«^
(^! ^ aJ^ i |*>-^i^i ;j«t3 ^^(3 U^3 âJI ^^ÂsLu'ii idU^J^ MI
^..^i ^^ JUwJf ^^ ^^1 dUi i U ^«^3 i:^ J5Î U o-;4. ^^.!
iw9 jULSl.^ l(^ Jwar y*)^ »^IaJI (lisez : v^m^) «^Jb? ^^^^ ^^ ^^^
!X_J!; »Jwa.>-* p3 i^-rJS jiA Jja ^ 4^ jî^*^i ^^ tf«^ J'yi
JUJI£ JU^I; «^ J^^
Cf. Benfcy, p. 379-280; Chauvin, p. 91.
Fol. 70 : Le Marchand et le Dépositaire [^yX\y ^LJl). De
Sacy, p. i32; Attaï et Rîahnia, p. gô; Benfey, p. 283-284;
Cliauvin, p. 92.
Fol. 72 : Le Peintre et la Femme du Marchand (gl^^L syaXi
y^lxJl), De Sacy, p. i39;Attaî et Riabniii,p. 101 ; Benfey, p. 299-
3 00; Chauvin, p. 92.
Fol. 'jà : Le Médecin icfnorant ( J-iftL^ »..*fl*kll)* De Sacy,
p. 1^6; Altaï et Riabnin, p. 106; Benfey, p. 3oo; Chauvin, '
p. 93. Comme dans le texte publié par Guîdi [Stadii sud testo
of'rtAo, p. xxii) , le pays est nommé : jOL-Jl J^\osm ^^ SU^ty^ i yli'»
tandis qu'il ne l'est pas dans De Sacy, dans l'édition de Beyrout,
dans celle de Mossoul et dans celle de Boulaq.
Fol. 77 : Uhomme [et les deux Femmes] (jLa».J!). De Sacy,
p. 1^8; Attaï et Riabnin, p. 107; Benfey, p. 3oo; Chauvin,
p. 93. Ici encore le lieu de la scène est nommé : S> ^ >.i ^j\ 1^
^OsxJI L^Jlx ylâ\ cifiji^U [sic) tJ JU^..
NOUVELLES ET MÉLANGES. 307
Fol. 78 : Le Marzoubân et le Fauconnier (^l.>^LJî^ yb^UI), De
Sacy, p. 1 55; Altaï et Riabnîn, p. 112; Benfey, p. 3oi-3o2;
Cliauviu, p. 93. Jci encore, contrairement aux autres versions, le
lieu de la scène est nommé; 00L4JI Ji\0sj9 ^ JLL^x^ i t>t5'*3l ^j
c:»l3^U [sic] *J JULj.
Fol. 81 : Le Corbeau, la Colombe et le Rat (^yjt, iUUiij v'y^')-
De Sacy, p. 160; Attaï et Riabnin, p. 116; Benfey, p. 3o5;
Chauvin , p. 93. Le nom du pays est différent de celui qui est in-
diqué dans De Sacy, et dans les éditions de Beyrout, de Mossoul
et de Boulaq ( ^jjçai.0o5lXw. Cf. sur les noms, Benfey, p. 3o8) :
FoL 91 : le Religieux et le Rat (i^att^ ^^'^J). De Sacy,
p. 1^7 (où c'est le Rat qui raconte son histoire); Attaï et "Riab-
nin, p. 12 1; Benfey, p. 3i6-3i8; Chauvin, p. 9^. Ici encore, la
ville est désignée par le même nom que dans deux contes précédents :
a. Fol, 93 : La Feinme au sésaine. De Sacy, p. 168; Attaï
et Riahnin, p. 121; Benfey, p.. 3i8-3i9; Chauvin, p. 91.
b. Fol. 95 : Le Loup (..oJJl). De Sacy, p. 168; Attaï et
Riabnin, p. 122; Benfey, p. 3 19-320; Chauvin, p. 96.
Le texte de l'histoire du Corbeau, du Rat, de la Tortue et de
la Gazelle (^^\^ JubA^I^ SyÂ^ v^r*J^ diffère de celui de De
Sacy et des autres versions. Commencement : i ^^\^ jlJ\ \y^\
(sic) ^^\yû.ifS^, 1^15^ SâAm,^ Sy^y i^\y£ j-UJI ^^ ^J£i î^^^**^ *çri
^^JsasL^ ^ j.^ J5 l>JUê^Ç3 ylÛi JJi i iu.^1 i ^y J.^ ù^^\
»v— :jé J c Jj-JL^ vIj^Jl )^y *y^ i ^j^ J^i-J-^ 'Ul i [sic] u^^
Entre le folio io4 et le folio io5, il y a une lacune d'environ
un folio.
Fol. io5 : Les Oiseaux [^yJ^iS). De Sacy, p. i84 (il s'agit de
' On trouve régulièrement dans le manuscrit les fautes suivantes :
24.
368 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
njrues S^S}\]; Attaï ot RIabniii, p. i34; Benfey, p. 334-420;
Chauvin, p. gS.
a. Fol. 106 : Les Lièvres et les Eléphants, De Sacy, p. i85 ;
Attaï et Riabnin, p. i34; Benfey, p. 348-349, Chauvin, p. 96.
/;. Fol. 110: Le Lièvre, le Moineau et le Chat, DeSacy, p. 187;
Attaï et Riabnin, p. i36; Benfey, p. 35o-354; Chauvin, p. 96.
Fol. ii/i : Le Dévot et les filons. De Sacy, p. 192; Attaï cl
Riabnin, p. 139; Benfey, p. 355-357; Chauvin p. 96.
Fol. ii5 : Le Marchand et le Voleur, De Sacy, p. 194; Attaï
et Riabnin, p. 147; Benfey, p. 366-368; Chauvin, p. 97.
Fol. 117 î Le Voleur et le Diable, De Sacy, p. 195; Attaï et
Riabnin, p. §4^; Benfey, p. 368-369; Chauvin, p. 97.
Fol. 119 : Le Charpentier et sa femme. De Sacy, p. 196; Attaï
et Riabnin, p. i43; Benfey, p. 070-373; Chauvin, 97.
Fol. 123 : Le Dévot et la Souris, De Sacy, p. 199; Attaï et
Riabnin, p. i4/»; Benfey, p. 373*378; Chauvin, p. 97-98.
Fol. 129 : Le Serpent et les Grenouilles, De Sacy, p. 2o3;
Attaï et Riabnin; p. 147; Benfey, p. 384-385; Chauvin, p. 98.
Entre le folio i3o et le foîio i3i, il y a une lacune considé-
rable qui renferme la fin du conte du Serpent et des Grenouilles et
probablement ceux du Singe et de la Tortue; du Lion, du Chacal
et de rAnc et le commencement de ceux de Y Ascète et de la Belette
et de ï Ascète et de ses projets. Le folio i3i reprend avec la (in
de ce dernier ^ L^ oJLk.«> \S\j ùyjJl^ >-. ,«..'<? Ji^ftl ^^ J\J^
Jl^l ^^^ y.^ (i^L^ y^^ Up iU^ \^^ UiU J 003 ^ '-tsO-j^l
L^ y^^ù^\y c:>.. ... r^U juwl^ ^^ iLLlx^t »^^ S^SLa £y*axJU juu^^t^
' cf. ZoTENBEiiG, L'IIisloirc de Gatâd H Schimâs, p. 3o-3i.
NOUVELI.ES ET MELANGES. 369
Do Sary, p. 217; Altaï et Riabnin, p. 107; Benfey, p. ^99-
5oi ; (ihauvin, p. 101.
Fol. i3i. Suite de rhistoire du Dévot et de la belette qui de-
meure inachevée avec le folio i32.
Comme il est dit dans le Catalogue, à partir du folio i33 com-
mence un nouveau récit dont l'origine n'est pas indiquée ; j'ai pu
relrouvor le roman d'où il est tiré-, c'est un fragment de l'his-
toire d"Omar ben En-Nomân, dans les Mille et une A'ait* , épisode
du récit fait par le Bédouin Hanimàd de son aventure avec deux
jeunes gens dans le désert. Il correspond aux pages 284-280 du
tome I de l'édition du Caire (i3o2 hég. 4 vol. in-S"), Nuit i/»4,
et commence ainsi : (^y^\ L^Js^ i^ oXjt^ ^M^; mais il ne con-
tient pas les vers. Le fragment est d'ailleurs inaclievé; il se ter-
mine avec les paroles de la jeune fdle avant le combat de son frère
et du l^douin :
-^iJI Js^ dUù J0LX5 ^ lo^ilî ^*\y l*^,yAO JLrf^l y! ^\ l^. aMÎ S\jUê
*^t iy;4i Jt »ûsi
BIBLIOGRAPHIE.
Ib\ Galzi's ^^A^AQIB '0.\fAR IBN 'Abd el-'Aziz, besprochcn und
im auszugc mitgetheilt von C. H. Becker, — Berlin, 1900, in-8^
22 et 11^ pages de texte.
Voici un livre d'édification qui, s'il n'est pas de grand pro-
fit pour nos études , ira droit au cœur des Musulmans. Tout
au moins peut-on supposer que , sans sa provenance suspecte
— imprimé en Europe! — et son appareil critique qui of-
fusque les lecteurs d'Orient, il obtiendrait parmi eux le
meilleur accueil.
Le huitième khalife Omeyyade 'Omar. II, fils d'Abd el-
Azîz qui n'occupa que deux ans et demi le trône de Damas
et mourut à l'âge de 89 ans, est pour les Sunnites le type
parfait de la sainteté. Les Chiites eux-mêmes, reconnaissants
du respect qu'il témoignait à la famille d'Ali , ont de grands
370 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
égards pour sa mémoire. Aux yeux de la critique moderne ce
khalife fut un esprit étroit et un pauvre chef d'Etat. Sans
idéal politique , enchaîné dans les pratiques- d'une dévotion
minutieuse , tremblant à la pensée de l'au-delà , il passa son
temps à gémir sur des péchés qu'il n'avait pas commis et à
annoncer du haut du minbar les redoutables vengeances d'un
Dieu inexorable. Chaque épisode de sa vie se noie dans un
torrent de larmes; sa biographie n'est qu'une élégie lugubre,
un recueil d'exhortations ascétiques, entrecoupées de san-
glots. Mais, il faut le reconnaître, c'est par ce côté qu'il a
séduit le piétisme des Musulmans et sa mémoire leur est
d'autant plus chère qu'elle est devenue comme une sorte de
thème pour les manuels de la vie dévote. H a d'ailleurs un
autre titre à la vénération des vrais croyants : on a fait
de lui — mais sans preuves à l'appui — un des pères de
l'école traditionniste. Arrière-petit-fils d'Omar ben Khattab ,
le second des quatre khalifes directeurs (rachi<Un)y Omar II
ne pouvait pas ne pas être, autant par ses souvenirs de fa-
mille que par son zèle religieux , un des représentants attitrés
de la tradition sacrée. M. Becker, dans son intéressante in-
troduction , montre bien le peu de fondement de cette opi-
nion et prouve que le pieux khalife n'est qu'un mouhaddls
de troisième ou de quatrième ordre. Néanmoins sa réputation
demeure inattaquable sur ce point comme sur tout le reste ,
et parmi les trois biographies qui lui sont consacrées , il serait
difficile de trouver le moindre doute sur l'authenticité de son
enseignement.
De ces trois notices, la plus ancienne, citée par Hadji Khalfa,
paraît perdue sans retour : du moins n'est-elle signalée dans
aucun catalogue. La seconde , dont l'auteur est Un certain Mo-
hammed ben *Abd el-Hakem, existe au moins en fragments
dans un manuscrit arabe de la Bibliothèque nationale. La
troisième enfin , celle que M. Becker vient de publier en ex-
traits, a été rédigée par un écrivain bien connu , Ibn el-Djauzi ,
dont la Chronique fait autorité dans l'historiographie musul-
mane. Ce fécond auteur s'était proposé, parait-il, d'écrire la
NOUVELLES ET MÉLANGES. 371
vie des célébrités de l'Islam, et, pour bien inaugurer son
œuvre, il avait réuni dans un seul et même traité ou dans
deux traités différents , — la question n'est pas encore bien
élucidée — le panégyi'ique des deux premiers khalifes qui
portèrent le nom d'Omar. Quoiqu'il en soit, le texte d'ibn el-
Djauzî éprouva de bonne heure la disgrâce réservée , à cette
époque , à toute œuvre de valeur. Ce texte dont on ne connaît
aujourd'hui qu'une seule copie conservée dans la Bibliothèque
khédiviale du Caire fut remanié, et surtout abrégé par un
contemporain de l'auteur original.
Or ce contemporain , et ce n'est pas une des moindres cu-
riosités de la bibliographie arabe , n'est autre que le paladin
célèbre, le vaillant adversaire des chevaliers français du
xii' siècle , Ouçama , fds de Mounkid , dont M. H. Derenbourg
après avoir retrouvé et publié son autobiographie, nous a
retracé la vie aventureuse dans une étude pleine d'érudition
et du plus vif intérêt. Il résulte du propre récit d'Ouçama
(jue , parvenu au terme de la vie , oubhé , tombé en disgrâce ,
le vieux guerrier s'était retiré dans un coin perdu du Diarbekr
et qu'il cherchait l'oubli et la consolation dans le culte des
lettres et les bonnes lectures. L'ouvrage d'Ibn el-Djauzi était
alors et depuis peu de temps entre les mains des lettrés , Ou-
çama crut faire œuvre pie en le rendant accessible à un plus
grand nombre de lecteurs. Il n'hésita pas à supprimer et les
isnad, c'est-à-dire la chaîne des témoignages sur lesquels les
traditions reposent et d'où elles tirent leur authenticité , et les
répétitions inévitables dans la transmission orale des hadts
« puisqu'elles n'ajoutent rien à la valeur du témoignage pour
ceux qui ont la foi et sont superflues pour les autres».
Tel est le document que M. Becker a jugé assez important
pour être remis partiellement au jour. On ne lui contestera pas
du moins le mérite de la rareté, car une seule copie prove-
nant de la collection Landberg et acquise par la Biblio-
thèque de Berlin nous l'a conservé. C'est dire qu elle n'est ex-
empte ni d'incorrections , ni de lacunes et qu'il ne dépendait
pas de son éditeur, malgré tout le soin qu'il y a apporté, de
372 SEPTEMBHE-OCTOBRIi: 1900.
la rendre plus complète, ni meilleure. Ibn Djauzî était un
érudit de premier ordre , il disposait d'ui>e riche collection
d'écrits historiques et parénétiques. M. Becker n'a pas négligé
de consulter ceux qui lui étaient accessibles et de les com-
parer aux témoignages plus récents de Nawawi , de Soyouti et
d'autres écrivains des siècles postérieurs. Dans son introduc-
tion , il discute avec une critique judicieuse la valeur de ces
documents, surtout au point de vue de la tradition, et ap-
précie impartialement la recension dont nous sommes rede-
vable au bon Ouçama.
11 eût certainement été désirable que M. Becker eût pu faire
usage du texte original conservé au Caire , mais lors même
qu'il l'aurait eu à sa disposition , la valeur historique de la
biographie n'y aurait pas gagné grand chose. Ibn Djauzî et
son abréviateur n'ont eu certainement qu'un même dessein :
donner le type parfait du khalife au nimbe d'or, du saint plus
ou moins transfiguré par la conscience populaire. Quant aux
principaux événements de son règne , intrigues de Yezîd ben
Mohalleb dans le Khorassân, insurrection des Harourites,
premières convulsions du parti qui , quelques années plus tard ,
devait porter au pouvoir la maison d'Abbas ; de tout cela les
deux biographes ne diront rien ou presque rien , mais ils ra-
conteront avec attendrissement , et plutôt deux fois qu'une ,
que le pieux Omeyyade ne dépensait pas plus de a drachmes
par jour et qu'il ne pouvait laver son linge , « ne possédant
qu'une robe au monde et qu'un bonnet ». On ne prétend pas
nier que ces menus détails n'aient leur intérêt pour l'étude
de la vie arabe à l'aurore de sa civilisation , mais les plus cu-
rieux nous étaient déjà connus par les quatre ou cinq pages
que Tabari et Ibn el-Athir ont ajoutées au récit historique du
règne d'Omar II. En résumé , nous nous croyons en droit de
regretter que M. Becker, dont nous reconnaissons d'ailleurs
la consciencieuse érudition, n'ait pas demandé aux parties
encore inédites de l'histoire musulmane une publication d'une
plus haute valeur et d'un intérêt plus général
B.M.
NOUVELLES ET MELANGES. 373
L'ÉPOPÉE BYZA.XTiyE À LA FL\ DU X*" SIECLE. 2" partie, BaSILE II,
«le tueur de Bulgares». Un volume grand in-S", vt et 653 pages.
Paris, Hachette, 1900.
M. Gustave Schiumberger poursuit avec une persévérance
admirable, soutenue par une érudition à toute épreuve
l'histoire de ce qu'il appelle à juste titre VEpopéc byzantine ,
ce rayon de lumière qui du règne de Nicéphore à l'avène-
ment de Constantin Vlll traverse la nuit des chroniques de By-
zance.
Ce second volume est exclusivement consacré au règne de
Basile II , le héros de la dynastie macédonienne , le basileus
que ses victoires et aussi, hélas, ses cruautés ont fait sur-
nommer le Balgaroctonea le massacreur de Bulgares ». Ce fut
en effet une suite de triomphes sans précédents dans les an-
nales du Bas-Empire que ces trente-six années de règne :
destruction complète de la monarchie et presque delà natio-
nalité bulgare , annexion à l'empire des principautés armé-
niennes et géorgiennes , guerre à outrance contre le Khalifat
arabe en Syrie et en Egypte, lutte contre les Normands en
Italie , rien ne manque à la gloire militaire de Basile II. Et
ce fut aussi un fin politique , un bon et parcimonieux admi-
nistrateur. Ses campagnes sans trêve entamèrent à peine les
finances de l'Etat, et il laissa en mourant un trésor immense ,
des ressources de toute sorte qui ne résistèrent pas, il est
vrai , à l'incapacité dé Constantin VIII et aux folles intrigues
des impératrices Zoé et Théodora.
Il eût été regrettable que cette période historique dont
l'éclat contraste avec les humiliations et les bassesses des
siècles suivants fût restée dans l'oubli. Les quelques chapitres
que Lebeau lui a consacrés ne font connaître qu'imparfaite-
ment ce que fut la vie militaire, administrative et sociale de
Byzance à la fin du x' et pendant le premier quart du xi* siècle.
Mais la tâche était lourde et l'insufBsance des sources con-
temporaines a condamné M. Schiumberger à un énorme
labeur pendant dix années. Pour obvier au silence des chro-
374 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
niques locales, il a compulsé les annales arabes et armé-
niennes; manuels hagiographiques, inscriptions, médailles
et sceaux , rien n'a échappé à ses investigations et pour leur
donner plus de précision et les compléter, il a de nouveau
visité la Grèce et la Turquie d'Europe.
Autant que les deux premiers volumes, celui-ci est enrichi
d'illustrations qui dénotent le même souci d'exactitude , les
mêmes préoccupations artistiques. Le récit historique
s'éclaire des données de l'art et de Tarchéologie. On sait com-
bien elles sont rares pour cette époque et ce n*est pas un des
moindres mérites de l'auteur d'avoir su réunir et reproduire
fidèlement une collection relativement aussi riche en mo-
numents précieux; ivoires, coffrets, mosaïques et minia-
tures font revivre un siècle ignoré et comblent une lacune
importante dans l'histoire de l'art byzantin.
Encouragé par le succès qui a accueilli les deux premiers
volumes de son Épopée, M. Schlumberger prépare le troi-
sième avec la même ardeur. Qu'il nous permette d'espérer
qu'il ne considérera pas sa tâche comme achevée. Il est l'histo-
rien indiqué de la-dyn^stie des Comnènes; ni le temps, ni la
faveur du public ne lui manqueront pour terminer l'œuvre
grandiose à laquelle son nom restera attaché.
B. M.
KuRUKH Grammar, hy tlie Rev. Perd. Hahn , German evangel. Luth,
mission. Chôtâ Nâpjpur. — Calcutta, 1900-, xi-109 pages in-S".
La langue kurnkh, parlée par plus d'un demi-million
d'âmes , « mérite , sans aucun doute , d'être fixée grammatica-
lement » , dit l'auteur dans sa préface. Une « Introduction » à
la Grammaire de cet idiome par le Rév, 0. Flex, de la mis-
sion luthérienne, publiée en 1874 sous les auspices du Gou-
vernement du Bengale , étant épuisée , le Rév. Hahn , de la
même mission , a été invité à « reviser dans l'intérêt du pu-
blic la grammaire de M. Flex ». De là l'ouvrage que nous
annonçons.
NOUVELLES ET MELANGES. 375
La population qui parie cette langue se trouve dans plu-
sieurs districts du Chôtâ Nâgpur. Kuriikh est le nom qu'elle
se donne, nom qui se rattache soit au mot kolarien horo
(homme), soit au dravidien-scythe kunik (crieur, parleur).
Mais elle est généralement désignée par le terme Urao ou
Orao dans lequel M. Hahn voit une contraction de Orgara,
nom du totem d'une de ses tribus.
Les Urao habitaient primitivement le Carnatiquo; aussi
est-ce avec le canara que leur langue a le plus d'affinité. De
là ils se dirigèrent vers la Nerbadâ et s'établirent dans le Bihar
sur les Ijords du Son. Chassés de là par une des premières
invasions musulmanes, ils se divisèrent en deux bandes, les
Mâler et les Kuruklis; la ressemblance qui existe entre le
langage des uns et des autres atteste leur conunune origine.
Le kurakk a des rapports d'une autre nature avec le Mun-
dârï, dialecte kolarien des habitants de leur nouvelle patrie,
qui, bien que refoulés par eux, se mêlèrent à eux sur plusieurs
j)oints , de sorte que la langue mundârî a déteint sur le kuiTikh.
De plus , l'étude de la syntaxe a fait reconnaître une influence
marquée de l'hindi et du bengali. Du reste , le kurukh fait
partie des langues dravidiennes ; M. Hahn Taffinne à l'en-
contre de Caldwell qui regarde le fait seulement conmie pro-
bable , mais qui paraît n'avoir pas eu des documents suffisants
pour émettre un avis éclairé.
Le kurukh, ne s'écrivant pas, n'a pas d'alphabet spécial.
L'auteur emploie donc dans sa granwnaire l'alphabet romain ;
mais il a cependant adopté le devanâgarî dont se servent les
individus de cette race qui ont quelques éléments d'éducation.
La granunaire est divisée en deux parties : i " les Formes
(chap. i-xi); :i° la Syntaxe (chap. xii-xvii). Une troisième
partie est fonnée de douze appendices généralement très
courts, savoir: I. Liste des noms totémistes; II. Mots kurukh
dont les racines se trouvent dans la grammaire comparée de
Caldwell; III. Rapprochements du kurukh et du malto (langue
des Mâler); IV. Mots communs au kurukh et au mundârî;
\ . Elément dravidien du mundârî ; VI. Divisions de la journée ;
370
septkmbre-octobrp: iqoo.
Vil. Divisions de l'année; VIII. Mesures de longueur ; IX. Dé-
mons (18 noms); X. Villages (26 noms); XI. Villages mun-
dârï (11 noms); XII. Livres kurukh, composés par Fauteur
(traduction des Evangiles, extraits de la Bible, catéchismes
ou instructions religieuses, le tout imprimé en devanâgari).
Il n'y a pas de littérature kurukh indigène ; mais le désir
du Gouvernement du Bengale est que cette grammaire soit
suivie d'un « Vocabulaire complet » et d'une « Collection du
Folklore ». M. Hahn , qui est chargé de ce travail complé-
mentaire , s'en est tenu strictement à la grammaire dans celui
qu'il vient de publier, tout en y faisant entrer « environ
i^oo mots kurukh afin que l'étudiant ait un bon stock pour
commencer » , avec un nombre respectable de « sentences et
d'idiotismes».
Je ne puis entrer dans des détails sur la grammaire; je me
bornerai à donner les noms des dix premiers nombres car-
dinaux et ordinaux, les pronoms personnels avec le présent
du verbe substantif et une phrase kurukh.
NOMS DE .NOMBRE.
oud
=
un
mundtâ
=
premier
end
=
deux
endtà
=
deuxième
mùnd
•=
trois
mûndtâ
—
troisième
nâkli
=
quatre
nâklità
=
quatrième
parwè
=
cinq
pantâ
=
cinquième
soyë
=
six
so'eta
=
sixième
sàyê
=
sept
saela
=
septième
âkh
z=^
huit
âkhtâ
=
liuitième
nûyê
=
neuf
nfietâ
=
neuvième
doye
(iiK
VERBE
PI
en tnldan
nîn taldai
fis laldas
do'etâ
SUBSTANTIF
IKSENT.
je suis
tu es
il est
dixième
rni taldam
nous sommes
NOUVELLES Kl M^
nâmtaldat non» sorausËa %ot*-
nïni taldar \oiis êtes
âr talnar ils sont
Mais ceci n'est que le iiiasciiliri ; il y a âiissî la i
féminine et la conjugaison neutre; Il y n tlt* [ihiw^
forme, la forme défini<\ t'elle-cî étfml imléruiit*.
a le négatif « ne pas êtrt* I^ ( mahîan ).
PMH\SE KUHLIKH.
<l.s tambas rfithi ronhtl fthatltlm iMm»
nie patr- is {iiônJ rlilecUi't
Nous terminons ce coinjjUi rentlti (inr i\e^ fL'IictUli
des remerciements aux îiiitorltés cl uu\ SiU;inl& de i
tannique, pour lapersévi^^r^nce et le zèle tfui|j
de sauver de la destruction totnie ou
exposés à périr, à cause du petit no
des populations qui les pEi rient*
Cilirisliaii (iarnier : T. U. (i, Mrikom
nrrate des nonis (j 'ayraphi^ptes. l*iiris. (jCroiU,
La transcription dessigui^s et des sons des dîverseal
du monde sous un alphabet unique a préoccupé depuis ioi
temps les linguistes (Jones, Volney. Lopsiu^, clc), bieiUoI
rebutés par l'écbcc de leurs eflbrls. Aprûs avoir manifeste h
dessein de tout transcriri.»! ^ on en vint ninsi à mépriser^ toute
méthode, et à s'accoutumer à unecocophoniequi introdiiîsaîl
dans l'onomastique géogrnpliique des confusions insurmon-
tables pour les lecteurs des caries et des ouvrrjges spéciaux.
Soucieuse de remédier à cette situation , la Société de géo-
graphie de Paris fit rédiger en 1 88(> , par une commission ,
un ensemble de principes f;;énérau\ , dont l'application [par-
tielle a déjà rendu quelques sei'vices. Mais pour être Yi-oimeiit
utile, un système de transcription des noms géographiques
378 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
devait prendre un caractère international et être adopté par
les géographes de tous les pays, La question fut donc mise à
l'étude au Congrès de géographie de Londres et au Congrès
des Orientalistes de Genève en 189 5 \ Elle a été présentée
de nouveau au Congrès de géographie de Berlin et au Con-
grès des Orientalistes de Rome en 1 899 , non plus comme
un vague projet, mais sous la forme d'une méthode complè-
tement étudiée , dans l'ensemble et dans les détails.
Reprenant en effet, sans y songer, le dessein de Lepsius,
M. Christian Garnier a conçu un système de transcription
qui serait à la fois général, orthographique et phonétique.
La méthode de travail de M. Garnier est excellente : il a ap-
pris l'alphabet et les éléments de la phonétique de la plupart
des langues vivantes connues , et rapprochant les sons et les
signes , il a tiré de son étude un alphabet , composé des ca-
ractères de l'alphabet latin avec adjonction de signes ortho-
gi'aphiques et à l'exclusion presque complète de caractères
étrangers. M. Garnier est arrivé ainsi à un ensemble très clair
et à un alphabet très maniable qu'il serait souhaitable de
voir adopté par tous les géographes ; quoi qu'il eh soit , son
travail aura une heureuse influence sur l'orthographe géo-
gi^aphique.
Il semble pourtant assez difficile de réaliser une méthode
qui soit à la fois orthographique et phonétique. On comprend
qu'il soit possible d'arriver à une transcription plus ou moins
compliquée, mais précise et complète, des caractères des
langues qui possèdent un alphabet , et dont les formes connues
ne peuvent donner heu ni à une hésitation , ni à une dis-
cussion. Il est moins facile d'imaginer une méthode générale
de transciiption des sons , dont les variations légères sont si
(lifficiles à apprécier dans la bouche même des indigènes. La
difficulté s'accroit encore quand il s'agit de réaliser un sys-
tème qui soit à la fois orthographicpie et phonétique : un
même caractère subit des variations de son considérables
' Voir à ce sujet Henri Gordier : Les Etudes chinoises (1895-1898).
1899, p. 33.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 379
t
dans une même langue ou dans un même groupe de langues ;
le afn arabe-turc-persan , par exemple , peut représenter le
« cri du chameau » , ou une gutturale plus faible , ou une ex-
piration , ou rien du tout ; en voulant rendre compte de ces
variations on s'exposerait, semble-t-il, soit à une déconcer-
tante abondance de caractères , soit à la confusion. D'ailleurs ,
M. Ciarnier ayant pris pour principe de son excellent travail
la transcription orthographique , a évité les hésitations qu'au-
rait pu jeter dans sa méthode une influence trop grande de
la représentation des sons.
L'auteur n'a pas eu la joie de voir imprimée une œuvre
qui faisait si grand honneur à son activité intellectuelle.
Luttant avec une admirable énergie contre un mal inguéris-
sable , il a péniblement aclievé son travail , soutenu par Tes-
poir d'être utile.
M. Gaudefroy-Demombynes.
A HisTORY OF Ottoman poetry, by E. J. W. Gibb. Volume I,
London, 1900. Luzac and C", in-8", XV-.45.4 pages.
Au moment de mettre sous presse , nous recevons le pre-
mier volume d'une étude de grande étendue que M. Gibb se
propose de consacrer à la poésie des Ottomans. — Feu M. de
Hammer, il est vrai , avait déjà publié la liste de ces poètes
et quelques extraits de leurs élucubrations dans sa Geschichte
dcr Osmanischen Dichtkanst dont la fin parut en i838. Mais
on sait comment travaillait cet infatigable compilateur. Son
ouvrage calqué sur les Tezkérès orientaux dont Doolet-Ghâh
a donné le modèle n'est guère qu'un index biographique
entremêlé de citations prises au hasard et comme toujours
traduites à la grâce d'Allah. En revanche, rien ou presque
rien de ce qui pourrait nous éclairer sur l'origine, les
développements de cette littérature , les influences qu'elle a
subies, etc., ne se trouve dans les quatre gros volumes de
l'orientaliste autrichien.
380 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1900.
M. Gibb qui a voué sa vie au culte de la muse ottomane
s'est proposé de compléter l'œuvre de son prédécesseur, en
étudiant les phases diverses de cette poésie dans ses princi-
paux représentants , et il en compte environ une dizaine. C'est
une entreprise difficile, ingrate, mais pourtant méritoire
dont il ne nous donne encore que l'esquisse : il serait donc
injuste de porter sur elle un jugement définitif. Nous ne
pouvons toutefois nous dissimuler que le système général et
le plan adopté par l'auteur soulèveront de graves objections.
La division de la poésie ottomane en six périodes représentées
par de prétendus chefs d'école qui ne se distinguent les uns
des autres que dans leur servilité à l'égard de la poésie per-
sane, mais surtout l'avènement tout récent d'une évolution qui
modifierait de fond en comble le génie poétique de la Turquie
moderne et le tirerait de la torpeur des vieilles traditions où
il languit depuis plus d'un siècle, pour le ranimer au soufile
du génie européen , voilà une thèse que M. Gibb fera diffici-
lement accepter des orientalistes — et ils ne sont pas nom-
breux — qui n'ont pas reculé devant l'étude de cette poésie
délaissée, et délaissée à juste titre parce qu'elle n'a jamais
été qu'un pale reflet, qu'un pastiche incolore de la poésie
persane. — Mais quoiqu'il arrive, remercions dès à présent
M. Gibb de tenter une réhabilitation qui, dût -elle échouer,
laissera intacte sa réputation de connaisseur bien documenté
et fera honneur au dévouement désintéressé qu'il déploie en
faveur d'une cause considérée comme perdue.
B. M.
Vient de paiiaÎtue : Le traité de jurisprudence de Sidi Khalil,
texte arabe, nouvelle édition entièrement revue et corrigée : en
vente chez E. Leroux, éditeur de la Société asiatique. Prix : 6 fr.
Le gérant :
Rlbens Duval.
JOURNAL ASIATIQUE,
NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
UNE INSCRIPTION
DU
ROYAUME DE NAN-TCHAO,
PAR
EDOUARD GHAVANNES.
INTRODUCTION.
L'inscription dont on va lire plus loin la tra-
duction a été gravée en Tan 766 de notre ère, sous
le règne de Ko-lo-fong HiBiH'^^^ ^^ Nan-tchao
]^ ig , et érigée dans la ville de Tai-ho tch'eng -j^
%i M' capitale de ce roi, à 1 5 li au sud de la ville
préfectorale de Ta-li >^S, dans la province de
Yun-nan. Ce monument subsiste encore de nos
jours dans l'endroit même où il fut placé; mais
il est fort endommagé, et, sur 3, 800 mots que
comptait finscription , on n en peut guère déchiffrer
maintenant que 800; l'estampage que je dois à
l'obligeance de quelques missionnaires français en
Chine, est mémo loin de présenter un aussi grand
nombre de caractères lisibles ^ On s'explique aisé-
^ J'exprime ici tous mes remerciementii au P. Le Guilcher, à
XVI. 25
luraiiiraiB «atioxalr.
382 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
nient l'état de dégradation de cette stèle en appre-
nant que, lorsque répigrapbiste Wang Tch'ang 3E
^B (1724-1806) la découvrit, elle gisait à terrn et
était connue dans Ja région sous le nom significatif
de «pierre à aiguiser les couteaux^ ». En réalité, la
teneur de cette inscription resterait pour nous lettre
close si le texte complet ne nous en avait pas été
conservé dans le Yun-nan fong tche S ^ ^ ^
dont la première édition date de 1691. Ce texte a
été réédité par Wang Tch'ang dans le chapitre clx
du Kin che tsoei pien ^ Ç ^ ^, publié en i8o5,
et par Che Fan |jp |£ dans la 7* partie du VUP livre
du Tien M îR |g publié en 1807. Ce sont les pages
du Tien hi contenant cette inscription que nous re-
produisons ci-après.
Sur le verso de la stèle étaient gravés les noms
des principaux officiers du royaume de Nan-tchao;
cette nomenclature n a guère d'autre intérêt que de
nous faire connaître quelques titres et quelques
fonctions publiques; on la trouvera, ou du moins
on trouvera les fragments qui en ont subsisté sur la
stèle, dans le clx* chapitre du Kin che tsoei pien.
M^' Excoilier et aux RR. PP. Havret et Ghambeau qui ont bien
voulu s'occuper de me procurer cet estampage. Cette pièce se com-
pose de quatre feuilles de papier collées de manière à former un
rectangle; mais la feuille supérieure de gauche devrait en réalité se
trouver à droite des feuilles de droite; des quelques cas où k telle
du Kin che tsoei pien présentait de légères différences avec cdui du
Tien ki, un seul a pu être contrôlé au moyen de cet estampage;
dans les autres cas , le texte s'est trouvé illisible.
' isvf-smj}^ (î"»*" *'■' VI". 7. p- >4 V).
UJSE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 383
Sans refaire Thistoire du Nan-tchao^^ il importe
de rappeler quels sont les événements auxquels il
est fait allusion dans Tinscription.
Fi-lo-ko jSt /ffi ^ > père et prédécesseur de Ko-lo-
fon(j, est le véritable fondateur du royaume de Nan-
icliao. Lorsqu'il monta sur le trône en Tan 728^, il
ne possédait qu un petit territoire qui est le district
actuel de Mong-hoa ^it* nu sud de Ta-li fou.
Comme son nom de famille était Mong, on appelait
ce pays le Mong-cho tchao ^ ^ 10 , c est-à-dire le
Tchao demeure de (la famille) Mong; on lui donnait
aussi le nom de Nan-tchao ou tchao méridional. Le
mot tchao est un mot de la langue thaïe qui signifie
«< roi » ; on le retrouve encore aujourd'hui dans le
titre du roi de Siam et dans celui de tous les chefs
laotiens de flndo-Chine centrale. 11 est probable
que, comme on Tadmet généralement aujourd'hui^,
la famille princière du Nan-tchao, sinon toute la po-
|)ulation de ce pays , appartenait à un rameau de la
race thaïe.
Au nord du Nan-tchao ou tchao méridional s éche-
' Le chapitre de Thistoire des Tang relatif au Nan-tchao a été
traduit par M. E. H. Parker ( The early Laos and China, dans
China Review, vol. XIX, p. 67-106). L'histoire du Nan-tchao a été
racontée par le même sinologue ( The old thai , or Shan Empire oj
fVcstern Yunnan , dans China Review , vol. XX, p. 337-346) et par
M. E. Rocher [Histoire des princes du Yun-nan, dans Toung pao ,
vol. X,p. 1-32, ii5-i5a. 337-368, 437-458).
* Seizième année h'ai-juen»
^ C'est Topinion soutenue par M. E. H. Parker dans les articles,
précités de la China Review , et par M. Pierre Lefbvre-Portalis ( L'in»
vasion thaïe en Indo-Chine dans T'ong pao, vol. VIII, p. 67).
a5.
384 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
ionnaient cinq autres principautés qui formaient
avec lui les six tchao. On rencontrait d'abord les
trois La/ijf H M » ainsi nommés parce que les habi-
tants étaient appelés des Lang M A * ; les trois Lang-
étaient : i° le Che4ang tchao JÊ M tS» qui occupait
le territoire actuel de Mong-ts'e-ho |^ ^ ft , dans
la sous-préfecture de Lang-k'iong^; 'i** le Teng-chan
tchao il W^ IB ^» qui est aujourd'hui la préfecture
secondaire de Teng-tch'oan Sf$ /l[ ; 3** enfin le Lang-
liiong tchao M ^ fS * qui correspond à la sous-pré-
fecture moderne de Lang-k'iong.
Plus au nord était le tchao de Yue-si M ¥r M
dont la capitale était sur 1 emplacement de la ville
actuelle de Li-kiangfou ^ ûQ. On l'appelait aussi le
Yue-si Mo-so tchao jfâ ^ J^ :§ S et cette dénomina-
tion indique que, dès cette époque, cette région était
habitée par des tribus mo-so d'origine tibétaine*.
Le plus septentrional des six tchao ét^i celui de
1 rien Al*, VU, i . p. 67 ^^
^ Cette identification et celles qui vont suivre sont tirées du
Tien /li, VIT, 2 , p. 5 r°. Cf. Dbybria, La Jrontière sino-annandte ,
p. 120, n. 1.
' Le mot g'^ chan se retrouve dans un grand nombre de noms
de lieux; il est souvent écrit |^ tan ou |j^ (prononcé kiéh, ap.
Tien Ai, I, 2, p. 19 v"); c'était un mot indigène qui signifiait t ar-
rondissement» j^ (Tienhi, T, 1, p. 22, r°); il correspond au
mot siamois ou laotien qu'on écrit Xieng ou Keng (Parker, China
Review, vol. XIX, p. 75, n. 65; Deyéria, La frontière sino-anna"
mite, p. 101 , n. 1).
^ Le dictionnaire de K'ang-hi indique que le mot «^ se prononce
ici so ^ . Les Mo-so ont été étudiés par le P. Desgodins ( t Notes
ethnographiques sur le Thibet», dans Annales de V Extrême-Orient,
juillet 1879J, par Terrien de La Couperie (Beginning$ ofwriting
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 385
Mong-hi ^-^13, dont le nom rappelle celui de
l'ancienne commanderie de Yue-hi^ M"^^ qui
occupait le même territoire. Cette principauté s'éten-
dait sur toute la vallée de Kien-tch'ang JÉ ^ et
avait pour capitale la ville actuelle de Ninq-yiien fou
^ j& , qui est située dans le sud-ouest de la province
de Se-tclioan , non loin de la petite rivière Ngan-
ning ^ ^ , affluent de gauche du Ya-long hiang^.
Tant que les six tchao restaient divisés, aucun
d'eux n'était redoutable; il était de l'intérêt du gou-
vernement chinois de maintenir cet état de dés-
union qui les afTaiblissait. Mais P'i-/o-feo, roi du Nan-
tchao, était ambitieux et le représentant de la Chine
dans les régions du sud-ouest était vénal; il le gagna
par des présents; puis, sûr de n'être pas inquiété
de ce côté, il attaqua et vainquit les cinq autres
around Tibet, à&ns Journal ofthe Royal Asiatic Society, i885, n. s.,
\o\. XVII, p. 454-470, avec des fac-similés de deux manuscrits
mosso), par Devkria (La frontière sino-annaniite , p. 1 64- 166, avec
un fac-simiié de manuscrit mosso), par M. C. E. Bonin («Note sur
un manuscrit mosso», dans Actes du XI' Congrès international des
Orientalistes, 2* section, p. 1-10). — Les Mo-so sont de race tibé-
taine; les six tchao n'étaient donc pas tous de race thaïe.
• DevÉria, La frontière sino-annamite , p. 120, n. 1 : «En dépit
des auteurs chinois qui veulent que le second de ces caractères
se prononce souei, les habitants le prononcent /ti. On doit donc dire
Yu(i-hi.»
2 Cette contrée est décrite par Marco Polo sous le nom de
Gaindu, qui n'est autre que K'iong-tou Jp ^, ancienne ville qui
se trouvait au sud -est de la ville actuelle de Ning-yuen-fou,
D'après Colborne Baber, qui a décrit la vallée de Kien-tcKang, le
pays de Gaindu devait être habité, au temps de Marco Polo, par
d(*s Menia, tribu de langue tibétaine [Travels <inrf researches in
JVestern China, p, 82).
380 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
tchao. Devenu seul roi dun grand royaume, il
transféra sa capitale à Tai-ho tch'eng , près de la ville
actuelle de Ta-li fou; la cour de Chine le combla
d'honneurs et lui décerna le titre de roi du Yun-nàn;
quand Fi-lo-ko mourut en 7 /i 8 , elle conféra l'héré-
dité de toutes ses dignités à Ko-lo-fong.
Mais cette bonne harmonie ne devait pas être
durable. Dune part, le désir de la Chine de s ouvrir
un chemin conduisant au Tonkin à travers le torri-
toire des tribus Ts'oan ^ , les ancêtres des Lolos
actuels, au sud de Yun-nanfoa, d'autre parties ob-
scures intrigues des chefs indigènes les ims contre
les autres, bouleversèrent ces tribus. Ko-lo-fong inter-
vint pour rétablir l'ordre; ses intentions furent msd
interprétées par le gouvernement du Céleste Empire
et c'est à grand'peine s'il put se justifier.
Ces incidents avaient créé des sentiments de sus-
picion mutuelle entre le Nan-tchao et la Chine. L offi-
cier chinois TchangKien-fo 5i )È PÊ ne fit rien pour
les dissiper. Ko-lo-fong exposa ses griefs contre lui à
lempereur qui, mal disposé pour le roi, répondit en
envoyant trois armées qui devaient envahir le JVafi-
tchao simultanément par le Se-tch'oan et le Tonkin.
Ko4o-fong fit encore des ouvertures pacifiques qui
furent repoussées ; n'ayant plus alors d'autre moyen
de salut, il se mit en personne à la tête de ses
troupes, et, dans l'été de Tannée ySi, il attaqua
avec l'énergie du désespoir le général 5i>7i-ytt Tchong-
fong ft^ 'T f4' il qui approchait déjà de sa capitale.
La rencontre eut lieu à 25 /i à l'ouest de la préfec-
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 387
ture secondaire de Tchao j^\ sur les bordi du lac
Eul /lai Î5î§;.les Chinois furent écrasé» et per-
dirent plus de 60,000 hommes.
Effrayé de son propre succès et craignant des
représailles terribles, Ko-lo-fong chercha un allié et
le Irouva dans le roi du Tibet. Le Tibet, alors à
i*apogée de sa puissance, pouvait tenir lête à la Chine;
ils*empressa d'accueillir le renfort qui s'offrait à lui;
il contracta avec le Nan-tchao une étroite alliance et
décerna à Ko-lo-fong le tilre de btsanpo cadet, btsanpo
étant le titre royal au Tibet.
Fort de cet appui, Ko-lo-fong put repousser les
allaques chinoises. En 764, il remporta une écla-
tante victoire sur le général Li Mi ^^, qui avait
eu l'imprudence de s'avancer jusqu'à Teng-tch'oan
SfJ jl[, au nord de Ta-lifou; plus de 200,000 sol-
dats chinois trouvèrent la mort dans cette campagne.
Presque aussitôt après, Ngan Lou-chan ^ Iji [Il ,
général d origine barbare au service des Tang, se
révoltait contre eux et mettait Tempire à deux doigts
de sa perte. Il s'empara de la capitale, Tch'ang-ngan,
et l'empereur Hiuen-tsong dut s'enfuir dans le Se-
tcKoan. Son fils, qui fut l'empereur Sou-tsong, en-
treprit de sauver la dynastie; à la tête des troupes
qui lui étaient restées fidèles, il parvint à reprendre
sa capitale en novembre 757. Il eut encore à lutter
conlre les rebelles qui se défendaient de place en
place jusqu'à Tannée 763. Mais alors les Tibétains
profitèrent de l'épuisement de la Chine pour l'en-
' Tien Al, 1, 1, p. 22 v\
388 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
vahir; ils pénétrèrent à leur tour dans TcWang-ngan
qu ils pillèrent. Ils prétendirent même mettre sur le
trône un nouvel enjpereur; cependant au bout de
quinze jours, craignant quelque surprise, ils éva-
cuèrent subitement la place. Ils continuèrent à oc-
cuper une grande partie du Kan-son pendant les
années -76/1 et 768.
Le prince du Nan-tchao fut au bénéfice de la fai-
blesse des Chinois et de la vaillance des Tibétains.
Il affermît son royaume dans le Yun-nan et dans le
sud AuSe-tcKoan. En Tan 768 , étant assuré que fem-
pire ne pouvait faire aucun retour offensif, il dirigea
une expédition contre le pays de Siun-tch'oan ^ ^ ,
qui doit être une partie de la Birmanie; il parait
avoir étendu sa domination jusqu'aux rivages du golfe
du Bengale. Du côlé de Test, il s'établit dans la ville
de Ngan-ning ^ ^ qui commandait les tribus Ts'oan
et étjait comme la porte de la route menant au Ton-
kin. Enfin, en fan 765, il chargeait son fils aîné,
Fonq-Ha-i M» ÎIB S d élever les remparts de la cité de
Tche-tong $S ^^ » qui ïïest autre que Tactuel Yan-nan
foa et qui devait devenir plus tard , sous le nom de
Chanchan ^Ç B| , la seconde capitale du Nan-tchao.
La partie historique de l'inscription se termine ici.
Elle prend donc fin au moment où le Nan-tchao est
inféodé à la cour tibétaine et où il a rompu tout lien
de vassalité avec la Chine. Cependant on ne peut
s*empêcher, en lisant ce texte, de remarquer les mé-
nagements extrêmes avec lesquels on y parle du gou-
vernement chinois; nulle part l'empereur nVst ac-
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 389
cusé d'avoir eu de mauvaises intentions à Tégard du
Nan-tchao; on se borne à regretter qu il ait été trompé
par son entourage et toute la faute est rejetée sur
des officiers ambitieux ou slupides. Ko-lo-fong ne perd
pas une occasion de protester de la loyauté de sa con-
cluite;il montre que, s'il s'est révolté, c'est qu'il a élé
forcé de le faire et il semble désireux de se récon-
cilier avec son ancien suzerain. C'est bien ainsi que
l'histoire des Tang a compris le sens de cette inscrip-
tion puisqu'elle la résume en disant : « Il dressa une
stèle à la perle de sa capitale pour exposer que, s'il
s'était révollé, c'est qu'il n'avait pu faire autrement.
Il y disait : Mes ancêtres ont, de génération en gé-
nération, reçu à plusieurs reprises du Royaume du
Milieu l'investiture et des présents; mes descendants
seront disposés à se soumettre à lui et s'il vient un
envoyé des Tang, ils pourront lui montrer cette stèle
pour justifier ma faute ^ »
Il est certain que le Nan-tchao avait des affinités
profondes avec la Chine à laquelle il devait toute sa
cullure intellectuelle. Quoiqu'il eût rompu avec elle
pour s'allier au Tibet, c'est, non en tibétain, mais en
chinois, que cette inscription est rédigée. La langue
* Tancf chou, chap. ccxxii, a, p. 2 v". V Histoire des T'ang men-
lionnc l'érection de cette stèle aussitôt après la défaite de Sien-ya
Tchong'-t'ong en 751; c'est ce qui fait dire à fVang Tch'ang [Kin
elle tsoei pien, cliap. CM, p. 16 r") qu'il y avait deux stèles : Tune,
datée de 762, et qui aurait disparu serait celle à laquelle fait al-
lusion le T'ang chou; l'autre, datée de 766, serait celle qui nous a
viô conservée. Mais les deux stèles semblent bien en réalité n'en ^tre
qu'une seule; un voyageur de l'époque des Yucn , Kovn Song-nirn
390 NOVEMBRE. DECEMBRE 1900.
indigène, qui était vraisemblement un idiome thaï,
ne s'écrivait pas; le chinois était donc la seule langue
écrite, comme il la longtemps été en Corée, au Ja-
pon , en Annam. Aussi les réfugiés chinois jouaient-ils
un grand rôle à la cour du Nan-tchao à cause de
leur connaissance de Técriture; cest Tun d'eux,
Tcheng Hoei f|5 gj , qui composa le texte de Tinscrip-
tion ; ce sont des membres de Tancienne famille chi-
noise des Toan ^ qui présidèrent à Téreclion de
celte stèle en leur qualité de conseillers d'État. En
s'entourant ainsi de Chinois et en leur donnant de
hautes fonctions, le roi de Nan-tchao suivait nnc
ligne de conduite qui ne laissait pas que d'avoir ses
dangers; en effet, un descendant de Tcheng Hoeidé-
truisit la famille indigène des princes de Nan-tchao
au commencement du \* siècle et un membre de la
famille Toan fonda en 988 le royaume de Ta-li sur
les débris de celui de Nan-tchao.
En dehors de Imscription que nous avons tra-
duite, on ne possède du Nan-tchojo que deux insorip-
tions insignifiantes dont Tunique intérêt est de prou-
ver que la religion bouddhique était en grande faveur
dans ce pays. La stèle de 766 a donc une réelle im-
portance historique puisqu'elle est le seul monument
considérable que le Nan-tchao nous ait laissé de sa
politique et de sa civilisation.
j^j) jj^ ^ , qui a parcouru et décrit le territoire de la préfecture
(l<> Ta-li, ne signale qu'une stèle qu'il date de 7G6 et dont il parie
en termes analogues à ceux du Tang chou, (Cf. Tien hi, VIIÏ, I,
p. /io r".)
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO.
39 J
Z-^ -fSr
■nm A ^ .. .
■® i f
ï ® ^
.^ « tt A * l*f
n -^ ^ à vi #
i£ A jSi' -/ff -ii m
3 ï fï i'iJ *r #
iJI- M fflf
Si k
P
H a-:
1 ^
tU: m M
% % 4)1
a: n m
San m
~i ^. *ï
it t\ yc
m m iH
'^ !< 'M
II
j^ m * . ,
^ ^ w A
^ « M IJ
fï ^ is r
i § ^ L
^m mm
lif '*
f .e. T X
,i: M p %
§ **" ^ ?
# ttl
392
NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
1 S ^
m m
m K m
lii
-^ ai %
^ B i
m -Si m
-X flT
^ f # :ffi
& €^ I ^
K ^ f ^
S J* m, *
m .|È 3E
* ^ JE.
tl ^ i
i I $ f
M ^ 'fS T
tr tt à ^
A sï n
± j^ ^ii
11^* m
■ , - w
^ <^ â
fk É.
# ;5t ff-
M ^' iW
^ li f-*
A î§ ï
JI4 A é
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCIIAO.
393
II
i
ip ^ ^
M ^ n
_i- *Ë _!:
^ M yz
t M, B
^ m u
m ^ -^
m m ^
fi 4^ ^
lif
"^ =^ :K
^^^^
g!. X }t
» ^ ^
"Il := -ë
M ^ w.
lis
)^ -é m
4Î
it 41 M
S ^ ^
|î' îg ...
<ii ^ m
^ 91 (^
fs a zt
ii/j «I -T
•^ Jk M
if $iî >'î
# ^ +
Jl! ^ 5^
IS -^v S
^ % !\]
1@ « spç
3 _
# m
^ 7> «
^ s *
ij * «
« -fi ^
?* :1S #
î
A ® # JS #
:£ « ^ # ÉP
^m n w -A
" « ^ # ^
^m m mm
U m m. M
^ «1 tïi ::«
^ s t ^ i
t a -ÎÊ fS T
394
I
NOVEMBUK-DÉCEMBl'iE 1900,
Vil
if -i
Ml
^ m "m w ^ ^ 4m "W. "^
n 'k ^ S ï 8
■ f- 2 i ^ t ^
^ te # s É ?f ^i
„ _ Ul ffli dSfe ii -it Jï
A li -S vg jt ^mMM
^ ^ ^
^ Si 5 TKK ;-:- -.-
ii'liia
^' % Si S ^
t i *■
^. if I é "t
«1^1^
ft If.
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO.
395
IX
m
^ 7: i?î
é\ ^ *H
n i *
à yi p
m> /j ^
0 f 'Ù
?i m ^■.
î "^ P
^ f 1^
i Jiî ;l
s M ffl
g a ''f;
A i ^
â "^f rst»
II- -^ ^
K- M 35^
1=1 T- . .
HP fis âfc
jiiih Si 5*
;^ iïH m
m» m
•a^ n ^
"S -.
K^ ;£ +j
s ^ #
né M m
t^
t. m M
n.
m M
WiM .t.
pi Ë a
Jii ^ s
7^1 z M
r^ M é
m ê.m
?$ * œ
^; «&; g
il jta
IB — 'â
:^ ■« #
^
396 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
INSCRIPTION (du royaume) DE NAN-TCHAO ,
COMPOSÉE PAR TCHENG HOEl^^
SUR LA TRANSFORMATION VERTUEUSE.
C'est une tradition respectable que, lorsque pour
ia première fois le pur et l'impur ^ se séparèrent,
1 Tcheng Hoei ^ [pj était un Chinois; en 7^9, il se trouvait
èlre préfet de la ville de Si-lou "gl* ^|| (à 25 /i au sud-ouest de la
ville préfectorale actuelle de Ning-yuen ^ 5^ , province de Se-
tck'oan)\ c'est alors que Ko-lo-fong, roi de Nan-tchao, s'étant ré-
volté contre l'autorité cliinoise, fit prisonnier Tcheng Hoti; il se
l'attacha et lui donna le titre de ts^ing-ping-koan m ^ *ë ou
conseiller d'Etat ( Tien hi. Vil, 2, p. 6 v°). Tcheng Hoei était donc
en quelque sorte un transfuge; il avait conservé cependant de vives
sympathies pour la Chine et l'inscription que nous publions ici doit
être considérée comme une tentative qu'il fit pour pallier les torts
du roi de Nan-tchao aux yeux de la Chine et pour permettre un
rapprochement entre les deux adversaires; cette inscription parle
de «la vertueuse transformation» parce qu'elle est destinée à établir
que la conduite du roi de Nan-tchao et son évolution politique ont
été inspirées par les motifs les plus louables. Tcheng Hoei devait
arriver à ses fins; c'est à son instigation que, en 787, I-meou-siûn
^ i^ ^ » petit-fils et successeur de Ko-lo-fong, fit sa soumission
à la Chine [Tien hi. Vil, 2 , p. 8 r"). Après la mort de Tcheng-
Hoei, la charge de conseiller d'Etat resta héréditaire dans sa fa-
mille qui devint ainsi très puissante; en 902, le descendant de
Tcheng Hoei , nommé Tcheng Mai-se §|5 ^ |^ , tua le roi de
Nan-tchao, mit fin au pouvoir de la famille Mong, et s'empara du
tronc; le royaume qu'il substitua ainsi à celui de Nan-tchao fut
appelé le royaume de Ta-tch'ang-ho ;;^ ^ ft et dut d'ailleurs
céder bientôt la place au royaume de Ta-li (Tien hi, VII, 2,
p. 10 r**).
* Le pur et l'impur symbolisent ici le Ciel et la Terre. Cf,Hoai-
nan tse, chap. 111, p. 1 r" : ifLes parcelles) pures et actives s'éle-
vèrent en fine poussière et formèrent le Ciel; (les parcelles] lourdes
et impures se coagulèrent et formèrent la Terre. »
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 397
cela mit en mouvement le yn et le yan(j et donna
naissance aux dix mille sortes d êtres , et que , après
que les cours d'eau et les montagnes eurent pris
leur rang , cela établit le chef principal ^ et affer-
mit les huit régions de l'espace. Quand la raison
dirige, alors l'intérieur et l'extérieur sont (*n paix;
quand le gouvernement se pervertit, nécessairement
lefony et le ja s'altèrent 2.
Notre btsanpo cadet ^, grand tcliao^ du royaume
^ «Le chef principal » ou «la tête principale» est une expression
qui, dans le chapitre /et Tsi du Chou hing (Cf. Legge, Chinese
Classics, vol. III, p. 89-90) désigne le souverain dont les ministres
sont comme les bras et les jambes. — - C^e préambule de l'inscrip-
tion tend à établir que l'autorité du souverain est inhérente à la
constitution même de l'univers.
- Lefong et leya sont des sections du «Livre des vers». On dis-
lingue parmi les odes du Clie king celles qui sont correctes (tcheng)
et qui correspondent à l'époque de la prospérité des Tcheon, ei
celles qui sont altérées {pien) et qui furent composées quand le
gouvernement des Tcheou s'était perverti. Cf. Legge, Chinese
ClassicSj vol. IV, prol., p. 35, n. 2.
^ ^ *^ tsan-p'ou = btsanpo t le titre royal au Tibet. Après avoir
vaincu une armée cliinoise en 761 , Ko-lo-fong s'était allié au roi du
Tibet qui lui avait conféré le titre de «btsanpo cadet» (Voir plus
loin le texte même de l'inscription). Le mot «cadet» est ici expri-
mé par le caractère tchomf ^ qui est la transcription du mot ti-
J)étain signifiant «cadet». D'après Rockhill (Notes on the ethnologj
of Tibet, p. 679), «frère cadet» se dit chung-wa à Lhasa et /o-
ch'nng on tibétain oriental.
^ 18 ^^^^^ «chef, roi ». Ce tonne est encore en usage clioz les
peuples et tribus de race thaïe pour désigner le chef ou le roi. « Le
titre de Chaii (prononcez Tchiao) «seigneur, roi», est donné au
Preah Chau, roi de Siam, comme au chef du plus petit moeuong
ou chef- lieu de district» (Aymonier, Voyage dans le Tmos, t. I,
p. •? 1 , u.V
\M. 2(1
398 NOVEMBRE-DÉGEMBRE 1900.
de Moiifi^ a une nature qui pratique^ la conduite
conforme à la raison ; il a une perspicacité qui dis*
cerne les choses avant quelles soient en bourgeon^.
Il se conforme aux temps pour faire mouvoir les
ressorts (de la politique); il considère ce qui est
avantageux pour gouverner la multitude. Quand il
s'abstient, il ne s'oppose pas à la vertu; quand il
agit, il ne fait rien dont l'honorabilité ait à rougir.
Le nom de famille du roi esiMong; son appella-
tion est Ko-lo-fong; il est le fils aîné de (celui qui
eut les titres de) roi du Yun-nan, spécialement
promu par la grande (dynastie) Tang, duc du
royaume au delà (de la frontière) , Vai-Joa-i-fong-san-
se''. Se conformant aux influences surnaturelles, il
1 1^ mong était le nom de famille du roi et était devenu le nom
du royaume. 11 ne semble donc pas qu'il faille voir ici une trans-
cription du mot thaï mong ou mœuong qui signifie • contrée,
pays».
* Dans les exemples que le P*cî wen ynn fou donne de Texpres-
s Ion ^ H^ , ces deux mots sont substantifs Tun et Tautre et il faut
ics traduire comme signifiant « dispositions naturelles et conduite».
Ici irjMMidaut, la symétrie du style nous oblige k considérer le mot
^ comme un verbe.
^ Celte expression se retrouve dans une composition littéraire de
Se-ma Siang-jon (mort en 1 17 av. J.-C. Cf. Gilbs, Dictionnaire bio-
graphique, n'* 1753) : ffL*bommc sage voit de loin les choses avant
qu elles soient en bourgeon ; Thomme perspicace évite les dangers
avant (|u lis aient pris forme.» Cf. P'ei wenyunfon, s. v. 1^ ^
* C est Fi'lo-ko J^ jJH ^ qui avait reçu tous ces titres de la
cour de Chine. Le titre de ^ j|| est expliqué de la manière sui-
vante dans le commentaire du Heon Han chou (Cité par le P^ei
iven yunfou» sous cette expression) : ^Jl^^fe^jtJWS
^ il S ^ 0 iï # H i£ H ^ T «Le* «îg»«»>« «»«>»»
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 399
récolta l'élégance; observant la règle, il dressa haut
sa vie^ La protubérance solaire dénote qu'il est ex-
traordinaire; les marques du dragon témoignent de
sa noblesse^.
Au début, quand le roi était encore dans son
palais d'héritier présomptif^; sa conduite exalta les
trois choses excellentes * ; sa dignité lut comme les
les mérites étaient très grands et que la cour impériale voulait ho-
norer d'une manière extraordinaire, elle leur conférait la dignité
de spécialement promu qui était immédiatement inférieure à celle des
trois ducs du pdais ». — Le titre de j^ g ^ ne signifie sans
doute pas t duc du royaume de Yue » , car le royaume de Yne n'au-
rait rien à faire ici ; le titre de ^ ^ « duc de royaume » existait
sous les Tang: le mot j^ ajouté à ce litre signifiait sans doute que
le dignitaire était un prince étranger «au delà de» la frontière de
Chine. — Enfin le titre de k'ai-fou-i-t'ong-san-se est donné par le
Li iai tche koan piao comme l'équivalent des titres modernes de
hoang-loa-ta-Jou et de yong-lourta-fon qui sont les deux grades hono-
rifiques les plus élevés.
^ Dans la dissertation littéraire de Tso Se ^ jg, (m* siècle ap.
J.-C), intitulée Choutou f on ^ on Ut la phrase ^ ^ '^ ^ Ip ^
^ « Ynng Hiong observa la règle et dressa haut sa vie».
'^ La corne solaire Q ^ est une protubérance de l'os du front
que l'on compare à un soleil 0^p§;|2l4**B^É5iliiO B
(Commentaire de Tcheng K'ang-tch'eng à un texte du Heou Hiui
chou). La protubérance solaire et le visage de dragon Q ^ f| i^
sont souvent cités comme les marques distinctives d'un grand
homme; cf. P'eiwen yunjou, à l'article j> kio,
^ C'est-à-dire quand son père, Fi-lo-ko, régnait encore. Le mot
fl^ signifie proprement « second, seconder», et par suite désigne
riiéritier présomptif. Dans le commentaire de Kong Vaiig au
Tch'oen-tsieou, l'expression ^ ;g a le sens d'héritier présomptif;
le dictionnaire de K'ang-hi cite un texte historique dans lequel il
'' L'expression ^n ^ «les trois choses excellentes» se retrouve
dans le Li ki et le commentaire dit que c'est l'observance des
36.
400 NOVKMBRE-DECEMBRE 1900.
deux astres du jour et de la nuit^ Il ne lisait aucun
autre livre que les écrits sages; il avait étudié les
moyens de traiter les hommes avec sollicitude'-^.
Lorsqu'il dirigeait 1 armée , on entendait souvent
parler des actions méritoires accomplies par lui^;
quand il administrait TEtat, il ne manquait jamais
d'illustrer la renommée de sa famille*. La cour des
Taiifi lui conféra le titre de général en chef com-
mandant de droite des gardes du corps et en même
temps celui de préfet de l'arrondissement de Yaiicf-
koa^. Or quand le roi [tchao) précédent^ fit des
plans avec l'émissaire impérial Yen Tchen(j-hoei y
pour nettoyer la frontière des brigands qui l'infes-
taient, le roi précédent se mit à la tête de l'armée
justes rapports entre les pères et les lils, entre le prince cl les
sujets , entre les aînés et les cadets.
* Dans le Chouo wen phonétique, l'expression ^ ]ff^ est expli-
quée comme signifiant «le soleil et la lune». Ce sens du mot li lui
vient du commentaire dont il est Tolyet dans le premier appen-
dice du / king (cf. Legge, S, B, E., vol. Wf, p. ^37).
* ^ ='f^. Cf. Tso tchoan, 11' année du duc Tch'eny /p |^
^ ^ ;2S 5ik^ «vous n'êtes pas capable d'aimer les or|)lielins d'un
autre liomme».
^ Cf. Chou kiiuj, cliap. }«o tien : f^' ^ '^ ^ «(»" l*oul ^1**
neuf ans), l'oMiYre méritoire n'était point accomplie». VS. chap. fjo
liitn : «(kila sera l'effet de l'œuvre méritoire accomplie par vous,
o roi ».
* L'expression ^ ^ se retrouve dans la lettre de Se-ma Tâ'ien
à Jcn Ngan : dJA JAng, en se livrant vivant (aux Iliong-nou) a fait
tomber la renommée de sa famille.»
^ P^ JK. • ^ (tng-hna est le nom qui avait été donné au district
actuel de Mong-hoa ^ 'ffc (^^- '**'" '"> ^ ^^ p. îi v").
« Le roi Fi-lo-ho,
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCH\0. 401
et attaqua la ville du Pont de pierre ' ; il envoya
(noire) roi [tcliao)^ avec Yen Tclieng-hoei attaquer
Clie-ho-tse^, Le père et le fds se partagèrent les
troupes; tous deux ils détruisirent ce fléau détestable.
[Ko-lo-fonxj) fut promu au grade de général en chef
commandant de gauche * des gardes du corps.
Peu de temps après ^, il s unit de nouveau à l'en-
voyé impérial JVamj TcVeiuj-limn et attaqua avec lui
(le pays de)Kien-tclioan^. Son loyalisme s'accumula
en s'élevant plus haut"; la récompense s'en prolon-
gera jusque sur sa postérité. Il fut promu au grade
* Le roi Ko-lo-fonij,
"* Che-ko-tse est identique à Che-ho-tch'eny /jj ft iS ' ^^^^^ ^^^*"
litô se trouvait au sud-ouest de la sous-préfecture de Ijuig-liiong
^ ^ ; c'est là que, en 788 , le chef du Che-lang tchao j£ ^ |S
fut défait par le Nan tchao (cf. Tien hi, I, 1 , p. 23 v®). C'est donc
aux événements de Tannée 738 qu il est fait allusion ici dans Tin-
scription.
* On a vu plus haut que Ko-lo-fong avait reçu auparavant le
titre de commandant de droite. Ce texte prouve donc que, sous les
Tdng, la gauche était plus honorable que la droite, ce qui est ad-
mis encore aujourd'hui en Chine, mais ce qui n'était point le cas
au premier siècle avant notre ère (cf. Se-ma Ts'ien, trad. fr., t. II,
p. 4i5, n. 1).
^ L'expression ^ ^ est expliquée dans un commentaire de Yen
Che-kou au Tsien Han chou : ^i^Wl'^MMWi^Pfl^
«L'expression ou ho a le même sens que l'expression ou-ki: elle si-
gnifie peu de temps ».
® Cette localité porte encore ce nom ; die est au sud-ouest de la
ville préfectorale de Li-kiang [Yun-nan), C'est à Kien-tch'oan que
s'était réfiigié To-lo-wang ^ M ^, chef du Lang-k'iong Irhi
mnm- . ,. ' ,
' CÎP. Che king , Siao ya , 3* décade , ode 9 , strophe a : ]|^ -^
IK ^ ft ^ ft ^ " ^^ faucon au vol prompt tantôt plane
tantôt s'élève plus haut».
i{Q
402 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
de général on chef des gardes de gauche chargés
d'écarter les mauvaises influences^; ainsi ses dignités
augmentèrent en raison de ses capacités ; son mérite
fut établi par ses talents. La cour impériale le pro-
posa en exemple éclatant; elle lui délégua et lui
confia l'autorité militaire. Il reçut ensuite le titre de
« spécialement promu, général en chef ayant la sur-
veillance des chevaux de guerre ». Après que (le pays
des) deux fleuves eut été raffermi et que les cinq
tchao eurent été pacifiés, le royaume du sud arrêta
ses lances 2, la cour du Nord répartit son adminis-
tration ^.
Or Yu-tsencf^, un rejeton de naissance secondaire
qui était resté du roi [tchao) du Yue-si, mettant sa
confiance dans ses to-clwuo^^ franchit le fleuve
* & ^ ^ ^ ^ ^ ^' ^^^-^^ ^^ *^ ^^^ ^'^^ oiseau qui
est censé écarter les mauvaises influences. Quand le Fils du Ciel
sortait, il était précédé d'un fonctionnaire tenant en main Tirna^e
de l'oiseau kin-on,
* Le Nan tchao cessa la guerre.
^ Le Gouvernement chinois envoya ses préfets et ses fonction-
naires dans les territoires nouvellement pacifiés.
* Yu-iseng était fils du frère aîné de l'ex-roi ou tchao de Yne-si.
Le premier caractère de ce nom est /u '^ , et non han ^ , comme
l'écrit par erreur le Tien hi.
^ ^ f 'é' » ^^^^ V Histoire des T'ang , on trouve cet objet désigne
sous le nom de ^ ^ , to-siao, et cette variante semble prouver que
ces caractères ne doivent pas être traduits, mais être considérés
comme la transcription d'un mot indigène. VHistoire des Tang
(chap. ccxxii, a, p. 4 v") donne des to-sino ou to-chouo la descrip-
tion ^»iy<^ni. : mm ^ ^iiamjn o ^ ^wm o m
M i^ EL ^ ^ o " ^^^* to-siao ont la forme de sabres endom-
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 403
Lou^; S attachant à ce chef pervers 2, (nos ennemis)
désolèrent notre frontière. Par dépêches rapides on
envoya contre lui des généraux qui tous furent aussitôt
arrêtés et repoussés. Le roi {tchao) était à fàge où on
coiffe le bonnet viril ^ et déjà il se confiait dans ses
mages; il y a des trous qui les traversent latéralement; ils viennent
de Li'choei; quand ils frappent, il n*est rien qu'ils ne percent. Les
barbares les estiment fort, chaque mois ils leur offrent un sacrifice
avec du sang». — Li-choei est un autre nom du Kin-chn kiang ou
Yang-tse (cf. Tien-hi, V, 1, p. 5 r").
* La rivière Lon J|J yf^ doit être identique à la rivière qu on
appelle aujourd'hui la rivière Ngan-ning: ce cours d'eau est un af-
fluent de gauche du Ya-lony kiang et passe près de la ville préfec-
torale de Ning-ynen dans le Se-tch'oan, L'identification de la rivière
Lon avec la rivière Ngan-ning repose sur les considérations suivantes :
dans les itinéraires décrits par Fan Tchono ( ^ M > auteur de l'ou-
vrage intitulé ^ ^ , publié au commencement de la période koei-
t'ong, 860-873), on voit que la rivière Loupasse à K'iu-lo ijh jffî ,
à 1 5o li de T'ai-teng ^ ^ ; or cette dernière ville était voisine de
la sous-préfecture de Mien-ning J^ )|!« du Se^tch'oan; d'après ce
même itinéraire la rivière Lou coule vers le sud et passe ensuite à
la limite du territoire de Hoei-t'ong tcKoan "^ [pi j\\ [Tien-hi,
XI, 2, p. 32 r**); d'après un autre itinéraire du même auteur [Tien
Ai, XI, 2, p. 3o V**), pour se rendre du territoire chinois dans lo
pays de Nan-tchao, on traversait la rivière Lou en un point appelé
Ho-tse tchen f^ -f ^. peu distant de Hoei-tch'oan '^ J\\ (au-
jourd'hui Hoei-li tcheou "^ ^)* Ces indications montrent que la
rivière Lon n'est autre que la rivière Ngan-ning,
* Le mol 1^ signifie ici , non « canal » , mais a chef» , comme dans
les phrases suivantes : Kieou Tang chou, chap, cxciv, A, p. 4 v" :
^ "^ 1^ le S l£ «11 ût alors que les chefs néfastes crai-
gnissent son prestige». — /6ic?.,p. li '^'' 'Si ^ ^ "^ '\* ^ A
«Il fit prisonnier plus de soixante chefs». — Tso Se, cité dans ie
Fei ivenyunfon (à l'article g) :i5|5ll"S[4^So4^IS
^ $1^ ^ 'IH o " ^^^ chefs des Tan-enl et des Hei-tch'e; les chefs
de Kin-lin et de Siang kiwi »•
^ Cf. Li ki, chap. K'in-li • .Zl ^" 0 S§ ^ «Quand un jeune
404 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
excellentes décisions * ; il s'indignait que ce détestable
scélérat^ osât tenir tête à nos grands bataillons; il
demanda avec insistance à aller lui-même le sou-
mettre ; sa résolution était de bîdayer (les rebelles) et
de pacifier (le pays). Il exposa dans une cage la tête
de YvL-tsemj; il bouleversa les repaires où (les enne-
mis) s'étaient blottis et cacbés^; les to-chouo'^ furent
tous pris; les objets précieux entièrement lui firent
retour; il délivra son vénérable père de ses anxiétés;
il purifia les mauvaises vapeurs qui menaçaient la
frontière. fjVnvoyé impérial fit un rapport pour in-
former (d(^ ces événements son souverain qui) récom-
pensa [Ko-lo-foncj en lui donnant le titre de) Chang-
tchoii-kouo^,
La septième année fien-pao (7^8 après J.-C), le
roi précédent '^ atteignit le terme de sa vie; l'empe-
reur songeant aux services rendus'' et honorant la
lioinmo atteint l'âge de vingt ans, il est dit jeune et coiffe le bonnet
viril ».
» Cf. Tançi chou, chap. ccîx tg^T^ifSîWoHtfl
>& flR o • ^^ Votre Majesté les excellentes décisions sont saintes
et riaires ; les quatre mers vous sont sinrèrement soumises •.
^ CA\ Heou Uan chou. chap. vu : ^ jR Jg; ^ ^ ^^ ;2^ Hf
^ ^% 7^ ^ «Grâce à l'appui que m*ont prêté mes ministres et
mes onicicrs, les détestables scélérats ont été détruits et dispersés».
' L'expression f^ |K se retrouve, appliquée aux êtres qai sont
blottis et cacliés pendant Hii ver où prédomine le principe j^n,
' a\ p. 40:^, n. 5.
•' Jl '^ H «Cielui qui est un grand soutien poiu* le royaume »•
« P'l-1n-k(K
" Par P'i-lo-ko. — Cf. Chou king^ cbap. Tn Yn mo, Legab, C, C,
vol. III, p. 58 : 'ICI 'i{^ ^ ^ » * ô empereur, songez aux services
rendus ».
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 405
piété filiale \ ayant compassion de celui qui était
parti 2 et secourant celui qui était resté ^, envoya Té-
missaire de la cour Li Kincj-i, porteur de la tablette
de commandement, investir de l'hérédité par brevet
le roi du Yun-nan'^. Le fils aîné (de Ko-lo-foiicj),
Foriij Kia-i, était alors âgé de dix ans; pendant la
période t'ien-pao^ il s était rendu à la cour et on lui
avait conféré le titre de honcj-loa chao-k'incj; or on
lui conféra par brevet l'hérédité du rang (qu'avait
eu jusqu'alors son père) et on le promut au grade de
[hong-lou) chang-h'ing , avec les titres de gouverneur
de l'arrondissement de Yancf-koa et de général en chef
ayant la surveillance des chevaux de guerre^. Après
que l'empereur lui eut témoigné sa profonde affec-
tion^, [Ko-lo'fong) ne songea plus qu'à faire preuve
jusqu'au bout de loyalisme et de sincérité ; ses fils et
' De Ko-lo-fong, — Cf. Vang chou, biogr. de Li Yuen : « Mou-Isoikj
rendit un édit dans lequel il disait : Récompenser le loyalisme,
c'est le moyen d'encourager (les hommes k faire) leur devoir de
sujets; honorer la piété filiale ||| ^, c'est exciter (les hommes à
pratiquer) les règles des relations humaines.»
^ Il s'agit ici de P'i-lo-ko,
^ Ko-lo-Jong.
* Le nouveau roi du Yun-nan est Ko-lo-fong,
^ De 7/42 à 755.
^ Tous ces titres sont ceux qu'avait eus jusqu'alors Ko-lo-fonij;
Ko-lo-Jon(f étant promu à la dignité de roi du Yun-nan, son fils,
Fnng-kia-i, est investi de ses anciens titres.
' Dans une composition littéraire de l'empereur Hiuen-isong
(^7.3-755), on lit : jg ^ X ^ M m o ^ A !♦ :tm
^ « maintenir les sentiments de sincérité entre les barbares et la
(^hine; se conformer à la profonde affection qui existe entre les
hommes et les dieux».
406 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
ses frères cadets vinrent à la cour et jamais on ne
cessa de noter (leur venue); le tribut qu'ils appor-
tèrent au palais ne lut jamais dun mois en retard^;
on aurait pu dire (à propos de cet état de choses) :
le prince et le sujet sont animés dune même vertu^;
entre Tintérieur et lextérieur il ny a aucune trom-
perie.
Comment aurait-on pu s'attendre à ce qu'un
homme pervers troublerait cette règle constante, et
encouragerait les méchants pour faire naître une ré-
bellion P Auparavant, le gouverneur Tchang-k'ieon
Kien-Viong ^, ne calculant pas s'il aboutirait à un succès
ou à une défaite, adressa au trône im rapport dans
lequel il approuvait et condamnait sans raison. On
envoya le commandant du Yae-hi , Tchou Ling-ts'ien * ,
établir une préfecture^ chez les Ts'oan orientaux*
^ Dans le Tso tchoan (29'' année du duc Siang; Lbggb, C. C,
vol« V, p« 549)» à propos des relations du pays Lou avec cdoi-de
Tsin, il est dit cpie Lou paye son tribut sans jamais y manquer;
les historiens ne cessent pas de noter (la venue de ces porteurs de
tribut); le trésor ne reste pas vide un seul mois j|^ 7 |K 'f^' o
M Â & M o- 1" nous avons ^ J au lieu de ^ ^. .
* ^ ^ — ' fê ' *^^*'^® ^'^^ chapitre du Chou king,
* iëiSP'&ftfilR-^ Tépoque des Tang, le nom de Yue
hi s'appliquait à une sous-préfecture dont l'emplacement était voisin
de la ville préfectorale de Ning-yaen ^ 5^ , dans le Se-tch'oan.
'^ Cette préfecture était celle de Ngan-ning ^ jjj , qui est au-
jourd'hui la préfecture secondaire de ce nom, dans la préfecture de
Yun-nan , province de Yun-nan,
^ $ m* On les appelait aussi les Man noirs A ^, par oppo-
sition aux Ts'oan occidentaux qui étaient les Man blancs. Les f^oIoM
d'aujourd'hui sont leurs descendants.
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. ^i07
et ouvrir une route menant au Nfian-nan ^ Les taxes
furent excessives et les corvées multipliées; le gou-
vernement fut rigoureux et les gens furent épuisés.
C'est pourquoi le commandant du district de Nan-
ning, Tsoan Koei-wang^, le préfet du district de Koen ,
Ts'oan Je-tsin^, le préfet du district de Li, Tsoan
Ki^, (le préfet) du district de KHeou , Tsoan Cheon-i^,
le grand sorcier de la montagne Lo, Ts'oan Yen-
tcKang^, le grand sorcier du district de Nan-ning,
^ Le Tan^ chou (chap. ccxxii, 6, p. 8 v**) nous apprend que ce
chemin était celui de Pou-t^cou jh |F^ ; Pou-Ceou n*est aulrc que
la sous-préfpxture actuelle de Tong-hai ^ f{^ * au nord de la pré-
fecture de Lin-ngan: elle est sur la route qui mène de Yun-uanfoii
au haut Fleuve Rouge , comme on peut le voir sur la carie placée à
la fin du tome I de l'ouvrage de M. Rocher , Tm province chinoise
du Yun-nan, Le chemin de Pou-t'eou était donc celui (jui débouchait
sur le haut Fleuve rouge et qui par conséquent conduisait au Tonkin ,
alors appelé Ngan-nan ^ ^.
^ ^^Î^H^'&ftSfl'^® personnage, comme ceux
qui vont être cités après lui , était un chef indigène , un Ts'oan ; le
gouvernement chinois lui avait décerné le nom de Koei-wang « roi .
soumis » et lui avait donné le titre de tou-tou du district de Nan-
ning, Nan-nîng était à dix li à Touest de la sous-préfecture aclnelle
de ce nom, dans la préfecture de K*iu'tsing jjj^ j^ , province de
Ynnnan,
de la ville préfectorale de Yun-nanfoii.
* ^ jt| ^ j^ S j^* ^^ icf^^ou se trouvait sur le territoire
de la préfecture secondaire de Ning ^ , préfecture de Lin-ngan ,
province de Ynn-nan,
^ iH *V\ Sk ^ ^' /Ticou tcheovL était sur le territoire de la
préfecture secondaire de Sin-hing j|f ^, préfecture de Tch'cng-
hiang, province de Yun-nan, Il serait possible qu'il y eût ici une
faute de texte et que le mot cheou dût être placé avant le mot Ts'oan :
on traduirait alors : Ts'oan I, préfet du district de K'ieou,
" i^lll>^Aift^M'^® terme de «sorcier», liltéra-
408 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
Tsoan Tclioncj-tao\ et d'autres, firent tomber dans
une embûche et tuèrent Tcliou [Ling-) tsien et en
même temps détruisirent (ia ville de) Ngan-ning^.
La faveur céleste nous accorda que Tenvoyé de la
cour Suen Hi-tchoang ^, le greffier impérial Han Hia^y
le commandant Li Mi^ et d'autres, vinssent charger
le roi précédent d'appeler à lui (ceux qui s'étaient
éloignés) et de punir (les rebelles); les Tsoan re-
doutaient son prestige et chérissaient sa bonté; on
put rétablir (la ville de) Ngan-ning.
Or Li Mi ne tint pas compte des grands plans po-
litiques ; il marcha sur les traces mauvaises de Tchang-
k'ieou^. Sa préoccupation était de chercher le moyen
d'avancer en grade et d'illustrer son obscurité; il
sema des difficultés chez les Tsoan orientaux et leur
boucha la vue; il excita donc Tch'ong-tao et lui fit
tuer Koei-wang.
Dans la délibération (qu'on tint à ce sujet à la cour
du Nan-fchao) , il y eul les avis les plus divers ; chaque
personne avait son opinion ; le roi se préoccupa d'ar-
rêter les troubles dès leur naissance; il pensa à con-
lement « celui qui préside aux démons » , esl expliqué de la manière
suivante dans ie Tang chou, chap. cgulu, h , p, S t'* : ^^ ^ ^
AoliiSI^J&Ai *^*^^ barbares honorent les dé-
mons , ils appellent sorciers ceux qui président aux sacrifices qu'on
leur rend».
- ,Cf. p. 'loO, n. 0.
« (X p. -4o6, n. 3.
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 'i09
tinuer la conduite méritoire qu il avait suivie au-
paravant. Il ordonna donc au grand général d'armée '
Toan Tchong-hoiio et à d'autres de se réunir à l'en-
voyé de la cour Li Kincj-i et au commandant Li Mi,
(»t d'aller derechef à Ngan-ning pour y rétablir l'har-
monie parmi les Tsoan,
Cependant LiMi, simulant faussement d'avoir des
intentions de paix, pratiqua encore l'art de semer la
division parmi les ennemis^; il engagea derechef
TclioïKj-tao à combiner un plan pour assassiner Je-
tsin. Les chefs des Tsoan orientaux furent tous saisis
d'épouvante et dirent : « Koei-wang était l'oncle pa-
ternel de Tch'ong-tao; Je-tsin était son frère cadet;
[Tcliong-tdo] a eu confiîince dans ce calomniateur
et fauteur de discorde ^, et il a étendu l'assassinat
jusqu'à ses parents; quand ceux qui sont les mêmes
os et la même chair ^ s'entretuent, c'est ce que le Ciel
^ Taudis que les généraux chinois sont désignés dans celle in-
scription par le lilre de )|^ ^, les généraux du Nan-tckao sont
toujours appelés ^ ]^» Cette différence correspond sans doute à
une différence de construction syntactique entre la langue chinoise
et la langue du ?i(in-tckao.
^ L'expression J^ ^ désigne un des procédés que recommandait
Suen-tse dans son traité sur Tart militaire. ^ a le sens de ^
«ennemi»; ^ a le sens de ^ «séparer, désunir». J^ ^ c'est
donc l'art de semer la division dans le parti ennemi.
^ Cf. rang chou. chap. cxxxix, p. 4 r" : f JJ ^î}^ ;j^ ^ g ^
^W^ÂtUf^^S • Autrefois, quand l'empereur n'était
encore qu'héritier présomptif, Li TAn-fon avait souvent (cherché à
lui) aliéner (son père) et l'avait calomnié; sa situation avait été
fort périlleuse »». Heou Han chou , chap. xliii : ^ f^ ^ J^ jK
î^ jj^. ^ «N'acceptez pas les paroles de discorde que disent de
tierces personnes».
* L'expression kou jon désigne les parents consanguins. Cf. Se-ma
410 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
et la Terre ne sauraient favoriser. » Alors chacun
d'eux leva des troupes et ils nous appelèrent pour
les aider dans la répression. Li Mi, en apparence
affectant la justice et la droiture, feignit d'emprunter
les soldats de notre région ; en réalité , amassant les
fourberies et les tromperies, il dédara dune ma-
nière mensongère notre révolte ^ Grâce au modèle
de bonté qu'était le gouverneur Koiw Kia-i, nous
pûmes alors exposer que nous étions innocents 2; lÀ
Mi subit donc la dégradation et l'exil; à la suite de
cela , (le parti de) Tcliong-tao disparut et se dispersa.
Puis, le commandant du Yue-hiy Tcliang K*ien-t'o ,
qui avait été autrefois assistant-préfet^ dans le Ynn-
nan , profita de son ancienne connaissance des mœurs
et des besoins (du pays) pour adresser au trône une
requête, par laquelle il demandait à être nommé
commandant. Or, contrairement (à ce qu'on pouvait
7Vien,chap. xviiî ^1*|7I^*H^^ 1^^^*^** moment
011 l'empire fut conquis (par Kao-tsou)^ ceux qui étaient du même
sang et qui avaient le même nom de famille que lui, étaient en
petit nombre».
^ Li Mi fait semblant d'approuver le roi du Nan-ichao quand il
intervient dans les affaires des Ts'oan orientaux , mais en réalité il
le dénonce à la cour comme rebelle.
^ L'expression ^ ^ se retrouve souvent dans les classiques. Cf.
Legge, C. C, vol. m, p. i86 et p. /iyS.
' D'après le Kieou Tang chou (chap. XLiv, p. 2 A v"), le premier
magistrat du tcJicou j^ est le ts'e-che ^ ^ ; immédiatement au
dessous de lui est le pie-kia ^ij ^. De nos jours encore, pie-kia est
une appellation littéraire qui désigne l'assistant du préfet d'une pré-
lecture [tche-fou] ou d'une préfecture secondaire [tcke-tcheou). Cf.
Maybrs, The Chinese Goveviimeni , n°* 283 et 285.
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 411
attendre de lui) , il trompa et déçut la cour impériale ;
il travailla à fomenter des troubles.
Les Tou-po * étaient les ennemis invétérés des flan^;
il s'empressa de comploter secrètement avec eux dans
le dessin de s'unir à eux pour nous anéantir; voilà
notre premier grief. Le frère cadet du roi Tch'eng-
tsie ^, mais né d une concubine , vivait dans rabais-
sement à Tchang-cha^ parce qu'il avait manqué de
loyauté et de piété filiale; or ce [Tchamj KHen-t'o)
proposa à la cour de le faire revenir dans l'intention
de nous désunir; voilà notre second grief. Tcliomj'
tao avait compté pour rien la foi jurée; ïl avait été
un fauteur de discorde et un rebelle ; son crime mé-
ritait qu'il fût exterminé avec toute sa parenté; or
\oilà que [Tcliancj Kien-t'o) l'a recueilli et inscrit, et
l'a admis dans les gardes du corps ^, avec le désir
^ Les Tibétains. Tou-po |J£ ^ est fa transcription des mots ti-
l)étains stod bod qui signifient le Bod supérieur et désignent les parties
centrales et occidentales du Tibet par opposition à la partie orien-
tale appelée le Bod inférieur, sman bod. L'expression stod bod est
transcrite Tobbai par Técrivain arabe Istakbri (fin du vi* siècle ap.
J.-C); on trouve la forme Thabet cbe^ Jean du Plan de Carpin
(12/17) ^^ Tebet chez Rubrouck et Marco Polo; de là est venue la
l'orme Tibet adoptée de nos jours. Cf. W. W. Rogkuill , Notes on
tlie cthnology of Tibet, Washington, 1895, p. 669-670.
^ C'est-à-dire des Chinois.
^ t^ iï 3E» "^^ suppose que Tch'eng-isie est le nom posthume
d'un roi du Nan-tchao. On pourrait cependant traduire aussi cette
phrase de la manière suivante : « Tch'eng-tsie était le frère cadet du
roi , mais né d'une concubine. »
* Aujourd'hui, TcKang-chafou ^ ^ |fip , province de Hou- n a;».
^ J[S^ ^ |i| ^» L'expression J[^ ^ se retrouve dans le lleon
Han chou, chap. Lvi, P» 3 v" : J[j^ ^ jg "^ «il recueillit et écri\il
412 NOVEMBRE. DECEMBRE 1900.
d*en faire notre ennemi ; voilà notre troisième grief.
Ceux qui devaient nous être hostiles, il leur a donné
à tous des grades et des distinctions ; ceux qui étaient
nos amis ont tous trouvé l'oppression et i'humiiia-
tion ; sa préoccupation était de nous abaisser ; voilà
notre quatrième grief. li a construit une viiie for-
tifiée et il y a rassemblé des armes et des cuirasses ;
il a exercé ses soldats dans le secret désir de nous
attaquer à fimproviste; voilà notre cinquième grief.
Il a aggravé les règlements ; il a établi sans motif des
taxes doubles et des contributions de guerre; ses ré-
quisitions et ses exigences ont été sans mesure; il
s'efforçait ainsi et avait le désir de nous ruiner; voilà-
notre sixième grief.
Dans ces circonstances, nous envoyâmes en toute
hâte un message pour informer l'empereur et pour
lui exposer à plusieurs reprises les torts que nous
avions soufferts. L'enipereur prit celte affaire en con-
sidération ; il la déféra à l'envoyé de la cour Kia K'i-
Lsiuii j)our qu'il fit une enquête approfondie '; (cet
lioumie) appartenait à la classe des officiers mé-
prisables et ne gouvernait pas bien ; l'affaire fut réglée
avec des pots-de-vin ; on ne crut que le seul ( Tchang)
les texlos qui restaient. » Quant à l'expression ^ ^* ^^ peai la
rapproclior do la phrase suivante qui est lin'o du Kieou Tang chou
(cliap. cxciv, i, p. 4 >") : ^ ^ fê fSî «Pendant longtemps vous
avez fait partie des gai'de.s du corps»,
' Le mot ^ a ici le sens de «faire une enquête»; cf. commnn-
laire du rcheou-li cité par le dictionnaire de h'ang hi au met /ru ;
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 413
K'ien-fo; d un commun accord on boucha Touïe im-
périale ; méchamment on représenta que nous étions
sur le point de nous révolter. •
Le roi leva les yeux au ciel et dit en soupirant :
« Hélas! je n'ai rien fait. O ciel azuré, vous pouvez
le voir. Le Fils du Ciel est derrière ses neuf rangs
(de portes)^ et il est difficile d'obtenir sa présence A
une distance de huit pouces ou dun pied^; un sujet
loyal qui est à dix mille li (de la Cour) doit-il subir
le mal qui vient d'un homme pervers et méchant P »
Il envoya donc le général d'armée Yamj Lo-tien et
d'autres pour continuer à exposer les faits et pour se
plaindre. N'est-ce pas le cas de dire : I^e Ciel est
élevé; son ouïe est éloignée^ ; la trace laissée par une
mouche est prise pour un défaut du jade. Quoique
nous eussions exposé nos sentiments les plus intimes '*,
nous n'obtînmes ni compassion ni attention.
Les chefs et les principaux dans notre juridiction
dirent tous : « Quand le souverain reçoit un affront,
^ Le P'ei iren junfou cite un passage des Poésies de Tch'ou où
il est dit : ^ ^ P^ '^ ^ S «Les portes du prince comptent
neuf rangs». H semble donc Wicn que l'expression ^ '^ désigne
ici les portes du palais impérial.
^ Cf. Tso-tchoan, 9' année du duc ^* •' 5C M ^ ^ S /S
J^ « La majesté du souverain n'est pas éloignée de moi, pas même
(le huit pouces ou d'un pied».
^ C'est-à-dire que son éloignement l'empêche de bien entendre;
h»s deux mots "j^ ^ sont souvent accouplés pour désigner la
hauteur et l'éloignement du ciel ou des astres. Ici, le ciel symbo-
lise l'empereur.
'^ Littéralement: «noti*e ventre et notre cœur».
XVI. 97
416 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
Le roi, estimant que le mal s'arrêtait à [Tchang)
Kien-t'o et que la faute ne pouvait être imputée à
tous, que l'érection d'un rempart ou son déplace-
ment^ serait d'ailleurs l'objet de délibérations ulté-
rieures 2, se rendit donc aussitôt à Ngan-ning. Pour
la seconde fois il exposa sa sincérité^ et son affection.
Le gouverneur de la ville Wang K'o-tchao, persista
dans l'erreur et méconnut la situation ; il continua
l'opposition et repoussa notre requête. Nous en-
voyâmes le général en chef Li Ko-to et d'autres, à la
lé te de leurs troupes, le combattre; nous étions
dans notre droit et lui dans son tort; la ville fut
détruite et son général s'enfuit.
Cependant la grande armée de [Sien-ya) Tchong- ,
t'ong était déjà parvenue (dans les arrondissements)
de K'iuet de Tsing^. Encore une fois, nous en-
(lésigne ies ministres [tcJien) cl le peuple {chou). Mais dans les
exemples de Texpression ^ j^ que donne le P'ei wen yun fou,
on voit qu'il faut la prendre comme signifiant « la foule des offi-
ciers » ; en efifet , un de ces exemples présente les deux termes sui-
vants * ^ j^ "JS* ]^ «i& foule des officiers et le peuple»; dans
Tautre exemple : ^ j^ « la foule des officiers » a pour terme sy-
métrique "j^ J^ «la forêt (c'est-à-dire la multitude) des hommes
de valeur».
• On verra plus loin que, lorsque le roi de Nan-ichao fit de»
ouvertures de paix à Sien-yn Tckong-t'ong, il offrit de relever ies
remparts de la ville de Yao-tcheou ; c'est sans doute à ces remparts
qu'il est fait allusion ici.
^ Cf. Tso-tchoan, 6' année du duc Hoan • JIU >S ^ B ••^
sera l'objet de délibérations ultérieures», «nous y aviserons plus
tard».
^ La leçon ^ du Kin che tsoeî pien doit être préférée à la leçon
^ du Tien-hi,
^ A'iH et Tsiiifi formaient, à l'époque des Tang, deux arron-
NE INSCRIPTION DU ROYAUMPl DE NAN-TCHAO. 417
âmes le grand chef Yang Tse-fen ^ avec le secré-
e du Yan-naRy Kiang Jou-tche^, lui offrir un rap-
t où nous exposions notre justification, o Aupa-
'ant, les paroles de calomnie et de discorde du
it dignitaire Tchang [K'ien-t'o) ont fait -que les
•bares^ et les Chinois * ont conçu de Tanimosité
uns contre les autres. Le btsanpo^ maintenant a
i regards fixés sur les Tsoan ^ et sur Lang-Viong'^;
tantôt il les intimide par la multitude (de ses sol-
dais); tantôt il les dirige en leur procurant des avan-
tages; peut-être en sera-t-il comme de Thuître et du
martin-pêcheur qui se tenaient lun fautre; il est c^
craindre quils ne soient pris par le pêcheur^. Pro-
(lissements distincts qui correspondent à la préfecture actuelle de
K'iu-tsing J& & , dans le Ywi-nan,
' ^ ~P ^'^ ^^ ^^^ ^ ^^* supprimé dans le Kin che tsoei
pien,
' 9jM^^pW^^P Z- L'expression ^^ si-
gnifie «inscrire les faits» et désigne par suite un secrétaire; quant
à l'expression ^ ^ c'est , de nos jours encore , l'appellation litté-
raire de certains secrétaires provinciaux (cf. Mayers, The Chinese
Government, n° 295). ^
' #•
'm-
^ ^ ^. Le roi du Tibet.
^ Il s'agit sans doute des Ts'oan occidentaux.
' Le Lang-k'iong était le plus occidental des six Tchao; il était
limitrophe du Tibet.
" Allusion à un apologue qui se trouve dans le Tchan kono ts'e
(oliap. IX, p. 37 v") : «Une huître bâillait au soleil; un martin-
pêcheur voulut en gober la chair; l'huître se referma et lui saisit
le bec. Le martin-pêcheur dit: «Aujourd'hui il ne pleuvra pas; de-
« main il ne pleuvra pas et il y aura alors une huître morte.»
418 NOVEMBRE-DÉGEMBRE 1900.
sterne, je demande, étant en possession, à être dé-
pouillé; ayant gagné, je pense à perdre; les deux
remparts seront rétablis ^ ; faites-moi la faveur de
me permettre de me réformer. »
[Sien-ya) Tchong-t'ong se refusa absolument à nous
attirer à lui et à nous accueillir; (s ouvrant un che-
min) par la violence, il arriva à Kiang-Keou'^. Pour
nous , nous exposâmes encore avec instances et jus-
qu'à deux et trois fois notre fidélité sincère; [Sien-ya)
Tchong-tong résista aux remontrances et repoussa
ses parents ; il se confia dans ses soldats et se com-
plut dans la cruauté^; il ne vomissait et ne proférait
L'huilre dit à son lour au marlin-pécheur : «Aujourd'hui tu
«n'échapperas pas; demain tu n'échapperas pas et il y aura un mar-
« lin-pécheur mort. » Ni l'un ni l'autre ne voulant se lâcher, un pê-
cheur les trouva et les prit tous deux.» — En citant cette fable, le
roi de Nan-tchao fait craindre à la Chine que leur querdle ne
profite en déOnitive au roi du Tibet.
' Dans le Tang chou (chap. ccxxii, a, p. a v'), il est dit que
le roi de Nan-ichao proposa à Sien-yu Tchong-t'ong de rendre les
prisonniers qu'il avait faits et de construire un rempart à Yao-
tcheou ^ jj\. C'est ce qu'exprime l'inscription en pariant de
perdre ce qui a été gagné et d'élever deux remparts, c'est-à-dire
le rempart intérieur et le rempart extérieur de la ville de Yao-
tcheou,
^ Kiang-k'eon ^ p était une localité située sur le Yang-pi
kinng >^ ^j^ ^ [Tien-hi, V, i, p. a v®). Le Yang-pi kiang , qu'on
appelle aussi le Hei-hoci kiang S^ S^ ÛI » ®*^ ^^ affluent de
gauche du Mékong; il passe à peu de distance à l'ouest de Ta-U
fou , ville près de laquelle se trouvait la capitale du Nan-tchao»
» Cf. Tso tchoan, 4* année du duc > n : :^ jHi t? S. |^ W
5S. oiail^*o5S^*|«l o^Tcheon.yuBtcoi^e
en ses soldats et se complaît dans la cruauté; comme il se confie
JNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 419
e des paroles de meurtre et de carnage. Nos am-
>sadeurs subirent tous ses reproches. En outre,
vait chargé d'avance le générai Wang Ts'ien-yan
se porter, à la tête de guerriers d'élite , à l'ouest .
la montagne Tien-ts'ang^; il voulait ainsi combi-
une double attaque imprévue contre nous par
ant et par derrière.
Alors nous préparâmes toutes les victimes; nous
disposâmes up autel et une aire; nous frappâmes
notre tête contre terre jusqu'à faire couler le sang et
nous dîmes : « Depuis l'antiquité jusqu'à maintenant
nous avons été des sujets des jETan, qui n'avons point
envahi leur territoire et qui ne nous sommes pas ré-
voltés. Maintenant le tsie-toa^ agit contrairement au
bien et est avide de gloire; il désire nous appliquer
la punition qui convient à ceux qui ne reconnaissent
ni supérieur, ni maître. Voilà ce que nous nous per-
mettons de déclarer ouvertement au Ciel auguste et
à la Terre souveraine ^. » Quand le prieur eut terminé
ce discours, il se prosterna vers le nord-est*; tout
en ses soldats , il n'aura pas pour lui le peuple ; comme il se com-
plaît dans la cruauté , il n'aura pas pour lui ses parents ».
^ Siî ^ |Il * ^^^' montagne était à 5 /i à l'ouest de la ville de
Ta-lifou où se trouvait alors la capitale du Nan-tchao ( Tien-hi , V,
1, p. 1 r").
* Le tsie-toU'Cke Sien-ju Tchong-t'ong,
^ Cette formule est analogue à celle qui est employée dans la
prière de Tang que nous a conservée le Lnen yu (xx, i, S 3) : ^
B3 -^ -^ ^ ^ ^ 'ijf «Voilà ce que je me permets de déclarer
ouvertement à l'Empereur souverain très auguste».
* Le nord-est est le côté où résident les dieux. Cf. Se-ma Ts'ieu ,
4:20 NOVKMBRK-DÉCEMBRE 1900.
le royaume fut pénétré de douleur; les montagnes
et les cours d'eau s'obscurcirent ^ Notre parfaite sin-
cérité toucha les dieux; il venta, il plut, il tonna, il
Y eut une averse. '
Puis (le roi) fit cette proclamation : « Si ces gens
nous avaient accueillis , ils seraient encore nos maîtres;
maintenant, puisqu'ils ne nous ont pas accueillis, ils
sont nos ennemis. La décision est le ressort de la
guerre ; l'hésitation est la ruine des entreprises. » x\lors
il invita les soldats à faire tous leurs efforts et à
monter aux créneaux; il dit à ceux qui l'entouraient :
« Celui qui est parfaitement fidèle ne peut manquer
d'un souverain ; celui qui a une piété filiale parfaite
ne peut manquer d'un père. » Il envoya aJors le grand
chef Yançi Li et d'autres à Lang-k'iong ^, rendre visite
au commissaire des T^ou-po (Tibétains), Luen-jo-tsan ;
le commissaire comprit que les temps étaient changés
et se rendit compte de la vraie situation; U détacha
des soldats qui vinrent à notre secours.
En ce temps, la grande armée du tchong-tclieng^
était sortie et s'était rangée en bataille à Kiang-k'eoa^.
Le roi (de JSan-tchao) examina les combinaisons cy-
chap. xxvi (trad. fr. tome III, i>. ^57) : ^ ^{^ jpi|| ^ ;§^ ^ «Le
nord-osl ost la demeure des clartés divines».
' (if. Se-nm Ts'ien, chap. XLVii, p. 6 v" : H} ^ ffif M *''
s'obscurcil ol devient noir».
' Cf. p. /Il 7, n. 7.
^ l.e titn» do tclionji-tch'eng pjï ^ doit désigner ici le tsie-tou-
clic Sicn-YU Tchonif-t'oïKj,
* Cf. p. 4i8, n. 2.
UNE INSCRIPTION DL' ROYAUME DE NAN-TCHAO. ^2{
cliques'; il observa ce qu'il avait devant lui et ce
qu'il avait derrière lui; il donna carrière à ses soldats
et, en personne, il mena l'attaque; il fit essuyer une
grande défaite à ces troupes 2. Alors il ordonna à son
^ Dans le chapitre cxxvin (p. 6 r") des Mémoires historiques de
Se-ma Ts'ien, on lit : Q ]^ ^ '^ ^ ^ J^ ^« D'après ie
commentateur P'ei In, le mot Q désigne ici les termes de la série
dénaire kia, i, ping, ting , ou, ki, keng, sin,jen, koci; le mot ^
désigne les termes de la série duodénaire tse, tch'eou,yn, m(io,tch'en,
se, ou, wei,chen,yeou, siu, hai, La phrase de Se-ma Tsien signifie
donc : « Les cycles dénaire et duodénaire ne forment pas un tout
complet ; c'est pourquoi il y a les orphelins et les vides, » En effet ,
quand on est arrivé au bout de la première décade du cycle sexa-
génaire, les termes de la série dénaire sont épuisés, tandis qu'il
reste encore les deux termes siu, fiai de la série duodénaire; siu et
hai sont donc appelés les orphelins; d'autre part, si on écrit les
ternies de la série duodénaire en en formant deux groupes de six
termes, les termes ii et 12 [siu, hai) du second groupe étant les
orphelins, les termes 5 et 6 [tch'en, se) qui leur correspondent dans
le premier groupe seront appelés les vides. De même , dans la seconde
décade du cycle sexagénaire les orphelins seront les termes 9 et 10,
et les vides seront les termes 3 et 4 de la série duodénaire. On trouve
ainsi six fois deux orphelins et six fois deux vides dans les six décades
du cycle sexagénaire. On tenait compte des orphelins et des vides
dans les pratiques divinatoires, et plus particulièrement semble-
t-il, quand il s'agissait des affaires militaires pour déterminer les
jours propices; le chapitre I wen tche du Tang chou nous a con-
servé le titre d'un ouvrage qui s'appelait : JC 'S^ ^ S ît >È
^ 1^ — - y^ «Traité de Hoang ti en un chapitre sur l'art de la
guerre et sur les combinaisons des orphelins et des vides n, 11 n'est
donc pas surprenant de voir que , dans notre inscription , le roi du
Nan-tchao a recours à cette méthode de divination au moment d'en-
trer en guerre.
^ Cette défaite de Sien-yu Tchong-t'ong eut lieu la 10" année t'ien-
pao (751), à Lou-nan Jft "^ , localité qui se trouvait au nord-est
de la préfecture secondaire de Yao ^^ , province de Yun-nan (cf.
Tien hi, c\mp. I. 1, p. 35 v*').
420 NOVEMBRE. DECEMBRE 1900.
le royaume fut pénétré de douleur; les montagnes
et les cours d'eau s'obscurcirent ^ Notre parfaite sin-
cérité toucha les dieux; il venta, il plut, il tonna, il
y eut une averse. '
Puis (le roi) fit cette proclamation : « Si ces gens
nous avaient accueillis , ils seraient encore nos maîtres;
maintenant, puisqu'ils ne nous ont pas accueillis, ils
sont nos ennemis. La décision est le ressort de la
guerre ; l'hésitation est la ruine des entreprises. » Alors
il invita les soldats à faire tous leurs efforts et à
monter aux créneaux; il dit à ceux qui l'entoxiraient :
K Celui qui est parfaitement fidèle ne peut manquer
d'un souverain ; celui qui a une piété filiale parfaite
ne peut manquer d'un père. » Il envoya alors le grand
chef Yancj Li et d'autres à Lang-k'iong ^, rendre visite
au commissaire des ï'^oa-po (Tibétains), Luen-ja-tsan ;
le commissaire comprit que les temps étaient changés
et se rendit compte de la vraie situation; il détacha
des soldats qui vinrent à notre secours.
En ce temps , la grande armée du tchong-tclieng ^
était sortie et s'était rangée en bataille à Kiang-k'eoa'^.
Le roi (de JSan-tchao) examina les combinaisons cy-
chap. XXVI (Irad. fr. lomelll, P* ^|57] : ^ 4(^ jp||f ^ ;^ <^-tLe
norcl-ost est la demeure des clartés divines».
> Cf. Se-ma Ts'ien, chap. xlvii, p. 6 >'» : MJ ^ îij || .il
s'ol)scnrcit et devient noir».
^ (X p. /117, n. 7.
'' Le titre de tchomj-tcK eng pf» ^ doit désigner ici le Uie-tou-
che Sien-yn Tchon<j-t'ong,
* Cf. p. /|i8, n. 2.
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. k2[
cliques'; il observa ce quil avait devant lui et ce
qu'il avait derrière lui ; il donna carrière à ses soldats
et, en personne, il mena Tattaque; il fit essuyer une
grande défaite à ces troupes^. Alors il ordonna à son
^ Dans le chapitre cxxvin (p. 6 r") des Mémoires historiques de
Se-ma Tsien, on lit : B >^ ^ ^ iSfc W ît >fi* J^'^pi*^^ ^^
commentateur P'ei Yn, le mot Q désigne ici les termes de la série
dénaire hia, i, ping, ting , ou, ki, keng , sin,jen, koei; le mot ^
désigne les termes de la série duodénaire tse, tch'eou^yn, mao,tch'en,
se, on, ivei , chen ,yeou , siu, hai, La phrase de Se-ma Ts'ien signifie
donc : « Les cycles dénaire et duodénaire ne forment pas un tout
complet ; c'est pourquoi il y a les orphelins et les vides. » En effet ,
quand on est arrivé au bout de la première dérade du cycle sexa-
génaire, les termes de la série dénaire sont épuisés, tandis qu'il
reste encore les deux termes siu, kai de la série duodénaire; siu et
kai sont donc appelés les orphelins; d'autre part, si on écrit les
l^nies de la série duodénaire en en formant deux groupes de six
termes, les termes ii et 12 {siu, hai) du second groupe étant les
orphelins, les termes 5 et 6 [tch'en, se) qui leur correspondent dans
le premier groupe seront appelés les vides. De même , dans la seconde
décade du cycle sexagénaire les orphelins seront les termes 9 et 10,
et les vides seront les termes 3 et d de la série duodénaire. On trouve
ainsi six fois deux orphelins et six fois deux vides dans les six décades
du cycle sexagénaire. On tenait compte des orphelins et des vides
dans les pratiques divinatoires, et plus particulièrement semble-
t-il, quand il s'agissait des affaires militaires pour déterminer les
jours propices; le chapitre I wen tche du Tang chou nous a con-
servé le titre d'un ouvrage qui s'appelait ' ^^ 'fl^ -^ f^ Jt >Èft
^ g£ — * ^ « Traité de Hoang ti en un chapitre sur l'art de la
guerre et sur les combinaisons des orphelins et des vides n, 11 n'est
donc pas surprenant de voir que , dans notre inscription , le roi du
Nan-tcJiao a recours à cette méthode de divination au moment d'en-
trer en guerre.
2 Cette défaite de Sien-yu Tchong-t'ong eut lieu la 10* année fien-
pao (751), à Lou-nan J^ '^ , localité qui se trouvait au nord-est
de la préfecture secondaire de Yao ^^ , province de Yun-nan (cf.
Tien /ti, chap. I, 1, p. 35 v°).
424 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
ment d'être éternellement et fermement un rempart ^
les uns pour les autres. On changea le nom de Tannée
qui fut la première année du btsanpo tchong.
La deuxième année (ySS), l'empereur de Chine -
ordonna encore au gouverneur de la commanderie
de Han-tchong, Se-Vong Si4i, et au nei-che Kia K'i-
tsiun , de se mettre à la tête de soldats et de rétablir
la préfecture de Yao^; le général Kia Koan en fut
nommé commandant. Tous nous dîmes* : «Les
Chinois ( Han ) ne s'inquiètent pas de la vertu et entrent
en contestation avec nous par la violence. Si nous
ne supprimons pas promptement (ces fauteurs de
troubles), il est à craindre que nous n'ayons à en
souffrir plus tard. » Alors nous envoyâmes le générai
Wang P'ing-ko couper la route de leurs approvision-
nements. En outre nous envoyâmes le générai en
chef Hong Koang-tch'eng et d'autres, avec le toa-tche-
ping-ma-che de Tarroiidissement de Chen, Laen-K'i-
moment où on anoblissait un seigneur : «Tant que le (Hoang) ho
ne sera pas devenu (mince) comme une ceinture, tant que le Tai
chan ne sera pas devenu (petit) comme une pierre à aiguiser, puisse
votre royaume jouir d'un calme perpétuel et puissiez-vous le trans-
mettre d'une manière continue à vos descendants. » (Cf. Se-nia Ts'ien ,
trad. fr. , vol. III, p. 121.) Il sera fait allusion d'une manière plus
directe encore à cette formule dans les dernières lignes de l'in-
scription.
' Cf. Cke king , Taya, 2' décade, ode 10, strophe 7 • ^ ^ jff|
;|^ «la famille (du roi) constitue son rempart».
•■* Au nord de la préfecture secondaire actuelle de Yao ^ , pré-
fecture de Tch'ou-hiong, province de l'un-nan.
* L'expression ^ Q est empruntée au chapitre Yeut tien du
Chou king.
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 425
lisia, assiéger ensemble la ville préfectorale^; avant
que deux jours se fussent écoulés ^, ils la détruisirent
comme on arrache un arbre pourri. Kia Koan se
présenta les mains liées derrière le dos ^ ; ses soldats
furent tous mis en fuite.
La troisième année (7 54), les Chinois ordon-
nèrent encore à Tex-commandant de la commanderie
de Yun-naiiy Li Mij qui avait en même temps le
titre de che-yn-clie , à l'administrateur de la préfec-
ture de Koang, Ho Li-koancjy et au tchong-che Sa Tao-
Inueriy de rassembler* conformément (à ce qui leur
était prescrit) les hommes vaillants et braves du
IVin-long^ en même temps que les jeunes gens du
N(jan-nan^\ ils établirent leur camp à Long-pa'^; ils
répandirent au loin leur prestige militaire ; alors des
barques et des rames lurent préparées , car ils avaient
* Cf. p. ^25, 11. 3.
- Cf. Che king, Kouojong, livre i5, ode 6, strophe ^ '• "ffi" "it
fS ^§ "^^ n'a logé avec vous que deux nuits». Le mot ^ a ici le
sens particulier de « rester deux nuits de suite au même endroit».
^ L'expression "JJ ^ se retrouve dans le chapitre xxxviii de Se-
ma Ts'ien; elle est expliquée de la manière suivante dans le com-
mentaire Sono j« • ® n # n ^ ]K ^ M W irj "ir -ifc
«L'expression mien-fou signifie qu'on a les mains liées [fou] der-
rière le dos et qu'on se présente de face (wie/i)».
* Le mot ici employé se prononce tsoncj (Dict. de K'ang-hi) et
est l'équivalent phonétique du mot ^ isong «réunir».
^ L'expression Ts'in-long ^ ^ désigne la province actuelle de
Chân-si, siège de l'ancien état féodal de Ts'in ^, au nord -ouest
duquel se trouvait la montagne Long ^ .
« Le Tonkin.
'mm-
420 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
décidé de nous attaquer à la fois par eau et par
terre.
Aussitôt nous ordonnâmes au général fVang Lo-
k*oan et à d'autres daller, en cachant leur* armée,
attaquer à i'improviste les soldats occupés à la con-
struction des bateaux; les cadavres couchés jon-
chèrent toute la plaine de Pi-cho^. Li Mi, ne calculant
point ses forces, s avança et menaça (la ville de)
Teng-tch'oan^; en ce temps, le toa-tche-ping-ma-che
de farrondissement de Chen, Luen-k'i-U-siu, accou-
rait au secours et était déjà arrivé à la montagne
Pa-kiao; nous ordonnâmes au général en chef Toan
Foa-k'o et à ses collègues de combiner leurs mouve-
ments du dedans et du dehors*; avec force ils lut-
tèrent, avec force ils attaquèrent; quant aux autres*,
ils n'eurent pas le temps de bander leurs arcs; leurs
épées ne purent même pas être tirées; en plein jour
la clarté se trouva obscurcie; une poussière rouge
voila le ciel ; le sang qui covdait forma des torrents ;
les cadavres amoncelés obstruèrent les rivières; les-
trois armées furent dispersées et défaites; leur prin-
cipal chef fut submergé dans le fleuve.
Le roi [tcJiao) dit : «Quoique, vivants, ils aient
été le principe du mal, maintenant qu'ils sont morts
^ Cf. p. 38/i , 1. 7-9, et 387, 1. 18-19. SB ®t jî sont équividents.
•'* Il faut admettre que Toan Fon-k'o était le général chargé de
défendre la place de Teng-tcKoan;de Tintérieur de la ville, il com-
bine ses nïouvements avec Lnen-k*i-li-siv qui venait à son secours du
dehors.
* Les Chinois.
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 427
ce doit être la fin de la haine. Gomment pourrais-je
prendre en considération leur fautes anciennes de
manière à oublier les grands rites ? » Alors nous re-
cueillîmes les cadavres des généraux morts et des
autres; nous fîmes un sacrifice et nous les enterrâmes
pour (montrer que) nous conservions (le souvenir
des) bienfaits anciens.
La cinquième année (^56), le gouverneur de Fan-
yang, Ngan Loa-chan , s empara illégitimement de (la
région comprise entre le Hoang) ho et (la rivière) Lo^.
L empereur Kai-yuen^ sortit (de sa capitale) et s'éta-
blit (dans la région du) Kiang et de Kien^,
Le btsanpo envoya le commissaire Tsan-hmg-lo à
Yang-kie apporter un décret ainsi conçu : « Quand
on a planté la vertu , il importe d en développer la
croissance; quand on supprime le mal, il importe
d'en enlever la racine*. Yne-hi el Hoei-fong^ forment
' Le fameux rebelle N(jan Lou-chan (cf. Giles, Biographical
Dictionary, n° 1 1 ) s'était emparé de la capitale orientale des Tang,
Lo-yang, située entre le Hoang-ho et la rivière Lo, puis il avait
marché contre la capitale occidentale, Si-ngan, et l'empereur
avait dû s'enfuir en toute hâte dans le Se-tch'oan,
* Cette désignation de l'empereur Hiuen-tsong par un de ses
nien-hao est d'autant plus remarquable que , à l'époque dont il s'agit ,
la période k'ai-jnen avait depuis longtemps fait place à la période
t'ien-pao,
^ Le Se-tcKoan constituait alors le Kien-nan tao ^ $ ^ '^ ^^^
principal fleuve était le Kiang ^ dont le haut cours était la ri-
rière Min, qui passe à Tch'eng-tou,
* Citation légèrement modifiée d'un passage du chapitre Tai che
du Chon king; Legge, C. C, vol. III, p. 296.
^ y ue-Ai correspond à la localité de ce nom , préfecture de Ning-
yaen, province de iSc- tcA'oan; quant à la ville de Hoei-t'ong , eWe
428 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
beaucoup de complots contre moi; y aviser. serait
bien. » Le roi [tchao) reçut avec respect cet ordre de
son supérieur ; il chargea donc les grands généraux
Hong Koang-tcliengy Tou-lo-chengt Toan Fon-k'Of
Tchao Fou-yu, Wang Lo-ts'ieny Wang-tsien Lo-fongy
le ts'ing-ping-koan^ Tchao Tsiuen-teng et d autres, de
prendre le commandement des peuplades de Si-yu,
de passer par le chemin de Koen-ming, et, avec le
conseiller /-5ian^-y(?-i!o^ et le gouverneur Chang Kièn-
tsan, d'attaquer ensemble Yue-hi. Le roi [tchao), se
mettant en personne à la tête de Théritier pr<5somptif
P'an^, assiégea et serra de près Hoei-iong, Yue-hi ré-
sista avec obstination; (les habitants) furent massa-
crés*; Hoei-fong demanda à se soumettre; il ne souf-
frît aucun mal. Les garçons et les filles, les objets
de jade et les pièces de soie^ sur une distance de
cent li obstruaient la route ; les bœufs et les moutons ,
les monceaux de grain et les approvisionnements
pourvoyaient à notre nourriture pour un mois.
La sixième année (757), la Chine [Han) rétablit
(levait aussi se trouver clans la vallée de Kien-tch'any et est vrai-
seniblahlement identique à la préfecture secondaire de Hoei-li '^
g|; cf. p. 4o/j, n. 1; 407, n. 4, et p. /|i5, n. 3.
• La charge de ts'ing-ping-koan, dans le pays de Nan-tchao,
correspondait, nous disent les historiens, a celle de tch-'eng-siaiig
(conseiller d'État) en Chine.
'^ On a vu plus haut (p. 42 3) que ce personnage était un fobc-
tioniiairc tibétain.
•' H est probable que P'an était le nom |)ersonnel de Fong-kia-i ,
lils aîné de Ko-lo-fong,
^ r/est-à-diro : les captifs et les objets précieux.
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 420
(le district de) Yue-hi et y nomma comipandant
Yanxj Timj-isin; en même temps, elle forlifiaît Tai-
tetujK Un ambassadeur du btsanpo vint nous dire :
« La Chine a ordonné de rétablir (le district de)
Yue-hi; elle le fait en vue de délivrer (le lerritoire
de) Koen-ming. Si nous ne supprimons pas de nou-
veau [Yiic-lii), il est à craindre que (nos ennemis)
ne développent au loin leurs ramifications 2. » Quand
(le roi) eut reçu en Félevant avec ses mains ce sage
édit, il envoya son fils aîné, Fong-kia-i, établir un
camp sur la rivière Lou^ pour diriger les affaires et
décider ce qui était utile; il ordonna au grand gé-
néral Yang'tcKoan-mO'ineoa'^ et à d autres de com-
biner leurs mouvements avec le général K*i-ki4i-joa
et d'entrer ensemble par divers chemins (sur le
territoire chinois); Yue-hi fut de nouveau balayé;
Tai-teng fui supprimé; le commandant fut arrêté;
ses soldats furent tous faits prisonniers. Alors nous
illustrâmes nos armes à Kiong-pou^ et les généraux
chinois [Hem] s'enfuirent en masse; ils ramenèrent
leurs étendards de Koen-ming; dans leurs remparts
abattus ils prosternèrent leurs fronts. De cela on
' A Test (le ia sous-prcfeclure de Mien-mii(j ^ JÇ , préfeclui-c
(le Ning-yaen, prov. de Se-tclioan.
2 Cf. Tso ichoan, 1" année du duc Yn ^ ^ ^MM^M
§ ^È» « Ne laissez pas s'étendre les ramifîralions de la planU; en
sorte qu'il devienne difficile de savoir quel parti prenditî au sujet
de la plante».
' Cf. p. 4o3,n. 1.
* Cf. p. 422 , ligne 17.
* Ip ppî-à 70 li au nord du l'iny de Yuv-ln j^ j^, préfecture
de Ainif-jucn, province de Sc-tclioan,
XVI. 28
430 NOVEMBRE-DECKMBKK 1900.
peut (lire que c est : continuer sa famille, poursuivre
l'exécution de Toeuvre, et de génération en généra-
tion ne point manquer dlionuiies sages. Aulretbis
celui qui avec deux cent mille hommes parcourait
de Test à Touest (le territoire liarbarc ^) et celui qui ,
après avoir fait sept fois prisonnier (le général en-
nemi) soumetlait du nord au sud (le pays qu'il
combattait^), ne peuvent point encore être consir
dérés comme ayant beaucoup fait (en comparaison
de ce qu'accomplit alors le roi du Nan tchOb.)
Puis il y eut (l'expédition dans le pays de) 5m/i-
iclioan^; les cliamps et les terres cultivées y sont
* VS.Sc'ina Tsicn, chap. c : «Le chen-j'a avait écrit une lettre
dans laquelle il insultait T impératrice Ln et n était pas respectueux;
rinipératrice Lu., fort irritée, manda les généraux pour délibérer à
ce sujet. Le général en chef, Fan K'oai, dit : «Votre sujet désire
obtenir cent mille hommes et il parcourra de Test à Touest tout le
territoire Hioug-nou, »
* Allusion à Tcliou-ho Lcany |§ ^ «^ qui fit sept fois pri-
sonnier le général ennemi Mong Uouo ^ ^ et le relâcha sept
fois; à la septième fois, Moug Mono refusa de profiter de la liberté
qui lui était rendue, déclarant qu'il reconnaissait en Tchou-ko
Ijcang un prestige céleste et que ses compatriotes renonçaient à
lutter contre lui. Cf. P'â-wen-jun-fou, à l'expression ts'i-k'in.
^ Le pays de S'mn-tctioan ^ |^ n'est pas l'objet d'une notice
spéciale dans l'histoire des Tang; mais, d'après ce qui en est dit
incidemment dans la notice sur le Nan-tchao, il semble que le
Siun-tdioaii ait été une région de la haute Birmanie. Voici com-
ment s'exprime le Tang-chon (chap. ccxxii , «, p. q v*): «H ar-
riva aussi que Ngan Ijou-chan se révolta; Ko-lo-fong en profila
pour prendre l'arrondissemenL de Hi et le camp de Hoci-Vong j||
ilt| '^ jpj ^ ; il s'empara de la passe Tsing-ki fff ^ ^ e^
ainsi il écrasa le Yue-si j|^ |fp et exposa la tête de Yu-Ueng ^
^ ; à l'ouest en outre il soumit les pays de Siun-tch*oan ^ ||t
et de Piao |^ (Birmanie). Les barbares de 5mft- te A'oon WL tt tt
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-ÏCHAO. 431
fertiles et luxuriants; les hommes et les produc-
tions y sont nombreux et y affluent; au sud, il com-
munique avec le P'o-hai ' ; à l'ouest, il est proche de
Ta-ts'in^. Depuis le commencement du monde, la
renommée et les enseignements^ (des sages) n'y
avaient point atteint; depuis Tépoque du souverain
ont les mœurs suivantes : ils n'ont ni soie ni bourre de soie; ils
marchent pieds nus sur des broussailles et des épines sans en
souffrir; ils tirent avec des flèches sur les sangliers et en mangent
la chair crue; dans le combat « ils enferment leur tête dans une
cage en bambou qui a la forme d'un casque. A l'ouest de cette
(peuplade) sont les barbares nus ^ ^ qu'on appelle aussi les
barbares sauvages |^ ^ ; ils vivent dispersés dans les montagnes
et n'ont pas de chefs ; ils font des habitations en treillis où ils de-
meurent. Les hommes y sont moins nombreux que les femmes;
ils n'ont pas d'agriculture; ils couvrent leur corps avec de l'éfcorce
d'arbre; les femmes sont groupées par dix ou par cinq pour senir
un seul homme.» Le fait que le Nan tchao soumit la Birmanie
nous est aussi attesté par la notice du Tang chou sur le royaume
de Piao (chap. ccxxii, b, p. 5 r").
^ Si le Siun-tch'oan touche au sud à la mer, c'est la preuve que
fauteur de l'inscription englobe sous le nom de Siun-tch'oan la
Birmanie toute entière; l'expression P*o-hai j^ ^ ne laisse pas
cependant que d'être embarrassante , car elle désigne en général le
golfe de Pe-tche-li; peut-êtr^ faut-il corriger le texte et lire ^ ^
qui est le nom de la mer limitant au sud le royaume de Piao
(Birmanie) d'après le Kieou Tang chou (chap. cxcvii, p. 7 v"),
^ On sait que , en 121 ap. J.-C. , des musiciens et des jongleurs
de Ta-ts'in -J^ ^ (l'Orient romain) arrivèrent en Chine en pas-
sant par le pays de Chan ^|| (Haute Birmanie}; le Compendium
des îVcl atteste que, au m' et au iv'. siècle de notre ère, les curio-
sités de Ta-ts'in parvenaient en Chine par une voie de mer qui les
amenait en Birmanie; de là, elles passaient dans le Yun-nan (Cf.
Hjrtii, China and the Roman Orient y p. 179; Parker, The early
ÏAios and China, in China Revieiv, vol. XIX, p. 71 , n. 26).
3 Cf. Chou king, chap. Yu-kong, gf Ut |& ]K 0 îè * ^* ''*^-
nommée et ses enseignements pénétrèrent jusqu^aux quatre mers. »
28.
432 NOVfcMBREDECEMBKE 1900.
[Fou-)lny des armées ny avaient point pénétré. Le
roi [tchao) voulut changer (ce peuple) en lui don-
nant des vêtements et des bonnets, le transformer
par les rites et la justice. La onzième année (ySa),
en hiver, lui-même avec ses officiers et ses ministres
et en même temps avec ceux qui conimandaient à ses
lrou[:es, coupa les arbres pour se frayer un passage,
construisit des bateaux et fit des ponts; il éblouit
par son prestige militaire; il enseigna par ses expli-
cations pacifiques. Ceux qui furent sincères et se
soumirent, il les encouragea, les consola et leur as-
sura le repos; ceux qui luttèrent et résistèrent, il
lia leurs nuques et les mit en fdes nombreuses ^*
Ayant compassion de leur stupidité, il le^ délivra de
leurs entraves ; il choisit un emplacement supérieur
pour y établir une ville fortifiée. Ceux dont les
corps sont nus^ vinrent d'eux-mêmes sans qu'on eût
' L'cxprcssioQ ^ '^ \)eui avoir des sens 1res différents : dans
un texte de Tchoancj tsc (cliap. Tien tse fany, trad. Lbgge, S, B.
/!.\, vol. XL, p. 53], elle signifie tendre un arc complètement,
jusqu'à ce que la poinle de la flèche vienne affleurer le bois; le
mot [p^ a ici le sens de ^ «pointe de flèche» (cf. Chouo wen
phonétique au mot ^). — Dans un texte du Tso tchoan (6* an-
née du duc Siuen)^ cette expression signifie «combler la mesure
de ses mauvaises pratiques»; le mot ^ a ici le sens de ^ «pra-
tique». — Dans un texte du Chou làncj (chap. Toi che; Lbggb,
C. C, vol. Iir, p. 287), on lit la phrase ]^ |p Jt j| «Iw»
crimes de Chang ont comblé la mesurtî». — Aucun de ces sens
ne parait convenir exactement au passage que nous traduisons;
ici , celte expression semble désigner une enfilade ou une file 'ff^
très nombreuse ^ de prisonniers attachés les uns aux autres.
* Les ])arbares nus étaient à fouest du Siun-tclioan; cf. p. 43 1,
ligne 6 de la première note.
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 433
à les châtier; les K'i-sien^, souhaitant subir la bonne
influence, arrivèrent.
D autre part, Ngan-ning^ était une place forte de
premier ordre; c'était un carrefour important des
diverses peuplades Tsoan; ses montagnes font face
au PUki^\ ses ondes entoureraient le Jfi>-c/w*; ses
marais salants^ surchargent de besogne (les tra-
* k'I-sicn esl le nom d'une nionlagne; on iil dans le Tnng chou ,
rliap. ccxxii, ". 1>. 1 >" : $15 S^ [Ij ;2: U ^ î$ gi «à Toiipst
de la montagne K'i-sien , il y a l)eaiicoup de miasmes et de vapeurs
malsaines.» Deux lignes plus bas, on iil : ^ ^ ^R ]j^ |{Ôf W
«à l'ouest de Ta-ho et de K'i-sieu*. M. Parkbr [China Heview ,
vol. XIX, p. 76, n. G9) identifie cette région de K'i-sien avec la
partie fiévreuse de la vallée de la Salouen décrite par Colb, Raber
[Travels and researches in western China, p. 177-179).
* Cf. p. 4o6, n. 5. Le roi de Nan-tchao, vainqueur en 764 de
Li Mi, avait pris Ngan-niny aux Chinois; après avoir parié de Tex-
pédition que Ko-lô-fong fit en Birmanie, l'auteur de Tinscriplion
rappelle ici les mesures qu'il prit pour affermir sa domination dans
la partie orientale de son royaume.
^ La montagne Pi-hi ^ ^ [jj est à 3o U au sud-ouest de la
ville de Yun-nanfoa et fait face, en effet, aux montagnes de Ngan-
nin(j. L'origine de ce nom , qui signifie la montagne du coq de jade
vert, nous est indiquée dans un passage du chapitre xxv du Ts*ien
Uan chou : «Quand Temperenr Siuen (73/19 av. J.-C.) eut pris le
pouvoir, quelqu'un dit que, à / tcheou (^ jftf = Yun-nanfou), ï
y avait les divinités d'un cheval de métal ( ^ M ) et d'un coq de
jade vert (^ jl^)^ en leur sacrifiant avec des offrandes, on pou-
vait les évoquer.» Le commentaire ajoute : «La figure du métal
ressemble à un cheval; la figure du jade vert ressemble à un coq.»
Le cheval et le coq sont donc les formes sous lesquelles se mani-
festaient le métal et le jade vert.
* Le fameux promontoire au nord du golfe du Pe-tche-li,
^ Les puils salants, qui étaient autrefois au nombre de quatre
et qui sont aujourd'hui au nombre de cinq, sont à l'ouest de la pré-
fecture secondaire de Ngan-ning (cf. Tien-hi, V, l, p. 21 v**).
fiU NOVEMBRE-DÉCKMBRE 1900.
vailleurs)^; le profit qu'on en retire s*étend jusqu'à
Tsang-ko^; les villes fortifiées et les bourgs s'y pro-
longent en file continue; celte configuration réunit
les (barbares) Jong et P'^/ Alors [Ko-lo-fong) institua
un surveillant de la ville qui eût la charge de réunir
ceux qui étaient abandonnés et séparés. Ainsi ceux
qui étaient loin et ceux qui étaient près se donnèrent
appui ; les portes des villages furent serrées comme
les dents d'un peigne^.
La douzième année (yôS), en hiver, le roi [tchax))
attendit d'être de loisir pour examiner son territoire;
il observa les mœurs et entoura de sollicitude ceux
qui vivaient cachés. Il s'arrêta à Koen-tch'oan^ et en
étudia la configuration; il déclara que les montagnes
et les fleuves pouvaient y former un écran contre
les peuples de la frontière, que les eaux et les terres
pouvaient y nourrir les hommes^.
La quatorzième année (768), au printemps, il
1 Cf. Che King, Siaoya, vi" décade, ode 1 ; ^ ^ 3^ j^ ^
« il en est qui sont surchargés au service du roi »•
* C'est-à-dire jusqu'à la préfecture de Se'tian j||L f^ dans le
Koei'tckeou.
^ Cf. Che kiny, Tdieou song, m" décade, ode 6 : j( J:|2 ^ ^
«ils sont serrés les uns contre les antres comme les dents d'un
peigne ».
* Koen tch'oan, ou plutôt Koen tcheou , ^ ^ est un ancien
nom de Yun-nanfou.
^ Cf. Chou king t chap. K'ang wçLug tche kao (Lkgoe, C. C,
vol. III, p. 567] ' 7i ^ ^\^^ M^ «alors ils nommèrent ot
instituèrent dos soigneurs et établirent des écrans». Commentaire :
ft Ils nommèrent des seigneurs pour en faire de» écrans contre If^t
peuples de la frontière >* ,1^ jS^ $ ^ •
uni: fNSCKIPTlON DU ROYAUMK DE NAN-TCHAO. /i35
ordonna à son lllsaîné, l'ong-kia-i, d'établir à Koen-
tch'oan la ville fortifiée de Tclie-totuj ^ ; il y plaça deux
rhefs [tcliao) pour l'administrer. Afors son prestige
imposa la crainte à (la région de) Pou-t'eou^; sa bien-
faisance gagna (les gens de) K'iii et de Tsing^; par-
tout où atteignirent les ordres qu'il répandit, d'un
cœur unimime on y obéit en baissant la tête.
Notre roi a une énergie qui contient on elle l'équi-
libre et l'harmonie'*; il a* une vertu qui renferme
(la puis^'mce de) couvrir et celle de nourrir^. Ses
facultés sortent de la commune mesure^'; son discer-
nement est de proportions telles qu'il est éminent
dans le monde. Ses vues élevées dominent ^ c\ quatre-
vingt mille pieds de hauteur; les plans qu'il combine
décident la victoire à mille li de distance^. Lorsqu'il
voit une occasion opportune, il s'ébranle^; il profite
' ftî S iS » ^'^^^ ^^**"*' '^ ^'^^^^ ^'^ Yuu-uan fou,
^ Cf. p. 407, n. 1.
'* Cf. p. 4 16, n. 4.
* Cf. Tchong youg, I, 4 : + 4 ^^ 5C T ^ ^^ * 4 o
ft.tfc^^ClF-è^iê-lfc* L'équilibre est la grande racine
(le Tunivers; l'harmonie est la vole p^énérale de riiniverM».
^ De couvrir tous les élres comme le Ciel les couvre et de les nour-
rir comme le fait la Terre.
^ ^ ^* «à droite des hommes», c'est-à-dire «au-dessus des
iiommes, au-dessus de la commune mesure».
' Cf. Luen yu, IX, 10 : ^p -^ ^ J^ ^ ^ «il y a comme
quelque chose qui se dresse à une grande hauteur».
8 Cf. Se -ma Tsien, chap. i-v, p. 3 v° : 5J || ^ ||im tf»
'^ B^ ^M^'FM^-É* *^*^ l'intérieur des tentures
(r. à d. «dans une maison», et non sur le champ de bataille), com-
hiner des plans qui décident de la victoire à mille // de distance,
tel a été le mérite de Tse-fang ( Tchaiig Leang) »,
" Cf. Tso ichnan, il" année du duc Sinen •' "^ ^ ^ @j( ||^
430 NOVEMURK-DECEMBUE 1900.
des situations avantageuses pour faire réussir des
actions glorieuses. Sa conduite s accorde avec une
intelligence divine; il semble que le Ciel lui ouvre
la voie^ GVst pourquoi il a pu, quand il attaquait
des villes fortifiées , abaisser ses ennemis et remporter
la victoire comme un dieu. Il change le péril en
tranquillité; il transforme Tinfortune en prospérité.
11 continue et développe Tœuvre de ses ancêtres; il
agrandit et étend les plans royaux. 11 s*assied Je visage
tourné vers le sud en se donnant le nom d'orphelîn ^ ;
il gouverne le côté oriental et s y (conduit en maître.
Ensuite il a mis en honneur les vertus pacifiques jet
les vertus guerrières; dans ladministration , il a
établi cent fonctions. 11 a donné son rang à ce qui
était honorable et mis à sa place ce qui était vil;
dans les dignités il a distingué neuf degrés. Il a
ouvert la porte aux trois religions ^ ; il a reçu les hôles
aux portes des quatre points cardinaux^ . Le yn et
le yanq ont été en ordre et le soleil et la lune n*ont
point commis d erreur; ses récompenses et ses châ-
timents ont élé sages, et les pervers et les méchants
ont éloigné les traces de leurs pas. Il a compris les
S M 9k «Moi, Hoei, j*ai appris que, pour faire ia guerre; on
no doit s'ébranler que lorsqu'on voit une occasion opportune».
' Cf. Tso tchoan, 23' année du duc ^» : E M 5Ç jfc fif ^
A ^ ^ «tË» *^*^^ entendu dire que celui à qui le Ciel ouvre la
voie, les hommes ne peuvent l'atteindre ».
* Cf. Li Al*, chap. Yu tsao (Legge, S.£. E., vol. XXVIII, p. «7) :
K Tout prince d'un petit État s'appelle lui-même « orphelin ».
•■* Lo Confucéisme, le Taoïsme et le Bouddhisme.
* Cf. Chou hiufi, chap. Choen tien •' % *^ P9 P^ «H n*C"* **^
holes aux portes des quatre points cardinaux »,
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE N\N-TCHAO. 437
trois principes' pour déterminer les rites; il s'est
servi des six accumulations^ pour régler le pîiys. Sa
bonne foi s'est étendue jusqu'aux porcs et aux
poissons^; ses bienfaits ont fertilisé jusqu'aux plantes
et aux arbres. Il a arrêté et retenu les eaux débordées
et les plateaux élevés sont devenus des champs de
riz et de millet; il a fait communiquer et a ouvert
les bassins et les étangs , et les lieux bas ont été plantés
de la végétation des jardins et des bois. Il a changé
la pauvreté en richesse; il a transporté ce qu'il y avait
là où il n'y avait rien'*. Les familles ont eu l'abon-
dance qui provient des mûriers plantés sur une sur-
face de cinq meoii^; le royaume a entassé dans ses
greniers des provisions pour neuf années. L'étendue
et la profondeur de ses bienfaits se sont accumulées
jusque sur les fauteurs de troubles^; ses dons de
* ^ ^ 1 le Ciel , la Terre et l'Homme.
* >^ iiï » l'^îi"» le feu, le métal, le bois, la terre, les céréales.
Cr. Chou liing, chap. Ta Yu mo,
3 Phrase tirée du / king (Legge, .S. B. E., vol. XVl, p. «îG.l).
* Cf. Chou hiny, chap. / et Tsi (Legge. C. C, III. p. 78) : ^
/^ ^ «échanger ce qu'ils ont contre ce qu*ils n'ont pas». Le com-
mentateur Lin Tchc'h'i explique cette phrase en d'sant ^ ^ ^
^ , par exemple en transportant du poisson et du sel dans les pays
de montagnes, ou en transportant le bois tiré des forêts dans les
pays bas.
^ Cf. Mehcius, l, a, 3 (Legge, C. C, voL II, p, 7) : jE gj
^ ^ ^ ^ Ki ^ * ^"^ ^^^ ^^"^ "*^®" réservés aux habitations
soient plantés de mûriers».
^ Le mot JH signifie «le mouvement des insectes»; il désigne
par suite ceux qui s'agitent d'une manière insupportable comme
les insectes, à savoir les fauteurs de troubles. Cf. Tso tchoan, 2/1* an-
née du duc Tchno •' ^ 3E ^ Jf JS lH ^ «Maintenant en vé-
438 NOVEMBRE-DKCEMBRE 1900.
joyaux et de pièces de soie ont atteint les vieillards
de soixante ans. Il a institué des difficultés pour pré-
venir le mal et s est appuyé sur des défilés pour y
élever la fermeté de remparts solides; une onde sur-
naturelle purifiait des maladies et sur les esciir-
penients niultipliés il a fait jaillir la source où 1 on
se lave la tête et le corps'. Les chevaux célestes de
Yae-tan^ naquirent dans la banlieue de la ville; les
eaux courantes de Ta-IP servirent à laver les soies
bigarrées. A Touest, il ouvrit (le pays de) Siun-
tclu)an'^; (la localité de\Loa-p'i^ produisit l'or de la
rivière Li^; au nord, il fut contigu aux montagnes
rilé la maison royale a 6ié plonp^ée dans \o. trouble». Le commen-
taire explique les deux mots tcliocu tcli'ocn en disant ||j| ^ {^
« Télal d'être éhranlé et troublé».
' L'expression '^ 0|C ;2S Ê désigne les villes dti domaine im-
périal qui étaient données en fief à des seignenrs pour qu'ils pussonl
s*y purifier avant de paraître devant le Fils du Ciel (Cf. Li ki ,
obap. Wang tche; Legge, 5. B. E., vol. XXVII, p. 247). Ici IV.v
pression {ang mou implique uniquement l'idée de purification, el
non celle de fief ou d'apanage.
- D'après le Tien In (V, 2, p. 5 v°), Yne-ian jj^ J^ serait Tac-
tuel Tencf-yue ]^ j|^ (Momein).
^ >^ ^'J* Peut-être faut-il identifier cette localité avec la ville de
Ta-li ^ ^ dont P'i-lo-ko s'était emparé en 788, et qui, d*après
le Tien /li (I, 1, p. 2 3 v") se serait trouvée à Test de la préfecture
secondaire de Tchao ^.
* La Birmanie; cf. p. 43o, n. 3.
'MM-
^ ISt yK' ^* J'ivière Li était le nom ancien du Kin-cha kiang
(baut yaug-Ue):^i^ ÏL t Z M :^ (7Vcn A^X, 2,p. 1 1 v*)*;
le souvenir de cette dénomination s'est conservé dans le nom de la
préfecture de Li-kinmj fou H JJ*
UNK INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 439
Yang^; Hoei-tcKoan^ recueillit les précieuses tur-
quoises. Les peuples de la frontière méridionale se
sont réfugiés et ont accouru auprès de lui; les rois
[tchao)^ qu'il a renversés ont désiré être ses sujets
oxiérieurs; les Tsoan orientaux^ ont tous fait retour
à lui; (la région de) Poii-feou^ est devenue partie in-
tégrante de son territoire. Pour établir sa capitale il
a mis une garnison et une barrière; l'argent est produit
dans le bourg de Mo-tsoei^; il a attendu d'être de
loisir pour inspecter son territoire; son équipage s'est
reposé dans la plaine de Tong-dnq'^ . C'est 1î\ sans
' UlU-
^ '^ Jl[- Sur le territoire de la préfecture secondaire de Hnci-li
'^ S » préfecture de Ninj-ynen , province de Sc-tch'nan,
**' H doit tUre fait ici allusion aux cinq autres tchao vaincus par le
Nnu-tchao.
* Cf. p. /io6, n. 6.
'^ Cf. p. 407, n. 1.
" M 11 • ^^^^^ localité devait se trouver dans le voisinage de la
préfecture de TcKou-hionij ^^ ^, dans le Yun-nan, La ville de
Tch'on-kioncj s'appelait autrefois ÏVei-tcIion; or voici ce qu'on lit
.lans le Tien hi (I. >. p. 3. v«) : J^ J^ ^ ^ |3 Jj| ;^ ^Jjt ^
H ft' ;t. I|5 S 1: iS 4 15 j@l • Ce texte me paraît corrompu
et je crois qu'il faut substituer le mot ^ au mol j|J[ et le mot ^
au mot â^; la phrase signifie alors : nFKei-tch'ou, à l'époque du
Mong-ichao (c.-à-d. du Nan-tchao) formait les bourgades de Yn-chcng
et de Mo- <50ci; c'est pourquoi on établit (là) le gouvernement de Yn-
ckeng, % Le gouvernement de Yn-chcny était U4i des six gouverne-
ments [tsic-tou) entre lesquels était divisé le royaume de Nan-tchao;
les cinq autres gouvernements étaient ceux de Tc/ic-to/i^ J^ ^ ( } un-
nan-fou)^ de Lony-toiig ^ jj^ [Yao-tcheou), de Yong-tch'ang ^
^ {Yong-tch'an(jfou),dii Kien-tch'oan ^ j|[ (Kien-iclioan tcheou)
et de Li-choei j^ yj^ [Li-hiangjoa).
' La région du lac Tontj-t'ing, dans la province de Hou-nan,
440 NOVEMBRE-DECEMBRE 1000.
doute un effet cjui dérive de Téminence des hommes
et des qualités surnaturelles de la terre, de l'ex-
cellence des productions et de la perfection des in-
fluences.
Alors donc les rhinocéros et les éléphants, les
objets précieux et rares, les tributs et les offrandes
sont arrivés au complet. A l'est et à l'ouest, au sud
et au nord, la fumée et la poussière* n'ont pas volé
(dans Tair). Au loin et au près on n'a plus eu à re-
douter les pillages; les têtes noires'^ eurent une pros-
périté telle qu'on entendait frapper le tambour^.
Alors on put relever la tête avec fierté à Kionq-nan \
jeter des regards assurés au-delà des mers^.
Comment notre roi cadet aurait-il pu parvenir par
lui seul (à un tel résultat)? En vérité (s'il y est par-
venu) , c'est grâce à notre btsanpo saintement divin ,
empereur céleste^. Sa vertu s'étend sans limites; son
prestige s'impose aux régions bien ordonnées"^. Quand
' La fumée des signaux d'alarme et la poussière des champs de
bataille.
- L'expression «les têtes noires» est le surnom par lequel Ts'in-
Che-hoang-ti désignait le peuple; cf. Se -ma Ts*ien, trad. fr., t. Il,
p. i33, n. 2.
^ L'expression ^ ]^j|[ signifie dans le Che king (section Koao
fomj, y décade, ode 6), «battre les tambours de guerre». Mais ici,
le contexte veut évidemment qu'il s'agisse des tambours qu'on bat en
signe de réjouissance.
* L'expression ^ ^ « au delà des mers » se retrouve dans le
C/ioii king (cbap. Li tckeng: Legge, C. C, vol. lll, p. 52i).
• La leçon du Tien In ^Ç fjl , Pst erromk»; il faut lire 3Ç ^ i
comme dans le Kin che tsoei pien,
^ Otte expression parait désigner ici la Chine par allusiod à
UNE JNSGUIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 441
les nuées printannières se répandent, les dix mille
sorte d'êlres en sont toutes humectées^; quand le
vent chargé de gelée blanche descend, les quatre
mers ^ se flétrissent et déclinent^. Ainsi il a pu enlever
(leurs possessions) à ceux qui faisaienl des troubles
et combattre ceux qui s'obstinent dans Terreur*; il a
fixé une ville capitale pour assurer le repos ^ au
peuple; il s'est annexé les faibles et a traité avec
mépris ceux qui allaient à leur perte; il a écrit à
lempercur de Chine et a continué avec lui les bonnes
relations^.
Alors les tsincj-pincj-hoan Toan Tchoncj-koiio , Toan
Sian-tsiiicn et d autres, dirent tous : «Quand celui
qui possède le royaume développe au plus haut degré
la raison, cest une qualité excellente du prince et
cette phrase du Che hm(j [Chang song , ode 4, str. 6) : ^ ^ ^
^ «les neuf régions furent mises en ordre»,
* C'est-à-dire que, quand le btsanpo tibétain répand sa bienveil-
lance , tous les êtres en éprouvent le })énérice.
^ On sait que cette expression désigne les barbares des quatre
points cardinaux.
^ Le mot jj^ a ici la valeur d'un verbe; il implique l'idée de dé-
cadence et de châtiment que comporte, dans les idées chinoises, le
concept de l'automne; c'est en automne que se font les exécutions
capitales. La phrase signifie donc que lorsque le btsanpo donne
libre cours à sa colère, tous les êtres reçoivent leur châtiment.
* Cf. Chou liiug (chap. Tckoug-lioei tclic hao; Legge, C. C,
vol. m. p. .81) ■M^^X^M^IlMÙ «Annexez-vous les
faibles; combattez ceux qui s'obstinent dans Terreur; enlevez (leurs
possessions) à ceux qui font des troubles; traitez avec mépris ceux
qui vont à leur perte».
SÊ. = ^-
•* L'expression |^ ^ se retrouve dans le Tso Ichoan ( 1 '" année
du duc Siang)^
442 iNOVEMBRE-DÉCKMBRE 1900.
roi ; quand il y a cette qualité excellente et qu on ne
1 exalte pas, c'est une faute de la part des sujets. La
vertu est ce par quoi on élève les actions méritoires;
les actions méritoires sont ce par quoi on fonde
Tœuvre. Quand Tœuvre a été accomplie avec succès ,
si on n en prend pas note , comment nos successeurs
dans la suite pourront-ils voir (ce qui a été fait)? Il
convient dv tailler une pierre et de graver une stèle,
de commémorer les mérites et de célébrer la vertu,
pour que (le souvenir) s'en transmette sans s'altérer,
pour qu il pénètre dans Tavenir. Or (les membres de)
notre famille^ ont été de génération en génération
sujets de la Chine [Han) et les huit rois^ ont été
dignes de Toeuvro (entreprise par la dynastie) des
751/1; les inscriptions des cloches^ se sont succédé
d'âge en âge et ce sont cent générations qui s'af-
' La famille dont il est ici question est la famille Toiin ^ à la-
quelle apparleuaieut les isiiKj-p'uuj-Uoan, Toan Tchong-kouo et Towi
Siun-ts'iuen; c'était, comme on le voit par ce texte, une famille (fo-
rigine chinoise; elle devait, en l'an gSS, se substituer à la famill<;
Tcheny ^^ qui avait, en 902, renversé la dynastie indigène du
Nan-tchao (cf. p.Sgy, n. 1, ad fin,] \ le royaume qu'elle fonda prit le
nom de royaume de Ta-li ^ ^ .
^ Les huit rois dont il est ici question sont Siuen ^i ^ ^ et ses
sept frères (cf. P\'i wen yun fou, à l'expression pa wang); Siuen ti,
mort en 201 après J.-C. , est i*egardé comme le fondateur de la dy-
nastie Tsin, quoiqu'il n'ait pas été ertectivcment empereur. H est
probable que la famille Toan aida les huit rois à établir la dynastie
des Tsin et que c'est pour cette raison qu'on rapjKîlle ici le souvenir
des iuiit rois.
'* Cette phrase signifie que la famille Toan joua un l'oie gIorieu\
t^t que d'âge en âge les inscriptions élogieuses gravées sur les cloches
conservèrent le somenir des actions d'éclat accomplies par elle.
UNE INSCKlPTlOxN Di] ROYAUME DE NAN-TCIIAO. 443
(iiiiienl sous le présent régnée A noire naissance
nous nous trouvâmes sans ciel'-; derechef nous tom-
bâmes dans la déchéance et la iTiine^. Mais grâce aux
vertus laissées par nos vénérables ancêtres, nous
avons reçu l'immense bienfait qu'on vint rechercher
les représentants des anciennes familles'*. A nouveau^
nous reçûmes la charge de ts'itifj-piiuj^ pour servir
en même temps d'oreilles et d'yeux (au souveiain).
Nous songeons dans notre cœur à Ki-foii'^, mais nous
' En d'aiilres termes, les membres artiieîs de la famille Toaii sont
les représentants (rancôtrcs illustres.
- Le mot ^ «ciel» désigne ici le souverain. Au moment où le
Nan-tchao conquit tout le Ynu-nan et une partie du Se-tch'oan, la
famille Toan se trouva privée de son souverain naturel qui élait
l'empereur de Cliinc.
^ Allusion à l'époque troublée qui succéda aux conquêtes du i\an-
tcliao,
* Quand le roi du ISan-tchao eut affermi son pouvoir, il cberclia
à s'entourer des anciennes familles chinoises qu'il trouva dans le
territoire qu'il s'était annexé-, c'est ainsi qu'il distingua la famille
Toan et conféra à ses membres les plus liauUîs dignités. — L'ex-
pression ^ ^ est tirée du Chou kinij (cliap. P\in-ken(j, i™ partie,
s '3) : A ti * « o §^ # * f tt ^ o ;Q"an<l il s'agil
d'hommes, nous recherchons ceux qui sont d'ancienne (famille);
quand il s'agit d'objets, nous recherchons, non les vieux, mais les
neufs».
^ C'est-à-dire que, sous la domination du Nan-tcliao, comme sous
celle de la Chine, les Toan eurent des fondions élevées.
« Cf. p. 428, n. 1.
' ki-J'on se donne comme l'auteur des odes 5 et G delà 3" décach;
du Ta-ya (Lkgge, C. C, vol. IV, p. 5/|0 et 5'i5). — Toan Tchony-
liouo et Toan Siun-ts'iuen, chargés de célébrer les mérites de Ko-lo-
fong, voudraient que leurs éloges fussent à la hauteur de ceux que
Ki-fou a décernés aux rois delà dynastie Tcheou^ et ils rougissent
de n'y point parvenir.
4Vi NOVEiMBRE-DÉCEMBRE 1000.
rougissons que nos éloges ne soient pas h la hauteur
des poésies des Tcheou ; noire résolution est d'imiter
Hi-se^ et nous voudrions égaler notre voix aux odes
sacrificatoires de Lou. Enregistrer la gloire et publier
les mérites, en vérité cest ce qu'on peut déclarer
une grande et noble entreprise. Tout en considérant
rinfcriorité de nos talents, nous avons donc osé rap-
peler par écrit l'influence (du roi) el son illustration.
L'éloge rimé est ainsi conçu^ :
On a fait descendre la prospérité du ciel; — ce
bonheur se propage dans les générations ultérieures;
^ Ili-se est mentioiiné dans l'ode 4 de la 2* .décade des odes sa-
crificaloircs de Ïj)u (Legge, C. C, vol. IV, p. 629} comme ayant
conslriiil un fort beau temple; ici , on semble croire qu'il a composé
Tode elle-même.
^ Cet éloge se compose de douze slropbes de quatre vers; chaque
strophe est construite sur une rime; chaque vers est forme de deu\
hémistiches qui ont chacun quatre syllalxîs; le dernier vers de ta
10* strophe fait seul exception; il est constitué par deux hémistiches
de six syllaJMîs. — Les rimes sont les suivantes: 1" strophe : 3l^
ffi ♦ ^' PP • »" ^''»* ^''^"^' — ^* strophe : m» ft • ft» ÉC»
au lilu chcng; — 3* strophe : |^ , Hf ,'^ * 5? » *" ^*''" ckeng; —
/»' strophe : ^ , P » T^p t ;^ » au chang cheiKj; — 5t stroplie :
^' M; ¥♦ >S»«" P'"'^ ^^^"5/' - ^" «*'*0P*»e : ^» jfe» M»
gj » au jou cheiKj; — 7' strophe : ffî « ^ « J|^ » Ç|| . a» ^''i* cheny;
— 8' strophe : ^J[ , ^ , ^^1» M ♦ *" J°^ ckeng; — 9* strophe :
S > fc • ^ » ^ » »" P'''9 c^'^"9' — 10* strophe : ^g , Si . ft ,
j^ , au chaiiff chviuj; — 11* strophe : p^ * ^ * |S * ^ *" P*^'*9
çheiig; — 12' s'rophc : ^ , 35X » >R » ^ ♦ au chang chcng. — On
voit que, dans celte pièce de vers, les rimes de chaque strophe sont
respectivement au même ton; on ne confond pas ensemble les trois
tons cliang , Jiiu, jou, qui, dans d'autres pièces de poésie, peuvent
rimer ensemble , étant tous trois considérés comme les tons obliques
^ , par opposition au ping chcng ^.
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 445
Le gage des apparitions favorables n est point vide
de sens; — les présages exacts sont certainement
dignes de foi.
Le saint souverain distribue sa sollicitude; —
dans les contrées les plus éloignées sa renommée
fait trembler;
11 possède par hérédité un fief transmis depuis
longtemps; — il a reçu la tablette divisée ^ en même
temps que le sceau.
[Tchang-k'ieoa) Kien-k'iong^ prit en main le gui-
don de commandement; — avide de gloire, il fo-
menla des troubles ;
11 ouvrit un chemin (qui menait dans le) Ngan-
/ian^; — il attaqua et opprima les Tsoan orien-
taux.
Tchou Tsien^ fut tué; — ses officiers et ses sol-
dats, on les mit en déroute et on les dispersa^. , .
Grâce à lappui dès rois précédents, — nous
chérîmes ceux qui cédèrent et nous abattîmes ceux
qui se révoltèrent.
L'heureux apanage ne manqua pas d'hommes
* La tablette dont le suzerain gardait une moitié tandis qu'il
donnait l'autre moitié au seigneur vassal.
^ Cf. p. 4o6, l. 11 et 12.
* Cf. p. 407, 1. 1.
* Cf. p. 4o8,L 2.
^ Le mot ^ est ici au Kin cheng, à cause de la rime; il doit donc
avoir une valeur transitive : «on les dispersa», et non «furent dis-
persés».
XVI. 29
m rai M KM! lAttOIALI.
446 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
sages ^; — les actions méritoires de nos prédéces-
seurs furent continuées.
Le gouverneur^ d'une commanderie fut tronaipeur
et obséquieux^; — il fut dégradé personnellement
et envoyé à une frontière lointaine.
Le malheur continua avec [Tchang) K'ien-t'o^ ;
— il porta les troubles au plus haut degré, cet
homme vil et méprisable;
Il n'en retira que la calamité , et non autre chose ^ ;
— ce porc vivant dans la boue se tua lui-même.
[Sien-yu) Tchong-fong^ exerça le gouvernement;
— il ne combina pas des plans de longue durée;
Il appela des soldats des confins maritimes; —
il établit son camp à Kiang-k'eou;
Son cœur inflexible '^ ne nous accueillit pas ; —
les épées nues, nous nous observâmes mutuelle-
ment;
^ De génération en génération , les -titulaires du fief furent des
hommes sages. Cf. p. /i3o, 1, 2 et 3.
* Li Mi, cf. p. 4 10, 1. 9 et 10.
^ Cf. Che king, section Ta ya, 2* décade, ode 9, strophe 1 :
^ 1^ l@ ifi «Ne soyez pas indulgent pour ceux qui sont pervers
et obséquieux ».
* Cf. p. 4 10, 1. 12 et suiv.
^ Cf. Che king, section Siao ya, 7° décade, ode 3, strophe 1 :
dt#SAo51l&ffi^o «Comment seraient- il» des
étrangers ? Ce sont vos frères , et non d'autres, »
* Cf. p. 4 1 4, 1. 17 et suiv.
' L'expression -^ ^JJ» ne se trouve, pas dans le P*ei wen jmn
fou. Le mot ^ « flèche » comporte parfois Tidée de rectitude ou
d'inflexibilité; c'est ce qui motive notre traduction. Peut-être ce-
pendant y aurait-il lieu d'introduire ici une correction de texte et
d'écrire ^ jfj» «il perdit noire affection».
UNE INSCRIPTION DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 447
Ses desseins visaient à des choses mauvaises ; —
ses soldats en fuite s'échappèrent pendant la nuit.
Les Chinois [Han) ne s'inquiétèrent pas de la
vertu, — et entrèrent en contestation avec nous par
la violence;
Ils levèrent des soldats et nommèrent des géné-
raux; — ils établirent une préfecture et exhaussè-
rent les remparts.
Nos trois armées allèrent les châtier; — en une
seule entreprise elles rétablirent le calme ;
La foule de leurs officiers qui se présentaient les
mains liées derrière le dos — fut offerte en toute
hâte à la coiu* céleste ^
Li Mi prit le commandement des soldats; — il
continua encore à aller dans les ornières où Ton
verse;
Il livra bataille par eau ; il attaqua par terre ; —
ses renforts le délaissèrent; ses approvisionnements
furent interceptés.
Sa situation fut désespérée et il se trouva à bout
de ressomxes; — son armée fut détruite et lui-
même périt.
Nous offrîmes un sacrifice et nous les enter-
râmes ; — c est par ^ bonté d ame que nous fîmes
cela.
* La cour céleste doit désigner ici la cour du btsanpo tibétain.
^ Au lieu de ^, le Kin ckc tsoei pieu donne la leçon ^ ; les
deux mots ont d'ailleurs le même sens; quant à Testanipage, il est
illisible en cet endroit.
^9-
/
448 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1000,
Le btsanpo est bon et sage; - — il a examiné el
connaît les vicissitudes des choses;
La vertu des Chinois se trouvait alors en déca-
dence ; — leurs villes de la frontière manquaient de
renforts ;
11 donna le signal à nos soldats, — qui atta-
quèrent leurs commanderies et leurs sous-préfec-
tures ;
Yue-ln reçut son châtiment; — Hoei-fong ne ré-
sista pas ' .
Très brave, (notre roi) a succédé par droit de
primogéniture; — sa haute renommée est excellente
et éclatante;
11 est animé de piété filiale et de loyalisme; —
il est intelligent et perspicace;
Son naturel est doux et bon; — ses capacités
sont telles qu'il est éminent parmi les hommes ^.
(La région de) K'ioncf et de Loa^ fut balayée en
une fois; — larmée et la commanderie* ensemble
furent anéanties.
il passa en revue ses soldats dans le (pays de)
Sian-tclioiui^\ — tous les royaumes vinrent se sou-
mettre ;
> Cf. |). /r28, 1. 12-10.
^ \oi<i , d'après le. A'i/i clw tsoei pieu , le texte de ces deux plirases
qui sont omises dans le rtV/j/it: tt'|ï|fllJ[o;J^iB|^ Mt o .
^ Cr. p. 4o3, II. 1, et p. 429, II. 5.
* Je substitue au mot ^ la leçon JjJ du Kin che Uoei pien ; ici
l'estampage est illisible.
5 Cf. p. 43o, n. 3.
UNE mSCRTPTlON DU ROYAUME DE NAN-TCHAO. 449
Il parcourut et favorisa de sa venue les IVoan
orientaux; — on chérit sa vertu et on se mit sous
la protection de sa bonté.
La mer de jade vert déploya pour lui toutes ses
laveurs; — la caverne d'or lui offrit ses joyaux.
Les hommes ne reconnaissent pas toujours le
même maître; — cest seulement le sage auquel
ils s attachent.
Le sol et les territoires purent être ouverts ; — la
fumée et la poussière^ se reposèrent;
Les essieux des chars s'entrechoquèrent^ à Li-
Kencj; — il y eut un éclat continu^ sur toutes les
catégories d êtres;
Ce furent des sorties et des entrées (continuelles)
à Lien-tcKeng; — la gloire s'éleva et on revêtit des
habits en soie ornée.
Son œuvre subsiste comme une base pour dix-
mille générations ; — ses greniers accumulèrent des
provisions pour neuf années.
Très intelligent est le btsanpo; — il a l'éclat des
haches et des boucliers *.
' Cf. p. 44o, n. 1.
^ La prospérité fut si grande que les chars étaient serrés les
uns contre les autres dans les rues.
^ L'expression ^ EB se retrouve quatre fois dans le Che Jting.
'* Cela signifie sans doute que le btsanpo a un grand prestige
militaire. Le mot yang a ici le sens de hache de guerre ^. —
Cf. Cne king, section Ta ya, 3* décade, ode 6, strophe ^ s "f ^
j^ ^ « avec les boucliers et les lances et les haches grandes et pe-
tites». — Li ki, chap. Yo ki (Lbgge, S, B. E,, vol. XXVIII,
450 NOVEMBRE-DËGËMBRE 1900.
Très brave est notre roi; — il a la prospérité
(que lui assure) un réel appui ^
La transformation (qu'il opère) s'étend jusqu*aux
chefs de territoires 2; — son œuvre resplendit sans
limites.
(Gela durera) tant que le Ho ne sera pas comme
une ceinture et que la Montagne ne sera pas comme
une pierre à aiguiser^, — aussi longtemps que la
Terre, aussi éternellement que le Ciel.
Son discernement est tel qu'il le rend émineiit
dans le monde; — ses capacités sortent de l'ordi-
naire ^ ;
Sa bonne foi atteint jusqu'aux porcs et aux pois-
sons®;— sa bienfaisance est aussi intense que le
jade rouge et le jade noir (sont beaux).
Par la vertu, il a fondé son œuvre glorieuse; - —
c'est ce qu'on peut appeler quelque chose d*impé-
rissable.
Nous servant d'une pierre , nous avons gravé cet
éloge — pour qu'il puisse se prolonger, pour qu'il
puisse durer longtemps.
p. '05) 'm^^m^m:kBUWi=^^JiL°'^
musique nest pas définie par les tuyaux hoang-tchong et1a-!n, par
les instninients à corcle ot ïes chants, par les boudierii «t les
haches. >
* L*alliance avec le btsanpo tibétain,
* Cf. Chon king, chap. Lu hing (LbG€K,C. C, vol. HT, p.6oi):
^ ^ ^ ^ î «Venez , chefs de principauté» et de territoires».
Mlf.p. l23,n. 6.
* Cf. p. 435, n. 6.
' Cf. p. 437, n. 3.
LES MONUMENTS SELDJOUKIDES DE SIWAS. 451
9 Il » T.l 'T' il ', TT ,. ■ Il M , . ,1. ,i'. jra
NOTE
SUR
LES MONUMENTS SELDJOUKIDES
DE SIWlS,
PAR
M. F. GREIWRD.
Dans la ville de Siwâs, il existe encore quatre
monuments importants de Tépoque seldjoukide.
Près du pied nord du monticule au sommet duquel
s élevait lancienne citadelle se dresse le Dar oul-Ha-
diih, médresseh construite en 670 (== làyi)^ On
en a fait aujourd'hui une caserne et il ne subsiste
plus du monument primitif que la porte d'entrée
surmontée de ses deux minarets , d'où le nom qu on
lui donne vulgairement de Tchiftèh minâreh , et le
mur de la façade en assez mauvais état. Ce mur
mesure 32 mètres de longueur sur la rue, le portail
a 1 o mètres de largeur sur 1 1 de hauteur. Juste en
face, dans la même rue, s'ouvre la porte de la Chi-
fâiyehy hôpital bâti en 61 4 (= 1217) dont il reste
^ Cf. M, Cl. HuART, Epîgraphie euabe et Asie Mineure, extrait de
la Rfvue sémititfue, p. 86 du tirage à part.
452 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
rentrée et la cour intérieure avec une galerie de six
arcades de chaque côté et un vaste arceau dans le
fond. Le portail extérieur mesure lo mètres sur lo,
Tarceau du fond de la cour est large dé 1 1 mètres,
haut de 1 2 à 1 3 mètres. Au milieu de la cour, qui
a 27 mètres sur 20, on voit une petite enceinte
carrée formée de pierres hautes de deux pieds envi-
ron, débris des parties ruinées du monument. A
80 mètres au nord, dans la même rue, la médresseh
de Mouzhaffer oud-dîn, dite Biroudjiah, construite
en 1 '2 1 0-1 2 1 1 , est de dimensions moindres. Sa lar-
geur lotale est de 2 4 mètres, et son portail est lai^e
de 6 m. 5o sur 10 mètres de hauteur. La cour in-
térieure (18 mètres de côté) , les deux galeries à 4 ar-
cades à droite et à gauche et le portail (9 mètres de
haut sur 8 de large) du fond subsistent encore. Elnfin
la Geuk Médresseh, au pied sud de Tancienné cita-
delle, est le mieux conservé de tous ces monuments.
C'est aussi celui qui a été construit avec le plus de
luxe; toutes les parties omemanées des murs sont
revêtues de marbre blanc. Il a été bâti en 1 ay 1 sur
les plans de maître Kaloyan de Koniah. La façade
est large de 28 mètres, le portail mesure 10 mètres
en hauteui* et en largeur, les deux minarets s'^èvent
de près de 2 5 mètres au-dessus du sol, la cour in-
térieure a 2 2 mètres sur 1 4 et présente au milieu
ime enceinte semblable à celle de la cour delà Chi-
fâiyeh, composée également de débris. A droite et
à gauche, une galerie de 7 arcades. La partie du
fond a été détruite ; elle a été remplacée en rama-
LES MONUMENTS SELDJOUKIDES DE SIWAS. 45^
zan 1 287 H. par une maison ordinaire sur la façade
de laquelle on a plaqué deux colonnettes de marbre
et une inscription sur marbre de quatre lignes dont
deux en koufique , vestiges de la construction pri-
mitive.
Tous ces monuments , sauf le Dâr oul-Hadîth ,
servent encore aujourd'hui de médressehs , malgré
leur état de délabrement. Elles sont habitées en
hiver par un certain nombre d'étudiants. La Geuk
Médresseh compte jusqu'à 200 pensionnaires dans
la mauvaise saison. Neuf moudarris ou khodjassont
attachés à la Biroudjiah, treize à la Chifâiyeh, dix-
sept à la Geuk Médresseh.
Sur ces monuments, j'ai relevé les inscriptions
suivantes :
1° Au-dessus de la porte d'entrée de Dâr oui-
Hadîth, l'inscriplion déjà publiée par M. Cl. Huart,
Épigraphie cu^abe d'Asie Mineure, n° 60, p. 85 du
tirage à part;
2° Au-dessus de la porte d'entrée de la Chifâi-
yeh :
^,,,.,LJ\j j.NL,V\ ^^.a5\j UiaJ\ji^ àÀÀ 4U\ j.\^\
454 NOVEMBRK-DECEMBRE 1900.
« Cet hôpital a été construit par ordre du sultan,
ombre de Dieu sur la terre (que Dieu prolonge
ses jours!) Izz-ed-dounyâ w'èd-dîn, pierre angulaire
de rislâm et des musulmans , sultan de la terre el
de la mer, couronne de la famille de Seldjouk, père
de la victoire, Keykaous fils de Key-Rhosraou ,
preuve de Témir des croyants, à la date de Tannée
614. «
Ici je fournis quatre corrections absolument cer-
taines, dont les deux premières avaient déjà été
établies conjectiu*alement par M. Huart :
j\a5\ vjjb au lieu de »j\jJ\ «Jub; ^j^ JT ^\i au lieu
de ^y^ JV>; ajLw ^j\j 4 au lieu de iiw j ^^
et aîLjU/Nlyup ho^\ au lieu de à^V^j^ àjo^\. La date
6i/i est la seule qui concorde avec les données
chronologiques telles que M. Cl. Huart les a éta-
bhes.
3"* Dans la cour du même monimient, sous la ga-
lerie de droite, arcade du milieu, au-dessus de la
porte du tombeau du sultan *[zz oud-dîn Keykaous :
»\Jwp* U j V^i ^}t^ ^ yy^\ àju*j /^ u^*>-\ ai)
^^ Àiw J\y^ ^ ^j\ j d^}^ tj^i
LES MONUMENTS SELDJOUKIDES DE SIWÂS. 455
« Voilà qu'on nous a fait passer des vastes palais
aux tombeaux étroits, ô étonnement! A quoi m\i
servi ma fortune? ma puissance a péri [Qor.y
chap. LXix, V. 28-29), le départ est certain, le dépla-
cement est sûr Le 4 dechawâl de Fan 617. »
Quelques mots m'ont semblé illisibles. M. Cl.
Huart les avait lus J\uJ\ JlwU JS^^- Cette lec-
ture ne m ayant pas satisfait, j'ai eu recours aux lu-
mières du procureur impérial de Siwâs, originaire
de Mossoul, et du comptable de l'Instruction pu-
blique. Tous deux ont proposé J\jji\ duAi Jjjp-
« de tout déclin plus prompt » , dont je ne suis pas
plus content. JUi me paraît préférable à JL : .
4° Au-dessous de l'inscription précédente, autour
de la porte, je lis imparfaitement un distique persan
dont le premier vers seul est sûr :
jM^ )jj^ o^j '^y- ^y^ ûîjjî Crh^
jUJtUj /jL^Vjb WiAjft ^Lw ^\Jk/ /X^yJbifS
« 11 y a eu beaucoup de souverains dans le monde
qui de la sphère de la royauté perçaient de leurs
flèches les Pléiades et de leurs lances brodaient les
Gémeaux. Voyez maintenant les filles du corbillard
456 NOVEMBRE-DFXEMBRE 1900.
(les étoiles de TOurse) autour de ma télé; leur*
lances sont déchiquetées, leurs flèches tout emmê-
lées ^ »
Après . :uMJ ôU) quelques-uns lisent : c*-i»^ ^ tW
s^.\^ photographie que j'envoie est au«^i netttf
que Toriginal même*.
Autour du grand arceau qui est au fond df- la
cour on lit un passage du Coran ^. Quant à la bizarre
inscription koufique qu'on a prétendu lire au-dessus ,
elle n*a jamais existé que dans Timagination de son
inventeur, un khodjah de Siwàs, que j ai eu peu de
peine à convaincre de mensonge *.
5** Au-dessus du portail de la Geuk Médresseh ,
tout en haut . l'inscription déjà publiée par M. Cl.
Huart. n"* 65, p. 89.
6" Au-dessous de la précédente, immédiatement
au-dessus de la porte d'entrée, Tinscription publiée
par M. Cl. Huart, n" 66, p. 89. On n'a reproduit
ici que la dernière ligne :
H Maître kâloyàn de Koniah, architecte'. »
* Mt'liv rnmiil.
' L*-^ (|ii»*iques lettres qui occupent l'espace vide à la fin da
(li>liqat^ Die paraissent cl»*\oir être tues ^if «excepté loi (Dien)*.
• Cf. Cl. Huart. n"6î.p. 87.
^ Je tiens ii M^rnaler ce drtail , refA que le« mots »aJ^ M Jki^
LES MOiNUMENTS SELDJOUKIDES DE SIVVÀS. 457
La même inscription est répétée sur la fontaine de
marbre qui est à gauche de la porte.
Au fond de la cour on voit une inscription, que
j'ai signalée plus haut, composée de quatre lignes
dont deux en koufique. Mais les pierres sur les-
quelles elle avait été gravée semblent avoir été ras-
semblées au hasard , sans ordre , en sorte qu il est
impossible d'en tirer un sens quelconque.
7** Au-dessus de la porte de la médresseh dite
liiroadjiah :
qui figurent, dans la copie qui m'avail été lournie, après le nom
(le Qylyclj-Arslàn , ne se retrouvent pas dans celle qui a été relevée
par M. (irenard et doivent être supprimés. L'importance de cette
formule pieuse est d'ailleurs nulle au point de vue du sens de
l'inscription. En revanche, la lecture du nom de rarchitecte, qui
me semble très bonne, complète utilement les renseignements
historiques qu'on a pu recueillir sur les monuments seldjouqides.
Tandis qu'à Qonya, c'est un architecte syrien de Damas qui est
appelé à construire la mosquée d'Alâ-eddin Kéî-Qobâd 1", à Siwâs
458 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
«Cette médresseh, la deuxième (?)\ a été con-
struite sous le règne du sultan auguste Ghiyâth ed-
dounya w'èd-dîn , le victorieux, Keykhosraou fils de
Kylydj - Arslân (Dieu perpétue son règne!), par
Thumble semteur qui implore la clémence de son
Maître le Miséricordieux, Mouzhaffer oud-dîn, fils de
Heibet-ouUet^. Dieu lui pardonne à lui et à ses père
et mère, ainsi qua toute la communauté musul-
mane ! dans les mois de Tannée 607 ^. »
Le quatrième mot est très douteux, Au lieu de
<uiVJ\ je lirais presque plus volontiers aS^Xi\»
Cette dernière inscription est, si je ne me trompe
inédite.
c'est un Grec (KaXoîdvvifiç «Calojean») qui élève le Geuk-Mcdressé;
son nom est à rapprocher de celui de Kaloûs ou Kaloùl, fils de
'Abdallah, que portent deux monumonls de Qonya [Épigrapkie
arabe, n°' 36, p, 65, et 49, p. 76). (C. H.)
* Peut-être JîxjUlII «la stable» ou JLjUJI a la revivifiée».
^ Lecture douteuse (C. H.).
•* Au lieu de *ijUu«3 **--»«, qui serait d'ailleurs incorrect, je lis
distinctement sur ia photographie que M. Grenard a envoyée au
Président de la Société, *jUu«5 ^^^-h^-^ «année 670». Par consé-
quent cette date, au lieu de correspondre au règne de Kéi-Khos-
rau 1", fils de 'Izz-eddin Qylydj-Arslân H, nous fait descendre jus-
qu'à celui de Ghiyâth-eddîn Kaî-Khosrau III , fils de Rokn-eddîn
Qylydj-Arslân IV, de 663 (1264) à 681 (1282)', sur leq[a«! on peut
consulter mon Epigraphie arabe, p. 66. Le caractère de la décora-
tion de ce monument ne peut d^ailleurs nous reporter qu'à la fin
du xiu" siècle , au déclin des Seldjouqides de Roûm ; elle se dis-
tingue par son air maniéré et recherché, ses arabesques capri-
cieuses, ses entrelacs qui donnent Timpression d'une toîle d*araî-
jjnée; c'est Tart de la fin d'une belle époque, lorsque Tartiste
cherche à produire du nouveau et tombe dans les formes ba-
roques. (C. H.)
TROIS OUVRAGES EN TURC D'ANGORA. 459
■ ■ ' ■ ' . m -,
NOTICE
SDR
TROIS OUVRAGES EN TURC D'ANGORA
IMPRIMÉS EN CARACTÈRES GRECS,
PAR
M. CLÉMEM HUART.
Mon savant et "aimable collègue à TEcoie des
langues orientales vivantes, M. E. Legrand, possède
dans sa bibliothèque trois volumes in-zi"* imprimés à
Venise au commencement du xix* siècle , en caractères
grecs, mais en langue turque. Ils se rattachent à la
littératui^e spéciale destinée à ces Grecs orthodoxes
d'Asie Mineure , qui , placés sous la domination des
Seldjouqides depuis le xif siècle et entourés de po-
pulations de langue turque, n*onl pu conserver la
leur, moins heureux que leurs congénères de la côte
asiatique de TArchipel, et Tout échangée, par la
suite des siècles, contre celle qui régnait dans ce
milieu. Ils parient donc le turc, mais comme ils ne
lisent pas 1 alphabet arabe, ils l'écrivent avec les ca-
ractères grecs , dont la liturgie et les livres de prières
460 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
ont conservé la connaissance dans les écoles et les
familles. Ils lisent c^ncore le grée , mais ne le com-
prennent plus; ils comprennent le tm'c, mais ne le
lisent pas. Les trois ouvrages sur lesquels je désire
attirer l'attention de la Société ont été rédigés pour
répondre aux besoins spirituels de celte commu-
nauté conservée sporadiquement au milieu de terri-
toires habités depuis longtemps, presque exclusive-
ment, par des musulmans.
Voici les titres de ces trois ouvrages, avec leur
transcription en caractères turcs et leur traduction
en français :
N" I.
Tvpos \apiv vaxhsrrf, | Âytos EvçdOtoSy Ayios Nix^
\ao$y A.yio$ ^tj(xt{Tpio$ ^ (Se Feaipytos crav NoxXierXep}^
jSé ^aXràv BakXijTnXkaxvv 2eXaT«XX(i;^ h^rivè 'Eaxijv
ôXT»y5. I3è ra^yi xacrhp iKTiiaW r^avà xt(paeT'ki Na-
KXieTkép. Il Te^aip bXavfÂéçap y || ^ehrtxa, Ayxapa Mij-
rpoTToXovTOVy i| ArotXXiaXGv ^spa^elfi Paxfnlèv, | Hè
2/|X7i xive ixâvrlrl xspèr , Aytov Opoa^a AfiirotXri Za/a-
plavriv I y/fXTaT KaêeT/i'Xes; Yiaar{iaLyioi /SepiXTeî. /Si ;^^p-
xtyL II byfipaoL St? re^à o Qehs ^vyyojprfcrei trteyé, ||
^AiXkeTiynlk M«;^a7reTXepî hlvlv. /Si kvcnhX j èrtpaXpivà
ifTarjXj (TCTOLVX b\(X0LX h^rfv, [ /Si r»;^ar) NSp ytatXfjiàx
h^rfv, |i oLôJç, BeveT/xri, TlaafjLaïa ^eptkteî. i8o6. |
^aTri(T(70L)(Yiv l?,vrfytXev. || Tlapà NixoXo^; TXvxeT tçï rff
icjavvivcjv.
TROIS OUVRAGES EN TURC D'ANGORA. 461
Ayios An(jLrf7pto$y Ayios ^ix6\aos, Aytos EvaldOtos,
y»
^yj\ ^î»s]Jîbj (5^j <u-%-vd\j jiiÀjl jy j\ju\ <iS'Wj'
ji\ ii^\-i>i\j iS-^j-i <i«*-*»^ "•^'^j 1^ ôy^^ ^y^-jy
« JjC Priii temps de la vie, c'est-à-dire l'histoire des
saints martyrs. — Histoires de saint Eustathe, de
saint Nicolas, de saint Dimitri et de (saint) Georges.
— La Sultane [sic) Mère de Dieu demeure dans la
bénédiction de Dieu. — Et autres histoires néces-
saires et reposantes pour 1 ame. — Expliqué par Sé-
raphin Raqib d'Adalia, ancien métropolitain d'An-
gora. — Imprimé pour la seconde fois avec l'aide
de la puissance d'Abali Zakaria du Mont Athos. —
Que celui qui le lira dise trois fois : Dieu pardonne !
XVI. 3o
vriMriKtc HATiexALr.
462 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
— Pour ramour de notre communauté, pour être
une lueur et une clarté dans les régions de TAna-
tolie, pour que la lumière spirituelle soit répandue.
— Imprimé à Venise, 1806. Avec autorisation de
TEmpereur. [En grec :] Chez Nicolas Gl^kys de Ja-
nina. »
ïlpoeTKVVïnoipiov I 70V kyiov Opovs, | Mirov Kiràir
Aytov Opolovv II ïlpoo'HvvtnoLptov T0L(i7r\p bXovvoip
r^ovfiXe I AaxTijij'kepïv Mavaalttp^^tv | Sop^perX^p^
liTrsyidvTrip dfinaXri || Zay^dptavriv | ïlfnoLTfyivav finour-
(layià ^eptXfÂialip dvarbX || Xpicrl tavXapïv xt(pasTXfiyi^ |
hlrfv. I2è X^P^^(^ bxHpcra Ôt^ re^i 0 Sehs <Tvy')(OJpff-
(TSi vreyé, }| aoûç'. heveiixTé. 1806. ] ïlaTticra'OLxiiv
llvivXev. I Hapà N/xoXoiw FXuxeT t^ è^ loxxvvivoiw.
A<7Xî;t)/jlW .yLl wwoo Tlpoa-xvvindptov <i^.<U)T <^\jS^y^
« [En grec : Guide du pèlerin à la Sainte Mon-
tagne.] Ce livre, appelé Proscynetarium du Mont-
Athos, explique la célébrité de tous les monastères
TROIS OUVRAGES EN TURC D'ANGORA. 4ë3
dascètes. Il a été imprimé avec laide d'Abali Za-
karia, pour être à la portée des chrétiens d'Ana-
tolie. Quiconque le lira dise trois fois : Dieu par-
donne! — A Venise, 1806. Avec l'autorisation de
TEmpereur. — Chez Nicolas Glykys de Janîna. »
A.?,rl(i xsfaTYia'aà)(^ fiovacrlripy || Kvkxovovv. | XsxfiSTXov
hàkiTOv\Xxj(^ Qixàva TO^ipt/potfi;, y^ayipk^ \ ^mritfyapoSv
XeHfjLSTvafiè rapty/j | TffsavrivTciTrip. | 2//!zti ïxivrltj re^à
THaafiayiâ BepiXreT, /SI yayéTXe i€€skKivTèv || Çiorl ,
vi^àfi iSepiXrfTT^ zreàv bXavTi o-£T?>?>7XTeî', j2è Ta)() |
^aoLiv IxTilà bXJvy t%7t(i7 ŒeijXèp rapoutà ôXtS. || Sott-
TTYi^a AyxoLpa. | MriTpoiroXoTov ^epa(pei(Â. | ATcCkXiaXa
Paxiirlèv rexfiïX ôXtoC ^asavà T?/XTe7. | Bl taroC Toa-
<^pt \exiieTva(iè. ïlaarfxoiyiâ ^spiXretxi , rlovfxke j Xpi-
crltavkapà ^sr ayè ^epiXfxèx ôÇepé, Moraç^p rapa^iyv-
Tûtr. I Movcurlrjp^v rlyovfievos (tov bXar^^x. j KtÎTrpi^Xiy,
MeX/r/oî lepo|x^i;aj^o^ , | lUyifreviVy rsxayiovT êryLeal-
yiktv, I Berer^xTi noo-jt/ay/a Bep^XTeî. aw<ç'. | TjS/!zXe
AyrarXfltpSv, reiyi Tentfjpy ï^vri craèp x^^f^ êrfJLeXepi-
yrjXsv. I aw/ç'. riVSTiTfifriVj 1816. | lïapà NixoXay
rXvxer Tç5 ^Ç Idûavvlvoôv, \
JlJlJ\ (*)*J^U ji:u5C>- <A> KiJxxo JUvlju »Vwj\j ^JaP
it^jû«JU»U» ^y4j^ ^UiaSoih. ^^^j^ lIj^ ^jLy^ eixopoL
3o.
'i64 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
UfljLii\ jiiju ^:>j ^'■^ ij^j^ jW V^^jî^ r^
^jL-JoJftjj-o »JL)\ U)Lu ^aJj\ AîJfi> jLjL; •^^•y^ ù'^J^
j«^ ^ju.xj>- AjU) ^JUj\ J-ï-»^ ù^'^^ j3aJVL\ <(^\y^
« Explication de l'histoire j)ieine d'enseignements
du grand monastère impérial de Kykko, de l'image
de la sage mère de Dieu , et de la source bienfai-
sante. — Imprimé pour la seconde fois, mis en
ordre bien mieux que la première. On y a ajouté (?)
certaines choses nécessaires. Complété par Séraphin
Raqîb d'Adalia, ancien métropolitain d'Angora. Ce
Livre de la sagesse de l'image a été imprimé pour
cti(^. donné à titre de direction à tous les chrétiens
de la part du monastère. Par les soins de la per-
sonne nommée Mélétios, le moine de Chypre, qui
sera fhigoumène du couvent. — Imprimé à Venise
(1816), sur l'avis et la permission donnés par tous
les sénateurs. [En grec : Venise, 1816, chez Nicolas
Glykys de Janina.] »>
TROIS OUVRAGES EN TURC D'ANGORA. 465
Au milieu de cette phraséologie turque, quelques
mots gi^ecs surnagent : ils appartiennent pour la
plupart à la langue ecclésiastique et sont reproduits
tels quels : Ei3Xaêe/a, Çwypa^/)?^, sUSva'^y Oapt(7ato$f
AnSal o\os f TlaTepos'^y iisrà^jn^ Ilaray/a, avva^dpij.
L'alphabet grec est tout à fait insuffisant pour re-
présenter les sons de la langue turque , et son sys-
tème vocalique, grâce a l'iotacisme de la pronon-
ciation moderne, entièrement incomplet. Aussi l'em-
barras est-il grand pour transcrire nombre de mots,
et l'on n arrive guère à ce résultat que par l'emploi
de subterfuges.
Prenons d'abord les lettres isolées :
Consonnes.
6, son qui n'existe pas en grec moderne, est
transcrit généralement par tar ; épxix ^rfkfxeyev Ba-
Xrjré »j1L jVJt^ JiS^\ «une mère vierge»; ÎTraT^T
CjÀ^ «dévotion»; quelquefois (xn : jSè [ntfjp (xirv-
pivè ilrffi KOpKov yHtov7sp\p \^\^_^^j^ <^^^^ ^.f. ^,^
« ils s'effi'ayent fortenient lun l'autre ».
V est transcrit par /3 ; jSi TgsrevYl vaixarap bpae-
^ 'SdfftX 'GtaaXaffiv Zayypa^ijs èjfieatvè èioyjupiiatjtvà èX TaaÇnpl
(£yiya2 J^l aJumu^nOs»)! aJL^mw^I 7i0)ypa(piis (^^^^U;;b jLtâJ «comment
le peintre ferait-il , représenterait-il ce tableau ? »
^ Bè kiijfi EUàvayn TSftaft ètltxTè «J^SSoi,»! -Uf ^. einéva ^iJà^^
«ayant achevé la vénérable image».
^ Dans le sens de moine, prêtre, padre : xttaoùp UatépoaXapa
«aux autres pères».
450 NOVEMBRË-DÉGEMBAK 1900«
XsvTfi^ ^juJlw4»\ jjui ^i^Vj * ®* *o^^ cœur, combien
il se»t tourmenté? » ^*è^ bXmpéffit ^J^J^jS lJ^j
{ne pour Uj\^) « avez-vous su? »
f/, inconnu au grec moderne, est rendu par t .•
TtivKtpilv rôffhwyowS raX)^ bXipovtra lU^J diiU>«>
a.^\jjft\ c-^iU:? «'s'fl recherche les vanités (Httér. le
lîeu de poussière) de ce monde»; mais on trouve
aussi t7 ; t/leviXTu (joLj ^ « elle a été dite » , et rr :
vTSfièK JLc^ « dire » ; ces deux dernières graphies se
rencontrent parfois dans là même phrase : ÊXeSo'a
vrsfxèKy xepèfi èrnirj rlêiiéxTrip ^j^d>\ ffiA^ù ÉXrôo-a
»ji$of j « dire ÉXeScra , c'est l'appeler bienfaitrice ».
Pour le X , il est quelquefois redoublé pour rendre
Tarliculation dure j : IlnxlpicxîC, jjjio « une vierge ».
y a un double rôle en grec moderne ; il se pro-
nonce tantôt comme le L arabe devant a, o, ou,
tantôt comme le jod allemand (y semi-voyelle) de-
vant ifC; aussi, dans notre auteur, sert-il à transcrire
ces deux articulations : i® KiraTrXaprjv (lavecnvii àyvot-
(xafjLM hiifp j^\ ^\j^'^ j^j^jt^ dLlilrf^^pour
ne pas comprendre le sens des livres » ; erày râpa-
^fivtà vjJjSa é^ «à droite»; bXrHyHvi ^AîjL\
« ayant été » ; quelquefois îl disparaît : jSi viXàLyer^U
•/pavolT hX{idri\av jlUL\ ùyJi^ y^yji^^^^ « étant infi-
niment satisfait ». 2" xCk{i(iytav j\Jtt^* « ne faisant
TROIS OUVRAGES EN TURC D'ANGORA. 467
pas » , yioxjbp. jLiy « il ii y a pas » , ytôuxav /4^^
« alors qu'il n'y a pas »; MeXkayixXepè \A^m-o'^t « aux
anges», transcription dans laquelle paraît l'emploi
al)usifdu j semi-voyelle substitué par le turc vul-
gaire au hamza de l'orthographe arabe, sans parler
du double pluriel , phénomène fréquent en turc vul-
gaire. Le y a encore son rôle de nasalisante dans la
transcription du çâghyr noân par vy : issiivy c!^
« mille » , êvy éria) ^f^y\ ^ « 1^ meilleur » , mais
oLvyo'iiTOLv est une mauvaise transcription de /%^j^
« tout dun coup w où Tr est simplement nasal; placé
devant le x, il l'adoucit et transcrit le c^^ans yxio-
çep]p jO^y^tt il montre », yKiowepip ..jjJ^^*^ il en-
voie M ; yxevtrjvk hh bXàv (xtXkerXspè /) Va\ JoP ài>JJ^
» JuL« « aux nations qui sont ses ennemies », oii il faut
admettre une prononciation genda pour kenda de
l'osmanli; dans ce dernier cas, le y joue le rôle
adoucissant de v dans vr = d; û est attiré par le x
comme le (i l'est par -or dans (iir^^b.
^ transcrit toutes les gutturales : le « dans ^drex^ov
» jjo « ensuite » , yaëéaikev A^l ^^ «avec passion » ;
le -^ dans y^eaoLiv aayÏHio'iyiXav ^***aa>W cjUm>>»
•j^\ « avec la supputation du compte », rlà^j Jl^
« effort » , ^0Lj(jxèT c*;?-: « peine » , mais non transcrit
dans fiacrXaoLrfl jL^ir^^^ « affaire » ; le -;. dans (layXhx
j J^id « créature » , x^^'^^ li^Y^^ " affaire ».
468 NOVEMBREDECEMBRE 1900.
Le p, que les Tînmes naiticvdent pas, n*est pas
transcrit: ^dtey^ov sjju «ensuite», ft/ftiroar jbo *^
« postérieurement », (xovfjnèv \l»^-%^ « en générad ».
Le ^ , qui n'existe pas en grec, est représenté par
T? : bphrl -.j.j\ «jeûne», x*^2^ OcwU* «besoin »,
<?T?a7r c.^ « étonnant » , T^àv -Xs^ « âme ».
Le -. est également représenté par t? ; vaixarap
Ça^/xir T^exTei ,jjS^ Ca^-; jJiii « combien de peine
il s'est donnée » ; fautivement pour Jj dans œr^a-
phi j^Uw « recommandation ».
s souvent pour z final : iffs/frls jjjbj «jeûne»,
oùyiovxovcroùs v^y>«^ «sans sommeil», Mpaiviis
L5CLja>\ « vous faites ».
Ja, articulation qui manque au grec, est rem-
placé par cr ; croLyijpT\oLpivà (rnitaphl értluxt âJàSj>SQ^
^çjj^\ j^jUw <» il recommanda à ses disciples de... » ,
crifiTi rap^î ^^ ^^JLwi; «maintenant aussi», xeSav-
(US jî*Cjj^« q^ s'est fié » , yxevT^ ÎXfifi <TO^ukaux\B-
pivà xtSaoffùs bXfiàlrfXoLv JiSj^ àJdJj^y^ JLp- ^jjj^
AàLI « se fiant aux sophismes de sa propre science ».
Le 4' transcrit bs dans : xj^^^^^ j%%jL%*>. « hors
de compte ».
Le ? transcrit ks dans : bQis y^\ « oiphdin » ,
TROIS OUVRAGES EN TURC D^ANGORA. 469
yta^K JLmSCj « élevé » , ê^\x bXpLOLdiv r\y*^^ JLmST
« puisse-t-il ne pas manquer ! ».
n faut remarquer le 5 ajouté au su£Bxe ^ : xape-
pitnles ytaliXfiafJiis « H n*a pas été écrit selon sa déci-
sion», TovrloiiKT^oLs diajJî? «toutes les fois quil
prend ». L emploi constant de cette sifflante en pareil
cas est un défaut qui se remarque chez les Armé-
niens et les Grecs pariant turc , et les fait aisément
reconnaître.
Voyelles.
Vi prosthétique du turc vulgaire devant certaines
consonnes est reproduit fidèlement; c'est ainsi que
nous avons Iplax j;. « pain quotidien » , Ipàal yxeX-
tIx J jJl^cUwlj « nous avons rencontré » , IpayoLT
cU^K « repos » , Iptrlà U>* . « prière » , ipa^eiXrj
jLl?^ « défunt » , hafièr ciU^jô « délices » , IXaylx j> V
« convenable ». Il se change en o dans t))x bpa^tap-
XaToiv /;»>^^^ <àoj^ « des vçnts violents ».
]ui long des mots empruntés à l'arabe est repré-
senté par rjy : îvacfvXU X^^yverr^vii ^^; JluLj\ « l'or-
nement de l'humanité ».
L'j sourd du turc est simplement / ; àpTÏx jjj\
« plus, dorénavant ».
en et a sont rendus respectivement par o et par ov :
470 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
bSiouTvdfie ^\i Cjf^ « conseil » , T»pXXS &&o»Tyafi£
vaaaLxoL'tXdpiXciLv ry)o\ A;;^??^^* àjXj ^ryT)^ «par ses
conseils et avis de tout genre » ; cette transcription tra-
duit une prononciation eavat "ponveayat (cf. deuvinek
pour deaymek, keuv pour lieaî : OfioSos dvytXSv xtbë
h?,vvTé vjj^\ iS^j'^^j^j^y^ « dans le village
appelé Omodos»). (Comparez encore -croXoix J^
« troupe » , yxioçsplp s^^^JT^ il montre » , ynovrepip
..jb J^« il envoie », vafXKibp .Sj\j « ingrat », bëxeaip^
JLwaStl «sa colère» àXapii ^Jj\ «la mort», ympèx
J.^ « cœur ».
La meta thèse des diphtongues, c est-à-dire ce
phénomène particulier au turc qui diphtongue de
préférence la syllabe pénultième, est bien caracté-
risée dans la forme Msipèyi pour meryem : S^XtcU^
Meïpèfx j>^ jUaL*; « La Vierge Marie » ; c est par le
phénomène contraire que les Arméniens parlant
turc prononcent haryâm, qoiiryouq pour bdirâm, qouï'
rouq.
Les habitudes de l*orthographe grecque ont
amené Typsilon dans Ta)(v ^J>*«> «aussi», et les
esprits rude et doux dans 2ejJ^/^ c-Â)yw «noble»;
K^TX^<T(TBpp)(p « Jérusalem » est pour Ubjw ^^ ;
KiiT\ii(Tsppi(^Yiv (psT ôXStt cj Jj^ ^ '^t-*' ^jl5 « lors
de la prise de Jérusalem ».
Comme exemple de transcriptions fautives, dues
peut-être à des habitudes individuelles, oii peut
TROIS OUVRAGES EN TURC D^ANGORA. 471
citer celle de s par ra dan» yianarjpy^^ (turc \ulg.
pour ^\) «prisonnier», yiœt(jrifikiyr]viàv -jjjSSyK^
« de sa captivité » , et celle de è par ev (prononcé ev
en grec moderne) dans ^£t>xi^ è(Ta\vy otyva<r\v ^
/jo-w^^iT/jy»^^! « qu'il saisisse et comprenne ». Mais
c'est au turc vulgaire qu'il faut rapporter les formes
telles que o-ax^ pour ^ dans )8i jxttS Ç^xp érlvyv-
(jiUy (Tctyri èXT»y«v5, ê»x5(p èXfxao-iî;); Içépiaev, xsXàx
;df ày^idjj^ JXî* ^"^^Hi^ T^^ J^^^ (*^^)- ** ^^ ^^
vous désirez {^iitér. si tu désires) savoir si ce cpie
nous avons mentionné est vrai, prêtez l'oreille pour
compren(Jre » ; et x/ve Aj;:f^pour ju) « de nouveau »
dans jSi icty) nive juj ^>*«>j « et encore de nouveau ».
^chnriX « le Seigneur » est visiblement abrégé de
r^UjH c^j « le Seigneur des Mondes » , expression
coranique pour désigner Dieu : PdnmX Xpiçbs È(fiév7v
« Je Seigneur Christ», PdiririX TOLclXke lUo c->»«le
Très-Haut ».
BofX<T«XXax ^®^ hiQii la Mère de Dieu, Qeoiàxoçy
ail\ tfjJL : j8i yay^TXe tireyei^rei SaXTûti^ ^dXnaXkày
aIH tfjJij jUoLw ^^juSo Jl^Uj « et cela plut extrême-
ment à la Mère de Dieu»; mais Me€X«T»XXixi qui
devrait signifier le Fils de Dieu aU\ ^ Jy , s'emploie
également dans le même sens, ainsi que le démontre
472 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
péremptoirement l'expression MeêXaraXXà;^ Xawv,
ce qui ne peut s'expliquer que par l'ignorance totale
de la signification de l'arabe JJ\ ^ùy .
A signaler encore la particvde possessive \ ajou-
tée à des adjectifs ou participes arabes, ce qui est
un simple barbarisme : raîfiXrl AA^ « perpétuel » ,
ManapexXri ^\(\\^ « béni ».
KarJ J\i proprement « dur, fort » , employé dans
le sens de « très » , est particulier à l'Asie Mineure :
xarî drlaiTrlrip rovTlovyiv y&KyL&iXkp jju>l:f: <J\i
jLuSo* dijb jJftL « les avis que tu as reçus sont bien
étranges ».
Max^vèi àk^ « prétexte » est une forme turque
vulgaire. Mais zte^àt o\ij « décès » est une tran-
scription fautive : Tse^àt ôXtS tmnp bympk xtrlei oVi*
fjjjf^vs- j)a\ (jJ^j\ «il mourut et partit pour
l'autre vie » ; de même pour (leyj^poùfi ^^^ « Tin-
telligence»; ^è iX iieyfPovpiÀ yKsXrfpxi, Ôhit [le^'
^oùfi h^rlv ytaparleî IvaavYj ÀXXap^ToaXXe àj^u^ J^L
Jljuj ^\ jLj\ ^^\}i Q^\ ^^ ^i a^^t et
ceci vient à l'esprit, c'est que Dieu a créé l'homme
pour l'esprit ». Autre métathèse dans xapyèr O^
« zèle » : T^axT ^è xapyèr MrjyL ^ju>\ Oja^ •X^ «je
fis montre de zèle et d'efforts ».
TROIS OUVRAGES EN TURC D'ANGORA. 473
Ces trois ouvrages, s'ils otFrent une abondante
matière à des recherches philologiques, ne con-
tiennent en revanche presque rien de la biographie
de leur auteur. C'est à peine si la préface du Béhâr-
i Rayât nous apprend qu'il est resté trente-cinq ans
hors de son pays, qu'il y retourna cependant une
fois pour y visiter ses parents et ses proches; c'est
alors qu'il rencontra deux de ses parents dans l'ai-
sance qui lui demandèrent d'écrire en turc des ré-
cits de sainteté; il nomme aussi les amis qui lui
fournirent les moyens d'imprimer ses ouvrages,
Hadji Agapoghlou, Hadji Anastase, et Khodjayen-
oghlou Hadji-Kyrîako. Les titres de ses publications
et la signature du Béhâr-i Hayât nous apprennent
que Séraphin Raqîb était originaire d'Adalia et ancien
métropolitain d'Angora. Les armoiries qui sont gra-
vées à la fin de la notice sur Kykko et à la page i 2
du Béhâr portent la date de 1782 et la mention :
^pdt^v AyKvpa$ ^ep(x<pe)(if avec la reproduction, au
centre, de deux sceaux portant tous deux la date de
1776. C'est probablement à cette époque qu'il a
été élu archevêque d'Angora; si l'on y ajoute l'inter-
valle de trente-cinq ans donné par la préface du
Béhâr, on trouve 1809, ^^^^ postérieure de trois ans
à la publication de l'ouvrage; mais le chiffre de 35
peut avoir été arrondi, ou bien l'auteur avait déjà
quitté son pays antérieurement à sa nomination au
poste épiscopal d'Ancyre, ce qui n'a rien que de pos-
sible et de naturel. M. E. Legrand veut bien me
faire savoir que Séraphin fut élève de Hiérothée
474 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
dlthaque et d'Ephrem d^Athènes, et qu'il prit le
froc au couvent de Kykko, dont il fut par ]a suite
protosyncelie et archimandrite. En dehors des trois
ouvrages turcs qui font lobjet du présent artidie, il
a publié quatre autres livres, également en turc et
en caractères grecs, dont M. Legrand a pris la
notice à la bibliothèque de Saint-Marc, à Venise,
il y a quelques années. On se contentera d'en donner
les titres ^
' Poù^ d^terhyi^. Tla^dpt ZoviivtovXpafié, Teri ToXift vaaa^arXapi,
\a11cuTHij96f xtrairràv let&pL, ^è re^aip 6X(id, Hè IlflfTep fifcéSy ^cirairi
VToSavh re^lp fie^ovfil, ^ lËC'^oXéytop xitCÊvràp, teÇcip àXftaùg
ÎKitiaXii vToaXèp , ^èp ^sri^, (TavxeTXàp hlijv. Bé rajj^i yutyftoùp
ôXftartK^ xovpovXoùx oXjovKTà, paxat-èr yxeXfiemvè vroaXèp, Bi ;^a-
^epèv raj(l j^atiexXèp , T^avà Kt^aevXov, Bè éytot KXi^fMirTOf kyumpa
imfpoicoXovTovv vaxAierif. Tc^ip ôXpLoùalovp, kjdXtaXou, SdhnfJue
Éyxtovpov MrtrpovoXovTov Jlepa^elfi ^o)(jK(unàp, TioupXii iXtph,
Itoviitèv ^pKrltavXtyifv xt^ûLerXtyij hiijv, S/fin IXx è^SeXov, Uaa-
fiouS ^eptXreï BevertxTèj Kil^p ^Xàv peijrpovoXovrow X^^f*! Mcurpti-
(piïXav, tov^oLvi liàv à^etXtyii hirip, Se^iyi TepttpiiX^H ^{1^,
XépTovpXXov xtovva/Xaplv xa(7(xa^eTAt^ ^epeXepij, ^ ytapaXapi
ttiriv. ^ir^. Èverirjatv, 1782. Hapà "StxoXdœ TXvxeî tf èS iactppi-
Pùjv, Con Ucenza dt'' Superiori e privilégia, «La santé de l'âme. Le
livre du Printemps de la jacinthe. Sept conseiis d'instructioD , ex-
traits et commentés du livre de (Saint-Jean) Damascène. Ck>miiieQ-
laire du sens de la prière dominicale Pater noster. Prières néces-
saires commentées d'après le Livre de TEucologe. Prières poar Umte
espèce de souffrances (P), et pour faire venir la pluie (iitt. in misé-
ricorde) en cas de sécheresse. Également des invocations toutes
prêtes (?), satisfaisantes pour Tâme. Histoire de Saint-Clément,
métropolitain d'Âncyre. Expliqué par le moine Séraj^in d*Adalia ,
ancien métropolitain d'Angora; imprimé pour la toute première
fois, en vue detre utile à toute la chrétienté du monde entier» A
Venise, aux frais et dépens dudit métropolitain, pour la santé spiri-
tuelle de rftme, pour féquilibre du corps, pour (la gnérisOB) À»
TROIS OUVRAGES EN TURC D'ANGORA. 475
Séraphin a aussi traduit en turc et publié à Venise
le Psautier (date inconnue); il a publié en grec et
en turc, à Leipzig, en lySS, un IlpoaxuvfiTaLpiov
Guide du pèlerin aux Lieux Saints, dont il existe un
exemplaire au Britîsh Muséum, sous forme dun
in-4° de 8tx pages à a colonnes. En grec, il a écrit,
tristes blessures et cicatrices des péchés de toute espèce. A Venise ,
1782, chez Nicolas Glykys, de Janina. »
vi(t{i{Lh vrapdKXijfftXept , ^è yipiurèpr <7eXafc^fMitfi2 , |3é kpuLpTûâXëv
'^arnpiaja ftiredv oXàv )(ex^TPa[teXepi , |Sé È&pffaXfLot, |Sé kv6Sttvvov,
^è ra)(l ixTi^aXl <reyXèp fivo^para fieêTiofjxrovp ovXdpx$ y^èp JLptff'
Tiavà Xa^ifÂTtp aaitâ^ n^oifi oypvyià, 'SlifiTt lAx 耀èX re^clp oXovvoùv
QoLffy^ayià ^eptXjl, tbov K'fl^p oXovvavijv x^P'^i poKFpv^ytXep, yta^àv
^&>piT?a nXtvtèv Tot)px Xtaavtvày Çiare è\ièx Ça;^(xiTi>av , kxéXXtoLXov
^epa^el^ iepo^6vaxo(Tlav. XptdiavXapiv, xt^[a\eTX4yii irii^v. kyiav-
XoLph iiviytXev heveuKré Tadataxi. \ïlapà\ l^txoXia rAvxeî râl è^
icûavviveiûv, 1802. TîovptAew? Xpt^lo^ovv llrivè ytopofjytovp, Con H-
cenza de Snperiori e privilegio, « Livre de prières. Consolations de la
très sainte Vierge, mère de Dieu; ses vingt-quatre salutations. Les
conseils appelés kfiuprûiXôHv S«Ti?p/« (le «^alut des pécheurs», ou-
vrage d'Agapios Landos, moine crétois), ainsi que THexapsalmos
et TApodeipnon , et autres choses nécessaires , qui se trouvent ici ,
et qu*il est indispensable à tout chrétien de lire matin et soir. Pré-
sentement, pour la toute première fois, expliqué et imprimé, aux
frais et dépens du susdit. (Traduit) du grec vulgaire en turc, avec
beaucoup de peine et d'effort , par Séraphin d'Adalia , le moine , en
vue d'être utile aux chrétiens. Imprimé à Venise avec la permission
du Sénat. (Chez) Nicolas Glykys de Janina, 1802. Que vous tous
vous vous revoyiez dans la gloire du Christ ! »
irtXà xeXctfil. T^avà xi^AerAov, XeXaaXov Xptalds è^évrtfuiovv ,
hxePT^eXepov hlh, jSè â^tfietXoîi àvat/lctcrtai h^iv ,inffovs Xptaloiovv,
KiiptxlXi kdapdfftot Bapov;^a, iepop.opa'xoaovp pouraûLTXaptPxèp ^ pé-
\ixlpLX(iv, xoipxx^e xtXtpè xev<rlp , krdXtaXov, Depo^/fA iepoftik'a-
-/odlap, IftavAov p.oov[LÏv ÙpdàSoÇot Xpta^tapXapovp xe(paiexX*yoï!
h^ilp, (rifixt xive Ixipxii xspèx, Aytop ôpo|Aov dp,isaXii Za)(api(ivip
îyLxaxiyivav , ^ita^^xyta ^eptXxet, (3é Xépxifi OKOupaa oÙxixe(pà 6 ^ot
476 NOVEMBREDÉCEMBRE 1900.
sous le titre de llvevfjLaTixrj xiOdpa, Harpe spirituelle,
un recueil de pieux discours, publié à Venise
en i-ySS; il a donné des éditions de la EvayyeXtxit
ovy^cùpt^^et vreyé, çmdç'. Beverinrè 'Beurfiayta jSepiArov. i8o6. Ueipà
NixoAfl^ TXvxei t^ è^ leoavvivMv, Uamcffaxjip îiph^if- * Le discours
(le la connaissance. Souffrances de N.-S. le Christ, sauvear, conso-
lateur de Tâme , et sa majestueuse résurrection. Extraits des Con-
seils d'Athanase Baruch^ le moine crétois, et expliqué du grec en
turc, par Séraphin d'Adalia, le moine, pour la consolation des
chrétiens orthodoxes vrais croyants et pleins de foi. Impiimé pour
la seconde fois avec Taide d'Abali Zacharie du Mont-Athos. Qui-
conque le lira, dise trois fois : « Dieu pardonne! » Imprimé à Venise,
1806. Chez Nicolas Glykys, de Janina. Avec l'autorisation derEm-
pereur. »
TjfovftAé J,evevilv K.vptaxnXeptvè r^eSàv ^ voureuùXdp. Te^ip
oXovvftoùs, Pt^firia TtaSàv TtXtvrèv TovpxXtaaptvà, kTdX}4aXii Sepa-
^eift lepo^va)(0(/lav alftrt lAx è€èX HaafiocytS ^ptXril, trov Ki^xp
ôXovvàv xtftcreviiv xApti yMopa^iytXav , Xptal tapXaplv Kf^oerAi^,
^è XeXaahxXapi h^iiv. Ifiu ra)(i, aovXràv BaXirouAAd^ Haafayia
Kvxxovovv Kvvptira aaxîv oXàv, àjift ^è Uaucèx, [lovat/liiplp fierèr
ifiTariytXav ^avxhyà yxeÀiv drityà «reav 6X{o)upToii, jSé Tiaafict^êi
/SepfAri, Ziate èftèx ZajntertXev, ^é x^^^ fiaapépiXup, Bepntxrè
'aaapaytS, ^eptXjt, àytavXapiv tiviytXev. hè UeattXrl (/are TexfciA
ôXovvTov, dffXa Ttayvrttr't ytoxrovp No&tyXix oCiepé» BàptoXi kwrA^
vtos UaafJLaririrdp, 1768. çt^rç'. Con licenzade* Superiori e privileffio,
n Réponses et conseils pour tous les dimanches de Tannée. Expliqué
du grec vulgaire (du Kvptaxo3p6fuop ou Recueil de sermons pour
tous les dimanches de Tannée d'Agapios Landos) en turc par Séra-
phin d'Adalia , le moine. Imprimé pour la toute première fois aux
frais et dépens du susdit , |)our la satisfaction et le salut des chré-
tiens. Venu à la lumière (dUl%-6) , exposé à tous, et imprimé avec
Taide du grand monastère impérial de la Sainte Vierge, mère de
Dieu, à Kykko, en Chypre, avec beaucoup de soins, de peines et
de dépenses. Imprimé à. Venise avec Tautorisation du Sénat. Revu
avec soin et complété, sans erreur ( Jj5l^) ni diminution. De Tîm-
primeur Antonio fiortoli, 1758.»
Ce dernier ou>Tage est la plus ancienne publication turque de
Séraphin qui suit venue à la connaissance de M. E. Lcgrand.
TROIS OUVRAGES EN TURC D'AJ^GORA. 477
2aX7r*yf (Leipzig, lySS), de la Tvirixrj Sicltcl^iç du
monastère de N.-D. de Machaeras (Venise, lySS),
du PavTio-fzoC (/IfihTsvais (Leipzig, 17 58), livre qui
renferme la critique du baptême par infusion adopté
parles églises d'Occident, tandis que les Orthodoxes
administrent ce sacrement par immersion , rt des
éditions bien revues et corrigées du XaveraMv (17^8)
et du Srixapas (1 783).
:w
larKiMKaiB ■ATiostir.
478 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
LE
TAQRÎB DE EN-NAWAWI,
TRADUIT ET ANNOTÉ
PAR
M. MARC Aïs,
DIRECTEUR DE LÀ MEDERSA DB TLEIUGEN.
(suite.)
iMISE A LA PORTÉE DE TOUS ET FACILITATÏON DE LA
CONNAISSANCE DES SONNA DUES À L'ANNONCIATEUR
DES RÉCOMPENSES ET DES CHATIMENTS.
Au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux.
Louange à Dieu, le juge souverain, le magnifique,
qui a la richesse, la surabondance, la bienfaisance,
et nous a gracieusement octroyé la vraie foi, a fait
prédominer notre religion sur toutes les autres, a
anéanti par son ami, son affectionné, son serviteur et
son envoyé Mohammed (que Dieu le bénisse et le
sauve!) les cultes idolâtres, et Ta distingué lui-même
par le Miracle coranique et les Sonna durables dans
la succession des temps; que Dieu le bénisse lui, les
LE TAQRtB DE EN-NAWAWI. 479
autres prophètes et leurs familles \ aussi longtemps
que les deux durées (le jour et la nuit) adterneront,
que les ordres divins seront exécutés, le nom divin .
répété avec louange, que durera la succession des
deux temps (le jour et la nuit).
Et ensuite : la science du hadîts occupe un rang
des plus éminents parmi les moyens de se rapprocher
du Maître des mondes. Gomment en serait-il autre-
ment, étant donné qu'elle consiste à montrer les voies
suivies par la meilleure des créatures, le plus magna-
nime des êtres passés et futurs ?
Le présent livre est un abrégé de mon autre livre ,
El-Ircliâd, abrégé lui-même des « *01oum el-hadîts »
du maître, l'imam, le hâfith, le vérificateur, le sub-
tiliseur^ Abou ^\mr *Otsman b. *Abd er-rahman,
connu sous le norn dlbn es-Çalâh. Je m'efforcerai,
s'il plaît à Dieu, d'être le plus concis possible, sans
cependant me montrer incomplet, et je rechercherai
avec soin la clarté de fexpression. Au surplus, c'est
sur Dieu le Magnanime que je me repose, en lui que
je mets ma confiance et que je cherche appui.
Le hadîts est parfait {^^^), bon [^j^ééjs^) ou faible
^ il est remarquable que Nawawi néglige ici de faire suivre la
laçlja (lu taslini conformément à la règle qu'il passe pour avoir for-
mulé lui-même : ^^UJI ^^ »^UaJI .>i^I slS^ [cf. Goldziher, Ueber
die Eidogien der Mohamniedamr, in Z, D. M, G., L. io6),
2 ^«xil v^^^l : cf. » sur le sens exact de ces deux épithètes , de
Slane, Ibn Khald, Proléy., I, 196, note 1.
^ C'est Abou Solaïman el-Kbattabi (+ 388) qui le premier aarait
formulé cette division fondamentale du hadîts, dans son commen^
3i.
/i80 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
Première branche. — En première ligne vient le
h«idîts parfait (^^^^); son étude fait naître plusieurs
•questions.
I. On doit définir le liadits parfait, celui donl
l'isnàd est lié ( jAâX«)\ ne renferme que des individus
probes (J^x^) sûrs d'information (^Lô) et qui est
exempt de toute anomalie (i^j^) et de toute tare
(iUfc)2. — En déclarant un hadîts parfait, on entend
taire aux Sonaii (fAbou Dawoud, inlilulé Ma'àlim es-sonan (Tad. i3 ,
]. 1 1 et suiv.). Au lieu de dluCif, il employait saqim (Naw., I, 3(),
1. 11 et suiv.); ce synonyme de c^^'i/* est Texact opposé de çoAj^ , au
propre et au figuré. Quoiqu'il ne figure nulle part dans le Teu/rib, ce
mot n*a cependant pas disparu de la terminologie des traditionnistes
à l'époque classique : Dsahabi Temploie très fréquemment et Jorjani
dans les Tarifât en donne la définition : c>>l^ ^ùa^^^JI ^ «oJUJl
^.^J. — Il est possible que cette division tripartite du hadttsait
son origine dans une distinction posée par Moslim lui-même ( Naw. ,
1 , 67-80) et dont il sera parlé plus loin (cf. in/,, 483, n. a). Rap-
pelons d'autre part que 1. Hajar a adopté dans la Nokhba une autre
division plus large du hadits en maqboul (acceptable) qui comprend
à la fois le çahih et le liasan,ei mardoud (rejetable) qui comprend les
diverses variétés du dhaif[cL aussi Tad., i3, 1. 3o).
^ Cf., pour la définition des termes Jjû;u, Jonx, la^L^, iy)^,
iOii, in/., V% XXIIP, Xirr, XVIII- brandies.
^ I. es-Çalab donne du badits paifait la mémo définition (Tad.,
1/1,1. \) avec cette différence que Juâju est remplacé par 1» ■«■■..•
(cf. pour ce mot inf,, IV* brandie), ce qui n'attribuerait le carac-
tère de parfait qu*aux hadîts relatifs au propbète (^>*t«)î dans le
même sens Risch 7, Dict. 817. — Ibn Hajar prétend que la défini-
tion d'I. cs-Çalali est celle de Moslim lui-même; de fait ce passage
dlbn es-Çalah permet de le supposer : ^J^, çj\ Atfss^^ i W<* b-^
^^râfJ) i^^^jôJL j^^ {«x^^ÂJÛJi^ i>3JwâJi ^JA [ap, Naw., I. as, 1. 38 et
suiv.). — On rencontre chez la plupart des traditionnistes des défi-
nitions analogues ; néanmoins il est arrivé que des auteurs fissent
LK ÏAQRfB DE EN-NAWAWf. 'i81
simplement exprimer qu'il réunit ces qualités , et non
pas que sa perfection est un fait apodictiquement éta-
bli ^ En déclarant un Jiadîts imparfait [^^^jj^à), on
entend simplement exprimer que son isnàd ne réunit
pas les conditions de la perfection. — D'après l'opi-
nion préférable, on ne saurait décider absolument
d'aucun isnâd qu'il est de tous le plus parfait. Il y a
néanmoins des opinions divergentes; les uns ont dit ;
le plus parfait est Ez-Zohri rapportant de Sâlim, de
son père; d'autres Ibn Sirîn, d^Obaïda, d'^Ali;
d'autres El-A*mach, d'Ibrahim, d'^Alqama, d'ibn
Mas^oud; d'autres Ez-Zohri, d"Ali b. el-Hosaïn, de
entrer dans l'idée de perfection (Â^p) des éléments absoluments dif-
férents : d'une part, il fut admis de bonne heure que la reconnais-
sance d'un hadits par Vljmâ* suffisait à lui donner la perfection
(cf. M. 5t. ,11, iSg); et dans un sens voisin, un parti proclama
qu'un hadits, même sans isnâd, pouvait être parfait, lorsqu'il était
conforme à VIjmâ\ au Coran ou à quelque source du droit { Tad. , 1 5 ,
l. 26, 3o). D'autre part , certains auteurs, surtout des MoHazilites,
exigèrent comme condition essentielle de la perfection, la pluralité
des récits ; Chafe*ï semble avoir soutenu contre eux une polémique
(Tad., 17, 18 pass,) ; le nombre des récits nécessaire variait suivant
le caprice des individus (Tad. , 18 , 1. 2^ , 25] ; Yahya b. Mo'in n'ad-
mettait pas les récits rapportés en moins de 3o versions (Tahds, 629,
1.12). El-Hâkim lui-même fonde sa classification des hadits parfaits,
sur cette considération du nombre des récits {ap, Naw., I, /|o).
Remarquons que la présente définition du pmfait ne s'applique qu'au
hadits intrinsèquement parfait *3l«xi ^.^sp ; elle laisse de côté le hadîts
extrinsèquement parfait tyiJt^ ^.ss» dont il sera parié plus loin à
propos du hadits bon.
^ jo ^^laJU AJt^; c'est, remarque Soyouti, que d'une part les au-
torités sûres ne sont pas à l'abri de l'erreur et que , d'autre part , une
autorité faible peut parfois rapporter un fait exact (Tad., 18, 1. 27;
1 8 , 1. 4 ). — Voir, pour l'exception qu'I. es-Çalâh a voulu faire à
cette règle en faveur de Bokh. et de MosL, infra, p. 49/1.
482 NOVEMBREDECEMBRE 1900.
son père; d'autres Mâlik de Nâfi\ d'Ibn Omar^; et
dans le niême sens, on a dit enfin : El-Chafe*i de
Mâlik, de Nâfi\ de Ibn 'Omar 2.
II. Le premier ouvrage consacré uniquement au
^ Cet isnâd est connu sous le nom de «chaîne d'ori iULJL»
fc-uftJJI (Moh. St., Il, 2/17). Parfois on allonge cette chaîne pré-
cieuse avec les noms respectés de Chafe'ï et d'I. Hanbal (cf. un re-
cu(nl intitule : t^oJJ iUljL»» ap, H. Kh., UI, 607). D'autres isn&ds,
on a dit également qu'ils étaient « tressés en or » i^^uftiJL^ iiLh/!i,m
(Tad., 22, 1. 20] «fondus en or» i^JJb JL^m» (Tahds., 607].
^ Ibn Ghihâb ez-Zobri [^f 12/1) est une autorité des six livres ca-
noniques. — Sâlim dont il s'agit ici est le fils de 'Âbd allah ibn *Omar,
mort en 106; son père 'Abd allab mourut lui-même en 78. — Mo-
hammed b. Sirîn (f 1 1 o) et 'Obaïda es-Salmâni (+ 72 ) appartiennent
tous deux à la classe des suivants. — Solalman el-A'mach (+1.48),
Ibraliim rn-Nakb'i (fgS) et 'Alqama b. Qaïs (+ 62) sont tous trois
fréquemment cités dans les six recueils canoniques. — Ibn Mas'oud
dont il est question ici est le célèbre compagnon *Abd allah b. Mas'oud
(+32). — *Ali b. El-IIosaîn, généralement désigné sous le nom de
/aïn el-*Abidin, petit-fils du calife *Ali, mourut en 94* — NAIi*,
affranchi d'Ibn *Omar, mourut en 1 1 7 à Médinc. — Il y a une foule
d'autres isnâds pour lesquels on a réclamé la plus hante perfection
(iloûp^lj. Généralement ces préférences sont l'expression de r^u-
tations provinciales de râwis [cf. sur le caractère provincial du hadîts
à son origine, M* 5t., II, cbap. vi, pa.wim, et p. 227). Ël-HAkim sVn
est rendu compte; il se garde de citer un isnâd comme le plus par-
fait de tous generaliter; mais il indique Tisnâd le plus parfait parmi
i'oux en cours dans tel pays, ou ceux par lesquels on rapporte les
récits de tel compagnon (Tad., 22 , 1. 7 et suiv.). — Il est intéres-
sant de noter que les rivalités d'écoles ont eu leur écho dans la ques-
tion : à rencontre de l'opinion qui fait de Chafe'ï d'après M alik , etr, ,
risnâd le plus parfait, les banafites ont attribué la supra-perfection
à un isnâd qui comprendrait A. Hanifa d'après Malik, etc* (Tad.,
20 , l. 22 et suiv.]. D'autres auteurs ont donné la priorité à un isnâd
contenant le nom d'un autre chef d'école, Sofyân et-Tsaouri (Tad.,
•19,1. 2 et 3).
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 483
hadîts parfait est le Çahîh d^El-Bokhari ^ Moslim vint
ensuite 2 et les ouvrages de ces deux auteurs sont les
plus parfaits de tous les livres après le Coran pré-
cieux^. Des deux, cest celui de El-Bokhari qui l'em-
porte en perfection et en utilité. Telle est Topinion
juste, quoique certains auteurs aient déclaré Moslim
' Cf., pour l'exposition complète des caractères qui distinguent
le Çahih de Bokh. des recueils antérieurs de traditions , Moh, St, , IT ,
chap. vin.
* L'ouvrage de Mosl. n*est-il en fait consacre qu'au hadits parfait?
La question paraît douteuse; en efiEet Tauteur lui-même, dans l'intro-
duction à son Çahih ^ annonce qu'il a réparti les hadtts en trois classes :
dans une première, il a placé les récits provenant de râwis irrépro-
chables; dans une deuxième, les récits provenant de râwis véridiqiies
et sûrs, mais néanmoins inférieurs aux précédents: dans une troi-
sième, enfin, les traditions que, soit pour Tinsuffisance de leurs
râwis, soit pour quelque autre cause, on ne saurait accepter. 11
donnera d'abord les premières , et à leur suite les deuxièmes ; quant
aux troisièmes, il ne s'en occupera pas en principe; néanmoins, le
(*as échéant , il éclaircira les vices de certaines d'entre elles ( ap, Naw. ,
1 , 69-80). Cette distinction de Mosl. a peut-être eu de l'influence sur
la classique division tripartite du hadits en ^.^p , ^J**'^ , UU*^. —
El-Hâkim explique ce passage comme il suit s Mosl. avait l'inten-
tion de consacrer à chacune de ces classes de hadits un recueil
spécial; il a achevé celui qui contient les traditions de la première :
c'est le Çahih, La mort Ta empêché de réaliser le reste du pro-
gramme qu'il s'était tracé. Cette opinion d'El-Hâkim partagée par
Ei-Baïhaqi a triomphé dans la doctrine. Toutefois le cadi lyftdh
(f 544) a donné de la division de Mosl, une interprétation diffé-
i^ente : elle s'appliquerait aux traditions du Çahih lui-même; et
Mosl. aurait rapporté dans cet ouvrage des traditions des trois classes
d'après les règles par lui posées [ap, Naw., I, 33-35; Tad., 27,
28).
' La grande autorité des deux recueils est en fait avant toute
autre chose basée sur l'approbation de YIjmA* {Moh, St., Il, «56,
1.32).
484 NOVEMBRE. DECEMBRE 1900.
plus parfait qu El-Bokhari ^ Moslim a ceci de parti-
culier quil réunit en un seul endroit les dififérentes
voies {(i^) d'un même hadîts^. - — Ces deux maîtres
n'ont pas épuisé la matière du hadîts parfait, et même
^ Ce furent surtout des docteurs maghribins qui accordèrent la
préférence a Mosl. ( Voir sur les motifs de celte préférence d'après
I. es-Çalâh : I. Kh. ProUg,, U, 476; comp. Salisb., i35, i38). -—
T. H^jar donne un exposé très méthodique des motifs qui font gé-
néralement assigner le premier rang à Bokh. ; il prend un à un les
éléments de la définition du parfait et montre que les hadîts du
Çnliili de Bokh. répondent mieux de tout point à cette définition
que ceux du Çahih de Mosl. : (a, pour ce qui est de la liaison
JLa3), Bokh. ne considère pas comme lié un hadîts ç^sÂ&« (cf.
infra, XP branche) lorsque la rencontre du rAwi qui rapporte
sous cette forme et de son auteur n'est pas clairement établie; Mosl.
exige simplement que les deux personnages aient vécu à la même
époque (Naw., I, 166-170; Salisb., lag-iSS; Mosl. réfute avec
beaucoup d'acrimonie Topinion adverse). — [b, pour ce qui est de
la valeur des râwis, il y a beaucoup plus de personnages suspects
parmi les autorités de Mosl. que parmi celles de Bokh. — (c, pour
ce qui est de l'absence d'anomalies et de tares, on a pu rdever
chez Mosl. bien plus que chez Bokh. des traditions qui n'étaient pas
de bon aloi {Nohh. ^ 1 4 , 1 «^ ). — Naw. et I. Hajar ne manquent pas , au
reste, de placer en première ligne, parmi les motifs qui doivent faire
préférer Bokh. , la décision en ce sens de rÇfmd* »UoJt (j^Jdi (Naw. , I ,
a 1 , 1. 1 5 et suiv.). Vljmâ' fonde donc iEidfipil! comme U fonde JLÎiJl •
^ Bokh. au contraire dissémine les versions d'un même récit dans
différents chapitres suivant qu'il en veut appuyer telle ou t^e règle
dogmatique (cf. M, St,, II, 2 46). Aussi Naw. constate-t-fl que
Bokh. est d'emploi moins facile que Mosl. , que souvent une tradi-
tion y figure là où Ton ne s'a tiendrait pas à la trouver, et que, pour
cette cause, il est arrivé à des modernes, peu familiarisés avec l'oa-
vrage, d'affirmer faussement que certains hadîts ne s*y trouvaient pas
(Naw., I, 22 ; comp. I. Kh., Prolég,, II, ^'J^). — Par contre Bokh.
a donné à chaque chapitre de son recueil une tarjoma (rubrique).
Mosl. n'en avait pas fait autant, et plus tard certains auteurs s'ac-
quittèrent de cette tâche avec Un bonheur inégal (M. 5t.,loc. cît —
Naw., ï,.'^o, 3i).
LK TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 485
ils ne s y sont nullement efforcés ^ On a dit qu'ils
n'avaient laissé de côté que bien peu de hadîts par-
faits : mais c'est là une assertion inadmissible. La vé-
rité , c'est qu'en dehors des cinq bases^ c'est-à-dire des
deux Çaliîhy des Sonan d'Abou Dawoud, d'Et-Ter-
midsi, d'En-Nisaï, on n'en saurait trouver qu'une
quantité infime. — La totalité des hadîts rapportés
par El-Bokhari s'élève à 7,275, si l'on fait entrer en
compte ceux répétés plusieurs fois; en les défalquant ,
on obtient un total de 4, 000. Quant à Moslim, il
contient environ 4, 000 hadîts, défalcation faite des
répétitions. On trouvera le surplus des traditions
parfaites dans les livres de Sonan dignes de foi comme
ceux d'Abou Dawoud, d*Et-Termidsi, d'En-Nisaï,
^ Cette phrase est une réponse aux critiques dirigées par Dara-
qolni et Balhaqi contre les deux Çahih, Ces auteurs ont reproché à
Bokli. et à Mosl. d'avoir arbitrairement laissé de côté beaucoup de
hadîts parfaits. Par exemple, les deux maîtres n'ont rapporté que
certains des hadits contenus dans la Çahifa d'Homam h. Monabbih
(f 1 3 1) ; or tous les hadits de ce recueil ayant le même 'isnâd, Bokh.
et Mosl. auraient dû logiquement les rapporter tous (Naw., I, 35).
— On a répondu à cette critique que les deux maîtres ont d'après
leur déclaration formelle agi ainsi de propos délibéré (cf. Salisb. ,
i38, 139). En négligeant certains hadits parfaits, ils ont voulu
éviter d'allonger démesurément leurs œuvres, ou obéi à des scru-
pules dignes d'éloge (Tad., 57, 1. 21 et suiv.; M, St,, II, 2 Sa,
note 2).
2 SiLjL Jya^\\ comp. j-Jl c»l4-*^l ap, I. Khald., II, /ici. —
Naw. , suivant en cela I. es-Çalâh ne fait pas rentrer dans les recueils
canoniques l'ouvrage d'I. Maja qui n'eut assez longtemps qu'une mé-
diocre réputation (Tabaq., IX, 29). Plus loin, il le mettra sur la
même ligne que le Mosnad d'I. Hanbal. — Voir pour la détermi-
nation approximative de l'époque où Ton commença à parler des
«six bases» avec adjonction d'I. Maja ; M. St,, II, 261-265.
486 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
d'Ibn Khozaïma, d'Ed-Daraqotni , d'El-Hâkim, d'El-
Baïhaqi et dans d'autres ouvrages. On tiendra pour
parfaites les seules traditions que ces auteurs dé-
clarent expressément telles; la perfection dun hadîts
n est pas suffisamment établie par sa simple présence
dans un de ces ouvrages, sauf dans ceux dont les
auteurs ont pris pour règle de ne rapporter que dos
traditions parfaites^. — El-Hâkim s est appliqué à
donner un supplément aux deux Çahîh , en réunissant
les traditions parfaites qui ny figurent point; mais il
s est montré trop coulant ( J^Lju) dans l'acceptation
des hadîts 2. Aussi bien voici l'attitude que nous tien-
drons à son égard : soit un hadîts garanti par lui
parfait , mais pour lequel nous ne trouvons chez les
auteurs dignes de foi ni déclaration de perfection,
ni déclaration de faiblesse [UUjuàS^^ ^j^f^^). Nous le
considérerons comme bon [^^yé^^), sauf au cas où y
' gjiJi Joi ;Ux*i)l hy^ ^^ v'^i ^ï ; tel est le cas d'Ibn Kho
zaïma (f 3ii) (Tad. , 3i, 1. 2J; aussi son livre a-t-il parfois été
compté au nombre des « six bases » à la place de celui dTbn Maja
(cf. Sprenger, Mohammed , III , cm). — £d-Daraqotni (f 385),
outre son livre de Sonan, composa un ouvrage de critique sur les
deux Çahih [d.M. 5t., II, 257).— El-Baîhaqi de Nisapour (+458)
était élève d'El-Hâkim; on s'accorde à reconnaître qu*il a fait
preuve de plus de soin que son maître dans le choix des traditions
(Tad.,3i,l. 10).
^ Dans son Complément des deux ÇaJdh ^a^^sv-^aJI J^a d|pOOMMA,
El-Hâkim prétend rapporter les traditions parfaites, restées en
dehors des deux Çahih : il les divise en quatre classes î parfaites
d'après les règles de critique des deux maîtres, parfaites d'après
les règles de Bokh. , parfaites d'après les règles de MosL , parfaites
d'après les règles d'autres auteurs (Tad., 3i, 1. 8). — Ibn es-Çalah
et Navravri adressent déjà ici à El-Hâkim les critiques que Dsahahi
formulera durement dans son Mizàn (cf. M. St,, 273, 9 74)*
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 487
serait visible quelque tare, cause inévitable de fai-
blesse. Il convient de traiter de môme le Çahîh qui a
pour auteur Abou Hâtim b. Hibban\
III. Les auteurs des Extractions parallèles aux
deux Çaliili (^^jx^^v^t Jl^ ilsJJi^)]^ ne se sont pas im-
posé une exacte concordance d'expression avec les
deux maîtres; en conséquence , des divergences dans
le fond et dans la forme les en séparent parfois. — De
même certains hadîts cités par El-Baïhaqi , El-Ba-
ghawi'\ et quelques autres avec cette mention « rap-
' Abou Ilâtim b. llibban (f 354) utilisa ses connaissances très
variées pour donner à son recueil une forme originale (Tad., 3*? ,
1. 6 et suiv.). Il le divisa en cinq qism : Ordres y\^\. Défenses
jglp, Récits ;Lâ.1, Tolérances c»l^b!, Gesta prophetœ (^\ jUil;
et subdivisa chaque qism en plusieurs iVaou*( cf. Ahlwardt, II, io6).
^ On nomme *^l^ ou ^^^sw*, des recueils dont les auteurs,
postérieurs à Bokb. et à Mosl., rapportent des hadîts contenus dans
les deux Çdhili avec des isnàds partiellement différents. L'isnâd
donné par Vcxtrayant (^-âïv^!) concorde dans sa partie supérieure
avec celui de Bokb. ou de Mosl.; mais les derniers chaînons sont
différents dans les deux chaînes (Naw., i, 38, 1. lA et suiv.; Tad.,
33, l. lo). — 1. Hajar exige que Tauteur du Mostakhraj s'impose,
autant qu'il est possible, de choisir des isnâds où le râwi à partir
duquel les deux chaînes se confondent soit très rapproché de Tau-
lour du Çuhih (IL Kb. , V, ôao). Nawawi {loc, cit.) cite un {jrand
nombre de Jtw.--« ^-=c» J^ ^y^\ 1^- plus célèbre est celui d'Abou
'Avvana (f 3i6). Les hadîts rapportés aux deux Çahih n'ont pas
seuls fait l'objet de recueil» de ce genre : les Sonan de Term. ,
d'A. Daw. et plusieurs recueils non canoniques ont aussi eu leurs
Mostakhraj (Tad., 35, 1. i3; H. Kb., V, ôai).
^ L'ouvrage d'El-Bagbawi (f 5io) auquel Nawawi fait allusion
ici n'est point son célèbre Maçâbth es-sonna. mais bien un autre
recueil de traditions, intitulé Gharh es-sonnn (Tàd., 33, 1. 20) dont
description dans Ahlwardt, II, 121, n° 1295.
488 NOVEMBRE-DECEMBRK 1900.
porté par El-Bokhari , Moslim » peuvent présenter
quelques divergences dans le sens avec le texte
figurant aux deux Çaliîh; par cette mention les auteurs
précités entendent simplement indiquer que El-Bo-
khari et Moslim donnent le hadîts en question dans
ses traits essentiels. Il n est donc pas licite de dire
dun hadîts cité d'après les ouvrages de ce genre^ :
il figure sous cette forme chez les deux maîtres, sauf
dans deux cas : i ° lorsqu'une comparaison a permis
de vérifier la similitude des deux textes; 2** lorsque
fauteur dit expressément : les deux Çaliili rapportent
cette tradition sous cette forme. — 11 en va tout
autrement des Abrégés des deux Çahih [^ c:»!^aaa^
^jjx*5^!)^ car les auteurs de ces livres rapportent
textuellement la forme même d'El-Bokhari et de
Moslim. — Les Extractions offrent deux genres d'uti-
lité : 1° elles font connaître des isnàds hauts (^Jl^
5lJu«5ll)2; !2° elles peuvent fournir des suppléments
^ Comme spécimen de cai^i>avie on peut citer les ouvrages inti-
tulés ^jjjjgVi^t ç^ ^ [le plus câèbre est celui d'El-Homaîdi
f 488) ou &uJ! «7^1 ç^ ^ (le plus célèbre est cdui d'I. £1-
Kharrât f 582); ils donnent un choix de hadits figurant aux deux
Çahih, ou aux six hases et rangés d'après les autorités (H. Kh., II,
618, 621]. Au même genre d'ouvrages appartiennent les deux cé-
lèbres recueils de Soyouti ^t>4^ ^, et ^ij'tnM ^^I.
* Ce que Nawawi entend ici c'est que les isnâds du ^,àR.vtJê com-
prennent moins de personnages que n'en comprendraient ceux avec
lesquels l'auteur rapporterait les mêmes hadits par la voie d'un des
deux maîtres : par exemple Âbou No*um [f 43o), dans son
^^^Êw«, rapporte de 'Abd er-Razzâqb. Homam (f 211] certains
hadits par rinterm<^diaire de deux râwis; s'il les rapportait par la
voie de Bokh., il n'y aurait pas entre lui et 'Abd er-Razzâq moins de
ifuatre râwis (Tad. , 34, 1. 19 ol suiv.). — I^ recherche des isnâds
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWJ. WJ
parfaits (^s^' *^'ï!;)î ^^ ^^^^ parfaits, par ce fait
qu'ils sont rapportés avec Tisnàd des deux ÇaliihK
IV. La perfection des hadîts rapportés par les
deux maîtres avec des isnâds liés ( Ju⣫) est un fait
établi. Mais, pour ceux dont l'isnâd présente au dé-
but un vide d'un ou plusieurs personnages*^, il con-
^ient de distinguer : quant à ceux rapportés sous
une forme précise et personnelle ((•V^'l?) « un tel a
liauts a été lé principal objet des auteurs de »>^V; ils se préor-
cupent souvent beaucoup plus de la hauteur des isnâds que de la
perfection des hadits (H. Kb., V, 52 1).
' On a remarqué justement qu'lbn es-Çalâb , auquel ce passage
est emprunté , va beaucoup trop loin : la perfection de Tisnâd donné
par le ^^dcWA n*est établie que pour la portion concordant avec
risnâd de Bokbari ou de Moslim. Pour les chaînons inférieurs qui
ne concordent plus, la valeur de chaque ràwi doit être examinée,
et sa valeur démontrée (Tadrîb, 34, 1. 2 4 et suiv.). — Nawawi
cite ailleurs une troisième utilité des Â^vi^ : donnant de nouvelles
voies de hadits cités par les deux maîtres, elles en affermissent la
perfection (Naw., I, 38).
- Comp. pour tout ce passage Salisb. , 1 1 3. — Par « début de
risnâd » , il faut entendre Textrémité de la chaîne aboutissant à
Bokbari ou à Moslim. Ces hadits sont appelés suspendus (jLu»),
Ils sont nombreux chez Bokbari , rares chez Moslim (Nawawi, I,
2 4, 1. 19). La presque totalité de ceux quon trouve chez Bokh.
figure dans les rubriques de chapitres (iU^^); ils servent, con-
curremment avec des versets coraniques , à développer ces rubriques ,
à préciser le point de droit canonique qu'elles concernent et sur le-
quel Tauteur rapporte ensuite des hadits liés, Nawawi donne une
liste des hsidiis suspendus qu'on a cru relever chez Mosl. (Naw. , 1,
24 et 25). I. Hajar composa un recueil où il donna avec des isnâds
liés les hadîts suspendus de Bokh. et nomma ce recueil 3-JjtxJl J-Jjlj
(cf. I. Haj., Moqadd, au Fath, 17; H. Kh. U. 534-535); puis il
en composa un abrégé jJbuJt JU^j J! ^y&sJ\ (H. Kb. Il , 3oo)
et en plaça une autre dans les Moqadd. du Fath (ps. 17-71).
490 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
fait, dit, ordonné, rapporté , mentionné », il est caté-
goriquement établi qu'ils proviennent de façon par-
faite du personnage auquel ils sont attribués ^ Mais
rien au contraire ne l'établit dans ceux rapportés ,
sous une forme impersonnelle : « il est ou a été rap-
» *JI ciLiam ^^ (1, Uu.,Moq,(mFath, i4, 1. ii : v3^ (^ J'
juLa] , c'est-à-dire du personnage à partir duquel Tisnâd est inter-
rompu. Ce peut être un ràwi voisin ou éloigné de Tauteur ; ce
peut être un compagnon ; ce peut être le prophète lui-même , car le
hadîts rapporté avec un vide continu dans Tisnâd (alias : sans
isnâd) rentre dans la catégorie du jJjc*. Bokhari et Moslim ,
pense-t-on, n'auraient point exprimé catégoriquement et sous
forme personnelle [«^JLb] que tel personnage a dit, si le fait
n'était pas certain. En conséquence il faut considérer comme par-
faite la partie de Tisnâd omise , mais il ne conviendrait pas de
conclure sans distinction à la perfection du hadîts lui-même (Tad. ,
35, 1. 26). Il faut soumettre à Texamen la partie de i'isnâd donnée
par l'auteur («ï^s^^t ^^ <i^^; (j^ )r?' {j^ JâjJ) Jj^ ^^ : Ibn
Haj., /oc. cû.,),et, si elle remplit les conditions àelei perfection , le
hadîts quoique suspendu sera paifait ^(I. es-Çalâh, ap, Naw., I,
24 , 1. 22 et 55). I. Hajar (op. laud,, i4, i5) fait une étude spé-
ciale des hadîts suspendus contenus dans Bokh. et pose les dis-
tinctions suivantes : il écarte tout d'abord ceux que l'auteur a
rapportés liés à un autre endroit de son ouvrage; s'il les a rap-
portés ensuite suspendus , c.-à-d. avec suppression totale oa partielle
de l'isnâd, c'est simplement pour ne pas trop allonger son livre.
Quant aux hadits que Bokh. ne rapporte que sous la forme du
J.Jjo\ ils sont ou ^^r» (relatifs au prophète), ou OyK^ (relatifs
à un compagnon, à un suivant). Parmi les hadîts ^^Jjut f>V*f i^
en est de parfaits d'après les règles de Bokh. lui-même ( Jlc ^^p
j(l0^); ceux-là, il ne les a pas donnés liés (iXtaJu) soit parce
qu'il avait déjà rapporté des traditions sur le même point de
droit (désir de n'être pas trop long) , soit parce qu'il ne se rap-
pelait pas avec certitude les avoir entendus personnellemeat ( excès
de scrupules). H en est d'autres qui sont parfaits d'après les règles
d'autres traditionnistes ( » w^ê L?^^ Jlc ^.^p ) , d'autres qui sont
beauœ (^^^«*<.^), d'autres même qui sont faibles {Uuxjà)\ Bokh. les
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 491
porté, mentionné, narré, dît d'un tel^ ». Néanmoins
ils ne sauraient être entièrement dépourvus de va-
leur, puisque Tauteur leur a donné place dans un
livre qui a pour titre Es-Çahîh (lé parfait)^.
rapporte alors sous la forme du y3-JjC> , précisément pour indiquer
que, quoique utiles à connaître, ils ne remplissent pas les con-
ditions par lui exigées. — Quant aux hadîts y^Xjt^ ^>V*» Bokh.
rapporte ;»W-^ tous ceux auxquels il reconnaît de la valeur, même
s'ils ne remplissent pas entièrement les conditions qu'il exige pour
la perfection.
M. c. Çalâh remarque que cette forme est souvent employée
pour rapporter des h&àits faibles (Tad. 36, 1. 26). Rokh. notam-
ment, rapporte toujours ainsi les hadîts cjyyt atteints d'une fai-
blesse irrémédiable (I. Haj., op. land,, 16, 1. 25). — Générale-
ment les hadîts ,31*^, rapportés sous forme impersonnelle
(jhjj^L) par Bokh., figurent avec des isnâds complets chez
d'autres traditionnistes. I. Haj, [op, laud,, i5, 16) montre, en
donnant des exemples, qu'après examen de ces isnâds, on trouve
parmi les hadîts jbJ-^U jJl*^ de Bokh., des parfaits d'après les
règles d'autres auteurs , des 60715 , des faibles à faiblesse remédiable.
En revanche, il y a très peu d'exemples que le maître rapporte
sous cette forme des hadîts parfaits d'après ses propres règles, ou
irrémédiablement yaièZe*; dans ces cas fort rares, l'emploi de cette
forme, pour les premiers, est destiné à montrer que l'auteur rap-
porte simplement le sens du hadîts et non le texte exact (cf. un
exemple au ^JaJJ c-»U5^ Qast. , VllI, 388 , 1. 32 ) ; quant aux seconds ,
l'auteur prend généralement soin en les rapportant ja^,yA}l^ jJj«-«
d'indiquer lui même leur faiblesse: ^ ^y (cf. un exemple au
yliilî v^Qast. Il, 1^2, 1. 24 et suiv.).
- »\yi j^ = commenté los^ laSL»/ ^^l (Tad. 37, 1. 16). —
La présence de ces hadîts suspendus chez Bokh. et Mosl. a beau-
coup embarrassél es auteurs musulmans. Comment la concilier avec
le caractère de perfection entière reconnu aux deux Çahili par
Vljmâ' , avec ce propos attribué à Bokh.: a Je n'ai donné dans mon
Çahtk que des hadits parfaits*^ El-Baîhaqi a expliqué que cette
affirmation du maître ne concernait que les hadîts dont il donnait
risnâd complet, non pas les hadîts suspendus rapportés dans les
492 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900,
V. On distingue plusieurs degrés dansia/)er/î?crion
du hadîts ^ Au premier rang on place le hadits que
El-Bokhari et Moslim s accordent à rapporter. Vient
ensuite le hadîts rapporté par El-Bokhari seul; puis
celui rapporté par Moslim seul; puis le hadits qui
remplit les conditions exigées par tous les deux 2;
puis celui qui remplit les conditions exigées par
El-Bokhari; puis celui qui remplit les conditions
exigées par Moslim ^ ; enfin le hadîts qui est parfait
dans l'opinion des autres auteurs'^. — Par ces
tarjoma ou ailleurs (I. IIaj. , op, lavul.t 17, J. 21). 1. es-Çalâh est
dans le même sens (Tad., 87 , 1. 23 et suiv.]; au surplus, pour co.
qui est de la valeur des hadits ^^y4>W J'^^^» il a recours, en fin
de compte, à une affirmation dogmatique, andogue à celle que
Nawawi formule ici relativement aux jh,»^^!^ vl^^l&« î il doit suf-
fîre qu'ils soient contenus dans dies livres intitulés ÇaJUh et ayant
pour auteur Bokh. et Mosl. [ap. Naw., I. 27, i. 26 et suiv.).
* Comp. pour tout ce passage, Salisb,, p. i38.
^ Et que cependant ni Tun ni Tautre ne rapportent (Tad. , 137 ,
1. 3o).
8-4 — 3 ^j ^^tâc^i y^ j^ ^ ^"f^y^ Jlc : les règles de critique
(El-Gliart) de Bokh. et de Mosi. ont fait Tohjet d'une littérature
spéciale. Mais on ne s'entend guère sur leur exacte détermination :
c'est que, dit Ahoul Fadhl ei-Moqaddasi (t 507) ni des deux imams
ni d'aucun autre des grands traditionnistes , on ne rapporte qu'ils
aient expressément déclaré : «je prends pour chart de ne citer dans
mon recueil que les hadits remplissant telle et telle condition » ; on
n'arrive à connaître ce chart que par un examen approfondi de
leurs livres. (Qasf,, 1, 19, 1. 3o et suiv. — Cf. une opinion ana-
logue de Naw., ap, Tad., 39, 1. 26). — Voici d'après ce môme
Moqaddasi les traits communs du chart de Bokh., et du clutri de
Mosl. : ils ne donnent que les hadîts rapportés par des râwis dignes
de foi, provenant de compagnons parfaitement connus d'après
l'opinion unanime des autorités solides et dignes de foi , dont Tis-
nâd en outre est lié (Jo>âJu), et non pas interrompu (&kJLU).
(Remarquons qu'il y a exception pour les hadits mo*auaq, cf.
LE TAQRÎB DE ENNAWAWI. 493
mots « hadîts qu'on . s'accorde à trouver parfait »
(x|Jfi (^âXa ^^^^) ^^ " dont la perfection est l'objet d un
accord » (axs^ Jl^ <5J^), on entend désigner un ha-
dîts sur lequel les deux maîtres s'accordent. : — Le
maître (Ibn es-Çalâh) a dit que la perfection des ha-
dîts rapportés par ces deux auteurs ou par l'un d'eux
sup,, /iSg). Que plusieurs râwîs rapportent un hadîts d*un compa-
ynon, c'est une chose excellente; mais les hadits rapportés par un
seul râwi trouvent parfaitement place dans les recueils des deux
maîtres, pourvu que la voie jusqu'à ce râwi soit parfaite, (Qast. I,
2 0, 1. 1 et suiv.). — El-Uâkim a formulé très différemment les
conditions choisies par les deux mattres ( (ja-*^. ^ ^^ ^ U'* '^ Q ; ils
n'auraient admis , suivant lui , que les hadîts rapportés d'un com-
pagnon parfaitement connu par au moins deux suivants dignes de
foi , puis de chaque suivant par deux ou plusieurs suivants de sui-
vants dignes de foi, etc.. Moqaddacî, et Abou Bakr el-Hâzimi
(t 584) auteur d'un ouvrage intitulé : »m.»j? iUji'J tjj*^ s'élèvent
avec beaucoup de force contre cette opinion d'El-Hakim (Qast. , I ,
2 0, 1. 4 et suiv. — I. Haj. , Moq, an Fath, 7, 1. 10). — En quoi
le charl de Bokh. diffère-l-il de celui de Mosl. ? Il a été dit plus
haut (p. 484 , n" 1) que Mosl. n'exige point pour le hadîts mo'an'an la
preuve de la rencontre du râwi et de celui dont il rapporte (cf.
aussi M. St., II, 247, 248). Mosl. s'est formellement expliqué sur
ce point , et il paraîtrait que Bokh. aurait fait de même dans son
Tarihh (I. IIaj. op. laud,, 18, 1. 5. — cf. sur le Tarîkh H. Kh. II,
1 1 7). El-Hâzimi croit pouvoir établir comme il suit la principale
différence : on répartit généralement les râwis en plusieurs classes
d'après leurs qualités et aussi leurs relations avec leurs auteurs :
dans une première classe, on range les râwis dignes de foi qui ont
longuement fréquenté leurs auteurs (JUj^ â«^^); dans une deu-
xième, ceux qui n'ont eu qu'une courte fréquentation : or Bokh.
ne rapporte de hsLdiis fondamentaux (Jyo\) que des râwis de la
première classe; des râwis de la deuxième, il rapporte simplement
des confirmations [ ù^Syii , otjobu ) ou des hadîts mo'allaq; Moslim,
au contraire, rapporte fort bien des h&àits fondamentaux de râwis
Je la deuxième classe (Ibn Hajar, op. laud,^ 7, — Tadriè, 4o,
4i. — Cf., sur les hsidiis fondamentaux et les confirmations, infra).
XVI. 32
iiirmi]ii.aie ratioials.
4d4 N0YEMBRS.DEGEMBRK 1900.
est apodictiquement établie; et que de ce fait ces
hadits impliquent la connaissance apodietUiue, mais les
vérificateurs et la plupart des docteurs sont en s^;is
contraire et estiment que ces ]>adits n impliquent que
1 opinion autant qu il ne sont pas répétés (j3ljXt) '.
— Nawawi estime que le chart de Bokh, difiere de celui de Mosl.
en ce que ces deux auteurs ne s'accordent pas toujours sur la
valeur d*un même ràwi; que Tun considère les récits provenant de
ce r4wi comme parfaits et les insère, tandis que Tautre leur refuse
la perfection, et ne les insère pas (Naw,, I, 3 3). En fin de compte,
les différences entre le chart des deux cheikhs se ramèneraient à
des divergences d'flqppréciation personnelle ((ùaon^.) (comp.j9f. St.»
II, i5i, i52)« Cette opinion conduit logiquement Naw. à expli-
quer TexpressioB ^^iJe^fAiS )pja J^ <âsE*>^^ par i tradition dont les
râwis sont cités aux deux Çahih»» L e. Çalâh est dans le même
sens (cf. pour la discussion Tad., Sq et 4o). — * £1-Hâsimi le dé-
termine comme il suit : k chart d'A. Daw. , de Nisaî , et de Termidsi ;
au-dessous des deux classes de râwis indiquées dans la note précé-
dente, il y a encore trois autres classes, savoir : 3** ceux qui, de
videur contestable , ont longuement fréquenté leurs auteurs; 4** ceux
qui de valeur contestable n ont pas eu cette longue fréquentation ;
5* les râwis faibles. Le chart d*A. Daw. et de Nisaî leur permet
d'admettre les récits de râwis de la troisième classe; le ckarL de
Term. étend Tindulgence aux râwis de la quatrième dasse; mais
quant aux râwis de la cinquième, aucun auteur canonique ne
donne d'eux des hadits fondamentaux : tout au plus A, Daw, Nis.
et Term. en rapportent-ils parfois des confiraiationt (Tad.., dit 1« 1 1
et suiv.].
' K^ JuoU. jJaiJ! jUÎI^ KSJ^ ^^iaJu y^ i4<XaJ. |t «l^»; U
^1^. J U ^\ Osïi^ yU, {jyydi^\y i:}^AJUiJ\ «jUU** — Un sy-
nonyme de j^ ^ est (s>^. ^ employé par I. Haj. {Noldu, à,
1. 19). — Sur les hadits répétés («Jiyu) opposés aux récits indivi-
duels (.>L^^I ^ j,^ ) cf. infra, — Dans Topinion d'Ibn es-Çalah
la seule différence entre les hadits des deux Çahih et les récits
répétés serait que les premiers n engendrent que la connaissance
apodictique déduclive {ç^ylAfJ\ jlaJLlt ioJI) tandis que fes seconds
engendrent la connaissance apodictique nécsisaire (f^itM ^^
LE TAQRÎB DÉ EN-NAWAWI. 495
VI. Suivant le maître (Ibn es-Çalâh), celui qui,
de notre temps, croirait parfait d'isnâd quelque ha-
dîts rencontré dans im livre ou dans un volume, et
qu*aucun hâPith digne de foi na expressément dé-
claré tel , se gardera , vu Tindignité de la présente
<s^yih)\). (Naw., I. 29, 1. 28 et suiv. — cf. 36 c^^iJJt ^1 et
(^ji^y^Jl loJl , Sprenger , The logic oj tke Arabians, 2, 1. 89 ). —
Dans ses 'Olonm el-hadits, I. es-Ç«iâh dédare qnû aurait d'abord
volontiers admis qoe let hadîts de» deux Çahik nmrp^qQenï que
r opinion (^^LàJi); pui» il réfléchit qii'ils sont acceptés fttr fajpàtdem.
de fljmâ\ que ïljmâ' est iiUKcesaîMe à Terreur et <fae tojnnim de c^f
qui est inaccessible à Terreur est bd et bien cdnnaisvance «podif tkjife
(Naw., I. 28,1. 39 et suiv,; 29, 1. 3« et soi?.)* — S«r lexâcte
compréhension du terme ^J^t , cf* El-Mahalli sur ^[^ ^ d'Es-
Sobkr (Le Caire, i3o9, I, 81). — Logi^pe avec s« théorie,
J. es-Çdâh admit parfaitement qu'un certain nombre de badîts
dans les deux Çahik n'impliquant pas dé connaissancie apodictiqne :
ce sont ceux où ed-Dara(]ptni ou d'autres triewrs (a> f %1\ Juiil)
ont relevé des imperfections; ces voix discordantes rompent
Yljmâ' sur les hadîts incriminés (Naw., I. 29, 1. 16 et suiv.;
Tad, 42, 43). Naw. s'est écarté sur ce point dl. es-Çalâh : les
hadits des deux Çahih, tout comme les autres récits indivKtuels
(ô[a,^\ y*-»') n'impliquent que V opinion; ce qui est établi jhet
l'acceptation de \Ijmâ\ c'est non pas la connaissance apodic-
tique relativement aux hadits de» âeax Çahih, mais l'obligation âe
s'y conformer pratiquement (L.^.*» Lç J4^)); et il y a cette
simple différence entre les traditions des deux ouvrage», et cdies
des recueils de moindre autorité, que l'on peut mettre les premières
en pratique sans les examiner, tandis qfu'il fant »'aès6emr de mettre
en pratique les autres , avant que leur perfection ne soit dém^trée
(Naw., 29 et 3o). — I. Hag., à son tour, réfute l^opmMn de Nanr.^;
cet auteur, allègue-t-il , prétend à tort qn'dle est partagée par les
vérificateurs; car on peut en citer beaucoup qui pensent conme
1. es-Çalâh (Tad., 42, 1. 10 et sdv,)^ Un l^adîts, sani étr« répété
(y3\^A^]^ peut impliquer coniMiissance «podictique lorsque des
circonstances concomitantes {^^\J^)^ le viennent eorrobwer. Or pié^
cisément , de telles circonstances existent pour lies toaditioBs des
32.
496 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
époque, déjuger catégoriquement établie la perfec-
tion de ce hadîts^ — Mais personnellement, ce qiie
j'estinie le plus vraisemblable, cest qu'un tel juge-
ment doit être permis à ceux qui ont de la matière
une connaissance solide et sûre^. — Si quelqu'un
désire faire application pratique d un hadîts contenu
deux Çahïh : savoir, la haute supériorité des deux maîtres dans la
science des traditions , dans l'art de recoûnaître les hadîts parfaits ,
enfin et surtout, le fait que Vljma' a admis la perfection du con-
tenu de leurs ouvrages. I. Haj. reconnaît qu'en principe il faut
l'aire exception pour les hadîts des deux Çahih incriminés par les
trieurs (Nokh. 9), De ceux-là, il est besoin de prouver la perfection
c'est ce qu'il a fait lui-même dans les Moqaddimàt du Fath elbâri,
li prend un à un les hadîts de Bokh. , où Ëd-I)araqbtni (cf. M, St. ,
il, 267) a cru relever quelques faiblesses, et en démontre la per-
fection (Moqad. au Fath, 3Vi-38i). — De même Naw., dans son
commentaire à Mosi. , a réfuté les reproches adressés à cet imam
par Daraqotni et ses continuateurs Abou Mas'oud ed-Dimachqi
(t '100) et Âhou'Ali el-Ghassâni (t 498) (cf. H. Kh., VI, 5A5).
^ 1. es-Çalàh ajoute : «11 n'y a guère, en efiPet, de semblables?
hadîts dont l'isnâd ne contienne (aux chaînons inférieurs) des râ-
wis caractérisés par une confiance entière dans leurs cahiers « à
l'exclusion des qualités de mémoire, de sûreté d'information (orale)
de certitude dans le récit, indispensables aux autorités d'un ha-
dîts pojfait (Tad., 46, 1. 20 et suiv.). — Les anciens seids, sui-
vant I. es-Çalâh ont eu la capacité de déclarer les hadîts parfaits
(^.^ftjJJ iuIiftJ) à l'exclusion des modernes, Soyouli remarque que,
dans l'esprit de cet auteur, cette décision doit être étendue aux dé-
clarations de bonté (^^^f;^^) ou àe faiblesse (vJ^^oua?) relatives, à des
hadîts, et qu'en somme I. es-Çalàh considère comme «définitive-
ment fermée à son époque» la porte du t açhi h , du. tnhstn et du
/«rf/i'/J(Tad., 48, I. 16 et suiv. ^-^s^J' vW '^ ^ rapprocher du
*>^4îi^iU tjU .X.U» des jurisconsultes),
2 La majorité des abréviateurs des 'Oloani el-hadits, à Tinstar de
Naw., se sont écartés sur ce point d'I. es-Çalâh; l'opinion de cet
auteur est restée isolée, et la pratique du taçhth, pour des hadîts
LE TAQRÎB DE EN-NÂWAWr. 497
dans quelque recueil (digne de foi), voici comment
il procédera : il prendra le hadîts en question dans
un exemplaire méritant foi, coUationné par lui-
même ou par quelcpie individu de confiance sur
plusieurs textes corrects ^ — En fait, la collation
sur un seul texte soigneusement vérifié et méritant
foi est suffisante.
Deuxième branche. — Elle est relative au hadîts
bon (^^^^). El-Khattâbi a dit^ : « c'est le hadîts dont la
provenance est connue^ et les râwis notoires'*; la
sur lesquels les anciens avaient été muets, a continué dans les
siècles postérieurs (Tad. 47, 48).
* C'est I. es-Çalàh qui exige la collation sur plusieurs textes; et
même , il aurait demandé que cette collation fut opérée par deux
individus dignes de foi. Naw. prétend toutefois que le maître ne
considère pas cette collation sur plusieurs textes comme obligatoire ,
mais bien comme simplement recommandable (vW^^^^ J»^ *iy^
Cf. Naw., I, 20).
^ Cette définition d'El-Kbattabi est formulée dans la Kbotba de
ses Maâliin es-sonan (Tad., 5o, 1. 5).
^ ^^ (j>y^ ^^. La vocalisation e^Cis est possible (cf. Riscli, i3);
rependant El-Ajbouari préfère la forme du nom de lieu ( Baïq. ,21,
I. 1 et suiv.) et dans le même sens Nawawi donne un pluriel ^^^
(Naw., I, 81, 1. 16). Le Dict, of tech, terms explique ce terme
comme il suit : «Le lieu d'où provient le liadits qui dans ce sens
peut être syrien, iraquois, mecquois, etc.» (1, 386). — Zorqani
entend ce mot comme synonyme de rijâl el-hadits^ les râwis de l'isnâd
( Baïq , 9 0, 21 — Comp. sur l'expression IjJ\ ^lis " 3f. St. , Il ,
1^1?)). Les commentateurs s'accordent à reconnaître que Khattâbi
e\ige par ces mots la parfaite liaison de i'isnâd ( JI»a3|); et de fait,
seul est d'une provenance parfaitement connue, le hadîts dont I'isnâd
n'offre pas d'interruption (Tad., 49, 1. 3i; 5i, 1. 6).
* #JU^; c^^^x^Ij. Le Dict, of tech, terms explique que cette 110-
toriété doit être entendue comme portant sur la probité, la sûreté
498 NOVEMBRB*DÉGEMBRE 1900.
plus grosse part des traditions rentre dans cette
classe ^ Le hadîts bon est accepté-par ia majorité des
docteurs; et tous les jurisconsidtes admettent sa mise
en pratique. » «— . Le maître (Ibn es-Çalâh) a dit :
d'information des râwis, inférieure da reste à celle qu'on exige
chez les râwis du hadîts parfait (I, 386, 1. 17, 19. Ck>nip, Baiq.,
22).
* Cette définition de Khaltâbi est trop générde; on lui a juste-
ment reproché de s'appliquer en somme aussi bien au hadîts ^^^
qu au ^its ^^mM^ (Tad,, 5o, 1. 1 et suiv.). — Le terme (^hmnaé. , l'un
des premiers apparus dans la terminologie du hadîts est resté jus-
qu'au bout l'un des moins précis comme signification (cf. Salisb.,
11 4-11 5). Péjà £1-Chafe'î l'emploie dans un sens spéciid, et re-
connu plus tard impropre (cf. Préface, 338, 3a9). Plus tard dans
les écoles, on fait usage du mot ^^^m^ pour désigner les hadîts rda-
tifs à quelque belle action, toute vsdeur de l'isnàd mise à part (Tad, ,
58, 1. is). — £1-Baghawi à son tour lui assigne une signification
très particulière {inf, « 5oi). El-Jaouzi , au vi* siècle, en donnera une
définition fort dîfiPérente de celle de Khattabi [DicL, I, 386, L 90).
Enfin Termidsi qui « a contribué plus que tout autre à faire con-
naître cette classe de hadîts» [inf.. Soi) en parle en ces termes à ia
fin de son JâmV : « Pour nous le hadîts bon est celui dont TisnAd ne
renferme aucun râwi suspect de mensonge, qui n'est point anormal
(ilâ] et qu'une version analogue, parvenue par une autre voie,
vient corroborer» (II, 34o, 1. a, 3]. Cette définition de Tèrm. a
soulevé de grosses difficultés; l'auteur ne semble pas y être resté
fidèle au cours de son ouvrage. Notamment, comment concilier la
fin de la définition , avec ce fait que Term. qusdifie fréquemment
des hadîts de i^jé ^^éM,^ (bons et rar«t) , la rareté d'un ^adîts con-
sistant en ce qu'il n'est rapporté que par une voie unique ? — Les
auteurs musulmans se sont efforcés de faire disparaître cette con-
tradiction. L es-Çdàh avoue que Term., dans son JémV emploie
souvent le terme (j«*m^ dans son sens courant et non dans son sens
technique (Tad, , 53 , 1. 10). I, Hiy. déclare que la définition de Tenu.
ne vaut que pour les ^dlts quîdifiés par lui de (^m**- tout court.
Pour les autres, notamment pour ceux qu'il qualifie de ««s^ i^"^^^
il adopte implicitement la terminologie admise avant Ini t sa défi*
LE TAQRÎB DE EN'NAWAWL 499
« on distingue deux catégories^ de hadîts ton^ : i° tra-
ditions dont Tisnâd renferme quelque râwi ixu:hé
(^yc*«*^)2, dune capacité incertaine, qui néanmoins
n'est ni négligent, ni sujet à de fréquentes erreurs,
ni atteint de façon apparente de quelque autre vice ;
dont en outre le texte est connu par une autre ver-
sion identique ou analogue à la première et prove-
nant d une voie différente ; a° traditions dont les râwis
sont d'une sincérité, d'une bonne foi notoires, mais
de mémoire trop faible, d'information trop peu sûre
pour qu'on puisse attribuer la perfection k leurs pré-
sents récits ; bien supérieurs néanmoins à ceux dont
les récits lorsqu'ils sont isolés sont tenus pour reje-
nition du ^j*^^'^ est volontairement incomplète; il n\ fait pas de
place au sens communément assigné à ce mot. A quoi bon en efifet ?
Tous les traditionnistes connaissent ce sens (»3j^jbJ »Lkxx^\ dJi vJyf
çjJLlI Joà) JOLe] , et Term. se borne à indiquer le sens nouveau qu il
assigne personnellement au moi : i lu^ JfJLji U U^.y*3 J^ «laxlt^
LSJOLe jJ^ »«>^ AJÔJy «X,^XJh. ^AU^ol «J^ k£^ ^^m^ «fU5'(Nokli«,
18 et 19].
* I. es-Çalâb explique qu'il arrive par cette distinction de deux
catégories à combiner les deux définitions de Term» et de Khâltabi ,
et à ramener 0 une seule et même classe les hadits bons d'après
chacune d'elles. La première catégorie comprend les f^dits bons
d'après Term., la seconde les hadtts bons d'après Kha)(abi (Tad., 5,
1. 18 et suiv.). — Cette division bipartite a été reproduite après
I. es-Çalâh par la plupart des technologistes du hadîts. La première
catégorie a reçu le nom particulier de ^jM ^j^**-^^ extrinsèquement
bon: sa bonté provient en efiPet de ce que son texte est corroboré
par une seconde version i>Ui&A^t v-i>**<^ »l»»^ (^«xJl yiA| (Nokh*,i6).
La deuxième catégorie a reçu le nom de «31 jJ ^^m*^ • intnnié^ae-
mcnt bonw (cf. Salisb., loa; Nokh., 16; Dict., 387; Buq., 93-s4).
^ Cf. sur le sens de^^s^^A , inj, , XXIII' branche, vi"; il est suffisant
de dire ici que le râwi cach^, c'est celui dont la probité n'est pas
parfaitement connue,
500 NOVEMBREDÉCEMBRE 1900.
tables (-^Sju) ^ — Moins fort que le hadîts parfait, le
hadîts bon peut cependant comme lui fournir argu-
ment. C est pour cette raison que certains auteurs
lont fait, rentrer dans la classe du hadîts parfait^.
Les traditionnistes disent parfois d un hadîts qu'il
est bon ou parfait quant à Tisnâd (àlju#^! (j^**^^^^ ^^^^)*
Cette désignation a moins de force que cette autre
(conçue generaliter) hadîts bon ou parfait; car il peut
se faire qu'un hadîts soit bon ou parfait quant à
Tisnâd, tandis que son texte est faible par suite de
quelque anomalie [S^ô^jS*) ou de quelque tare (i^).
Au surplus , si quelque hâfith digne de foi use de cette
spécification sans y rien ajouter^, il y a apparence
que le hadîts ainsi désigné est bon ou parfait pour le
texte (aussi bien que pour Tisnâd).
L expression hadîts bon et parfait {^^^ i;^'*'^) ®"^"
ployée par Et-Termidsi et d'autres auteurs doit s'en-
tendre comme il suit : hadîts rapporté avec deux
isnâds, l'un conférant la bonté, l'autre la perfection^.
* Cf. sur le sens de y^, inf,, XIV' branche. — Joijâni ne men-
tionne que cette deuxième catégorie dans sa définition du (^«»^
(TaV.,92).
^ Parmi ces auteurs, I. es-Çalâh cite Ei-Hakîm, Ibn HibbAn et
Ibn Khozaîma (Tad., 52,1. 17].
^ C'est-à-dire sans mentionner quelque tare du texte (Tad., 59 ,
1.^7).
* Cette explication empruntée par Naw. à J. es-Çalàh (Sidisb.,
11 5) n'est pas satisfaisante. On a remarqué, en eflfet, que Term.
emploie l'expression ^.^p ^^***^ pour des hadîts rapportèi par ane
seule voie. Donc il n'est pas exact que Term. désigne de la sorte des
hadits bons avec un isnâd, parfaits avec un autre, et de plus la dé-
finition du hadîts bon donnée par Term. lui-même est encore ici
manifestement contredite (cf. sup,, 498). A titre d*exemple on die
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 501
Enfin la division entre les hadîts adoptée par El-
Baghawi dans ses Maçâbîh ^ en parfaits et 60715 a un
sens spécial; ^av parfaits, 1 auteur entend : rapportés
dans les deux Çahîh; par bons : rapportés dans les
livres de Sonan. Elle est erronée dans son principe,
car les livres de Sonan contiennent à la fois des hadîts
parfaits, des bons, des faibles, des rejetables (>î^).
Remarcjue I. — Lé livre de Et-Termidsi est l'ou-
vrage fondamental pour 1 étude des hadîts bons; c est
cet auteur qui a rendu célèbre cette classe de tradi-
tions. Les mentions « hadîls bon » ou « hadîts bon et
parfait » dont il accompagne les traditions qu il cite
ne sont pas identiquement rapportées dans tous les
exemplaires; en conséquence, le lecteur prendra
soin de coUationner le sien sur d autres dignes de
leliadîts J^--#^jAJ i\-5 ^LouS ^^ UL*aJ ^ !i>t , que Term. après Tavoir
rapporté , qualifie en ces termes : »^^\ i*x^ ^^ ^i ^yû ^ ^.^p {^^"'^^
(Term., I, i42, 1. 26 et suiv.). — Aussi a-t-on proposé d'autres
explications : Ibn es-Çalâh lui-même estime que, peut-être bien,
Term. emploie le mot ç^***a. dans son sens courant et non dans son
,sens technique (Salisb. , loc, cit), — D'autre part. Ibn Katsir ( t 77/1)
a fait du ^.^? {j**'-^ ^^^ classe spéciale de liadîts occupant un degré
intermédiaire entre le parfait et le bon (Tad,, 53, 1. 3o). — Enfin
1. Haj. suppose que Term. a simplement noté sous cette forme les
divergences qui se sont produites entre traditionnisles sur l'appré-
ciation de tel ou tel badits. Bon et parfait signifie bon suivant les
uns (d'après la terminologie courante, et non d'après la propre ter-
minologie de l'auteur), par/aù suivant les autres; et I. Haj. conclut
que , pour Term. , le ^.^p (j***^ sur la valeur exacte duquel on Lésite
à se prononcer est inférieur au ^.^? dont on affirme nettement
la perfection : -yJl ^^)è ^^^^ iu3 J«Ji U yjji> ^^P {j*'"^ ^h^ J^ ^
ùùysJ\ ^^ iui (£^\ (Nokb., 17, 18).
^ Cf. sur les Maçâbik es-sonna de Baghawî,.3f. St., II, 270.
502 NOVEMBRE-DÉCEMBRS 1900.
foi; et ii pourra tenir pour bien établies les mentions
sur lesquelles ces divers textes concorderont.
Citons encore comme ouvrage où Ion peut trou-
ver des hadîts de cette classe les Sonan d'Abou Da-
woud ^ On rapporte de cet auteur qu'il a déclaré y
avoir fait mention particulière des traditions par-
faites y ou assimilées aux parfaites, ou approchant de
la perfection. Il indiquerait aussi de façon explicite
les vices graves dont certaines traditions seraient
atteintes; et quant à celles qu'il cite sans mention
aucune, il les tiendrait pour convenables (^L»). En
conséquence de toute tradition rapportée sans spé-
cification dans son ouvrage, et qui n est ni déclarée
parfaite, ni déclarée /aitfe par quelque autre auteur,
nous dirons quelle est bonne [ç^yu*^) dans lopinion
d'Abou Dawoud^. — Quant aux livres appelés mos-
^ I. es-Çalàh cite également, à côté des Sonan d'A. Dawoud, les
Sonan d*Ed-Daraqotni (Tad., 56, 1. a ).
* Cesi dans sa Risâla (cf. M, St. , U , ibS) qu'A. Dawoud a fait
cette déclaration : ju^ Lt^ ^;^-£-i! ^^ Ht^i ^^ ^^"^ ^ o^Si
jtxx^ ^ ^! l4*a*j5 ^U* ^Xj, ^, il Li^ *xjLo os!>^ ^ (ïLKh,.
III, 624). Suivant I. es-Çdah et Naw., ce seraient les hadîts ^^m»^
qu*A. Daw. désigne par l'épithète de ^Lo et Ibn Katsir aurait
rapporté un propos d*A. Daw. lui-même qui établirait la synonymie
des deux termes (Tad., 55, 1. i4-i5). — Le caractère très vague
du mot ^lo a provoqué d'autres explications des terminologistes
postérieurs. Qastallani fait du ^Lo un genre inférieur au ç^m»^;
puis il rapporte les éclaircissements fournis par I. Haj. sur ce pas-
sage d'A. Daw. : le terme ^Uo, dans sa généralité, peut comprendre
à la fois le ^Uâ^^^ ^Lo [convenable à Targumentation) et le ^L«
^LxaXJ [convenable à ï examen). Le premier, c'est le hacUts (^«m^
dans ses deux variétés : jal jj ^j**»^ et *vjJL^ ^j»**^ (cf. iHpra> ^99 )«
le second, c'est le hadîts /ai6/e (uM^) d&faiUes$9 remAdiahie,
LE TAQRtB DE ENNAWAWI. 503
nad, comme ceux de Tlmam Ahmed b. Hanbai,
d'Abou Dawoud et-Tayâlisi et d'autres auteurs, on
ne saurait les assimiler aux cinq basses et ouvrages
analogues aux cinq bases, ni pour leur valeur à four-
nir argument, ni pour la confiance qu'ils méritent ^
pour lequel, avant d'en tirer argument, il faudra examiner (^Ux^l;
cf. infr, , XV" branche) s'il est corroboré par une autre version (Qast. ,
1 , 8 ,1. 28 etsuiv.). — Ibrahim el-Biqâ'ï (t 885 ) ,dans sagloseàl'i^ja
d'el-'Iraqi, accommode également ce passage d'A. Daw. à la termino-
logie postérieure du hadîts. On y trouve mentionnées, explique-t-ii,
cinq classes de hadîts : l'intrinsèquement parfait (^jldl); l'extrin-
sèqiieinent parfait (j^4...A^> L»); V intrinsèquement bon [f^slUj^ U); le
faible de faiblesse irrémédiable (ûs,Os^ ^J^ iui U); enfin le conve-
nable {^^)t c'est-à-dire convenable à Y examen; ce dernier, s'il se
trouve, après examen (^Ux*I), corrpboré par une autre version,
cesse d'être faible et devient v^^i^ ç^**"^ et ^i^âk^OU ^U» (^. Kh.,
m, 625]. Enfin, suivant Soyouti, A. Daw. rangerait dans la caté-
gorie du ^to, à côté du hadîts bon, le hadîts légèrement /ai6/«,
conformément à cette opinion professée aussi par son maître I,
Hanbal que « les traditions douteuses valent encore mieux que les
opinions rationnelles » jLab.«J) (^\^ ^ a.^1 if^-ah^l e* ,h\ -S U^i bjS
(Tad., 55, 1. 5 et suiv. Comp. Salisb., 116, et une dédaration
analogue d'un remanieur des Marâsil d'Abou Daw. , Ibn Abi Hatim
(t327), ap. Tahds, 54'i). — Cette interprétation de Soyouti s'ac-
corde assez bien : i"* avec ce fait qu'A. Daw. dédare ne montrer
expressément la faiblesse que des hadîts atteints de vices graves ;
2° avec sa conclusion ^^fex^ ^^ jfS Ifiiuu. — é^* ^^^^ ^^ termi-
nologie classique, nest plus un qualificatif des hadîts, mais bien
des râwis; on dit de ceux dont les récits doivent être soumis à
\ examen ^Lx£^ ^^^ «âsh3^ ^L» (cf. infra ].
^ Dans les Mosnad, les hadîts sont rangés non pas en chapitres
suivant les matières (<^\yi^\ Jlc) , niais d'après les autorités dont ils
proviennent (cf. , sur la diflférence entre mosnad et moçannaf. M, St,,
II, chap. VII, S 5 et 6; pour la littérature des Mosnad, H. Kh., V,
532-543). On en a particulièrement distingué dix et on a parlé des
«dix mosnad» (H. Kh., I, 149) sans doute par analogie avec les
«dix moçannaf» (3f. St,, II, chap. vn, S i4). — A, Daw, et-Tayâ-
504 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
Remarque IL — Supposons qu une tradition pro
vienne d'un râwi connu pour sa sincérité, sa retenue ^
mais de second ordre pour la fidélité de la mémoire
et la sûreté d'information , qu elle soit de plus rap-
portée par une autre voie. Corroborée par cette
deuxième version, elle s'élèvera du degré de la bonté
à celui de la perfection ^^,
Remarque III . — Soit un hadîts rapporté en plu-
sieurs versions par plusieurs voies toutes faibles.
Cette multiplicité des provenances ne lui confère
pas nécessairement le caractère de bon. Il faut dis-
lisi (t 2o4)f quil ne faut pas confondre avec A. Daw. es-Sijastânî ,
l'auteur des Sonan , a donne son nom a un des mosnad les plus an-
ciens meis qui ne semble cependant pas son œuvre (H. Kh., V, 533).
— Sur le mosnad d'I. Hanbal, cf. Goldziher, Z, LitL d. Veberlief,
[Z.D,M. G,, L.). — Par ouvrages analogues aux cinq bases, il faut
entendre ceux disposés en chapitres, comme celui d'I. Maja, par
exemple. La raison de Tinfériorité des mosnad, c'est que, remarque
I. es-Çalâh , leurs auteurs donnent tous les hadîts à eux connus pro-
venant de tel ou td compagnon , sans considérer leur vdeur. Les
auteurs de moçannaf, au contraire , ne donnent sur chaque point de
droit que les traditions les meilleures, les plus propres à fournir
argument (Tad., 56, 1. i3 et suiv.).
^ yuJ)^ y3«XAâJU ^^,ife>^. — On trouve déjà les mots ^ù^^ et yc^w
accouplés chez Moslim (Naw., I, 70, 1. 5). — Le motyuv est rem-
placé chez I. es-Çalâh par le synonyme fcL^o (ïad., 57, 1. a8). —
Le sens exact du mot semble « éloignement du mal , conduite ver-
tueuse due à la faveur divine» (comp. DozY, hayân, II, p. 21).
^ Le hadîts reçoit alors le nom de fytSji ,^**»a^ extrinMèqnement
parfait , par opposition à Vinti'insèqnement parfait (cf. supra), Le hadits
parfait comporte ainsi une division bipartite, symétrique de celle
du hadîts bon (Baîq., 25; Nokh., 12; Dict., 817; Salisb., 109): il
semble qu'on principe la pluralité des voies (i>Joi5) peut avoir pour
effet de faire monter les hadîts d'un degré.
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 505
tiijguer : 1° au cas où la faiblesse dune des versions
a pour cause le manque de mémoire d un râwi par
ailleurs véridique et de bonne foi, lexistence dune
seconde voie fait disparaître cette faiblesse et le hadîts
devient bon * ; il en serait de même si elle avait pour
cause le caractère relâché [JJ^)^ de cette version;
2° mais si elle a son principe dans fimpiété du
ravvi, aucune confirmation ne peut y porter remède.
Troisième branche. — Elle est relative au hadîts
faible [Uujuà),
C'est celui qui ne réunit ni les caractères du hadîts
parfait y ni ceux du hadîts bon^. De même quil y a
plusieurs degrés dans la perfection, il y a plusieurs
' Il devient « exlrinsèquement bon» «^-Jb ^^*^^. Tout ce passage
n'est que le développement des conditions impliquées daus la défi-
nition même du »v-Jo {j^^ (cf« supra, 499).
- Cf., sur le Juwy«, infra.
^ Il aurait sulFi, remarque Soyouti (Tad., 69, 1. /i), de dire du
liadits faible : «C'est celui qui ne réunit point les conditions de la
tfonté», cette définition impliquant qu*a priori un tel hadits ne
réunissait pas celles de la perfection. Les définitions de Qaslallani
(I, 8, 1. 33) et de Jorjâni (Ta'r., i43) sont dans ce sens. — I.
es-Çalah range les différentes causes de faiblesse des hadîts sous six
«grandes divisions correspondant aux six conditions requises pour
la perfection ou la bonté, savoir : la liaison del'isnftd, la probité
des râwis, leur sûreté d'information, la confirmation du hadits par
une aulre voie, lorsque son isnâd contient un râwi caché (cf. supra) ,
l'absence de tare, l'absence d'anomalie. Le manque de l'une quel-
conque de ces conditions rend le hadits faible (Tad., 59, 1. 7).
Partant de cette division d'I. cs-Çalâh , certains traditionnistes amou-
reux de subtilité se sont amusés à établir le nombre de variétés de
hadits faible théoriquement possibles. Dans ce calcul, ils ont tenu
compte de ce que : i** dans un même hadîts une seule condition
peut manquer, ou plusieurs, ou même toutes; a" de ce que certains
506 NOYEMBRE-DÉÇEMBRE 1900.
degrés dans la faiblesse^. Des divers genres de hadits
faibles ^, quelques-uns ont reçu des dénominations
particulières, tels, par exemple, le hadfts supposé'
[pyiôy), le hadils anormal (^lâ), etc.
Quatrième branchb. — EUe est rdative au hadHs
appuyé [iyjJLs).
El-Khatib el-Baghdâdi a dit : Les traditionnistes
désignent par ce nom tout hadîts dont Tisnâd est
vices, défaut de liaison, improbité des râwis, peavent exister à un
ou plusieurs degrés de Tisnâd. Ils sont arrivés ainsi A un total très
élevé (cf. Baîq., 39 et suiv.). D'autres auteurs ont, il est vrai, jus-
tement fait ressortir l'inutilité et la puérflité de ces combinaisons
arithmétiques [Tad. , 69, 1. i4). — I. Haj, fidèle à sa large divi-
sion du hadîts en acceptable (J^JU) et iiweeeptable (ô^yjt), ne
parie pas du uU«^ t Toaais bien du J^*) vt , et il distingae deux causes
essentielles d* inacceptabilité , qui renferment en somme les six causes
de faiblesse énumérées par I. es-ÇalAh : le manque des qualités
requises chez les râwis (^^jikil), f interruption de Tisnâd (U^JI)
(Nokh., 96). — Jorjâni est dans le même sen§ (Ta*r., 1^3).
^ Le principe admis est que la faiblesse des hadits est d'autant
plus forte qu'il leur manque davantage des conditions essentî^es
de la perfection (Salisb., 116). On s'accorde généralement A recon-
naître que le pire des hadits faiUes est le hadîts supposé (^jdj»j.#) ;
mais il y a divergence entre les auteurs sur la dassificatioa des
autres variétés de hadîts /ai6Ze (cf. le détail ap, Tad., 107, L 19 et
suiv.). — De même qu'on a discuté sur Tisnâd le plus parfait, on
a voulu déterminer l'isnâd le plus faible, soit generalker, soit pevr
les traditions rapportées de td compagnon ou dana td pays : on
isnâd a été qualifié de i^jXi\ iU«JLw «chaîne de mensonge»; c'est
la contre-partie , avec une allitération qui la met mieux en vdief , de
la v^jJ! iULJU (Tad., 69 et 60).
' Qastal., à côté du UuxjA {faible)^ cite le UbLoM (inrrmé);
c est le hadîts sur la faiblesse duquel ou n'est pas d'accord. Il a
plus de valeur que le JLau^ (Qast., I, 8, 1. Sa).
LE TAQRtB DE EN-NAWAWL 507
lié {J*au) dune extrémité à lautre^ Mais, dans son
emploi le plus fréquent, le terme appuyé a un sens
plus étroit; il s applique exclusivement à ce qui est
rapporté lié (JuâX«) du Prophète. En ce sens, Ibn
^Abd el-Barr a dit : C'est exclusivement le hadits
rapporté du Prophète, lié (JuâX«) ou interrompu
(^jLiijuo) , peu importe 2. D après Ël-Hâkim et d'autres
auteurs, ce terme ne serait employé que pour le ha-
dîls à la fois remontant au Prophète (^y^) et Ué
Cinquième liKANCiiE. — Elle est relative au hadîts
lié {Jy^yA OU JuAiu) *.
' Cette déiinition d'El-Khatîb , dans sa Kifàya (Tad., 60, Lis),
fait de oJL»,«w« le synonyme de Jlaox-» . On la retrouve dans les Wa-
laifât (1^4 -lio) et le Dict, of tech, terms l'enregistre comme il
suit : ^r-^J!cJL JU J03 J-oxiJ ci^y (Jjuai3) (I, 646 . 1. 32).
' Cette définition d'I. *Abd-el-Barr (t 463) dans son Tamhid
( consacré au classement et à la liaison des hadits du Mowalla : cf.
II. Kh., Yi, 265) fait de j^JUmm* le synonyme de £>^y** et le Dict,
of tech, ternis dit à ce propos : ^I a; JU^ f >M' f^^y* («xâ^I^)
^1 .x^ (I, 646,1. 22).
^ La liaison de Tisnàd peut au reste n'être qu'apparente ft*^lU
jUo:;^! ; le hadits n'en est pas moins «xjUm» (Baîq., 36, 1. 4; Dict.
646, 1. 5). Zorqani caractérise très hien liai position respective des
partisans des trois opinions : les premiers ne considèrent dans le
hadits que Visnâd sans le texte; les deuxièmes, que le texte sans
Visnâd; les troisièmes considèrent à la fois le texte et Visnâd [ap,
Baïq., 36, 1. 2 et suiv.). Jorjâni confond dans sa définition la deu-
xième opinion et la troisième; la première partie de sa définition
^i J^^^ Ji »ùIxm\ J«A3i (£JJ\ yé, est conformée Topinion d'El-
Hâkim ; la deuxième partie UIULJU5 ^Lo^u {^^ 0^ «xjum^ est con-
forme à l'opinion d'I. *Abd-el-Barr (Ta*r., 2 25).
^ On dit également Jua3/« (Baiq., 36, 1. 26; Risch., 21).
508 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
C'est celui dont Tisnâd est lié sans interruption
aucune , peu importe par ailleurs , que ce hadits soit
remontant au Prophète {^^^^) ou arrêté à tel ou tel
individu (c3^y») ^
Sixième branche. — Elle est relative à Tétude du
hadîts remontant {^y^)'
Ce terme désigne exclusivement les traditions
émanant du Prophète, qu elles soient liées ( Juâi*) ou
interrompues [^âxa) ^. Employé generaliter, il ne sau-
^ U^(^ ci^ ^ih^ 3' U^ ^>^y** '^ 1^ y ^ P^^ ^^ difliculté pour
le hadîts cJyJ^ proprement dit, c.-à-d. relatif à un propos de
compagnon. Mais peut-on dire d'un hadits relatif à un propos de
suivant ((^b Joi O^^^] qu'il est Jj^oXa, lorsque son isnàd n offre
aucune interruption ? H y a controverse : Naw. se prononce ici net-
tement pour Taffirmative. Mais I. es-Çalàh , chez qui les mots Jla
ylS'^j^ ne figurent pas, semble en outre par les exemples qu'il
donne, restreindre lempioi du qualificatif Jj^oxa au ^>iy« et au
çyl^p Jbft C>^y (Tad., 60, 1. 28 et suiv.). D'après Soyouti, ce se-
rait une raison de pure finesse lexicographique qui conduirait cer-
tains auteurs à refuser au «^b Joi O^y le nom de Jao&a, lorsque
son isnàd est ininterrompu : comme on le verra plus loin le hadîts
relatif au propos d'un suivant (j^b Joi cj>yy«) est plus souvent
désigné sous le nom spécial de f>taJU (coupé); et il aurait paru
choquant d'appliquer à une même traditibn les épithètes de f ^laikA
et de JjkoXA qui , dans la langue courante sont contradictoires. La
définition de J. Haj. , et de *Izz ed-din Abou *Abd allah est beaucoup
plus explicite : est Jlaox^ tout ce dont Tisnâd ne présente aucune
interruption en ce que cliaque râwi a recueilli le hadits de celui
dont il so rapporte (Nokh., 12; Risch., 8).
*^ J. lîaj. (iNokh. , 4i) distingue suivant que le hadits remontant
relate un acte (J«*i), une parole (J>5) ou une approbation tacite
(pï^) du Prophète (comp. Hughes, Dict, of IsL, 639; Salisb.,
86). Il sous-distingue ensuite, suivant que le hadits exprime expli-
citement cet acte, cette parole, celte approbation (^-*ajjl^) ou l'im-
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 509
rait avoir d'autre application ^ On a défini d'autre
part le ha dits remontant « le récit fait par un com-
plique simplemenl (*^b) et pose ainsi une sextuple division du
hadîls remontant : 1° Sera explicitement remontant relatif à une pa-
role ( UçjAAj' J>iJl fj^ t^y^) ^® hadîts où un compagnon dira : « J'ai
entendu le Prophète dire, etc.»; 2° Sera explicitement remontant re-
latij à un acte (Uç^aûj JouLlI ^^ ^>*r*) ^® hadîts où un compagnon
dira : « J'ai vu le Prophète faire , etc. » ; 3° Sera explicitement remon-
tant relatif à une approbation tacite, ( Uçyoj ^-Ldl ^^ t^r*) ^^
hadîts où un compagnon dira : «Je fis, ou Ton fit telle chose devant,
le Prophète sans qu'il y trouvât à redire. » ; 4" Sera implicitement re-
montant relatif à une parole (UJI». 4j-*Jl ^ f>^T*) ^® hadîts où un
compagnon rapporte sans nommer son auteur, quelque enseignement
qui ne peut provenir que du Prophète; tels sont les récits sur les
anciens prophètes, le commencement du monde, le jour du juge-
ment, etc., bref tout ce que l'on désigne d'ordinaire sous le nom
de caL^JL* (choses cachées). Comme les efforts personnels de raison-
nement sont impuissants aies faire découvrir [nui ô\,^XAyK3 jLçs il),
il faut admettre que le compagnon les tient de quelqu'un, à savoir
(lu Prophète qui est l'informateur habituel des compagnons. Il con-
vient de faire exception relativement aux compagnons qui sont bien
ronnus pour avoir reçu des docteurs juifs communication de légendes
bibliques (c»LJLjIj*mI); 5° Sera implicitement remontant relatif à un
acte (U^ J.jLiJI ^J* ^>*t*) ^® hadîts où il est rapporté qu'un com-
pagnon fit tel ou tel acte, lorsque cet acte n'est point de ceux dont
des efforts personnels de raisonnement peuvent établir la légitimité ;
il est naturel d'admettre alors que le compagnon a agi en confor-
mité des enseignements du Prophète; 6" Sera implicitement remontant
relatif à une approbation tacite [^^^ 7^7*^^ iû* t^y*^ ^® hadîts
on, par exemple, un compagnon rapporte que les musulmans fai-
saient telle ou telle chose à l'époque du prophète; les musulmans
interrogeaient scrupuleusement Mohammed sur tous les actes de la
vie civile et religieuse; le fait qu'ils persévérèrent dans telle ou telle
pratique implique que le Prophète garda à l'égard de cette pratique
un silence approbalif(Nokh., 4i, /i2;comp. Salisb.,89; Dict., 573).
^ Quelquefois on emploie ^^y pour désigner un hadîts relatif
à un autre personnage que le Prophète, mais alors on spécifie le
nom de ce personnage sous la forme jjjiU Jî ^y»y^ .
xvi. 33
mritiMKUB *i
510 NOVEMBRE-DKCEMBRE 1900.
pagnon de quelque acte ou de quelque propos du
Prophète ^ ».
Septième branche. — Elle est relative à f étude du
hadîts arrêté [Oyiy).
C'est celui qui a pour objet une parole, un acte,
ou quelque autre chose émanant dun compagnon. Ce
hadîts peut indifféremment être lié ( Jaôx*) ou inter-
rompu (jJoiiJui). Parfois, on emploie ce terme pour
désigner le hadîts relatif k un fait qui émane d'un
autre individu qu'un compagnon. Mais alors on spé-
cifie le nom de cet individu et Ion dît par exemple :
Un tel rapporte tel hadîts comme arr^^t^ h Ëz-Zohri
(c^y Jifi ^jPU Aij>). Les jurisconsultes du Khorâ-
sàn^ désignent le hadits arrêté (ôyi^) sous le nom
de trace [jA) et le hadîts remontant {^^y^) sous le
nom de récit [j » -^ ). Mais les traditionnistes appli-
quent aux deux indistinctement le terme trace {j2\) ^.
' Comp. TaV. ,22^. Avec cette définition , le Ju.^ c-à^d. ie liadits
rapporté du Prophète par un individu postérieur aui compagnoiu
(cf. ifi^iYi, p. 5i/j) ne saurait jamais être f>iy«« Mais il paraîtrait
qu'El-Kiiatib qui pro|)08e cette définition , n en aurait point prévu
cette conséquence. 11 aurait simplement pris en considération le cas
le plus fn'^quent, savoir celui où le personnage qui ra{^porte un fait
ou un acte du Prophète est un compagHon ; mais les mots t le récit
fait par un compagnon » n'auraient nullement eu a ses yeux ane
portée limitative (Tad., 61, 1. 7.).
* On désigne sous le nom de «jurisconsultes du Khoràsan» une
branche de Técole chafe*îte qui reconnaît pour chef Abou Hamtd
al Isfarâïni par opposition à Técole de llraq qui recounatt pour
chefQaflFàlEl.Marwaii.^
■^ Pour remploi de ^*t dans le sens de ^dits Ù^J^ , voir Nokk, ,
LE TAQRIB DE EN-NAWAWI, 511
Remarque P. — Le hadîts où un compagnon rap-
porte : « Nous faisions ou disions telle chose » , sans
spécifier que c'était au temps du Prophète, est arrêté.
S'il le spécifie, ce hadîts d'après l'opinion juste, est
remontant. Telle est la vérité ; cependant Tîmâm El-
Isma'^ili^ a dit que même dans ce second cas le ha-
dîts est arrêté. De même sera remontant tout hadîts
ainsi conçu : « Nous ne voyions pas de mal à faire
telle chose du vivant du Prophète » ou « ts^ndis qu'il
était parnii nous » , ou « au milieu de nous », ou bien
«les musulmans disaient, faisaient telle chose, ne
trouvaient pas d'inconvénient à faire telle chose, du
vivant du Prophète». Par exemple, est hadîts re-
montant ce propos de Moghaïra b. Cho^ba : « Les com-
'i8, J. 8; H. Kh., II, 535, ^Li^^\ ^Làill^ cnU^^i .A^^U.i)l;
(Ihazzali, Iliya, i5, ibL^I ^Lsl. — Pour l'emploi de *àl dans le
sens général de tradition , voir Mosl. , ap, Naw. , 1 , 84 » 1. i .
' I^es trois «Remarques» qui suivent sont consacrées à discerner
pour quelques cas assez délicats le caractère véritable de hadîts re-
nwntanis, qu'à première vue on pourrait croire arrêtés, La question
u un intérêt juridique en ce que, d'après l'opinion la plus accrc-
(liléo, ic hadits arrêté ne peut valablement fournir apgun^ent* La
praticjue ou ia parole isolée d'un ou de plusieurs compagnons ne
saurait avoir force législative. Toute&is, au cas où, de circonstances
particulières , il paraîtrait ressortir que les compagnons s'accordaient
tous sur l'enseignement contenu dans un j^adîts arrêté, la loi serait
fondée non pas précisément par le hadîts lui-même en tant que
Sonna, mais par ïljmâ^ qu'il constate (cf. Naw. ,1,45; Wftraq. , 1 4o).
— Ghazzali a fait du Oyi^ (y^^^) }^^^ source distincte de 1« loi,
mais accessoire en ce que sa valeur consiste a monlrer quelle a été
\si Sonna du Prophète iîLjl J-a J^ ^U (cf. Goldz,, Zahir,, i83)
^ Abou Bakr Ahmed b. Ël-isn)a'ïli » un des principaux docteurs
de récole chafe*ite du Khorâsân, mourut en 871.
o3»
512 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
peignons de 1 envoyé de Dieu frappaient à sa porte
du bout des ongles ^ ».
Reniar(]ae IL — Tout propos d'un compagnon
ainsi conçu : « Telle chose nous fut ordonnée, nous
fut défendue » ou '< telle pratique est de la Sonna »,
ou, par exemple : « Bilâl reçut Tordre de répéter
lappel à la prière un nombre de fois pair^», etc.,
est remontant d'après lopinion juste adoptée par la
majorité. Mais suivant certains auteurs de semblables
hadîts ne sont pas remontants^. Dans Tespèce, on ne
distingue pas le cas où un compagnon a dit « du
vivant du Prophète », de celui où il a dit « après sa
mort ».
Remarifiie IIL — H y *i des hadîts où le nom du
compagnon qui les a transmis est accompagné d une
' Ce liadits serait cité au Kitâb el Adab de Bokhari , et au Mod-
Util d'El Baïhaqi (Tad., 62, 1. 11). — Les hadits analogues sont
L^ T^îj^J ^^ t^f* (^^* supra, p. 609 ).
-' ^\ ^J\i:i\ ^Jus^, yl JiA^ y.î, Bokh.. yliill. n" 2.
^ TjC hadîts conçu sons la forme « telle pratique est do la Sonna »
j)eul faire allusion, a-t-on dit, à une autre Sonna qu'à celle du Pro-
phète, celle des deux Omar (Ahou Bakr et Omar) par exemple.
On a répondu que le mot Sonna, employé generaliter par les com-
paynons ne désignait pas pour eux d'autre» Sonna que celle <lu
Prophète; une déclaration expresse du savant Sàlim est en ce
sons [ap. Bokh., "^1, n** 89. — Comp. MuiR, TÂfe of Mohanuned,
I , XXXIII, note). On a dit également qur les mots «il fut ordonné,
il fut défendu» pouvaient faire allusion à un ordre, une défense
émanant d'une autre autorité que le Prophète : le Coran, YljnuV,
par exemple, ou quelque kalife. On a répondu quen principe on
devait raj)porter un ordre à celui qui a le droit de commander,
en respèce, au Proplièle, maître des compatjiions (Nokb., 43, 44).
LE TAQrIb de EN-NAWAWÎ. 513
des mentions « qui le fait remonter, qui le rapporte,
qui le fait parvenir (au Prophète)», ou encore
« comme tradition (provenant du Prophète) » (ajô^
ibt^j^t aj Ao^t Ax^^t), citons comme exemple le
récit qu El- AVaj a rapporté d'AbouHoraïra: « comme
tradition du Prophète »: « vous combattrez un peuple
aux yeux petits^ ». Tous ces hadîts sont remontants
dans Topinion des savants. Lorsque c'est au nom
d'un suivant qu est adjointe la mention « qui le fait
remonter », le hadîts est à la fois remontant et relâché
(Juw^ 9-y*^)' Suivant certains, rinterprétalion dun
verset coranique donnée par un compagnon constitije
un hadîts remontant. Mais ceci n'est exact que pour
les interprétations relatives aux circonstances de la
révélation ou à d'autres choses analogues; les autres
constituent des hadîts arrêtés^,
HurriÈME BRANCHE. — Elle est relative au hadîts
coupé (ç;^laJu pi. jIôLii* et ^xxlôliu).
n" 95.
- Toutes les interprétations relatives aux circonstances où furent
révélés des versets du Coran [Jyy^^ c->La«i) ne constituent pas uni-
formément des hadîts remontants, (cf. pour les distinctions qu'ont
faites à ce sujet certains auteurs, lt(jan, 70, 71). Néanmoins
d'une façon générale tout JyyJ\ v-î-*** est nécessairement relatif
au Prophète et, comme tel, hadîts ^>^y** — Seront également
hadîls remontants les interprétations coraniques fournies par des
compagnons sur des points où le raisonnement individuel (<^TwJI)
ne saurait rien faire découvrir; il faut admettre alors que l'instruc-
teur des compagnons a été, sur ces points, le Prophète lui-même
(Tad., 6/j, 1. 29, 3o).
514 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
C est le hadits arrêté à un suivant (^U)! Jl» ^^^)
c'est-à-dire relatif à quelque acte ou à quelque parole
de ce suivant» — El-Chafe*ï et après lui Et-Tabarani
ont parfois employé ce terme comme synonyme d'in-
terrompu (^jikuiJut) ^
Neuvième branche. — Elle est relative au hadtts
relâché (Jum^)^.
IjCs docteurs des diverses sciences s'accordent à
nommer relâclià le hadîts où un des suivants âgés
s exprime ainsi : « L'envoyé de Dieu fit, dit telle
chose. » Quant au hadîts dont Tisnâd présente
([uelque lacune dans les chaînons inférieurs au sui-
vant, El-Hâkim et d'autres auteurs lui refusent le
nom de relâché. Cette désignation ne s'appliquerait
qu'au hadîts rapporté du Prophète par un suivant;
celui dont Yisnâd présente dans les chaînons infé-
rieurs au suivant une seule lacune est interrompu
(^bi,u) ; celui qui en présente plusieurs est inextri-
cable ( Juàjw). Mais l'opinion la plus répandue parmi
les jurisconsultes et les oçouli, c'est que toutes ces
variétés de traditions sont relâchées ( Juy#). El-Khatîb
s'est formellement exprimé en ce sens. — C'est là ,
au reste, une simple controverse de terminologie et
d'expression. — Que faut-il penser des hadits rap-
portés par Ez-Zohri ou quelque autre des jeunes sui-
vants, sous la forme « l'envoyé de Dieu a dit» ? —
^ Cf. snpra. Préface, 3 a 8.
^ Au plur. S*t\y ou J^^^tyi. — A. Daw. a composé un recueil
spécial de hadîts relâchrs J^^lUi v'^^ (H. Kh. , V» iAq)*
LE TAQRIB DE EN-NAWAWI. 515
Dans lopinion la plus répandue parmi ceux qui
limitent l'emploi du présent terme aux récits des
suivants, ces hadits sont relâchés, aussi bien que ceux
rapportés par les suivants âgés. Mais dans une autre
opinion , on leur refuse le nom de relâchés et on les
tient pour interrompus ^ — Le hadîts dont l'isnâd est
' En somme , le présent passage expose trois opinions différentes
sur le ô^y : (a. D'après la majorité des traditionnistes , le J^y est
le liadîts qu'un suivant jeune ou âgé rapporte [du Prophète , lans
citer d'intermédiaire (comp, Nokh., 27 ; Qast., 1,9,!. 1 7; Dict., 585,
1. 2 5 et suiv.; Jorj. dans TaV., 321 et ap, Salisb., 120). Lorsque
le «ui(;ant compte parmi les suivants âgés, il y a apparence que les
intermédiaires disparus appartenaient à la classe descompagnons. Par
contre, lorsqu'il compte parmi les suivcaits jeunes , il y a apparence
que, parmi ces intermédiaires, il se trouvait un ou plusieurs *ni-
vants : en effet, la plupart des compagnons étaient morts lorsque les
suivants jeunes furent en âge de rapporter des traditions , et ces
derniers n ont guère recueilli de hadîts que de suivants âgés ( Dict. ,
586, 1. 3); (6. Cette considération a porté les partisans d'une deu-
xième opinion à nommer çJ^xSuê les hadîts rapportés directement
du Prophète par les suivants jeunes , et à réserver le nom de J^y
aux hadîts rapportés ainsi par les suivants âgés; le relÂché est alors
défmi «ce qu'un suivant âgé rapporte du Prophète sans intermé-
diaire » ou encore c le hadîts de l'isnâd duquel est tombé le nom
du compagnon* (cf. Risch. , 5; Baîq. 5o; Dict., 585, 1. 3); (c. dans
une troisième opinion, J^y a un sens beaucoup plus général. Il
s'applique â tout hadîts présentant un ou plusieurs vides dans
l'isnâd, soit dans les chaînons supérieurs, soit dans les chaînons
inférieurs au suivant. Telle est l'opinion des jurisconsultes, des
Oçouli (cf. notamment Waraq., p. i45), et parmi les tradition-
nistes de Kh. El-Baghdadi (il reconnaît cependant que Ju»^ s'em-
ploie souvent dans un sens plus étroit, Dict., 586, 1. 6). Ainsi en-
tendu Jlwja est synonyme de ç^^^ dans Tacception la plus gé-
nérale de ce mot (Naw., I, 43, 1. 9). Ce sens large du mot paraît
le plus ancien, et il est toujours resté au fond delà terminologie,
même pour les auteurs qui assignent à Ju>yt une signification plus
restreinte : I. Haj., par exeqaple, distinguant un ^^3 \S^y (ap-
516 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
ainsi conçu : « Un tel a rapporté d'un certain indi-
vidu, dun tel» ((^^(j^ J^) (j^) est il relâché? —
Non, suivant El-Hâkim, il est interrompa. — Oui,
suivant d'autres auteurs ^
Le hadîts relâché est faible, telle est lopinion de
la majorité des traditionnistes , d'El-Chafe^', de beau-
coup de jurisconsultes et ÔloçouU^. Mais Màlik et
parent) et un Jâ. Jumj« (caché), définira ce dernier : le hadîts rap-
porté par un râwi d'un contemporain quil n'a pas rencontré (cf.
infra, p. 627); il est clair qu'un relâchement ( JU#^Î) de cette nature
peut se produire à n'importe quel chaînon de Tisnâd. IHus loin Naw.
va parier du ji.l^RJi JUwj* (cf. in/'ra^ p. 5 18). Cette expression ne sau-
rait avoir un sens que dans l'opinion où relâchement peut s'entendre
de vides survenus dans les chaînons de l'isnâd supérieurs au sui-
vant, — Enfin si le participe Juvy» ne s'emploie comme épithète
chez les traditionnistes que dans un sens restreint, le verbe même
J^^i a toujours gardé le sens le plus général ; «âsiJsiL Jum^I si-
gnifie : «il a rapporté le hadîts avec un isnâi incomplet! (DicL, J ,
586.1. a).
^ Les partisans de l'affirmative se rencontrent naturellement
parmi les auteurs qui assignent à Juyt le sens le plus large; ce
sont des oçouli; notamment on rencontre cette opinion chez l'au-
teur des Waraqât, Imam el-Haramaïn (Tad., 26, 1. ao). D'autre
pari, A. Daw. aurait, paraît-il, donné comme Ju*y» dans son
J^^l^l v^ d^^ liâ<lîts rapportés JkL^ ^ (Tad. 66, 1. ai). Dans
la terminologie généralement admise, de semblables hadîts portent
le nom de^ | > * « incertains ».
- Cf. notamment Waraq., i45-i46. — MosL, qui paraît assigner
à S^y^ le sens le plus large , constate aussi que l'opinion génénde
(1<^ ses contemporains est contre l'emploi de ce hadîts (Naw. , 1 , 80,
1. 20). U raconte d'Ibn el-Mobârak que ce savant n'accepta pas
un hadîts parce que le râwi qui le rapportait du Prophète était
s<>paré de ce dernier « par des déserts infranchissables mémo à
l'allure rapide où les montures allongent le coui (Naw., 118,
1. 9). ^- La faiblesse du JUyt provient, quelque définition qa*oii
donne de ce hadîts , de ce qu'on ignore la valeur des personnages
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 517
Abou Ilanifa, à la tête dun second parti, le consi-
dèrent comme parfaite — Parfois la /)er/èc*<ion de
provenance d un hadîts relâché peut être établie de
ce fait qu'il en existe une deuxième version rap-
portée par une îiutre voie, soit appuyée (*XJum^), soit
relâchée (Ju«^), mais dans ce dernier cas avec des
râwis autres que ceux de la première version. — Ce
hadîts alors deviendra parfait. Cette corroboration
démontrera sa perfection; les deux hadîts (aussi bien
le corroborant que le corroboré) seront parfaits; et
même lorsqu'ils contrediront sans conciliation pos-
sible un hadîts provenu par une voie unique, c'est à
eux que nous donnerons la préférence 2. — Rien
disparus de l'isnâd. Pour ceux qui le définissent «ce qu'un suivant
rapporte du Prophète » , s'il était établi que le suivant le tient d'un
compagnon , la valeur du hadîts ainsi rapporté serait incontestable ;
car tous les compagnons sont dignes de foi ; mais il est permis de
supposer que le suivant tient le hadîts d'un ou plusieurs autres
suivants, parmi lesquels il peut se rencontrer des giuior'iiés faibles
(ïad., 66-67).
' C'est-à-dire qu'ils ne se font pas scrupule de tirer argument
des hadîts relâchés; de fait Mâlik, dans son Mowatta, se préoccupe
fort peu de la liaison des hadîts qu'il cite; la critique du hadîts
était encore fort rudimentaire à son époque (cf. supra. Préface, 32 6-
327; M. St., II, i4i). Plus tard on voulut étayer de preuves l'opi-
nion raisonnée dont on fit honneur à l'imam sur la valeur du
\Xtfyj» : on invoqua surtout à cet effet une tradition relative à «l'ex-
cellence du siècle des suivants » ; de cette excellence on a conclu à
la valeur de leurs informations , quelles qu'elles fussent [Baïq., 5 1 ,
l 21).
- Naw. reproduit ici I. es-Çalâh, qui lui-même a emprunté sa
théorie de la corroboration à la Risâla d'El-Chafe*i (Tad., 28,
1. 1 2. — Cf. sur la Risâla : M. St. , II , /ji 2 ). Mais Cbafe'ï est beau-
coup plus exigeant; suivant lui, le Ju»yt ne peut être corroboré
518 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
dans cette discussion n a trait aux hadîts relâchés
rapportés par an compagnon (a.UsUJ J*^)- La perfec-
tion de ces hadits est un fait établi d après iopinion
juste. Cependant certains auteurs ont prétendu
qu'ils suivaient le sort des autres hadits relâchés : en
ne pourrait en tirer argument avant de savoir de
façon certaine qu'ils proviennent originairement de
compagnons ^
qu'à trois conditions : i** qu'il provienne d'un suivant à(fé (il y a
alors de grandes chances pour que ce suivant le tienne d*un com-
pagnon)', 2° que ce attirant, pour les hadîts qu*il donne en citant
ses auteurs, ne cite que des auteurs sûrs; 3*^ que généndement les
versions des hadîts par lui rapportés concordent avec les versions
des autres ràv^is dignes de foi. — En outre Chafe*î admet d'autres
corroborât ions du Ju»^ : concordance entre la règle exprimée par
ce hadits et l'opinion d'un compagnon, ou une décision de Yljmà»
Suivant certains, la corroboration d'un hadîts rdâché pourrait
même résulter du raisonnement analogique (jmIjJl)!) (Tad., 68.
1. 12 et 33; Beiq. , 62, 1. 1-22). — Suivant ce que rapporte El-
Mozàni dans son Mohhtaçar, (cf. sur cet ouvrage H. U. , V. 4^9 )•
Chafe'î aurait fait exception à son infirmation du Jm»~« en ûiveur
des hadîts de cette sorte rapportés par Sa*ïd b. El-Mosayyab (t gi-
ioô), l'un des sept jurisconsultes de Médine, gendre d*A. Ho-
raîra et surnommé ^^^woL^UJi jùLii (Tad., 68, 1. 18 tt soiv.). Les
auteurs sont divisés sur l'interprétation de cette exception : suivant
les uns, Cbafel attribuerait generaliter à ces hadîts une valeur
absolue, parce qu'un examen minutieux démontre que Sa*ïd aurait
pu, s'il eut voidu, les rapporter tous appuyés («xJumm») (cf. Waraq. ,
i4C); suivant d'autres, Chafe*ï préférerait simplement les liadîts
relâchés de Sa'ïd à ceux des autres râviris ; mais il ne leur accorde-
rait une vsdeur absolue que dans le cas où ils seraient corroborés,
conformément aux règles ci-dessus énoncées (Tabds., 285, 1. 6 et
suiv.).
' On appelle a.UdOt JuL^ le hadîts contenant récit par un com-
pagnon de ce qu'il n*a pu voir personnellement : tel le récit des
débuts de la révélation , rapporté d'après 'Aîcha dans Bokh. , uA«^
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 519
Dixième branche. — Elle est relative au hadîts
interrompu (JaiJu*).
Dans l'opinion la wieilleure , adoptée parles juris-
consultes, par El-Khatîb, Ibn 'Abdel-Barr et d autres
traditionnistes, c'est celui dont Tisnàd nest pas Hé
( JuâA^) quel que soit 1 endroit de la chaîne où se trouve
l'interruption. Toutefois, on emploie le plus fré-
quemment ce terme pour désigner les traditions rap-
portées d'après les compagnons par des ràwis inférieurs
aux suivants : telle une tradition de Mâlik d'après
Ibn ^Ornar. Dans une autre opinion, le hadîts inter-
rompu est celui à l'isnâd duquel manque un ràwi in-
férieur au suivant soit qu'il ne soit pas cité du tout ,
soit qu'il soit cité mais non pas nominativement
i^y^i^) 1 par ex. : « il est rapporté d'après un homme ».
Enfin suivant d'autres auteurs, le nom d'interrompu
se donne au hadîts qui porte sur quelque parole ou
quelque acte émanant d'un suivant ou dun person-
nage postérieur. Cette dernière opinion est rare et
de peu de valeur ^
3yll 3^3 ^^L5^ n° 3 (Naw., I, H, l. i et suiv.). — Les deux Çnhih
conliennent un grand nombre de i^LaltJ) J^t^^wi^*, et on s'accorde
i^énéralement à reconnaître de la valeur à ces liadits, parce que
tous les compagnons sont dignes de foi, et que, si parfois ils rap-
porloul ce qu'ils n'ont ni vu ni entendu personnellement, ils le
rapj)orlent presque toujours d'autres compagnons (Tad., 71,!. 9;
IlaUah sur Waraq. , i46 et 147). — Cependant il peut arriver que
des compagnons rapportent d'après des suivants; c'est sur Cette con-
sidération que se fondent les rares auteurs qui refusent d'admettre
sans examen les ç^^^^L^kJI Juvy», notamment Abou Isliâq el-lsfa-
râïni (t 4 18) [Naw., loc, cit.],
' Naw. ne mentionne pas ici toutes les opinions qui se sont fait
b20 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
Onzième branche. — Elle est relative au hadits
inextricable (J^ȉjli, du verbe Jj^\ rendre inextri-
cable^).
jour sur la définition du mUïi»; on peut eu distinguer cinq : (a. Ce
mot dans un sens très général est opposé à S*axa lié. Est interrompu
tout hadîts dont Tisnâd présente, à n'importe quelle place, un ou
plusieurs trous; il est le genre dont le Juwy» (ce mot étant pris dans
son acceptation la plus restreinte), le jJIjm, le Ô^jSxxa^ le ^jJ<^^ ne
sont que des variétés. Telle est Topinion d'El-Khatîb el-Baghdàdi
[cf. dans le même sens Naw., I, 4?>« 1. 22; Salisb. , lao; Riscli. ,
8; Baïq. , 54, 1. 1; Dict. , 1202, 1. 9); — (b, l. Haj., admet que le
terme interrompu peut s'appliquer au hadîts à Tisnàd duquel
manquent plusieurs râwis à n'importe quelle place , mais il spécifie
que ces trous ne doivent pas être consécutifs (^^^\y:u y^^); s'il»
sont consécutifs le hadîts est non plus ^^aoLJU maïs Jji2uu« (Nokh.,
28; Dict., 1202 , 1. i4 et suiv.); — (c. Dans une troisième opinion,
on réserve le nom de interrompu au hadits dont Tisnâd présente un
trou dans les chaînons inférieurs au suivant (comp. Dict., 1002,
»0oL»»# la^w) i). S'il y a plusieurs trous, le hadîts s'appelle-t-il en-
core ^^aJLXa ? Oui , suivant certains , lorsque ces trous ne sont pas
consécutifs (Qast., J, 10, 1. 2); non, suivant d'autres, sans dis-
tinction : le hadîts dans ce cas cesse d'être ^^^^^ et prend la dé-
nomination spéciale de J*a.tJU [sépare) ( Ta*r., 2 54) ; — (Â I. es-Çalâh ,
que Naw. suit dans le présent passage, reconnaît que de même que
dans son emploi le plus fréquent le mot relâché ( Ju^y») désigne les
hadits rapportés du prophète par les suivants, de même le mot in-
terrompu [mJaJlXa) s'applique le plus souvent aux hadîts rapportés
des compagnons par des ràwis inférieurs aux suivants (Baîq., 54*
I. 9 et suiv. ; Salisb. , loc. cit.); — [e. Enfin Naw. , qualifie ici de t rare
oi de peu de valeur» l'opinion qui assigne à ^^LJLU le sens de c ha-
dits relatant la parole ou Tacte d'un suivant ». C'est en quelque sorte
la seconde face de la confusion signalée plus haut entre les termes
^iaXu et ^jUto (cf. supra, p. 5i4)* On a vu que certains auteurs
avaient fait de ^ j l^ 1 4 un synonyme de ^J^XL* avec le sens de « non
lié quant à l'isnâd » ; il s'est trouvé , par un juste retour, que d'autres
ont voulu faire de ^-^J^ le synonyme de ^>^jm dans le sens de
« relatif à l'acte ou à la paroïe d'un suivant ».
' XhJLi y4i fXth^\ e]!^>L^ <>ltàJ\ ^Ub yA SîhxiJi : il s*agit debien
Li: TAQRÎB DE EN-NAWAWl. 521
C'est le hadîts de Tisnâd duquel ont dispai'u les
noms de deux ou plusieurs ràwis. Il est également
désigné sous le nom de interrompa (jlaLut) et parfois
aussi , chez les jurisconsultes et d'autres , sous le nom
de relâché ( Ju«^) comme nous lavons vu précédem-
ment ^ On a dit encore que chez les traditionnistes
le terme inextricable s'appliquait au hadîts rapporté
avec la formule « il m'est parvenu » (^^jtJU); tel, par
exemple ce hadits cité par Màlik : « Il m'est parvenu
d'Abou Horaïra que le prophète a dit : l'esclave a
droit à la nourriture et au vêtement-. » Le hadits
est encore inextricable dans le cas que voici : un sui-
vant Ta rapporté comme remontant au Prophète
(^^i^) et lié (Juax^); mais un râwi d'une génération
postérieure le rapporte comme arrêté à ce suivant
(Hal)lir (\uv la forme du moi est Jua&^ et non pas Ju^jm comme
l'ont voulu certains auteurs (cf. Risch., 9; Balq., 54» 1. 38).
' C'est-à-dire que le J^ax* n'est qu'une variété du genre ^^JlXj»
ou Juvy* (ces mots étant pris dans leur acceptation la plus large,
comme opposés à Juax«). I. Haj. exige, pour que le hadits mérite
le nom d«.' Sj£xxm que les vides de son isnâd soient consécutifs; s'ils
ne sont pas consécutifs, le hadits sera simplement •interrompu en
deux endroits» (Nokh., 28).
- Ce hadits iigure au Mowatta,l\^ ^3 1 ; J^-UlL^ J^^^ j*^^* '-•'ou-
vrage de Màlik contient un grand nombre de hadits inextricables ,
rapportés soit avec la formule ^^LiJb, soit avec une autre (cf. un
autre e\., ap, Risch.). Ihn *Abd el-Barr s'est appliqué dans son
Tamhid à leur donner des isnàds complets (cf. H. Kh., VI, 266).
^ I. es-Çalàh emprunte à El-Hàkim l'application du terme JjAjut
à de tels hadîts II explique que dans l'espèce cette dénomination
est justifiée par le fait que deux personnages sont tombés de l'isnàd,
savoir : le Prophète et le compagnon (Tad., 73, I. 22).
522 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
Remarque 1^. — Que faut-il penser de risnàd
moanan [^^mjjU) c est-à-dire conçu en ces termes « un
tel d'un tel » [^J^ ^ (j^)^? Certains ont prétendu
qu il rendait un hadîts relâché ( Jum^)^. Mais lopinion
la plus juste, ayant triomphé dans la pratique, et
soutenue par la majorité des traditionnistes , juris-
consultes et Oçoaliy cest quun tel hadits est lié
(JywaAjo) aux deux conditions suivantes : i** que les
l'âwis qui ont rapporté sous cette forme ne soient pas
ihs fraudeurs ((j*J*>^)*; 2"* qu'il y ait eu pour ceux
qui transmettent sour celte forme, possibilité de
rencontrer leurs auteurs. Cette simple possibilité
sulTit-elle ou faul-il en outre que le fait de la ren-
contre soit établi, qu'ils se soient longuement fré-
quentés, qu'ils soient bien connus pour rapporter
les uns des autres? Sur tous ces points, il y a con-
' Quoique placés sous la rubrique du Jjkju«les quatre i^marque*
qui suivent ne concernent pas cette variété de hadits; cQes con-
tiennent l'exposition de quelques questions accessoires, communes
auv V, VP, VIP et X* branches des sciences du b*diU (connais-
sance du ^^y*t du ^^lojM, du JaoX* et du &IaJLJU),
'^ L» plupart des technologisles ont considéré Tétude dn hadits
^xJLju* comme une branche spéciale des sciences du .hadits (cf. Risch«,
qcj; - Salisb., 117; — Baïq., 43; — Tad., a68, 1. 37-28). —
La transmission d'un hadits avec la formule (^^ ^ porte le nom
spécial de jUjOa. — L Haj. remarque avec beaucoup de bonheur
que cette formule n*est pas exempte d'amphibologie : souvent, dans
le langage courant , elle sert à rapporter non pas les paroles d'un
individu, mais un fait qui lui est relatif: juuoi ^ ^t (^)U ^ «5j«dK
(Baïq., 4a, 44).
^ Relâché est entendu ici dans son sens le pltts large t offirant
une interruption dans Tisnâd.
* Cf. ir^'ra, 520 et suiv.
LE TAQRIB DE EN-NAWAWl. 523
troverse. Certains n ont exigé aucune de ces condi-
tions, notamment Moslim, qui prétend que Yljmci
est en ce sens^ D'autres demandent simplement que
le fait de la rencontre soit établi; tds El-Bokhari,
Ibn El-Madini et les vérificateurs'^. — D'autres exigent
que les ràvvis et ceux dont ils transmettent se soient
longuement fréquentés. D'autres enfin que les pre-
miers soient bien connus pour avoir rapporté des
seconds. — A notre époque, on a fait très fréquem-
ment emploi de la formule « d'un tel » (ySU ^^) pour
indiquer la transmission par licence (i^U.1); aussi
bien, lorsqu'un râwi emploie une formule ainsi
conçue : «j'ai récité devant un tel, d'un tel », il faut
entendre que son auteur rapportait cette tradition
par licence^.
Remarque IL — Que faut -il penser de formules
comme celles-ci : « Ez-Zohri nous a raconté qu'Ibn
El-Mosayyab lui raconta » ou • lui dit » ou « fit » ou
« faisait » , etc. (^1 AS'iXa^ <,<ju«m ^1 (j\ (^y^jJI US«X^
A^^^ Juob ^^^\ J*i ^1 JU) ? Suivant Ahmed ibn
llanbal et quelques docteurs, on ne saurait assimiler
la transmission avec ^t (que) à la transmission avec
^ (de) : les hadîts ainsi rapportés devraient être
tenus pour interrompus jusqyji' à. ce que le fait de l'au-
dition personnelle du râwi fût établi. Mais la majorité
^ Cf. supra, 484, n. i.
- Sur cette opinion de Bokh. cf. sup, , 493 , n. i. Sur Aboul Hasan
'Ali b. El-Madini ( t 2 34 ) , l'un des élèves d'Ibn Hanbai et des maîtres
dEl-Bokhari, cf. Tahds., 443; Patton Ahmed b. Hanbai, 3i, 87.
' Cf. infra , XXIV* branche.
524 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
(les auteurs est en sens contraire, assimile la trans-
mission par ^1 (que) à la transmission par ^^ (de),
et décide que, dune façon générale, elle implique
l'audition personnelle , sous réserve des conditions ci-
dessus énoncées ^
Remarque III. — El-Homaïdi^ et d'autres auteurs
ont parié de suspension (^J^^)^ à propos de certains
hadîls d*El-Bokhari. Avant eux, ed-Daraqotni avait
employé ce terme*. Cette suspension consiste dans la
disparition, au début de Tisnâd, des noms d'un ou
de plusieurs personnages. Il semble qu'il faille cher-
cher l'origine de ce terme dans l'expression « sus-
pension d'un mur» iji^y^ c5^^')^» l'idée désolation
de continuité se rencontrant pareillement dans les
deux cas. — Certains autexu's ont appliqué ce terme
à l'hypothèse où i'isnâd entier d'un hadits est sup-
primé : « L'envoyé de Dieu a dit. . . ; Ibn *Abbâs, ou
^Ata, ou tout autre a dit. . . ». Le hadits ainsi sus-
pendu (cJÂjw) peut avoir la valeur d'im hadits parfait,
' L'emploi de ia conjonction ^^1 a servi aussi bien que cdui de
la préposition ç^ à marquer la transmission des hadits par licence
{Tad.,75J.28).
- 11 s'agit ici du célèbre historien et traditionniste andalou
Abou Abdallah Mohammed el-Homaïdi (i 488), auteur du ^^ ggr
^J,,,*^.^! (cf. H. Kh., II, 619)'.
^ Cf. pour tout ce passage supra « 4 90 et suiv.; et comp. Saiisb. ,117.
* Comp. Naw., 1, 2 5, 1. 16.
' ^1*^4 \j^<:^ est une expression de la langue juridique; elle
signifie Vaction itétayer un mur où se sont produites des fissures et
qui menace ruine. Le ^^Jlx5 dans une maison appartenant à plu-
sieurs individus, est à la charge du propriétaire de Tëtage inférieur
(cf. Kharchi, IV, 282).
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 525
nous l'avons vu précédemment à propos du hadîts
parfait. — On emploie ce terme exclusivement pour
les hadîts rapportés sous forme catégorique et per-
sonnelle (f»^L>) : « Un tel a dit, fait, ordonné, dé-
fendu , mentionné , raconté » ; et on n en fait pas
usage pour ceux rapportés sous forme impersonnelle :
«On a rapporté, on a dit, on a mentionné, on a
raconté d'un tel » ^ — On ne l'applique pas non plus
au cas où c'est au milieu de i'isnâd que les noms de
personnages ont disparu.
Remarque IV. — Soit un hadîts rapporté relâché
par certaines autorités dignes de foi, sûres d'infor-
mations, et /ié? par d'autres; ou arr^ie^ par certains
et remontant par d'autres , ou qu'un même râwi rap-
porte lié ou remontant dans une première version ,
relâché ou arrêté dans une seconde. D'après l'opinion
la plus juste, il faudra donner la préférence à la ver-
sion liée ou remontante sur la version relâchée ou arrê-
tée. Peu importe que le personnage dont provient la
première soit d'autorité égale à celui dont provient
la seconde, ou d'autorité moindre; car la liaison, la
([ualité de remontant constituent en l'espèce des sup-
pléments fournis par des autorités dignes de foi (iUS »^bj)
^ On a vu que la terminologie classique n'a pas consacré celte
(lislinction : I. Ilaj. notamment ne fait pas de difficulté pour ap-
pliquer Tépithète de ^pjut aussi bien aux hadîts rapportés avec
une lonnule impersonnelle (jhJ-<JU) qu'à ceux rapportés avec une
tormnle personnelle (cj^W) (cf. supra, Age et suiv.); et Naw. lui-
même aurait , paraît-il , agi de même dans l'un de ses ouvrages ( Tad. »
7(5, I. 10).
\vi. 3.4
ItlVHIIIiaiK NATICIàLIl.
5!26 NOVEMBRE-DëGEMBRE 1900.
et doivent comme tels être acceptés ^ — Cependant
certains auteurs ont dit qu il fallait décider en faveui'
de la version relâchée ou arrêtée; ce serait là, suivant
El-Khatîb, lavis de la majorité des traditionnistes.
— Suivant d autres encore, il faudrait donner la
préférence à la version rapportée par le plus grand
nombre. — Enfin dans une quatrième opinion , on
opterait pour la version rapportée par les râwis les
mieux doués sous le rapport de la mémoire; toute-
fois un ràwi ne saurait être atteint à'improbation^
pour avoir rapporté lié ou remontant im hadits que
d'autres ràwis de mémoire plus fidèle rapportent
relâché ou arrêté; néanmoins l'opinion contraire, sur
ce dernier point, a trouvé des partisans.
DouziiiME iHVANCHE. — Elle est relative è l'étude
de la fraude (fj^i^s)''^.
On distingue deux variétés de fraude; la première
est i'd fraude dans Visnâd (^LUm^I (jwuJ*>3); elle con-
siste en ce fait qu'un râwi rapporte d'un de ses con-
* Cf. injru, XVI* branche.
- (if. , sur les causes (Yiniprobation (^^), "i/ra.
^ Los auteurs arabes considèrent j**-J*>J comme dérivé de j*J«>
qui signifie «confusion des ténèbres» : ]a pratique ici décrite de
certains ràwis cache les vices d'un hadits comme cachent les té-
nèbres (Salisb., 96; Baïq, 55, 1. 39). Essentiellement ce terme
apparlicnt à la langue Juridique; le tadlis c'est le fait par le vendeur
de cacher un vice à lui connu de Tobjet vendu (Kharchi, IV, 62,
1. 7, 8;Maq. de Uariri,l« 35 1, 1. 31). Frœnkel a établi qae ce
mot est l'adaptation arabe du dolus des juriconsultes romains
(Aranu Fremdwôrter, 188).
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 527
tcmporains un hadîts quil n'a pas entendu de lui,
dans des termes qui laissent supposer qui! Ten a
réellement entendu : « Un tel a dit d'un tel » {^^
^Vi), etc. ^ — Parfois ce n'est pas le nom du râwi
même dont il tient le hadîts que le fraudeur fait
disparaître de l'isnâd, mais le nom de quelque autre
personnage de Tisnàd, d'autorité trop faible ou
d'âge trop jeune '^. Cette pratique a pour but de
^ Le fraudeur ( j^Jjv^) laisse ainsi dans Tombre la nom du per-
sonnapje dont il tient directement le hadîts. — Ibn es-Çalâh ajoute
dans sa définition du ^lJU/i)l j«^oo" aux mots «d'un de ses contem-
porains» (»*;oLc ^) les mots «ou d'un individu qu'il a rencontré»
*-JLl ^^ (Tad., 77, 1. 2/1; Comp. TaV. , 57). — F. Haj. reprodui-
sant l'opinion de Chafe'ï et de Khatîb el-Baghdâdi [Dict. . 483),
exige que la rencontre àa fraudeur et de celui dont il rapporte ce
qu'il n'en a pas entendu soit un fait établi. S'il y a simple conteni-
poranéité, comme paraît s'en contenter Naw. , le hadîts est non pas
j^jù^ mais J^J^^ ( cf. 5up., 5 16). F. Haj reconnaît que, pour ceux
qui n'admettent pas cette distinction subtile, le j-J.x-» et le ^^Ju»y»
sont une seule et même chose (Nokh. , 29).
- Pour comprendre ce passage, il faut savoir que la plupart des
lc<'hnologistes du hadîts ont distingué une troisième variété de
fraude le Siiy**siJ\ ^^^Jsj , fraude par égalisation, FAle consiste à
omettre dans l'isnâd, entre deux autorités dignes de foi, le nom
d'un râwi suspect. Il faut que les deux autorités dignes de foi se
soient rencontrées, et que le fraudeur fasse employer à la seconde
une fornmle équivoque de transmission, laissant supposer qu'elle
lient directement le hadîts de la première. L'isnâd est ainsi égalisé ,
c'est-à-dire n'oflPre plus qu'une succession d'autorités dignes de foi
(Qastal. , l, 10, 1. 3 2 et suiv.; Dict. 48 1). C'est au ^^^.«mjJI j«^oo,
(jue Naw. fait allusion ici sans l'élever au rang de variété particu-
lière de fraude. — Yabya B. el-Qattan (t 198) le premier aurait
employé l'expression iy^^^^i j^»x3; ce j-sJ«N-> est la pire des
fraudes , car il peut faire considérer injustement comme j«-^j* un
personnage respectable et digne de foi (Tad., 78; 1. § et suiv.).
34.
528 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
donner au hadîts/r^adt^ de plus belles apparences ^
— Ija deuxième variété de fraude est \r fraude dam
les autorités {^yi^^ cr^*>^)- Voici en quoi elle con-
siste : le râwi , pour désigner un personnage de Tisnâd
emploie un nom, une Iwnia, un ethnique, une qua-
lification sous lesquels ce personnage n'est point
connu.
Pour ce qui est de la première variété de fraude,
elle constitue un acte des plus répréhensibles ^.
Elle a été blâmée par la plupart des docteurs; même
un parti considère celui qui en est convaincu comme
atteint d'improbation (^jj^), Tous ses récits devraient
être rejetés même ceux où il indique de façon expli-
cite qu'il les a réellement entendus de tel personnage.
L'opinion juste, c'est qu'il faut distinguer: les hadits
rapportés par le fraudeur avec une formule équivoque
n'indiquant pas clairement le fait de son audition
personnelle doivent être tenus pour relâchés (Ju*»yt).
' es>Jcj£ UUam^': certains auteurs anciens considérant précisé-
nient l^intention qui inspire cette fraude lui ont donné le nom
(V ennoblissement [o^ysr') (Tad. , 78, 1. a5).
^ Î0sai.»5JC». Cho*ba b. El-IIajjaj (t 160) a même déclaré cctlo
cette variété de j**-Joo «formellement interdite j»l*^ (Naw., I, 47.
I. 37) : « cette /raurfe, aurait-il dit, est sœur du mensonge; et j'ai-
merais mieux être adultère que /raùc?cur. » (Tad., 79, 1. 23. —
Comp. Salisl., 98). — En fait, le j->-Jjo est un véritable men-
songe honteux, hc fraudeur a encore trop de scrupules pour dire
explicitement «un tel m'a raconté», lorsqu'il n'a pas entendu ce
personnage. Mais par l'emploi hypocrite d'une formule non explicite
il met sa conscience en repos , laisse dans l'ombre le nom de son
auteur suspect, et fait croire que le hadits fraudé lui est parvenu
par transmission d'autorités fortes.
LE TAQRÎB DE EN-NAWAWI. 529
Par contre, ceux qui! rapporte avec une formule
explicite telle que : « j ai entendu , un tel m'a raconté ,
nous a rapporté», ou toute autre analogue, est ac-
ceptable (J^^) et peut fournir argument^. - — Oji
trouve parmi les autorités des deux Çahih beaucoup
de fraudeurs de ce genre, par exemple : Qatâda, les
deux Sofyan et d autres encore^. La règle que nous
venons d'énoncer s'applique à tous les fraudeurs de
la première catégorie, même à ceux qui n ont fraudé
qu'une seule fois-^. — D y a, dans les deux Çahîli et
dans les ouvrages assimilés, des hadîts rapportés par
des fraudeurs avec la formule « d'un tel » {{J^ (j^).
Pour expliquer la présence de ces hadîts dans de
tels recueils, on présume que ces fraudeurs les ont
rapportés par une deuxième voie avec une formule
explicite d'audition personnelle^.
^ En effet, l'audace du fraudeur ne va pas jusqu'à dire nettement
« J'ai entendu tel personnage dire» lorsqu'il ne l'a pas entendu. Il se
garde du mensonge caractérisé ; là où il emploie une formule expli-
cite, il est donc naturel de tenir pour établi le fait de son audition
personnelle (comp. I. Khal. , Proleg., II, 182).
- Comp. sur la réputation de fraudeurs de Qatâda (t 127) et
des deux Sofyan (I. Khal., Proleg,, II, 169 et i84). — Sur la fré-
quence du j**vJjo* chez les autorités les plus respectables , cf. M, St, ,
II, 48.
^ Chafe'ï est formellement en ce sens (Tad., 80, 1. 8).
* Naw. constate qu'en fait Mosl. ne se contente généralement pas ,
pour les hadîts provenant de fraudeurs , de la version rapportée avec
une formule équivoque y5\3 ^^c, (J^ JU, et qu'il donne en outre
une seconde version oà le fraudeur indique de façon explicite son
audition personnelle (Naw., I, 47, 1. 19 et suiv.). Néanmoins, il
reste dans les deux Çahih un certain nombre de hadits provenant
de fraudeurs et donnés dans la seule version où ces fraudeurs em-
ploient la formule équivoque y>V* ^^ . C'est pour ceux-là qu*o»
530 NOVKMBRE-DP'CEMBRE 1900.
I^a deuxième variété de fraude est moins répré-
hensible que la première. Ce qu'on y doit blâmer,
c'est quelle rend difficile l'exacte connaissance de
l'autorité sur le nom de laquelle elle porte. Au reste,
cette fraude est plus ou moins répréhensible suivant
le motif qui l'a inspirée : par exemple, le ràwi peut
avoir envisagé la faiblesse du personnage^ objet de
l^ fraude, ou sa trop grande jeunesse, ou son décès
tardifs. Peut-être encore, ayant recueilli beaucoup
de hadîts provenant de ce personnage , n'a-t-il pas
voulu le citer toujours sous le même nom ^. El Kha-
prcsume que les deux maîtres ont dû les recueillir dans une autre
version oîi l'audition personnelle du fraudeur était clairement indi-
quée. Pourquoi ont-ils mieux aimé donner la version à formule
équivoque que la version à formule explicite ? C'est apparemment
que la première seule était conforme à leur chari (Tad., 80, 1. 10).
- - Celte explication donnée par Soyouti ne saurait passer pour une
excuse valable.
' Dans ce cas le ^>-wûJI j--J*x3 est particulièrement répréhensible.
Certains auteurs considèrent celui (jui s'en rend coupable dans Tin-
U^ntion de dissimuler une autorité faible comme atteint d'improba-
lion (^*^). Pai'fois, lejraudeur considère personnellement rautoriti'
pour laquelle il fraude comme digne de conGarce; mais il sait qu elle
passe généralement pour faible, et il dissimule le véritable nom de
ce personnage pour ne point exposer une tradition bonne selon lui ù
un rejet injustifié à ses yeux. Même dans ce cas, le ^j^-aJi ^j*^o>J
reste répréhensible (Tad., 80, 1. 10 et suiv.).
^ Un râwi mort très Agé pourra avoir réellement entendu dans sa
longue carrière des personnages, dont il semble cependant invrai-
semblable aux gens mal informés qu il ait recueilli des hadîts; pour
couper court à toute discussion sur la valeur de ces hadîts, lefran-
(ipur dissimule le véritable nom de ce râwi. Cette pratique n>st pas
jugée très condamnable (Tad,, 80, 1. 24).
^ £n citant le même personnage sous des noms différents, le râwi
pourra faire croire qu'il a recueilli des hadits de fdus de maîtres
LE TAORIB DE EN-NAWAWI. 531
tib et d'autres auteurs se sont montras indulgents
pour cette variété de fraude^,
qu'il ne Ta fait en réaliu'. La fraude est alors inspirée par une va-
nité assez innocente (Tacl., 80, l. 2 5).
• Le ^j-ji-ûJl j-^oo' est même considéré comme parfaitement li-
< lie lorsque le maître, en dissimulant le vrai nom d'un râwi, a eu
l'intention d'exciter le zMe de ses élèves à le découvrir, et de mettre
à l't'pn'uve leur sa2:acité [Dict., 48 1, 1. 22).
[La suite au prochain cahier.)
532 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
NOUVELLES ET MÉLANGES.
n
SÉANCE DU VENDREDI 9 NOVEMBRE 1900.
La séance est ouverte à Ix heures et demie , sous la prési-
dence de M. Barbier de Meynard.
Étaient présents :
MM. Emile Senart, vice-président; Chavannes , secrétaire ,
M. Schwab , Dècourdemanche , Carra de Vaux , Thureau-l)an-
«^in, Gaudefroy-Demombynes, Mayer- Lambert, Cl. Huarl ,
J. Halévy, R. Dussaud, Bouvat, Vissière, de Charencey,
membres ; Drouin , secrétaire adjoint.
Lecture est donnée du procès-verbal de la séance générale
du mois de juin dernier ; la rédaction en est adoptée.
M. le Président annonce la mort de M. Max Mûller, india-
niste éminent, fondateur de la collection des Sacred Books qf
the EcLsi (1876) , décédé récemment à Oxford; il exprime les
regrets que cette mort inspire à la Société asiatique dont
M. Max Mûller était un des membres les plus anciens.
M. Emile Senart s*associe aux sentiments exprimés par
M. le Président et rappelle en quelques paroles les services
rendus aux études orientales par ce savant éminent.
M. le Président présente ensuite à la Société un exemplaire
de la nouvelle édition du Précis de jurisprudence par Sidi
Khalil et signale en ces termes l'importance de cet ouvrage :
« Sidi Khalil (mort en 1 375) est un des jurisconsultes les plus
célèbres de Tlslam et son autorité est admise sans conteste
partout où domine le rite malékite, en particulier dans
l'Afrique du Nord. Ce livre , fruit de quinze années de tra-
vail, n'est pas seulement indispensable à l'étude du droit
NOUVELLES ET MÉLANGES. 533
maliométJan , il fournit aussi de précieuses données sur l'his-
toire des conditions sociales et de la civilisation dans ces
contrées. Le seul fait d'avoir tiré du Coran toute une législa-
tion si nette et si précieuse et qui répond si bien aux besoins
des races soumises à l'Islam est un des meilleurs résultats de
l'étude d'ailleurs assez stérile de la scolastique et atteste la
fécondité du génie arabe. — M. Perron, en 1862, avait
donné la traduction et le commentaire du Précis : ce travail ,
quoiqu'il n'ait pas la rigueur et la précision qu'on ne pou-
vait demander qu'à un juriste de profession, a cependant
rendu d'incontestables services. L'œuvre de Khalîl donna en-
suite naissance à plusieurs travaux parmi lesquels il faut citer
ceux de Sauteyra et Cherbonneau , l'édition partielle de Sci-
gnette, etc.
«Dès l'année i854, notre Société, convaincue du service
qu'elle rendrait en publiant le texte qui était resté inédit,
en fit paraître une édition pour laquelle des types maghré-
bins avaient été gravés. Cinq éditions successives ont prouvé
l'utilité de cette entreprise et il est devenu urgent de la con-
tinuer en fournissant aux gens du métier une nouvelle édition
enrichie de toutes les améliorations désirables. C*est un de
nos confrères les plus zélés, M. Delphin, directeur de la
Médersa d'Alger, qui a bien voulu se charger de ce soin. A
l'aide d'une copie ancienne, considérée comme une des
meilleures , et mettant à profit les lumières des cadis et des
jurisconsultes réputés en Algérie par leur savoir, M. Delphin
a corrigé un grand nombre de fautes, comblé les lacunes
des éditions précédentes et établi ainsi un texte qui peut
passer pour définitif. Il a rendu par là un service éminent
à l'une des branches principales des études musulmanes et
contribué à notre bon renom. » — Sur la proposition du Pré-
sident, des remerciements sont votés à M. Delphin. L'assem-
blée décide ensuite qu un exemplaire du Précis sera offert à
M. le Gouverneur général de l'Algérie , et charge le bureau
de la Société d'assurer à cette nouvelle édition la publicité
qu'elle mérite.
534 NOVEMBRE-DÉCEMBRE IQOO.
Est reçu membre de la Société :
M. Jean Farah, antiquaire, demeurant à Sour (Syrie),
présenté par MM. Clermont-Ganneau et Drouin.
11 est donné lecture de deux lettres de M. le Ministre de
[^instruction publique , annonçant rordonnancement du mou-
lant de la subvention accordée à la Société , pour les troisième
et quatrième trimestres de 1900.
Le Conseil autorise l'échange du Journal asiatique contre
les fub]icaiions[ Ml ttheHun(j en) du Séminaire pour les langues
orientales à Berlin , dont trois volumes ont déjà paru en 1898 ,
1899 et 1900 sous le titre de Ostasiatische , Westasialische et
Africanische Studien. Cet échange qui était demandé par
M. Sachau , directeur dudit Séminaire , portera sur les anné(\s
du Journal asiatique à partir du 1" janvier 1898.
M. le Ministre de l'instruction publique fait part à la So-
ciété asiatique du programme des questions qui seront trai-
tées dans le 39' Congrès des Sociétés savantes qui doit se
tenii à Nancy en avril 1 90 1 .
Sont offerts à la Société :
Par M. Schwab, une notice biographique dont il est l'au-
teur, sur la vie et les œuvres de Salomon Munk , membre de
l'Académie des inscriptions et belles-lettres , professeur au
Collège de France , et membre de notre Société (i8o3- 1 867 ) ,
M. Schwab a été lui-même secrétaire de Munk pendant les
dernières années de la vie de ce savant.
Au nom de M. le D'A. Raniinka, de Varsovie, un exem-
plaire (en hébreu) de l'ouvrage de .lehuda Alcharizi intitulé
Tachkemonî (^ilDDnri), in-32. Varsovie, 1899.
Par M. Farjenel, Les Européens et la langue chinoise, bro-
chure extraite de la Revue des questions diplomatiques et colo-
niales, in-8°. Paris, 1900.
Par le Gouvernement général de l'Algérie , deux exem-
plaires d'une planisphère céleste (autographiée) avec indica-
tion des princi[)ales constellations en français et en arabe.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 535
Par rÉcole française d*Ëxtréine-Orieiit , V Inventait^ som-
maire ( autographié ] des monuments chams de - l*Aiinani ,
dressé par M. Louis Finot et M. Lunet de Lajonquière,
in-folio. Hanoï, 1900.
Des remerciements sont adressés aux différents donateurs
par M. le Président , au nom de la Société.
Il est procédé ensuite, aux termes du règlement, au )re-
nouvellement des membres de la Commission de rédaction
du Journal, Sont réélus : MM. E. Drouin, R. Duval, Maspero,
Oppert, E. Senart.
M. Schwab donne lecture d*une notice sur la vie de Al-
charizi (^nn^N), poète judéo-arabe d*Espagne du xii* siècle ,
Tauteur du Tachkemont dont il est parlé plus haut. Ce travail
paraîtra dans un des prochains numéros du Jour nul.
M. Halévy présente ensuite qudques observations sur un
texte de Samuel, qui seront également insérées dans notre
recueil.
La séance est levée à 6 heures.
OUVRAGES OFFERTS X LA SOCIÉTÉ.
(Séance du 9 novembre 1900.)
Par riudia Office : Jadicial and administrative statistics for
British India for 1898-1899 and the foar preceding jears,
Calcutta, 1900; in-fol.
— Annacd Administration Report ofthe Forest Department
of the Madras Presidency for the twelve months cnding
3o"' June 1899. Madras, 1900; in-fol.
— Sélections from the records of the Government qf India,
Papers relating to the improvement of the position and prospects
of civil assistant surgeons in India from 1891-1899, Calcutta,
1900; in-fol.
— Idem. Papers relative to the eonlrolofreformatary schools
In India, 1898-1899. Calcutta, 1900; in-fol.
53f) NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
Par l'india Office : Indian Antiquary, October 1899; ^P^l-
November 1900. Bombay, gpr. în-i°,
— Archœological Survey of India, new Imp. séries,
Vol. XXIX. South Indian Inscriptions , Vol. II! , Part I. Madras ,
1899; gr. in-4^
— Idem. Lists of antiquarian remains in HU Highness the
Nizam Territory, compiled by H: Cousens. Calcutta, 1900;
in-fol.
— Report ofa searchfor sanskrit and tamil manuscripts for
theyear 1893- 189 U y by M. Seshagiri Sastri, n° 2. Madras,
1899; in-8°.
— Journal of the Royal Asiatic Society of Bengal, Jidy-
Aiigiisl. Calcutta, 1900; in-8*'.
— Proceedings of the Royal Asiatic Society of Bengal ,
Fobniary-August 1900. Calcutta; in-8°.
— Jlie Journal ofthe Bombay Branch of the Royal Asiatic
Society, Bombay, 1 899 ; in- 8°.
— Bihliotheca Indica y n" 964-970. Calcutta, 1900; in-8".
— India Office Lihrarian Catalogue, Vol. II. Part II,
1900. London, in-S".
— Madras Government Muséum. Bulletin. Vol. III, n* 3,
1900; in-8**.
Par le Ministère de l'Instruction publique : Le P. Delattre ,
Musée Lavigerie de Saint-Louis de Carthage, Paris, 1899;
gr. in-4°.
— L. Finot et E. Lunet de Lajonquière, Inventaire som-
maire des monuments chams. Hanoï , 1 900 ; in-fol.
— Planisphère céleste, avec indication des principales con-
slellations en français et en arabe, publié par le Mohacher,
Alger, 1900.
Par la Société : Journal asiatique, mai -juin et juillet -août.
Paris; in-8°.
— Zeitschrift der deutschen morgenlàndischen Gesellschaft,
54 Band, II et III. Leipzig, 1900; in-8**.
NOUVELLES ET MELANGES. 537
Par la Sociélé : Atti délia R. Accademîa deî Lincel, Aprile-
Mag^'io-Giiigno 1900. Roma; gr. in-4°.
— Rendicoiiil délia R. Accademia dei Lincei, VoJ. XJX,
lasc. 3-^. Roma, 1900; in-S".
— Rendiconto délia R. Accademîa dei Lincei, anno 1899-
1900. Torino; in-fol.
— Bibliothèque de V Ecole des hautes études : « Histoire et
religion des Nosaïris», par R. Dussaud. Paris, 1900; in-8°.
— Bulletin de la Société de géographie , juin-juii.-août-ocl.
1900. Paris; in-8°.
— Transactions of the Society ofJapan (2 fasc. ) , December
1899. Tokio; in-8°.
— The Geographical Journal, July-November 1900. Lon-
don; in-8°.
— Journal ofthe Royal Asiatic Society, Jiily-October 1900.
London; in-8".
— Bulletin de laSociétéde linguistique , juil. 1 900. Paris ; in-8*'.
— Revue des études juives , avril-juin et juil.-sept. 1900.
Paris; in-8^
— Comité de conservation des monuments de l'art arabe,
lasc. \fC et i5'. Le Caire, 1900; in^".
-^ Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions
cl belles-lettres, inarsjuil.-août. Paris, 1900; in-8*'.
— Publications de l'Ecole française de l'Extrême-Orient :
Désiri'î Lacroix, Numismatique annamite, Saïgon, 1900; texte
el planches.
— Journal des savants, juin-août 1900. Paris; in-/^''.
— Corpus inscriptionum semiticarum. Pars I", lom. II ,
lasc. î; et pars IV", tom. I, fasc. 3, avec planches. Paris,
1900; in-fol.
— Transactions and proceedings of the American Philolo-
g ical Association, 1899. Boston; in-8**.
— Giornale délia Società italiana, VoLXllI. Roma, 1900;
in-8^
— Journal de la Société finno-ougrienne , XVIII. Helsing-
lors, 1899; in-8°.
538 NOVRMBRE-DKCEMBRE 1900.
(*ar la Société : Journal of ihe China Brandi of tlie Royal
Asifttic SocielY» 1896-1897. Shanghaï, 1900; m-8°.
Par le Gouvernement néeiiandais : Bijdragen, VI, 6, 1-4-
allevering, 'S-Gravenhage, 1899; in-8\
— Notnlen, 1899. Afl. 4-5 et 1900, afl. 1. Batavia, 1900;
in-8".
— Tijdschrift , Deel XLII. Afl. 2-5. Batavia, 1900; in-S".
— I). Van Hinloo|)en Labberton, Het Javaansch van
Malany-Pasocroclian , D. Ll, 3. Bata\ia, 1900; gr. iii-4*.
— Andriani, Laolita i seze n Taola. Batavia, i900;in-A*.
Par les éditeurs : Biblioiheijae de l'Ecole des hautes études ^
100" fasc. : Fr. Martin, Textes religienjo assyi^iens et babylo-
niens. Paris, 1900; in-8°.
— Revue Africaine. 1" trim. 1900. Alger; in 8°.
— Revue de l'Orient chrétien, 5, n"' 3 et 3. Paris, 1900;
in-8".
— Polybihlion, parties technique et littéraire, juil.-aoùi
et orl. 1900. Paris; in-8*.
— Le Globe., fév.-oct. 1900. Genè>e; in-8*.
— The American Journal of Philology, January-inarcU et
aprii-june 1900. Baltimore; in-8''.
— Le Maséon. Vol. 1, n° 2. Louvain, 1900; in-8*.
— Le Spliinjo. Vol. IV, fasc. 1. ocl. 1900. Upsale; iii-8°.
— Revue archéologique , mai-juin , juillet-août 1 900. Paris ;
in-8°.
— Bulletin archéologique, année 1899. Paris, 1900;
in-8".
— The American Journal of Semitic languagcs (Hebraica).
(Ihicago, July 1900; in-8*.
— Revue biblique , juil. et oct. 1900. Paris; in-8**.
— imcrican Journal of Archœology, january-inarch 1 900.
.Norwood; in-8".
— A nalecta Bollandiana. T. XIX , fasc. 11. Bruxelles , 1 900 ;
in-8^
NOUVELLES ET MELANGES. 539
Par les éditeurs : BoUettino n" 348-356. Firenze, 1900;
in-8^
— Zeitschrijï Jur hebraische Bibliographie, july-august
1900. Frankfurt-a.-M. ; in-8'.
— Balletin de littératare ecclésiastiqae , jain etjuîL 1900.
Paris; in-8'.
Par les auteurs : A. Vissière, L'Odyuée tun prince chi-
nois (extrait). Leyde, 1900; in-8*.
— Cl. MadroUe, Haî-Nan et la côte continentale voisine,
Paris, 1900; in-8'.
— J. Halévy, Revue sémitiqae, juil. et cet. 1900. Paris
iii-8".
— \. Chauvin, Bibliographie des ouvrages arabes ou rela-
tifs aux Arabes, publiés dans « f Europe chrétienne t» de 18 iO à
1885. .Liège, 1900; in-8°.
— n. Suter, Die Mathematiker and Aslronomen der Araher
und dcren Werke, Leipzig, 1900; iii-8%
— V. Cuinet, Syrie, Liban et Palestine, Géographie admi-
nislrative, statistique descriptive et raisonnée, fasc. 1 et a.
Paris, 1896; in-8^
^- Carra de Vaux, Avicenne. Pari», 1900; in-8'.
— J. Gwynn, The Apocalypse of St John in Syriac. Du-
blin, 1897; in-4.".
— G. U. Pape, Trumvàçagam, sacred Utterances, Tamil
Text and Translation. Oxford, 1900; in-d"**
— S. Giamil, Monte Singar, storia di un pppob ignoto,
Testo sircM^aldeo et traduzione italiana. Roma, 1900; iii-8**.
— H. M. Bhadkamkar, Translation unto English of the
Aytareya- apanishad with Sankaràcaryas Bhashya, Bombay,
1899; ^"■^"-
— L. Gauthier, Hayy ben Yaqdhân, roman philosophique
d'Ibn Tofaïl; texte arabe et traduction française. Alger,
1900; in-8'.
— E. J. W. Gibb, A Histary of Ottoman poetry* London,
J 900 ; in-8", t. I,
540 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
Par les auteurs : P. Delatlre, Musée Lavifjerie de Sainl-
Loids de Cartilage . Paris, 1899; gr. m-4°.
— J. Bonct, Dictionnaire annamite-français. Tome 11,
fasc. 1 ci 2. Paris, 1900; gr. in-4°.
— Soplius Bugge , Norges Indschrifter medde aeldre Rttner,
fasc. 5. Chrisliania , i900;iii-8".
— Gubet, Mission Pavie, Indo-Cliine , III , 1900; gr. in-A".
— A. Macé, Essai sur Suétone, Paris, 1900; in-8*.
— H. Franke, Der Fràklingsmythas der Kesarsage, Hel-
siugfors, 1900; iii-8°.
— N, A. AristofF, Le Caucase anglo-indian (en russe).
Saiul-Pëtersbourg , 1 900 ; in-8".
— A. Bartli , Bulletin des religions de l'Inde ( extrait ). Paris ,
1900; in-8°.
— J. Bouvier, Le monnayage alea;andrind* Arados (exir^ii),
Paris, 1900; in-8*.
— E. Senart, Note sur quelques fragments d'inscriptions du
Turfan (extrait). Paris, 1900; in-8^
— L. INocentini, Prodotti coreani. Borna, 1900; in-8*.
— Cil. CAermoni-GRuneau, Recueil d'archéologie orientale.
Tome IV, mai-juin 1900. Paris; in-8°.
— N. N. PantousofF, Proverbes Jdrgiz, Kazan, 1899; i*^'^"*
— Le même, Tamgaly tach, Kazan, 1899; in-8*.
— Le même, Matériaux pour l'étude du dialecte sarte de
la langue turque. Kazan, 1899; in-8®.
— P. Ladeuze, L'épître de Barnabe (extrait). Louvain,
1900; in-8°.
— A. Gauchie, Les études d'histoire ecclésiastique (extrait).
LouNain, 1900; in-8*'.
SÉANCE DU VENDREDI 14 DÉCEMBRE 1900.
La séance est ouverte à 4 heures et demie, sous la prési-
dence de M. Barbier de Me^nard.
NOUVELLES ET MÉLANGES. . 541
Etaient présents :
MM. Cha vannes, secrétaire; Bonet, GL. Huart, Gmmet,
Decourdemanche , M. Schwab, Dussaud, Henry, Vinson,
Mayer-Lambert, Jîaiévy, Vissière, Meillet, L. Feer, S. Lévi,
R. Duval, Bouvat, Carra de Vaux, membres; Drouin, secré-
taire adjoint.
Lecture est donnée du procès-verbal de la séance de no-
vembre dernier; la rédaction en est adoptée.
 propos du paragraphe du procès-verbal qui est relatif
à la nouvelle publication de Sidi Khalil, M. le Président in-
forme la Société qu'il a reçu de M. le Grouvemeur général de
TAlgérie une lettre par laquelle ce haut fonctionnaire le
charge de transmettre à la Société ses vifs remerciements
pour renvoi d'un exemplaire de cet important ouvrage.
Sont reçus membres de la Société :
MM. Marcel Mauss; agrégé de philosophie, demeurant à
Paris, avenue des Gobelins, n* 33; présenté par
MM. Sylvain Lévi et Meillet;
MadroHe, explorateur en Extrême-Orient, demeurant
à Neuilly-sur-Seine, 62, rue de Sablonville; pré-
senté par MM. Vissière et Drouin;
Tamamchef , ancien directeur de la banque de Tiflis,
demeurant à Paris , rue Logelbach , n** 1 a ; présenté
par MM. Barbier de Meynard et Meillet;
Paul Grimault , demeurant au château du Verger, par
Seiches (Maine-et-Loire), présenté par MM. l'abbé
Bourdais et Drouin.
Sont offerts à la Société :
Par M. Guimet, les trois derniers fascicules de la Rgvue
de l'Histoire des religions ^ mai à octobre 1900, et un exem-
plaire du Petit Guide illustré da Musée Guimet, d^^ition,
1900. M. Guimet ajoute qu'il y a en ce moment, an Musée,
une exposition de costumes égyptiens des époques romaine et
XVI. 35
542 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1000.
byzantine (ii' au v' siècle). Ces objets, provenant des fouilles
nouvellement faites à Antinoé par M. Al. Gayet, ont mis
notamment au jour des tombeaux portant des dates consu-
laires correspondant aux années i5o, aoo et 45o de notre
ère;
Par M. Schwab , le tome V des Œavres de Saadia conte-
nant la version arabe du livre de Job (texte arabe en carac-
tères hébreux et traduction française), in-8% Paris, 1900; et
la suite de son Répertoire ( fasc. 2 et 3 ) des articles relatifs à
l'histoire et à la littérature juives. Plusieurs membres de la
Société font ressortir, à propos de ce Répertoire, tout l'intérêt
que présenteraient des travaux de ce genre pour d autres lit-
tératures ;
Par M. Paul de Kokowzoff, un exemplaire de -son article
qui a paru dans le Journal asiatique sur la Seconde inscription
araméenne de Nirah;
Par M. J. de Goeje, un exem{daire du a* fascicule de ses
Mémoires d' histoire et de géographie orientales, Leide, 1900;
Par M. R. Dussaud, son Histoire et religion des Nosaïris,
in-8% Paris, 1900, formant le 129' fascicule de la Biblio-
thèque de rËcole des hautes études;
Par M. A. Barth , les 8' et 9' fascicules du Bulhtin des reli-
gions de l'Inde;
Par M. J. Yinson , son Manuel de la langue hindoustani ( Our-
dou et Hindi), Paris, in- 18, Maisonneuve, 1899; et ses Lé-
gendes bouddhistes et djaînas, traduites du tamoul, 2 vol.,
Paris, Maisonneuve, 1900;
Par M. RJsariofi, Histoire de Géorgie, in-8% Paris et Tiflis,
1900;
Par M. le Directeur de Tlmprimerie nationale, Y Histoire
des Rois des Perses de Al-Thaalibi, texte arabe et traduction
française de M. H. Zotenberg, in-4*, 1900;
Par M. R. Duval, au nom de M. labbë F. Nau, la seconde
partie des Opuscules maronites contenant la Vie de Sévère,
évéque dAntioche, în-8% 1900; eilaVie de Schenoaii, in-8',
1900, textes syriaques et traductions françaises ;
NOUVELLES ET MÉLANGES. 543
Par M. Bonet, le second et dernier volume de son Dic-
tionnaire annamite-français (langue officielle et langue vul-
gaire), grand in-8", 1900.
En ofirant le volume de M. A. Foucher, intitulé : Etude
sur l'iconographie bouddhique de l'Inde (in-8", 1900), M. le
Président informe la Société que notre confrère pai't dans
quelques jours pour Saigon, chargé par l'Académie de»
inscriptions et beUes-lettres d'aller remplacer M. Finot comme
directeur de l'Ecole française d'Extrême-Orient pendant le
congé de ce dernier.
Des remerciements sont votés aux différents donateurs.
M. Vissière donne lecture d'une partie d'un mémoire sur
les Caractères chinois que l'on évite de prononcer ou d'écrire
par respect.
A la suite de cette lecture , quelques remarques sont pré-
sentées par MM. Chavannes, Bonet et Vinson.
M. Chavannes fait ensuite une communication sur la secte
des Boxers de la Chine.
Ces deux mémoires seront publiés dans le Journal asia-
tique.
La séance est levée à 6 heures.
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIETE.
(Séance du i4 décembre 1900.)
Par l'india Office : Indian Antiquary, December 1900.
Bombay; in-4.*.
— A List of the Archœological Reports. Calcutta, 1900;
in-fol.
Par le Ministère des affaires étrangères : Documents diplo'
niatiques: Chine, 1899-1900. Paris; in-4'.
Par la Société : Bulletin de l'Académie des sciences de Saint-
Pélershour g, meii-sepi.-no\, i898;janv.-déc. i899;janv. 1900.
35.
544 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
Par la Société : Mémoires deV Académie des sciences de SainU
Pétershonrg. — E. Rui^tz , Zwei griechische Texte àher die UL
Theophano, die Gemahlin Kaisers Léo VI. Saint-Pétersbourg,
l898;in-4^
— Même recueil. — Friedrich Westbérg, Ibrahim s-lbn-
JaknVs Reiseberickt àber die Slawenlande ans dem Jahre 965.
Saint-Pétersbourg, 1898; in- 4.**.
— Même recueil. — Texte grec sur les martyrs d'Amoria
(en russe). Saint-Pétersbourg, 1898; in-4.*.
— Journal des Savants, sept.-oct. 1900. Paris; in-4°.
— Atti délia reale Accademia dei Lincei. Lug^o, 1900;
in-4".
— Mémoires de la Société de linguistique, XI, 5' fasc. ,
1900. Paris; in-8°.
— Journal asiatique, sept.-oct. 1900. Paris, in-8°.
— Bulletin de la Société de géographie, nov. 1900. Paris;
in-8^
Par les éditeurs : Revue critique, n**44i ^7.
— Revue archéologique , sept.-oct. 1900. Paris; in-8'.
— Bibliotheca buddhica, — C. Bendall, Sikshâsamuccaya ,
a Compendium of buddhistic teaching, compiled by Çanti-
deva II. Saint-Pétersbourg, 1898; in-8*.
— Sacred Books ofthe East, Vol. XLIV. Satapatha Brâh-
mana. Oxford, 1900; in-8^
i — Mittheilungen des Setninars fur orientalische Sprachen,
herausgegeben von Prof. Dr. Eduard Sachau. Jahrgang III.
3 Abtheil. Berlin, 1900; in-8'.
— Polybiblion; parties technique et littéraire, nov. 1900;
in-8^
— Mechra el-Melki, chronique tunisienne (1705-1771)
par Seghir b. Youssef de Béja, traduite par V. Serres et
M. Lasram. Paris, 1900; in-8".
— Bollettino, n** 367. Firenze, 1900; in-8'.
— Analecta Bollandiana, nov. 1900; in-8°.
Taalkaartvan de Minahasa, hedayiei^ 1900.
NOUVELLES ET MELANGES. 545
Par les auteurs : Ig. Guidi, Tables alphahétiqaes du Kitâb
al-Aghâni. Leyde , 1 900 ; gr. in-S".
Par les auteurs; R. Sewell, A forgotten Empire [Vijay a-
nagar). A contribution to tbe History of India. London,
1900; in-8°.
— Ed. Browne, Hand-Lût ofMohamadan manascripts of
the Cambridge University Library, Cambridge, 1900; in-8°.
— Agnès Smith Lewis, Studia Sinuitica, n"' IX et X.
Select Naratives of Holy Woman, London, 1900; mi°.
— Emile Ernault, Table analytique des dix premiers vo-
lumes des Mémoires de la Société de linguistique de Paris. Paris,
1900; in-8°.
— A. Barth, Compte rendu du Grandriss der indo-arischen
Philologie, etc. (extrait). Paris, 1900; in-4°.
— Dr. W. Radloflf , Die alttûrkischen Inschriften der Mon-
golei. Zweite Folge. Saint-Pétersbourg, 1900; in-4°.
— Le même, Versach eines Wôrlerbuches der tûrk -Dia-
lecte, ii'^Lief. Saint-Pétersbourg, 1898; in-4^
— Grûnwedel, Mythologie du buddhisme au Thibet et en
Mongolie, Paris, 1900; in-ii**.
— W. Serruys, Notice sur le Liban. Beyrouth, 1900;
in-8°.
— Paul Regnaud, Le Big-Véda, texte et traduction;
9' Mandala, le culte védique du Soma. Paris, 1900; gr. in-S".
— M. Schwab , Salomon Munk ( 1 8o3- 1 867 ). Paris , 1 900 ;
m- 12.
— Fr. Murad, Ararat und Masis, Studien zur armenischen
Alterthamskunde und Literatur. Heidelberg, 1900; in-8®.
— Ferdinand Farjenel , Les Européens et la langue chinoise
(extrait). Paris, 1900; in-8°.
— D' A. Kaminka, Le Tachkemoni de Jehada Alcharizi.
Varsovie, 1899; in-Sa.
546 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
BIBLIOGRAPHIE.
NOUVELLES BIBLIOGRAPHIQUES.
L'Odyssée dan prince chinois, que publie M. A. Vissière,
est la traduction d*un récit de voyage en mer effectué en
1 886 dans le golfe du Petchili par le prince Tch ouen , qui
venait d*étre nommé chef de l'Amirauté chinoise. Ce récit
est entremêlé de vers qui montrent les tendances et les pré-
jugés de la Cour de Pékin (i vol. in-8", Leyde, 1900).
M. Ch. MadroUe, qui a passé plusieurs années dans Tile
de Hai-Nan, a publié, sous le titre de Haî-Nan et la Côte
continentale voisine (in-8°, Paris, 1900), l'histoire et la géo-
graphie de cette île, qui touche de près nos possessions de
rindo-Chine et qui a été Tobjet de nombreuses explorations
depuis l'arrivée des Portugais. L'ouvrage est accompagné de
cartes et d'un lexique géographique chinois.
Le traité de Numismatique annamite, par M. D. Lacroix , est
le premier volume qu'a publié l'Ecole française d'Extrême-
Orient, fondée en 1899 P^^ ^* Doumer et dont notre
confrère M . L. Finot est le directeur (gr. in-8*' , Seâgon ,1900 ).
L'ouvrage est dédié à M. J. Siivestre, ancien inspecteur
des Affaires indigènes en Cochinchine , actuellement profes-
seur à l'École coloniale. M. Siivestre est, en effet, l'auteur
d'un travail important sur les monnaies de l'Annam et
de la Cochinchine (voir Rapport J. Darmesteter, /. asiat,,
1884, H, p. i5o). Le livre de M. Lacroix n'est qu'une
nouvelle édition, mais considérablement remaniée et aug-
mentée. Il est accompagné d'un atlas de Ao planches.
Une autre publication, émanant de la même Ecole, est
{'Inventaire sommaire des monuments chams de VAnnam (in-fol.,
NOUVELLES ET MÉLANGES. 547
Hanoï, 1900). Ce n*est encore quWe simple liste, en atten-
dant rinventaire descriptif et détaillé; mais elle contient
déjà les indications géographiques nécessaires à Tidentifica-
tlon des monuments épigraphiques.
Le dernier fascicule des Mémoires de la Société finno-
ougrienne d'Helsingfors est intitulé : Der Fràhlingsmythus der
Kesarsage, par M. H. Franke, missionnaire à Ladakh; c'est
une étude sur la religion tibétaine avant Tintroduction du
bouddhisme. L'ouvrage contient le texte tibétain de la lé-
gende du héros Kesar [four Skyegsar) , le dieu du Printemps ,
avec notes et traduction.
M. A. Grûnwedel avait été chargé par le « British Govern--
ment of India » de reviser et pubher le dictionnaire lepcha ,
laissé en manuscrit par le colonel M anering , l'auteur d'une
grammaire de cette langue (voir /. asiat,, ^vàn 1879 ®* ^^'"'^
1897). La Société asiatique vient de recevoir le volume qui
est le résultat de ce travail du savant allemand et quia paru
sous le titre de Dictionary ofthe Lepcha langaage (in-8", Ber-
lin, 1898), suivi d'un Index English-Lepcha. Le «British
Government» a prescrit à M. Grûnwedel de ne se servir que
de caractères romains , jugeant inutile de faire graver les ca-
ractères d'un alphabet qui n'a aucune origine épigraphique ,
puisqu'il a été créé par Chador, roi des Lepcha, vers 1706,
sur le type tibétain. Le lepcha est une langue monosylla-
bique qui se rapproche des langues tibétaine et de l'Hima*
laya , et son vocabulaire est très riche. La publication de ce
dictionnaire donne à un idiome jusqu'ici peu connu une
place importante dans les langues transgangétiques.
M. Bhadkamkar, de Bombay, a donné la traduction an-
glaise de YAitareya-upanishad, ainsi que du commentaire
sanscrit (Bhàshya) de Sankarâchârya , ouvrage important
pour l'étude de la philosophie vedàntique (1 vol. in-8*, Bom-
bay, Tndia press, 1899).
548 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
Notre confrère le D' M. -A. Stein, actuellement en mission
en Kâshgarie , vient de publier un important Memoir on the
ancient geography of Kashmir, avec cartes (Calcutta, 1899),
d*après les auteurs classiques , les sources chinoises , les au-
teurs musulmans et les chroniques et traditions indigènes.
L'auteur, qui a exploré tout le Kashmire, est parvenu à
identifier presque tous les noms modernes avec les anciennes
appellations. Ce travail considérable peut être considéré
comme une introduction à la traduction de la Râjatarancfini
du même savant, qui va incessamment paraître.
M. de Clercq continue lentement, mais sûrement, grâce
à Tassistance de savants compétents , la publication du cata-
logue de sa collection d'antiquités assyriennes. La troisième
livraison du tome II(in-fol. , Paris, E. Leroux, 1900) est
consacrée aux plaques de bronze formant la frise de Balawat.
Ces plaques sont revêtues d'inscriptions en caractères cunéi-
formes , relatant diverses campagnes militaires de Salmanazar
en Arménie et contrées voisines , avec la représentation des
personnages et des scènes guerrières. Les planches en hélio-
gravures, exécutées par la maison Dujardin, donnent une
haute idée de la merveilleuse habileté dont étaient doués,
forgerons, fondeurs, ciseleurs, les ouvriers assyriens. La
traduction des inscriptions est due au Père Scheil.
M. C. de Ujfalvy , qui a fait plusieurs voyages en Asie cen-
trale, dans le nord de l'Inde et dans THimalaya, a publié
une série de travaux, en allemand et en français, sur les
races diverses de ces contrées , sur leur histoire et sur leurs
émigrations. Ses deux derniers mémoires sont intitidés :
Mémoires sur les Huns blancs (in-S'*, Paris, 1898) et Icono-
graphie et anthropologie irano-indiennes (in-8*', Paris, 1900).
En dehors de la question anthropologique , qui n'est pas de
notre domaine, ces études, basées sur les monuments épi-
graphiques et monétaires, contiennent des renseignements
très importants qui apportent une très utile contribution à
NOUVELLES ET MÉLANGES. ' 549
l'histoire des difFérents peuples asiatiques qui ont traversé ou
qui habitent encore les plateaux de l'Iran , du Turkestan , du
Pamir et de l'Himalaya.
L'histoire de l'Iran de M. F. Justi [Geschichte Irans von
den àltesten Zeiten bis zam Ausgang der Sassaniden , Strass-
burg , 1 900) est une refonte complète de la première édition
parue en 1878, auxîourant des progrès de la science depuis
vingt-cinq ans en épigraphie, en numismatique et en glyp-
tique, comme en géographie et en histoire. Avec les ou-
vrages de G. Rawlinson, von Guischmid et Nœldeke, on
possède maintenant un ensemble de matériaux dignes de
foi pour l'histoire de la Perse pendant toute l'antiquité
jusqu'à l'invasion arabe.
M. E. Pereira a traduit en portugais [Conversâo de um rei
du India ao christianismo , Lisbonne, 1900) la version éthio-
pienne d'une homélie composée en grec par Sévère , arche-
vêque d'Antioche (vi' siècle). Ce texte original a été perdu,
mais il reste les traductions copte, arabe et éthiopienne. Il
est question dans cette homélie d'un roi indien, Resanthos,
et d'un riche marchand, Ketsôn, qui sont convertis au chris-
tianisme par un évêque byzantin envoyé exprès dans l'Inde
par Constantin ou Justinien. Les noms propres contenus
dans cette histoire sont très probablement indiens sous une
apparence grecque et leur identification a donné lieu à d'in-
téressantes recherches. Cette légende, du reste, se trouve
dans d'autres pays, notamment en Géorgie. Le texte éthio-
pien est du XIII* ou XIV* siècle. Dans une note complémen-
taire , M. Pereira rapproche le marchand Ketsôn du marchand
Samudra de VAvadana Çataka ou les Cent légendes boud-
dhiques, traduites par M. L. Feer.
Le même savant portugais vient de publier la traduction
de la chronique de Sasenyos (i6o5-i632) dont il avait donné
le texte gueez en 1890. La traduction est suivie de notes qui
forment la moitié du volume (in-8", Lisbonne, 1900).
550 NOVEMBRE DÉCEMBRE 1900.
M. Pemichon a donné, dans la Revae sémitique, le texte
amharique avec la traduction de documents contemporains
concernant l'histoire de l'Ethiopie à Tépoque de Theodoros
et intéressants au point de vue de la politique et de Tin-
fluence française en Abyssinie.
Sous le titre de Die Mathematiker and Asironomer der
Araher und ihre Werke (in-S**, Leipzig, Teubner, 1900),
M. Heinrich Suter, professeur à TUniversîté de Zurich, a
dressé la liste de plus de 5oo écrivains arabes qui se sont
occupés de sciences depuis Tan 760 jusqu'à l'an 1600 de
notre ère. C'est un ouvrage capital qui a exigé de longues et
patientes recherches et qui manquait jusqu'à ce jour dans
nos études orientales. Les écrivains sont placés dans l'ordre
chronologique, mais un index alphabétique permet facile-
ment les recherches.
Le livre sur Avicenne (Ibn Sina), que vient de publier
notre confrère le baron Carra de Vaux, dans la collection
des Grands Philosophes, est une étude importante sur le
mouvement philosophique arabe pendant quatre siècles, de-
puis Mahomet jusqu'au célèbre écrivain de Bokhâra. S'ap-
puycmt sur les travaux les plus récents, Tauteur a fourni une
excellente contribution à l'histoire de la philosophie gréco-
arabe. Rappelons à cet égard que M. Mehren, de Copenhague,
publie le texte arabe des différents traités mystiques d' Avi-
cenne et que le quatrième fascicule , contenant le traité sur
le Destin, a paru à Leyde en 1899.
M. René Dussaud, qui a exploré le pays des Nosaïris ou
Ansarieh du Liban , vient d'écrire l'histoire de cette tribu ,
dont l'origine est encore inconnue et qui, quoique pariant
arabe , a conservé sa religion très distincte de rislaniisme.
Le fond paraît être le gnosticisme alexandrin, et une de ses
particularités est la croyance à la métempsychote. Le livre
de M. Dussaud est suivi de fragments de textes rdigieax en
NOUVELLES ET MÉLANGES. 551
arabe; il forme le 1 29* fascicule de la Bibliothèque de TEcole
des hautes études. Le recueil des Etacles religieuses et la
Revae de l'Orient chrétien (1899 et 1900) contiennent une
série de Notes de voyage intitulée : Au pays des Nosaîris, par
le R. P. Lammens.
De quelle époque date la lettre grecque dite de Barnabe?
Les auteurs ne sont pas d'accord sur ce point. Dans une
brochure récente, M. P. Ladeuze, professeur à l'Université
de Louvain , croit pouvoir placer l'époque de la composition
(le cette épitre grecque à l'an i3o de J.-C. Signalons en
même temps l'apparition d'une Revae d'Histoire ecclésiastique ,
rédigée par M. Ladeuze, M*"^ Abbeloos et divers professeurs
de Louvain , qui rendra sans doute , comme la Revue Biblique ,
des services aux études orientales.
Nous avons déjà signalé plusieurs ouvrages publiés à Alger
sous les auspices du Gouvernement général de l'Algérie. Le
plus récent qui nous soit parvenu dans le domaine de nos
études est le texte arabe avec traduction française, par
M. Léon Gauthier, d'un roman de Ibn Thofaïl, né en An-
dalousie , mort au Maroc en 58 1 Hég. ^ disciple d*Averroès.
Le titre est : Histoire ( risâla ) de Hayy ben Yaqdhân ( « le vi-
vant fds du vigilant » ) , personnage philosophique emprunté
aux traités mystiques d'Avicenne. Le texte est établi d'après
un manuscrit d'Alger; il avait déjà été publié d* après un ma-
nuscrit du British Muséum, en 1671, avec une traduction
latine par Pococke. Plusieurs éditions du texte arabe ont paru
en Orient.
Parmi les publications de l'Ecole des lettres d'Alger, qui
lorment déjà 22 volumes concernant pour la plupart les
études orientales , il y a lieu de mentionner dès à présent ,
bien qu'elle ne soit pas encore tout à fait terminée, la pu-
blication par M. René Basset, directeur de cette École, du
texte arabe de l'Histoire de la conquête de VAbyssinie au
xvî' siècle, par Chihab eddin Ahmed, surnommé ^ra6 Fojqih
552 NOVEMBRE-DECEMBRE 1900.
Ce texte a été établi d*après un manuscrit de la Bibliothèque
d'Alger avec les variantes. La traduction française avec de
nombreuses notes, par le même savant,. sera d*un grand
secours pour Thistoire de cette expédition guerrière, déjà
connue, du reste , par les historiens indigènes et les auteurs
portugais.
La librairie Hartleben, de Vienne, a publié dans sa Bi-
bliothek der Sprachkande près de cinquante petites gram-
maires élémentaires des principsdes langues de l'Europe et
de l'Orient (au prix minime de 2 mark). Parmi ces der-
nières , il convient de citer les grammaires des langues sia-
moise, annamite, chinoise, hébraïque, persane et arabe, et
pour les langues mortes, la grammaire sanscrite de R. Fick
et la grammaire assyrienne de Rosenberg. On peut dire
sans exagération que ces ouvrages , rédigés dans un but sm*-
tout pratique et pour ce que les Allemands appellent le
Selhststadlam , sont des modèles de clarté et de netteté scien-
tifique. La grammaire du professeur Rosenberg mérite -une
mention toute particulière, à raison de la difficulté de la
matière. L'auteur, tout en étant un Sammériste, a eu le soin
de ne s'occuper que de la langue sémitique et a eu le mérite
de condenser, sous un petit volume, toutes les variétés du
syllabaire assyrien ; les commençants lui reprocheront peut-
être de ne pas avoir donné assez de transcriptions.
E. Drouin.
Taules alphabétiques du Kitâb Al-Agâné, Brill, Leyde, 1900,
1 vol. gr. in-8°, xiet 769 pages.
Trois quarts de siècle se sont écoulés depuis qu*£tienne
Quatremère signalait au monde savant la haute valeur du
Livre des Chansons, et en publiait un extrait que, comme
tant d'autres travaux , il laissa inachevé. Quoique le précieux
document n'existât encore qu'en manuscrit et à l'état frag-
NOUVELLES ET MÉLANGES. 553
mentaire, il fut consulté avec une vive curiosité par les ara-
bisants auxquels il offrait, sous un titre modeste, presque
frivole , la plus riche collection de faits relatifs à la djahelyeh
ou période anté-islamique , et aux trois premiers siècles de
Tère musidmane.
Ces archives du vieux monde arabe ont été recueillies par
un lettré d'origine persane , Aboul-Faradj , dlspahân , qui
leur consacra cinquante années de recherches persévérantes.
La genèse de cette collection est assez intéressante pour mé-
riter d'être rappelée en quelques lignes. Aboul-Faradj était
un de ces érudits , nombreux au x* siècle de notre ère , dont
les choses du passé tenaient la curiosité en éveil : grand
amateur du chant ancien , celui des écoles de la Mecque et
de Médine , aussi bien que des poésies classiques qui avaient
servi de thèmes à ces premières compositions, il s'appliqua
avec acharnement à les recueillir pendant un demi-siècle ,
fouillant les bibliothèques publiques et privées , compulsant
les anciennes chroniques , interrogeant chanteurs et joueurs
de luth , en un mot , ne négligeant aucune source d'informa-
tion : il réussit ainsi , et sans se douter peut-être de la haute
importance de son enquête, à réunir les matériaux d'une des
œuvres les plus considérables de la littérature arabe.
La réputation de son livre était faite depuis longtemps en
Europe, lorsque l'imprimerie de Boulac publia (en 1869)
l'édition en vingt volumes, la seule que nous possédons jus-
qu'à ce jour. Malgré son inexactitude et ses lacunes, cette
édition , établie sur deux ou trois copies d'âge différent , re-
produit la recension généralement adoptée du Livre des
Chansons. Son défaut principsd consiste dans l'omission d'une
trentaine de biographies qui, heureusement, nous ont été
conservées dans un ms. de la Bibliothèque royale de Munich.
M. E. Brûnnow les a publiées , en 1 885 , dans le même format
que celui de Boulac , et , grâce à cet érudit , nous avons aujour-
d'hui entre les mains l'œuvre complète d'isfahâni.
Mais il restait encore à la rendre accessible aux travailleurs.
On connaît l'indifférence des éditeurs orientaux pour tout ce
554 NOVËMBRE-DëGEMBHE 1900.
qui est table, index, répertoire analytique. C'est à peine si
l'éditeur du Caire donne en tête de chaque volume le nom
des personnages auxquels une monographie spéciale est con-
sacrée. Or c'est par milliers que se comptent les noms propres ,
les noms géographiques, etc., dans cette vaste compilation.
Je ne puis songer sans une certaine mélancolie au heures
que j'ai passées autrefois à recueillir péniblement, dans les
vingt fascicules de Boulac, les éléments dune biographie
d'artiste qui aurait été moins écourtée et mieux documentée
si j'avais eu alors à ma disposition les Tables alphabétiques
dont je suis heureux aujourd'hui d'annoncer Tentier achève-
ment.
Grâces soient rendues k M. Guidi qui en a conçu le plan
et dirigé l'exécution , bien secondé par ses vaillants cdlabo-
rateurs. Les Tablés se composent en réalité de trois séries :
la première consacrée aux poètes, la seconde aux vers cités,
et la troisième , de beaucoup la plus importante , donne l'index
historique indiquant tout ce que chaque notice renferme
d'intéressant au point de vue littéraire , anecdotique et mu-
sical. Ce troisième index fait peut-être double emploi avec le
premier : mais qui songerait à se plaindre de cette abondance
de biens , après avoir souffert de Tindigence des titres de l'édi-
tion égyptienne ?
Pour se faire une idée du soin minutieux qui a présidé à
la confection des Tables, il- suffit de consulter l'index n* a ,
celui des rimes. Non content de les réunir en un ordre alpha-
bétique rigoureux, l'éditeur les a classées séparément selon
les mètres de la prosodie arabe, en observant en outre la
distinction de Vélif maksoarah, du wasl et autres particula-
rités prosodiques. Peut-être y a-t-il là un certain raffinement ,
et pour le lecteur un surcrott de travail, mais, si le mieux est
quelquefois l'ennemi du bien, combien est respectable ce
scrupule de ne rien omettre de ce qui peut éviter les tâton-
nements et les chances d'erreur.
J'ai déjà dit quelle gratitude doit nous inspirer l'initiative
prise, aux dépens de ses propres travaux, par Torientdiste
NOUVELLES ET MÉLANGES. 555
ëminent qui a jeté les bases de cette belle publication. A
côté de M. Guidi, il est juste de citer les noms de ses auxi-
liaires érudits : MM. Brûnnow, Seybold, van Vloten, Kleyn
et Bergass. Un souvenir ému doit être donné aussi à un jeune
orientaliste qu'une mort prématurée a enlevé à nos études :
M. Félix Hélouis, consul de France, attaché en dernier lieu
au Ministère des affaires étrangères , en qualité de secrétaire-
interprète. Pendant son séjour en Orient, ce bon travailleur
s'était épris de la lecture de VAgânî; il avait , lui aussi , com-
pris la nécessité d'y joindre un index, et seul, sans secours,
sans même avoir connaissance du travail parallèle qui se
poursuivait en Europe, il s'était mis à la besogne et avait
dressé la liste de tous les noms propres sans exception, y
compris même les isnad. Je fus , je crois , le premier, dès son
retour en France, à lui annoncer qu'il avait été devancé et
qu'une bonne partie des Tables était déjà sous presse. Sans
la moindre hésitation et avec une abnégation qu'on ne sau-
rait trop signaler, M. Hélouis mit toutes ses notes à la dispo-
sition de l'éditeur, heureux de lui fournir ainsi les moyens
de contrôler et de compléter l'œuvre commune. M. Guidi a
déjà reconnu dans sa Préface ce qu'il doit à ce collaborateur
de la dernière heure , mais je me fais un devoir de rappeler
ici le nom de notre compatriote, que de sérieuses études
Jointes à une connaissance profonde de l'Orient moderne
avaient préparé à des travaux de plus haute portée.
Celte liste serait incomplète si je n'y ajoutais la mention
de la Société orientale allemande , qui a bien voulu concou-
rir à l'exécution d'une œuvre d'utilité publique, en lui accor-
dant une subvention. Enfin la maison Brill, si habilement
dirigée aujourd'hui par M. de Stopellaar, en assurant au livre
un caractère de correction scrupuleuse et d'élégante exécu-
tion typographique, a prouvé une fois de plus qu'elle pla-
çait au-dessus de ses avantages particuliers les intérêts de la
science , qui lui doit déjà tant de bonnes et sérieuses publica-
tions.
B.M.
556 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
RECUEIL D'ARCHÉOLOGIE ORIENTALE
PUBLIÉ PAR M. GLERMONT-G ANNEAU.
(librairie LEROUX.)
TOMB IV, LIVRAISONS 1 À 9.
SOMMAIRE.
S 1. Jarres Israélites marquées à TestampiUe des rois de Juda. —
S 2. Cinq poids israélites à inscriptions. — S 4. Empédocle ,
Zenon , les Manichéens et les Cathares. — S 5. Une nou-
velle dédicace à Zeus Héliopolite. — S 6. Jean le Hiéra-
polite, évéque d'Abila de Lysanias. — S 7. Le «ratl» arabe
et «l'éponge ainéricaine ». — S 8. La ville lévitique dé
Méphaat. — S 9. Les (rois Karak de Syrie. — S 10. Le lieu
de la lapidation de saint Etienne. — S II. La voie romaine
de Palmyre à Risapha. — S 12. Inscriptions grecques de
Mésopotamie. — S 13. Inscriptions grecques de Palestine
et de Syrie. — S 14. La «Tabella devotionis» punique. —
S 15. Le nom de Philoumenè en punique. — S 16. Man-
boug-Hiérapolis dans les inscriptions nabatéennes. —
S 17. Resapha et la Strata Diocletiana. — S 18. Inscrip-
tions grecques du Haurân. — S 19. Les inscriptions du
tombeau de Diogène à Ël-Hâs. — S 20, Les inscriptions
n**' 2197 et 2491 Waddington. — S 21. Le martyre de
saint Léonce de Tripoli. — S 22, Héron d'Alexandrie et
Poscidonios le Stoïcien. — S 23. Inscriptions de la nécro-
pole juive de Joppé. ( A suivre. )
Les livraisons 3 3-28 qui terminent le tome III du Recueil ctar-
chéologie orientale, et dont la publication avait été réservée, viennent
de paraître. Elles sont entièrement consacrées aux tables et index
détaillés des trois premiers tomes , qui ont été dressés par M. J.-B.
Chabot , et forment quatre-vingt-cinq pages à deux colonnes , en petit
texte.
Le gérant :
RUBENS DUVAL.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS LE TOME XVI, IX« SÉRIE.
MEMOIRES ET TRADUCTIONS.
Page».
Influence de la religion nosalrî sur la doctrine de Râcliid ad-
dîn Sinân (René Dussaud] 61
Le traité du philosophe syrien Probus sur les «Premiers Ana-
lytiques » d'Aristote (A. van Hoonacrer) 70
Mœurs et traditions de l'Aurès. — Cinq textes l)crbèrcs en
dialecte chaouia (G. Mercier) 189
Notes d'épigraphie et d'archéologie orientale (J.-B. Chabot). 2^9
Deux hymnes samaritaines (S. Rappoport) 289
Le Taqrîb de En-Nawawi (M. Marçafs) 3i5
Baal-Arvad , d'après la numismatique des rois phéniciens d'Ar-
vad durant la période préalexandrino (4oo à 32 2 avant
J.-C.) [D' J. Rouvier] 347
Une inscription du royaume de Nan-Tchao (L. Chavanînes). 38i
Note sur les monuments seldjoukides de Siwâs (F. Grenard). 45 1
Notice sur trois ouvrages en turc d'Angora imprimés en ca-
ractères grecs (Cl. Huart) 409
Le Taqrîb de En-Nawawi (M. Marçais). [Suite.] 478
NOUVELLES ET MÉLANGES.
Procès-verbal de la séance générale du 19 juin 1900 5
Rapport de la Commission des censeurs sur les comptes de
l'exercice 1899, lu dans ia séance générale du 19 juin 1900. 8
XVI. 36
558 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1900.
Rapport de M. Specbt, au nom de la Commission des fonds,
et comptes de Tannée 1899 ^^
Annexes au procès-verbal : L'idée de nature dans la philo-
sophie de rÉcole coniiicéenne (F. Farjbnel) i4
Amatas, disciple d'Antoine (F. N\u) a3
Ouvrages offerts à la Société .^ 3 1
Tableau du Conseil d'administration conformément aux no-
minations faites dans l'assemblée générale du 1 9 juin 1 900. 34
Liste des membres souscripteurs par ordre alphabétique. . . 36
Liste des membres associés étrangers suivant Tordre des nomi-
nations 54
Liste des sociétés savantes et des revues avec lesqaeUes la So-
ciété asiatique échange ses publications 54
Liste des ouvrages publiés par la Société asiatique 58
Collection d'auteurs orientaux 59
Annexe au procès-verbal de la séance du 9 mars 1 900 : L'in-
scription de Nérab (M. Halévy). — Mission à Nedroroah
et chez les Traras (M. Basset) 167
Bibliographie : Dictionnaire thibétain-latm-françaîs (H. GoR-
dier). — Die Lobensbeschreibung von «Padma SambhavaB dem
Bogrûnder des Lamaismus (L. Feer). — Recueil d'archéologie
orientale, sommaire du t. IV, lîvr. 1-9 (M. Clbrmont-Gannbao). 181
Notice sur un manuscrit des fables du Kalilah et Dimnah
(R. Basset) 36o
Bibliographie : Ibn Gauzi's Manaqib *Omar ibn *Abd rl-*Ani
( B. M. ) — L'épopée byzantine à la fin du x* siècle , par G. Schluio-
bei^r (B. M.). — Kunikh Grammar, by the Bev. Fenl. Hahn
(L. Feer). — Méthode de transcription rationnelle générale dpf
noms géocrraphiques , par Chr. Garnicr (G. Demnmbynes). — A
History of Ottoman poetry, by E. J. W. Gibb. (B. M.) 869
Procès- verbal de la séance du 9 novembre 190Q 53 s
Ouvrages offerts à la Société 535
Procès-verbal de la séance du 1.4 décembre 1900.. 54o
Ouvrages offerts à la Société 543
Bibliographie : Nouvelles bibliographiques (E. Drouin). —
Tables alphabétiques du Kilâb al-Agânt (B. M.). — Revue
d'archéologie orientale, sommaire du t. IV, liv. i-a3 (M. Clbr-
mont-Gannf.al ) 546
JOURNAL ASIATIQUE
OU
RECUEIL DE MÉMOIRES
D E.VniAITS ET DE NOTICES
RELATIFS i LUIISTOIRE, i LA PHILOSOPHIE, AUX LAEfGOES
ET X LA LITTERATURE DES PEUPLES ORIENTAUX
Pin MM. BAftBiEn l>E MEïnAnD, A* BAATn
R. MSSST, C11AVAN,^£S, CLlLtU]0]lT-G&:«>£AC , DHODI!*, ^WMR
HILEVÏ. ÏIAEPfiHO
DFPEnT* nOBE^S 0DVAL, E. SE.<«AnT, ETC.
ET PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIOUB
NEUVIÈME SÉRIE
TOME XVI
N- 3 — NOV'EMBUE-DÉCKMBBE 1000
TaljlGau des jours de siance pour rannée 1900.
Lcï Avances oui lieu le teconil irtWrcdi du mulii à d Wuics et dctïiic,
au «iègo diî la, Socî^l^, rue du SeLiic, n' k
fiTVInii.
riviiif».
It&KÏ.
iVfel^.
ml-
jmr-
IOlLL,'*Ott-»E'T.'OC¥.
IDT.
Die.
12
9
u
0
H
\tià^<t^
0
14 ,
EibUotMcTuo.
r,a B'tbîloltiLtjuc de l:i ScKiÔtà, rue de Scîiic, n^ l, cal ouverte lous Ica
samedis j dy 3 lourtia à G licures.
EnNKST LEROUX, lîDITEUR,
RUE AQNAf^ARTËi î*"* a8*
OUVRAGES PUBlJliS PAR lA SOCIETE ASIATIQUE
ÂJjonnemenL annuel» Pm*îft ; a 5 fr, -—^ Départements : 37 fr, 5ô, —
ÉUninger ; 3o fr, ^- Un mob i 5 fr, &f>»
COLLECTION D*OïJVRAGES ORIENTAUX,
"VoTAOKs D*Jii:* BàTOtfTAH, t^sle àfjLhç et IraJiïdîon^ par MM* Defrénvfry «t
.Vaïiyiîim'lttj 1573-1873 (nouveaiui tirage) » i yo\, in-8"* -*♦..,* 3ti fr»
Innsx AtPHABiTiQtfE FôiJR Ib» Batootau, i8§3 (a* tirage), in-S*. - - a fr,
Maçotjoj* Les PftAmrEs i>*oii^ texte aral>e el Irutluition* par M. Bnrhttr d$
Meynard (les trois premiers vdlumes en roUabûratîon arec M, Pavel dt
Coiimilk). 1 861-1 S77, g voL m-H\ ,..,..♦* » ^7 fK 5o
MkçQVuu Lu Lnns i>ii i/AviciiTiss£AiE?fT ET &Ë iA iiKTisEO?)! , ttacliictjon par
//, Carra de Foilt, ï voL in-S"* * . 7 &. Sa
CllA^Tl POroLAiRÊS DiiS A*'CiiAN8, rfuneiUis, publiés et traJuîla par Jamis
Danttf^tetcr. PrMdw d'tme ititmduetjoti t»iir b langue! 4 î'bisioaie t?t la Uttd-
rulurti des AfghiinSt 1 890 , i fort voL in-S* , ao fr.
Le MauAtastc , texte sanscrit puîiïiê pour la premier fois, a ver des introdn<T*
tiOQs et ïin comm entai r<j , par M. iïm* 5£frHïH,
Totna I, 188a . in-S** ^ * * a5 fr.
Tome II, 1890, w^%\ , 9Ô fr^
Tonje m, 189H, iQ*6" aS fr,
JotmiîAK n'tfN ¥OYA»i^ EN AftABiB iji aS3-i8&5) , pBT CAaWf jf - I/h W, 1 Ibrl
voU îû-8' iliiistré de cli^'iiiî* dan» le te^to lïl ftf campagne do plân€be$ ci
eroqtiis •<«*•».*..*<>*..■>**».•■ i ..*»<>.•*•*.«•*> ^i * * * • 3o Tr.
Précis dk jtiJUspm;îJE>cE wcsulmahe, suivant h riti^ malùVite, pur Sidi Khalit.
Nouvelle édition revue et aug^iueuti^eT teitc «rabe ma^^lii-ehir*. lii^S*. 0 fr*
GjîaGBAi*iiiB n'ÀBOu'ixFÉDA , Uiid aT&h^^ pubUé par heinnud et Jéf S/ittnr.
Tn 4". * i . a4 fr-
RApjATAttAJfaiïal , ou Histoire de^ rok du Karlimlr, puMi^ on s^aiiJttTit el
tra^liiitâ en françab» par M. Trajer. 3 vol* in-B*'. .. « 1 1 1 «*»,.. r ^q fr.
PLSBLICATION ENCOURAGÉE PATI LA âOCIÉTÈ.
Lia M^^.MoiRis DE Se-ma Tsntpr, traduits du cJiînoî^t *il ao notés pitr Èd^mard
CiiummLes, professeur an CoOège de Franci** 10 ^ùtumw îp^S* jt^n ooilr^^
ih puJ>ticat]on|.
Tf^me L 1 fort voliime in-S**, . . * , w > . . . , « « . 1 • . . I0 fr'*
Tome IL 1 fort volume in-S". .... * ...«...• ^ »... 1 é . , 30 Ir»
Tuïioe 111, première partie. In-8' ...,.-..., , ^ i - . -* , I0 Ir,
— deiuièrae partie. In-S" **...-♦.*,**.♦... 1 ^ fr.
ERNEST LEROUX, EDITEUR,
RUE BONAPARTE, N* a8.
PUBLICATIONS DE L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES.
QUATRIÈME SÉRIE. —VOLUME XllL
DOCUMENTS ARABES
RELATIFS À L'HISTOIRE DU SOUDAN
TARIKH ES-SOUDAN,
TRADUIT DE L'ARABE
Par 0. IIOUDAS.
Un fort volume grand in-S" 1 6 fr.
Le même , texte arabe. In-S" 1 6 fr.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES -LETTRES.
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN,
Patriarche jacobite d'Antioche (i i66-i 199)
ÉDITÉE POUR LA PREMIERE FOIS ET TRADUITE EN FRANÇAIS
Par J.-B. CIIAHOT.
Tome I. 2* fascicule 1 a fr. 5o
Ce fascicule n'est fourni qu'à nos souscripteurs. Il ne se vend pas séparément.
PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES.
ŒUVRES COMPLÈTES DE FLAVIUS JOSÈPHE,
TRADUITES EN FRANÇAIS
Sous la direction de Tuéod. REINACII.
Tome premier : AtitiquUés judaïqacs. Livres I-IV, traduction do Julien VVeill. In-8" 7 fr. 5o
COMMANDANT LAGARRUE.
ÉLÉMENTS DE LANGUE CHINOISE,
DIALECTE CANTONAIS,
NOTATION QUÔC NGU
À L'USAGE DES OFFICIERS, FONCTIONNAIRES ET COLONS.
Un volume in-i 8 7 fr. 5o